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ISBN : 2264052775
Éditeur : 10-18 (16/09/2010)

Note moyenne : 3.43/5 (sur 935 notes)
Résumé :
La révélation des années quatre-vingt assurément. Le premier livre du sulfureux Ellis, qui n'a alors que vingt ans, est un choc. À sa sortie pourtant, "Moins que zéro" est modérément accueilli par les critiques américains. Il connaît en revanche un énorme succès en France.
L'histoire, un puzzle dont on ne cesse de replacer les morceaux, est celle de personnages interchangeables, jeunes gens dorés sur tranche, désœuvrés et la tête enfarinée. L'un s'ennuie à m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
iris29
  24 octobre 2016
Whaouh ...
Comment résumer ce livre ... bon, c'est l'histoire d'un gamin qui s'appelle Clay . Il a dix-huit ans et vit sur Mulloland Drive à Los Angeles [ y a pire comme adresse et comme âge ...]. Il revient quelques jours chez lui après un séjour en fac dans le New-Hampshire [ y a pire comme vie ...]. Objectif : passer le plus de temps avec ses amis , petits amis, petite copine , amis d'enfance et autres paumés .
Comme Clay et ses potes, croulent sous le pognon et la "trash attitude ", trainer ensemble s'avère être du grand n'importe quoi . Le début est gentil mais on passe vite de "Let's dance" à" I'm waiting for my man "...
De Fêtes en RV avec le dealer, de brèves pauses au bord des piscines en rencontres sordides , rythmées par le son des années 80 , leurs errances atteignent le summum de l'ignominie et de l'autodestruction .
Mais où sont les parents, non de Dieu ?! Occupés par leurs jobs de rêve dans l'industrie du cinéma , ils passent complétement à coté des ultra-modernes-solitudes de leurs rejetons ... Aucune conversation digne de ce nom, aucune lucidité, aucune inquiétude sur la santé de leur progéniture . Parents et enfants se croisent et cohabitent dans deux univers parallèles .
L'auteur avait 21 ans lors de la parution de ce premier roman qui fut accueilli comme le symbole d'une génération , celle des années 80.
Certes dans "Moins que zéro", on écoute MTV, Blondie, Prince, Bowie, Bananarama, Duran Duran. On y compose son numéro de téléphone comme un grand, les portables n'avaient pas encore été inventés ...On lit Glamour et Interview .
Mais pour le reste, je dirais que c'est surtout le portrait d'une certaine classe sociale car ces jeunes n'ont aucun problèmes d'argent . Leurs comptes sont alimentés par Papa sans contrepartie , leurs voitures sont luxueuses et leurs adresses prestigieuses ...
Et s' ils sont paumés, et s'autodétruisent , c'est qu' ils ne s'aiment pas et n'aiment personne , rien , "zéro" . On dirait des papillons qui se cognent aux parois d'une lampe ... Leur vie n'est qu'un ennui abyssal, un vide "ParisHiltonnien "...Du Moins que zéro .
Les regarder s'enfoncer est troublant parce qu' ultra-réaliste .
Je suis incapable de vous dire si j'ai aimé ou pas ... N'attendez-pas de rédemption, de chute, de morale , BEE ne conclue pas , et nous laisse dans le noir, le vide , le néant . . je viens d'apprendre qu' y aurait une "suite" aux aventures de Clay , j'irai y faire un tour (ou pas , le soleil Californien m'a brûlé !) .
Je peux juste vous dire que ce roman est loin d'être un livre pour ados . Ames sensibles s'abstenir . Ça a été bien plus trash que ce à quoi je m'attendais .
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greg320i
  25 septembre 2015
Point trop n'en faut pour résumer Moins que zéro ..
Il vous suffira déjà de lire le titre , voir bien moins même que cela.
Embourbé de trémolos et de mots faciles ,le jeu de l'auteur à situer la hauteur de son ouvrage en-deçà de la terre est du moins honnête .

Réfractaire à tout, à la qualité , à l'intérêt ou quelconque vérité, on en déduira que le vrai du faux est sa volonté de rendre le papier absorbant comme une éponge des plus inutile, son topo au plus ennuyant possible.
