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Daniel Lemoine (Traducteur)
EAN : 9782070408436
332 pages
Éditeur : Gallimard (24/06/1999)
3.95/5   73 notes
Résumé :
"Je m'appelle Ed et je suis un sale crétin alcoolique et drogué."
Cette phrase, qui ouvre le roman, revient comme un leitmotiv, d'une brutalité sans appel. Après avoir été quitté par sa femme et ses enfants, Ed tente de décrocher du crack et de l'alcool qui l'ont amené à la plus extrême déchéance. Il rejoint les rangs de "Drogues Dures Anonymes", une association semblable à un échantillonnage grotesque, pitoyable, terrifiant, de ce que New York peut compter d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Foxfire
  30 juin 2021
« Envoie-moi au ciel Scotty » est un roman dégueulasse. Mais pourrait-il en être autrement avec un tel sujet ? En effet, Guinzburg entraîne son lecteur dans le monde de l'addiction et le voyage n'aura rien de confortable.
C'est une totale immersion dans un univers glauque qu'offre Guinzburg dans son roman. Dans « Envoie-moi au ciel Scotty », le monde « normal » n'existe pas. On ne croisera que des êtres fracassés, on n'arpentera que des rues purulentes de misère et de vice. On voit de plus en plus souvent des images des rues du quartier Stalingrad à Paris où les accros au crack se défoncent en pleine rue, se battent, volent, font de la vie des riverains un enfer. Ces images sont terribles mais lorsqu'on ne fait pas partie des personnes directement confrontées à ces situations, il y a comme une distance, comme un filtre d'irréalité qui caractérise souvent les vidéos. Dans le roman de Guinzburg, il n'y a pas ce filtre, il n'y a pas de distance, l'auteur nous plonge la tête dans la fange. A la litanie des témoignages des toxicos du groupe de parole succèdent les déambulations meurtrières et hallucinées de Ed dans des rues peuplées de têtes à crack qui se brûlent les doigts sur leur pipe de verre, de mères de famille qui se prostituent pour se payer leurs doses, de dealers qui transpirent le mal, de gamins à peine pubères déjà défoncés… L'aspect documentaire du roman est vraiment percutant. Cru, vulgaire, brutal, le récit secoue le lecteur, ne le brosse pas dans le sens du poil. Et ce n'est pas l'humour, très présent dans le roman, qui va atténuer le propos. L'humour est noir, très noir, âcre, il pique, fait mal. En donnant un côté absurde à certaines situations, l'humour vient souligner et renforcer l'horreur de celles-ci. A l'image de la scène dans laquelle Ed donne une fessée à un gamin en lui faisant promettre de rentrer dans le rang, si la façon de raconter de Guinzburg est drôle on a constamment en tête que ce qui a mené à ce passage surréaliste c'est qu'un gamin pas encore pubère deale et connaisse la même déchéance qu'un adulte à la vie cramée. L'écriture de Guinzburg, sèche, directe comme un uppercut, pas belle mais intense et incisive renforce le côté documentaire du roman. Si les 50 dernières pages sont bien moins bonnes c'est justement parce que le roman perd un peu de cet aspect documentaire et nous rappelle qu'il s'agit d'une fiction. Guinzburg clôt l'arc transformationnel et narratif de son héros, là où il gagnait à apparaître comme une épure, quasiment une abstraction et il s'évertue à donner une conclusion à chacun des développements qu'il a proposés au cours du récit. Sans gâcher le roman, je pense même que beaucoup de lecteurs apprécieront le fait que l'auteur donne une vraie fin à son histoire, je trouve que ça en atténue un peu l'impact. J'aurais préféré une fin ouverte, que le lecteur soit laissé libre d'imaginer le pire ou le meilleur pour Ed. J'aurais trouvé ça plus fort.
Malgré le petit bémol que j'ai émis, « Envoie-moi au ciel Scotty » reste un bouquin coup de poing d'un impact très puissant. Ce roman c'est 300 pages de baffes dans la gueule du lecteur. C'est dur, c'est abject, c'est dégueulasse. Dans le registre des bouquins anti-drogues c'est très réussi, beaucoup plus efficace que toutes les campagnes de prévention.