Fuyant le désir de façonner une histoire, ne voulant en rien créer ou manoeuvrer la direction des chapitres vers une morale , Bret Easton Ellis se suffit à lui-même. Point barre.

Mais alors ? C'est de la provocation volontaire et oui ,et il est évident que le renoncement est là dessus, pardon dessous, tout à fait réussi .
Vous envisagiez une tentative d'attentat envers votre santé ? Vous croyiez à tord atteindre le bas-fond de votre bonheur ? Attention, vous entrer dans ce livre avec un sérieux avertissement sur la qualité de vie, le risque de vous dire qu'il y a pire..
le MOINS que zéro .
Frigide, insipide voir lapidaire , l'auteur se saigne un titre que beaucoup jugerons sado-maso .
Le topo ( au ras du tapis) : Son héros -s'il peut être caractérisé ainsi- est un jeune homme bizarre, banlieusard richard pour qui tout semble acquis . N'espérer donc aucun effort de justice ou ténacité de ce côté .
Aussi mou qu'un marshmallow ,entre ligne de coke et vide existentiel ,son ciel est un feu d'artifice permanent. Oui-Oui au pays de L'Amérique.
Evidemment Oui-oui à sa voiture , sa belle devanture, son joli côté lisse à souhait, et tout roule comme son joint qui déroule sa fumée rose .
Seulement Cendrillon à sa son bal et son heure donné ,voilà le drame ...
de poupon à qui tout parait facile, poupée-qui-fait-non apparaîtra subitement dans sa tête ( de linotte) , transformant l'abrutissement en une révélation .

Construire un si long préambule pour finalement se retrouver coincé dans une bulle de chewing-gum que tout efface, est-ce bien efficace ? J'en n'en suis pas sûr puisque tout est bien moins que zéro ...
Pâte à mâcher zéro calorie, light de tout soupçons, voilà le ton.
Gare à l'étouffement !
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Aaliz
  07 janvier 2012
Beaucoup de personnes n'ont pas aimé ce livre. Et c'est vrai qu'avec Bret Easton Ellis, on aime ou on déteste, difficile d'avoir un avis mitigé. En ce qui me concerne j'ai aimé. J'ai aimé car ce livre m'a conforté dans ma conviction que l'argent ne fait pas le bonheur. J'ai aimé car, tout au long de ma lecture, je me suis rendue compte que ma vie à moi, aussi plate et insignifiante soit-elle, est tout simplement géniale et que je suis une grande chanceuse.
Clay est ce que l'on appelle un « gosse de riche », ses parents sont extrêmement fortunés, il ne manque de rien. Il a 18 ans, il a tout, peut tout faire, et pourtant il ne vit pas.
Son monde se résume aux sorties, en boîte, au cinéma, dans des bars, à des soirées people. Son entourage se compose de parents divorcés, de deux soeurs frivoles, et de ses amis. Enfin … peut-on vraiment parler d'amis ? Ils sont bien sûr du même milieu que Clay, sont livrés à eux-mêmes par des parents absents qui les ignorent, passent leur temps aux mêmes activités, se droguent, dealent et s'envoient en l'air avec tout ce qui bouge.
Tous les personnages que l'on croise dans ce roman se ressemblent : cheveux blonds coupés court, bronzage. Il y a beaucoup de personnages et j'ai eu parfois des difficultés à me remémorer qui était qui. Et puis il y a cette atmosphère lourde, pesante et malsaine. Il fait chaud en Californie, Clay souffre de cette chaleur, BEE insiste beaucoup sur ce détail et fait de nombreuses allusions au feu ou à des incendies faisant ainsi rapprocher le décor qu'il construit à l'Enfer lui-même : les petits-anges blonds qui ont tout pour réussir se retrouvent déchus et se débattent dans les flammes de la géhenne. Et le pire c'est que Clay a parfaitement conscience de tout ça, il l'avoue lui-même, il ne souhaite plus rien, ne s'intéresse à rien, n'a envie de rien, comme s'il avait baissé les bras et ne pouvait plus que se contenter de subir et de rester passif.
Certaines scènes sont un peu dures et choquantes, d'autres assez étranges. BEE parvient avec talent à décrire et à transmettre au lecteur ce désarroi et ce mal-être. Je me suis sentie aussi mal que Clay à certains endroits et j'avoue avoir ressenti de la pitié pour lui même si je me suis parfois interrogée à son sujet, notamment sur sa manie qu'il avait, plus jeune, de collectionner les articles de faits divers violents et sanglants. Je m'attendais alors à chaque instant à un dérapage, à ce qu'il franchisse la ligne mais au contraire, quand l'occasion se présente il refuse. J'ai donc eu tendance à mettre ça sur le compte de l'adolescence et de l'inévitable attrait que constitue parfois ce genre de choses pour les ados.
Ne lisez pas ce livre si vous voulez de l'aventure et des tas de rebondissements. Non, ce n'est pas ce genre de romans là. Certains se sont ennuyés, je peux les comprendre. Mais c'est justement l'axe de ce roman : l'ennui. Clay s'ennuie, ne trouve aucun sens à sa vie. Je l'ai déjà dit , il peut tout avoir et tout faire sauf qu'il ne peut pas rêver, il ne peut pas avoir d'objectifs, de projets, il sait d'avance qu'il lui suffit de s'y mettre pour réussir. Comment concevoir son existence sans lui donner un sens ? Ce qui finalement nous fait avancer et lever chaque matin n'est-il justement pas le fait que l'on a des défis à relever, des buts à atteindre ?
Mais à ces jeunes-là, ces anges blonds, que leur reste-t-il ? Si ce n'est la découverte de sensations fortes : la drogue d'abord, le sexe jusqu'au viol et la prostitution, la fascination pour un cadavre trouvé dans une ruelle …
Moins que zéro : en-dessous du niveau zéro le monde des enfers.
Moins que zéro : la température dans l'espace, dans le vide interstellaire.
Moins que zéro : le récit du vide de l'existence et de l'enfer sur Terre.
Quelques mots sur le style : un style clair, précis, efficace parfois cru. BEE donne dans le détail c'est-à-dire qu'il raconte chaque geste que fait Clay (pas systématiquement non plus je vous rassure) mais à certains passages ça m'a marqué. Comme si BEE voulait ainsi combler le vide de l'existence de Clay. Les dialogues aussi m'ont surprise. Là où on pourrait voir des répliques inutiles, j'ai trouvé qu'au contraire BEE parvenait à nous retranscrire les dialogues tels qu'ils auraient réellement pu avoir lieu. Des platitudes, là encore pour combler le silence, le vide.
Aussitôt après avoir terminé ma lecture de ce livre, j'ai couru à la librairie me procurer la suite : Suite(s) impériale(s). J'ai hâte de voir ce qu'est devenu Clay.

Lien : http://booksandfruits.over-b..
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colimasson
  14 août 2012
Moins que zéro propose une variation sur la fameuse question de la poule et de l'oeuf... Qui est apparu en premier ? Est-ce la réalité d'un monde inhumain qui a engendré l'apparition en série de clones désincarnés ? A moins que ce ne soit l'existence de ce troupeau de bétail meuglant qui ait fait de la Terre un lieu où personne n'aimerait mettre les pieds ?
A travers son récit, Clay décrit une certaine facette d'un monde qui le renvoie à lui-même. le personnage, tout juste âgé de dix-huit ans (Bret Easton Ellis avait vingt ans lorsqu'il a publié ce livre), rentre d'études pour passer un mois de vacances chez lui. Alors qu'il n'est pas revenu depuis plusieurs mois, et même s'il se doute que rien n'a fondamentalement changé au cours de cette brève période, Clay se prépare déjà à sentir le malaise des retrouvailles.
Pourtant, pas d'effusion entre proches... le père et la mère, qui mènent leur vie séparément, tiennent à leur indépendance et à leur fierté comme à de vieux restes d'une adolescence inachevée ; les soeurs remarquent à peine le retour de leur frère, noyé sous une tonne de ragots bien plus excitants que son caractère taciturne ; les amis ne lui proposent rien de plus qu'un ennui partagé ; et l'ancienne petite amie, avec qui les relations sont ambiguës, reste toujours aussi inconnue que dans le passé. En rentrant chez lui, Clay retrouve ce qu'il avait laissé dans le même état qu'avant son départ. Si quelque chose a été modifié, rien de visible. L'éloignement que le temps a creusé entre lui et ses proches ne se voit pas et ne se dit pas.