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Commenter  J’apprécie          380
encoredunoir
  14 décembre 2011
Ed vient de sortir de cure de désintoxication et retrouve son quartier du Lower East Side de New York, son Crack City. Sa femme et ses enfants se sont faits la malle et, pour combattre son addiction, il fréquente avec assiduité un groupe de parole prêchant pour un programme en douze étapes, les Drogues Dures Anonymes. Assidu, déterminé à faire une croix sur son passé de camé et à retrouver sa famille, Ed ne peut se contenter du soutien de sa marraine, Myron, juif camé ancien alcoolique accro à l'essence qui envisage de changer de sexe. le hasard va lui faire trouver la voie de la rédemption, lorsque, sous le coup de la colère, il tue son ancien dealer. Dorénavant, Ed combattra sa maladie et cherchera à fonder de nouveau un foyer heureux en buttant des revendeurs de crack avec l'aide de Natacha, son bull-terrier.
Premier roman de Michael Guinzburg, Envoie-moi au ciel, Scotty (Beam me up, Scotty en VO, phrase récurrente de Star Trek, lorsque le capitaine Kirk se fait téléporter, que se sont accaparés les crackés et qu'ils prononcent ici rituellement avant de fumer leur dose) est un bouquin dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est original.
D'abord par son traitement iconoclaste des programmes en douze étapes avec lesquels tous les polars américains avec un détective ou un flic alcoolo qui se respectent nous bassinent régulièrement lors de scènes émouvantes qui fleurent bon la guimauve (y compris dans les romans de Block avec Scudder qui, par ailleurs, sont souvent très bien fichus). Ici, les Drogues Dures Anonymes sont un groupe fondé dans les années par Big Jim Williams et Rob l'Agriculteur dont les épouses ont fondé de leur côté celui des Toxicomanes Passifs Anonymes. Leurs savoureux aphorismes (« L'alcool conserve ce qui est mort et tue ce qui vit », « Cornichon un jour, jamais concombre »…) ponctuent le roman aux moments les plus inattendus et les séances de groupes, aux limites de la folie et qui ne sont pas sans rappeler certains passages de Fight Club, valent aussi le détour.
Ensuite par son écriture qui rend à la fois l'extrême noirceur de son histoire et de la situation du héros tout en conservant, du début à la fin, un humour tout aussi noir.
« La chambre que Frank occupe à l'hôtel du Duc de Windsor est aussi grande que le cercueil d'un basketteur obèse, et le plafond semble couvert de grillage à poules. Et elle empeste. le moisi, l'humidité, le tabac froid, la cuisine grasse, les pieds sur une échelle industrielle, et le vomi de dix mille ivrognes. À travers les cloisons minces, ternes et tâchées, j'entends les gémissements des cauchemardeurs, le caquetage des accros du crack, les toux déchirantes et grasses des emphysémateux-à-deux-paquets-de-Pall-Mall-par-jour, qui crachotent comme une flotte de tracteurs décrépits démarrant par un matin glacial d'Alaska. Démarrent, calent, démarrent à nouveau. Concentré de malheur mêlé d'angoisse, de mauvaise santé et de maladie mentale. Arrêt facultatif sur la route de la mort ».
Les moments les plus sordides gardent ainsi un arrière-fond réjouissant qui rend la tension moins forte et, surtout, atténue sensiblement l'âpreté d'un récit qui pourrait facilement sombrer dans le nombrilisme misérabiliste. Si Ed est un personnage pathétique dont l'histoire personnelle, de l'enfance à l'âge adulte, comporte son lot de moments d'horreur pure, l'évacuation du surplus de pathos par le biais de l'humour et de la distance que le héros semble prendre avec les événements qu'il décrit ne font que nous le rendre plus attachant.
Roman sur l'addiction, Envoie-moi au ciel, Scotty est aussi et surtout un roman sur l'invisibilité des laissés pour compte, des marginaux. Il faudra ainsi bien longtemps, et des clichés particulièrement saignants, pour que l'épopée d'Ed prenne enfin la place des aventures sexuelles du milliardaire Leonard Lump en première page du Post.
Puissant et incisif, ce roman qui a précédé les écrits sur des thèmes assez proches de Jerry Stahl, Eric Miles Williamson ou encore Iain Levison, pour n'en citer que quelques-uns, est sans nul doute un grand roman noir et aussi un beau monument d'humour à froid.

Lien : http://encoredunoir.over-blo..
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Thomas_Harnois
  19 septembre 2020
« Envoie-moi au ciel, Scotty » a toutes les caractéristiques du roman coup de poing, du hurlement d'un homme pris aux tripes qui a des choses à dire et se livre sans fards.
Impressionnant de violence jusqu'à l'insoutenable avec les cruelles mutilations dues à un chien, « Envoie- moi au ciel, Scotty » se caractérise par un style puissant, vif, riche et parfois empreint d'humour noir.