Clay retrouve ses habitudes. Les journées vides sont meublées par le sommeil et l'apathie, les nuits par des sorties en boîte, dans des bars ou dans des demeures de riches. C'est l'occasion d'éveiller en soi des sensations devenues difficiles à susciter : il suffit de mélanger alcool, Valium, Témesta et séances de torture sado-maso autour d'une piscine et d'un buffet. L'effet est bluffant mais ne dure pas. En tout cas, Clay en est revenu. Même s'il continue à participer à toutes ces orgies de convention afin de suivre les traces de ses (anciens) amis et parce qu'il n'a rien de mieux à faire, on sent qu'il se tient à une certaine distance de ces spectacles. Regard critique ? Ou désespoir si intense que même ce qui faisait le plaisir de ses journées d'antan ne suscite plus rien en lui ? Clay est surtout marqué par une pensée lancinante : « Les gens ont peur de se retrouver ». Et il ne s'exclut pas de ce constat.
Clay n'indique pas clairement de quelle façon les gens arrivent à détourner cette peur, mais il le fait comprendre à travers une démonstration qui s'étend tout au long du livre : ils essaient d'étouffer tout sentiment. Ils ne sont plus déçus : ils boivent ; ils ne sont plus désespérés : ils prennent du Valium ; ils ne sont plus furieux : ils violent des petites filles ; ils n'ont plus honte : ils tapinent. le tout s'accomplit dans le silence le plus pesant. Clay, victime parmi les victimes, aussi inhumain que tous les autres abrutis autour de lui, décrit ces jours sur le ton du simple constat. On sent que la manière dont se déroulent les choses ne lui convient pas mais il n'espère rien de mieux. Il balade son désespoir et sa résignation au détours de phrases banales, de conversations inintéressantes et de détails sans intérêt -prémisse d'American Psycho. Ce mépris total ressemble presque à un désir absolu de voir se produire une apocalypse digne de ce nom.
« Samedi en fin de soirée nous sommes tous chez Kim. Il n'y a pas grand-chose à faire, sinon boire des gin-tonic et de la vodka avec beaucoup de jus de citron et regarder des vieux films sur le Betamax. Je fixe sans arrêt le portrait de la mère de Kim, suspendu au-dessus du bar dans le salon au plafond élevé. Il ne se passe rien ce soir. »
Ainsi, cette description minutieuse d'un monde creux, peuplé d'une humanité qui sillonne des routes vides, confrontée parfois à des apparitions surréalistes -un coyote écrasé au bord de la route, une voiture en flammes, des Mexicains qui pleurent, autant de signes de la déchéance proche- fait apparaître des images dignes d'un road-movie catastrophe. Lorsqu'on connait l'attrait de Bret Easton Ellis pour la description des crises de fureur qui s'emparent souvent de ses personnages, l'hypothèse d'un déchaînement n'est jamais invraisemblable.
Ce premier livre de l'écrivain n'est pas son meilleur. le regard critique de Clay ne parvient pas encore à s'exprimer avec toute l'agressivité qui fera par exemple la puissance d'American Psycho, et la superficialité des situations décrites à travers son regard donne parfois au texte l'impression d'être vide lui aussi. Pourtant, on sent déjà que l'écriture de Bret Easton Ellis s'imprègne des particularités qui feront sa singularité et son succès dans ses livres suivants. Moins que zéro n'est peut-être pas le livre qui permettra le mieux de se singulariser avec l'écrivain, mais sa lecture intéressera forcément celui pour qui American Psycho a été un grand livre. Il suffirait de se laisser aller à un peu d'émotion pour avouer que Moins que zéro est troublant car il permet le déploiement d'une vision à peine désabusée, mais que l'on sent déjà prête à s'épanouir dans toute son ampleur au fil des livres suivants…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Wazlib
  19 août 2016
Bret Easton Ellis est un auteur surpuissant, et je crois que sur ça détracteurs et fans de toujours peuvent s'entendre. Ses écrits débordent d'une fin du monde terriblement angoissante, et je rejoins l'avis de Fréderic Beigbeder lorsqu'il décrit Ellis comme un chantre de l'apocalypse. Ses romans tracent en l'esprit des sillons complexes, souvent de manière bien soudaine, presque innocente. Pourtant, tous les coups sont permis chez Ellis, et surtout les honnêtes coups, ceux qui respirent la réalité. On ne ressort pas indemne, en général, de la lecture d'un Ellis.
Alors on accuse souvent l'auteur de n'avoir aucune originalité, puisqu'il se répète apparemment de manière inlassable. On l'accuse de ne parler que de drogue, de jeunes en perdition, de sexe, de fric, d'alcool, de ne faire qu''une description minutieuse et sans but d'une génération qui est morte avant d'être née. C'est là bien réducteur. Des romans comme « Glamorama » ou « Suite(s) Impériale(s) » relèvent par exemple d'une intrigue adroitement ficelée. Je n'ai pas lu « American Psycho » (honte à moi!) mais étrangement, je n'arrive pas à me motiver pour le faire. Peut-être pour plus tard. Son chef-d'oeuvre, « Lunar Park » est une autofiction, et est complètement à part dans l'oeuvre de l'auteur. On n'y trouve que peu de caractéristiques de son oeuvre, et c'est au final un livre qui marque durablement. A tout jamais, même, et qui est rentré dans mes dix livres préférés assez facilement.
Mais nous parlons ici de « Moins que Zéro », roman que l'on peut rapprocher de « Les Lois de l'Attraction » et du recueil de nouvelles « Zombies ». Et dans « Moins que zéro », on parle effectivement de perdition. Une perdition affreusement froide, retranscrite à la perfection dans le livre.
Clay rentre du New Hampshire à Los Angeles pour passer les vacances de Noël chez lui. Il y retrouvera ses amis, beaucoup d'inconnus, et sa famille, bien que je sois tenté de regrouper toutes ces personnes en « inconnus ». Car c'est là une des principales caractéristiques de « Moins que Zéro » : on cherche la vie. Il y a une telle déshumanisation du quotidien de ces jeunes gens riches et perpétuellement drogués : s'ils trainent ensembles, ce n'est même pas par amitié, mais parce qu'au fond des ténèbres, ils sont rassurés de ne pas chercher seuls un sens à toute l'absurdité de la vie. Chez Ellis, il n'y a aucune solution, aucune alternative, aucun échappatoire. La situation est bien trop gangrainée par un mal intérieur (on a du mal à se demander si la société a rendu ces jeunes comme cela, ou si c'est l'inverse...). C'est donc pourquoi Clay et ses compagnons de dérive boient, se droguent et regardent MTV shootés au Nembutal, c'est pourquoi ils ne s'endorment plus sans Valium. Il y a trop d'angoisse à contempler le mur dans lequel on va foncer.
C'est là une douloureuse vérité du roman, incarnée par le personnage de Julian. Je n'en dis pas plus, mais d'abord épileptique, il se fait insistant jusqu'à ce que l'on voit son terrible sort. Lui, a déjà foncé dans le mur. Il est déjà tombé dans l'abîme. Et Clay, en spectateur impuissant devant tant de malheur, de tristesse, s'enfonce plus encore dans la déshumanisation. Il devient une île, comme le veut la célèbre expression. Et ceci en se droguant toujours plus. La compagnie est superficielle, et est simulée par des actes sexuels sans passion.
le roman se fracture cependant assez régulièrement, lorsque les voix quittent leur aspect atonique et lorsque les scènes prennent une ampleur qui n'est plus tolérée dans l'indifférence cocaïnée si caractéristique de Clay. Ce dernier ne manifeste aucun sentiment, et rares sont les moments où il réagit à quoi que ce soit. Pourtant, il y a ces fissures invisibles, que l'on repère beaucoup vis-à-vis du personnage de Blair, qui, je le crois sincèrement, a une importance gigantesque dans la stabilité de Clay. En témoignent de nombreux souvenirs que Clay partage avec elle, et cette incapacité à décider de ce qu'elle est. Ce manque qu'il ressent mais qu'il ne comprend pas lorsqu'elle part.Ses sentiments qu'il ne reconnaît plus. Alors on assiste à quelques scènes de remémoration, notamment l'époque où il vivait à Palm Desert, avec sa famille. Les sentiments ne sont plus inexistants, on croit les déceler, et l'espoir ne s'éteint jamais vraiment là-bas. On y découvre un Clay qui croyait encore en la vie, même si c'est peut-être un peu loin. Il était, disons, moins résolu à sombrer dans ce chaos insonore et codifié du quotidien à Los Angeles.