Difficile donc de ne pas succomber à ce voyage vers l'extrême dans le monde sans foi ni loi des accros au crack, fléau mondial détruisant les couches les plus pauvres de la société et de ne pas trouver touchante la détermination parfois par son désespoir d'un homme blessé par la vie, d'un perdant cherchant gauchement une porte de sortie dans un monde pourri.
Bien entendu la vision de New-York surnommé Crack-city est cauchemardesque, déprimante à souhait avec des enfants sans avenir manipulés par des dealers au nom de l'argent facile et de la loi du plus gros flingue.
Malgré les quelques hoquets que peut provoquer sa lecture, « Envoie-moi au ciel, Scotty » est le parfait livre témoignage pour comprendre le processus de désagrégation et de déchéance des individus et demeure même 20 ans après sa découverte toujours une sacré droite dans la gueule.
Chapeau Mr Guinzburg !
Lien : https://www.blogger.com/blog..
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jpatou
  15 septembre 2013
Ce livre raconte l' histoire d' Ed " sale crétin alcoolique et drogué" laché par sa femme partie avec ses deux enfants. Il rejoint le groupe des Drogués Dures anonymes après une cure de désintoxication. Commence pour lui une nouvelle vie sans drogue mais avec une nouvelle addiction tout aussi dangereuse que l'autre. Ce livre raconte l'histoire d'un homme cherchant par tous les moyens la rédemption dans un monde qui est devenu un enfer ou se mélange accro au crack de tous age, alcoolo au bout du rouleau, une humanité déclassée vivant dans les bas fond de New York.
Ce livre est assez violent et je l'ai trouvé dur lors de sa lecture, même si l'auteur y a mis pas mal d'humour noir à lire au dixième degrés.
A lire les jours de moral
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mecherchepas08
  12 mai 2016
Drôle de bouquin désespéré mais qui n'évite pas l'humour parfois. Beaucoup de drogue dans ce livre au point qu'en tournant les pages on s'en prend plein les narines.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
mgeffroymgeffroy   14 mars 2008
Je m'appelle Ed et je suis un sale crétin alcoolique et drogué.
Quand je débarque chez moi, la drogue enfin larguée, et que je trouve l'appartement vide, ni femme ni mômes, plus de vêtements ni de valises, le dégoût d'avant me remonte à la gorge, un mélange empoisonné de fureur et de nausée souille mes entrailles comme du peroxyde sur une plaie à vif. Qu'est-ce que j'espérais ? des visages épanouis, des sourires et un gâteau ? une fanfare ? Michelle en costume de majorette et lingerie sexy ? Bras ouverts et pardon ? mes jumeaux de onze ans faisant la roue ? Ma mère sénile sortie de sa maison de retraite, jeune et sensée comme avant ? Mon père revenu d'entre les morts ? Je ne sais pas (…)
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encoredunoirencoredunoir   14 décembre 2011
La chambre que Frank occupe à l’hôtel du Duc de Windsor est aussi grande que le cercueil d’un basketteur obèse, et le plafond semble couvert de grillage à poules. Et elle empeste. Le moisi, l’humidité, le tabac froid, la cuisine grasse, les pieds sur une échelle industrielle, et le vomi de dix mille ivrognes. À travers les cloisons minces, ternes et tâchées, j’entends les gémissements des cauchemardeurs, le caquetage des accros du crack, les toux déchirantes et grasses des emphysémateux-à-deux-paquets-de-Pall-Mall-par-jour, qui crachotent comme une flotte de tracteurs décrépits démarrant par un matin glacial d’Alaska. Démarrent, calent, démarrent à nouveau. Concentré de malheur mêlé d’angoisse, de mauvaise santé et de maladie mentale. Arrêt facultatif sur la route de la mort.
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RenodRenod   06 juillet 2019
J'ai retrouvé mon premier amour.
Il lève sa paluche droite tachée de nicotine.
- Ed, je te présente la veuve Poignet, la seule salope qui s'est jamais foutu de ma gueule
- Euh, Frank, excuse-moi si je ne lui serre pas la main.
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sarracinosarracino   29 avril 2016
«Je m'appelle Ed et je suis un sale crétin alcoolique et drogué.»
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melzzoudmelzzoud   22 mai 2021
''Pleure, mon petit, pleure. Ça soulage. Tes larmes, ce sont les stalactites de glace de ton cœur qui fondent."
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