Les fractures se ressentent également (surtout) à la fin, quand pendant une trentaine de pages le roman monte en puissance. On assiste coup sur coup (Julian, le cadavre, l'enfant de douze ans) à des scènes honnêtement terribles, difficiles à la lecture, et on sent une réaction de Clay. Pendant que tout sombre dans l'abîme, il arrive encore à faire un pas pour reculer et se préserver. La plupart du temps, du moins. Et je crois que tout cela se manifeste plutôt bien à la fin du livre où il prend nettement moins de drogues et devient spectateur du désespoir silencieux de ses amis, plutôt que d'en chorégraphier le ballet comme pendant tout le livre. Allons même jusqu'à dire qu'il y une véritable libération finale, lors de sa dernière conversation avec Clay, puisqu'il parvient (enfin) à se confier, à s'exprimer, à expliquer pourquoi il ne veut « pas aimer ».
Alors ce livre est bien, comme le suggère la quatrième de couverture, un « état des lieux glacial de toute une génération ». Néanmoins, je crois qu'il serait une erreur de voir Clay comme un pantin, parfaitement identique à ses amis. Il me semble, avec Blair, en marge de la phase terminale qu'ont atteinte tous ses amis, et cette génération, globalement.
Il n'y a pas de trame narrative, pour ceux qui ne connaissent pas le livre. Il est constitué d'une chronologie parfois brisée de quelques souvenirs calmes, suivant Clay dans ces dizaines de bars, de restaurants, de boîtes de nuits, de cinémas. Suivant Clay qui lui-même ne suit rien mais fuit la réalité. Loin de chercher un sens à la vie, il fuit cette responsabilité, du moins jusqu'à ce qu'elle le rattrape et tente de le sortir de sa torpeur.
Alors oui, « Moins que zéro » ressemble énormément à « Zombies », puisque bien que ce dernier soit un recueil de nouvelles, le style est identique et le récit fort semblable. Mais c'est là la magie d'Ellis : son style minimaliste ne paraît jamais se répéter. Clay fait des dizaines de soirées sur 200 pages et pourtant, rien ne semble rébarbatif. Il y a toujours une expression, une phrase qui nous frappe au corps, nous fait doucement réfléchir. Je crois l'avoir déjà écrit dans une de mes critiques précédentes, mais je trouve qu'une certaine poésie viscérale finit par se dégager de l'écriture d'Ellis. Des phrases très simples deviennent des citations somptueuses à nos yeux, et je suis resté parfois longtemps à réfléchir à une situation, qui dans le sombre désespoir de la vie de Clay, m'apparaissait comme une lanterne, symbolique et belle.
« Moins que Zéro » est un livre condamné, maudit, comme l'affirme cette sempiternelle menace et sentence « Disparaître ici ». Cette question qui n'en est pas vraiment une, répétée une vingtaine de fois dans le livre, trouve sa réponse à la fin. Et le lecteur aussi. A sa plus grande tristesse.
Il n'y a pas de joie dans ce livre. Tout paraît condamné : passé et futur. le présent fuit. On interprète tout cela comme on le veut. Mais qu'on ne critique jamais Ellis d'être inutile pour la littérature. Il y a dans ses écrits toutes les nuances de décadence du monde. Et des lanternes, donc.
Mais pour commencer, je ne saurais trop conseiller de commencer par « Les Lois de l'attraction », traitant du même thème dans le contexte de l'université de Camden, et que j'ai trouvé véritablement moins cruel, moins définitif...
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Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
livre-esselivre-esse   05 août 2018
- Je veux rentrer, dit Daniel à voix basse, avec effort.
- Où ça ? je demande, sans très bien comprendre.
Suit un long silence qui me donne la chair de poule, puis Daniel finit son verre, tripote ses lunettes noires qu'il porte toujours, et finit par répondre :
- Je sais pas. Je veux juste simplement rentrer quelque part.
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livre-esselivre-esse   05 août 2018
La situation se résume à ceci : je suis un garçon qui rentre chez lui pour un mois, je viens de retrouver une fille que je n'ai pas vue depuis quatre mois, les gens ont peur de se perdre.
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colimassoncolimasson   28 août 2012
« Quoi de neuf ? » je lui demande.
« Quoi de neuf ? » elle me répond.
Je ne dis rien.
Elle lève les yeux, étonnée. « Allez, Clay, dis-moi. » Elle cherche dans la pile de vêtements. « Tu dois bien faire quelque chose. »
« Oh, je sais pas. »
« Quesse tu fais ? » elle me demande.
« Des trucs, j’imagine. » Je m’assois sur le matelas.
« Par exemple ? »
« Je sais pas. Des trucs. » Ma voix se brise, le souvenir du coyote me traverse l’esprit, j’ai l’impression que je vais pleurer, mais mon envie passe et je désire seulement récupérer ma veste avant de partir.
« Par exemple ? » elle insiste.
« Que fait ta mère ? »
« La voix off d’un documentaire sur les enfants paraplégiques. Et toi, Clay, que fais-tu ? »
Quelqu’un, peut-être Spit, Jeff ou Dimitri, a écrit l’alphabet sur le mur. J’essaie de me concentrer là-dessus, mais je remarque vite que la plupart des lettres ne sont pas dans le bon ordre, si bien que je demande ; « Que fait d’autre ta mère ? »
« Elle va tourner ce film à Hawaii. Que fais-tu ? »
« Tu lui as parlé ? »
« Ne me demande plus rien sur ma mère. »
« Pourquoi ça ? »
« Ne dis pas ça. »
« Pourquoi pas ? » je répète.
Elle trouve ma veste. « Tiens ».
« Pourquoi pas ? »
« Que fais-tu ? » elle me demande en me tendant ma veste.
« Que fais-tu, toi ? »
« Que fais-tu, toi ? » elle redemande d’une voix tremblante. « Me pose pas ce genre de question, s’il te plaît. Okay, Clay ? »
« Pourquoi pas ? »
Elle s’assoit sur le matelas dès que je me lève. Muriel hurle.
« Parce que…je sais pas », elle soupire.
Je la regarde, je ne sens rien, je sors avec ma veste.
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colimassoncolimasson   23 août 2012
« […] Récemment, tu vois, j’ai fait un rêve où je voyais le monde entier se liquéfier. J’étais debout sur la Cienega, de là-haut je surplombais le monde, et il fondait, il se liquéfiait, c’était tellement fort et réaliste tu vois. Alors j’me suis dit Eh ben si ce rêve se réalise, comment pourrais-je l’arrêter, tu vois c’que j’veux dire ? »
J’opine du chef.
« Comment faire pour changer les choses, tu vois ? Alors j’ai pensé que si moi j’me perçais l’oreille ou quelque chose, si je modifiais mon apparence physique, changeais de couleur de cheveux, le monde cesserait de se liquéfier. J’me suis donc teint les cheveux, et ce rose tient le coup. Il me plaît. Il dure. Et j’crois que l’monde va cesser de se liquéfier. »
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line70line70   19 mars 2011
Je ne veux pas de l'amour. Si je me mets à aimer des trucs, je sais que ça va être pire, que ce sera encore une chose qui me causera du souci. Tout est moins douloureux quand on n'aime pas.
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Videos de Bret Easton Ellis (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Bret Easton Ellis
Mika BIermann Sangs éditions P.O.L: où MIka Biermann tente de dire pourquoi il a voulu écrire un roman horrible et insupportable après avoir lu "Justine où les Malheurs de la vertu" de Sade et "American Pyscho" de Bret Easton Ellis, à l'occasion de la parution aux éditions P.O.L de "Sangs", à Marseille le 12 février 2017 "Chez les Romains, « famille » signifiait réunion de serviteurs ou d?esclaves. Dans l?analyse marxiste, la famille a une origine purement économique et intéressée. C?est aux États-Unis dans les années soixante que l?amour est déclaré ciment familial. Ça va saigner."
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