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Benjamin Legrand (Traducteur)
EAN : 9782221091531
324 pages
Robert Laffont (08/02/2001)
4.15/5   220 notes
Résumé :
Kent Haruf nous entraîne au coeur de cette Amérique profonde que l'on ne connaît pas assez. Nous sommes dans un bled perdu du Colorado : dans le bruissement des éoliennes et le piétinement des troupeaux, des destins se croisent. Une lycéenne demi-indienne de dix-sept ans, enceinte d'un garçon parti sans laisser d'adresse, est jetée à la rue par sa mère. Un prof du lycée du coin tente de s'en sortir avec deux gamins sur les bras après la fuite de sa femme dépressive.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (60) Voir plus Ajouter une critique
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Sincèrement, c'est un sacré Roman. Il y a un mot anglais qui me vient pour le décrire c'est : »Short cuts».
C'est une sorte de file de personnages dans un huit clos géographique .Un village sous un soleil éclatant où la vie est dure à perte de vue .Se dessine ainsi un lieu où se tissent des liens entre les « habitants » victimes et objets de solidarité et de générosité. Mais c'est une sociabilité aussi intelligente et attentive que parcimonieuse et sans effusions. Ces figures densément animées sont souvent au bord du drame à cause d'un certain dénuement et du fait d'épreuves assommantes qui sans être tragiques sont significativement à la limite du drame.
L'auteur mobilise ces réalités avec une sorte franchise réaliste et pudique et comme avec une modération éloquente. le temps s'étire. Il est comme suspendu et en correspondance avec une nature monotone aux actions lancinantes et peu bénéfiques comme la vie des personnages.
Il y a une coloration et une identité culturelle qui suinte très fort de ces pages où la générosité est théorisée par l'exemple et par la pratique endurante. La générosité est présentée comme exigeant autant de retenue que de pertinence avec de la franchise distante pour aider sans blesser. En somme elle est un art.
C'est avec une approche narrative minimaliste que les personnages sont décrits. Pourtant leur présence est palpable et intense au possible. Les paysages lumineux et l'environnement en général font partie du langage de l'auteur et les gens qui arpentent ces pages les découvre à chaque instant, comme le lecteur le fait.
Il y a beaucoup de sens et peu d'action et une sorte de langueur plane accompagnée par quantité de regards et par beaucoup de silences éloquents ,qui font beaucoup de bruits finalement.
L'univers ,l'environnement brossé dans ce texte est une expérience émouvante quasiment métaphysique assez exigeante et dure où le bien et le mal sont clairement dissocié et posé avec peu d'atermoiements, trop peu ?
En tous cas aucun pathos et rien de plaintif ,de dénonciateur ou de racoleur.

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Pour aborder le chant des plaines, j'ai choisi de vous présenter son épigraphe:
"Plain-chant: musique vocale à l'unisson utilisée par l'Eglise chrétienne à l'aube des temps; n'importe quel air ou mélodie simple et sans ornement."

Une épigraphe qui prend tout son sens une fois la lecture du roman de Kent Haruf achevée.

Il s'agit bien d'écouter une douce mélopée émise par de belles âmes pour la plupart:
des âmes généreuses à l'image de celles des frères Mc Pheron, de Maggie Jones,
des âmes en peine ou en difficulté comme celles de Tom Guthrie et Victoria Roubideaux.
Des âmes fortes... qui malgré les tracas quotidiens et les aléas de la vie tendent toutes à retrouver un équilibre qu'elles ont perdu ou oublié.

Un chant harmonieux, une musique jamais triste et monotone mais vibrante.
Un roman d'espérance.

Nous sommes à Holt, Colorado, petite bourgade perdue du Colorado à quelques heures de Denver, la grande ville dévoyée.
Ici tout le monde se connait, et les gens causent dans ce coin d'Amérique
profonde.
Mais les nombreux protagonistes sous le ciel pur du Colorado ont tous une bonne étoile.
Ce roman construit comme une partition que le lecteur déchiffre page à page en écoutant les voix qui s'élèvent à l'unisson, est l'occasion de cheminer dans l'intimité de leur quotidien.
Une écriture coulante, épidermique et caressante pour entrevoir des jours meilleurs.
Un roman qui nous enveloppe, grâce à la sensibilité de l'auteur et à l'authenticité de son écriture, comme un plaid chaud et élimé sous un ciel étoilé.
J'ai beaucoup aimé, c'est tendre et chaleureux malgré les nuits glacés...
Belle découverte.

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Le roman a beau se dérouler au milieu des beuglements du bétail, Kent Haruf ne transforme pas le Colorado en Far West. Il préfère faire vibrer les cordes les plus sensibles d'une poignée de personnages de la petite ville de Holt, se distinguant par leur manière de faire face aux difficultés de la vie avec une humilité et une générosité qui renforcent notre confiance dans le triomphe de la bonté.
L'histoire est à l'image des personnages, simple, sans fantaisie, sans dramatisation. Ce qui intéresse Kent Haruf, c'est la petite musique qui rythme la vie de chacun de ses personnages. Avec une précision et une minutie brutes, l'auteur dévoile leur quotidien avec une économie de mots comme s'il ne voulait pas qu'ils entravent les sentiments qui circulent entre ces individus. Il nous laisse sans distance possible pour être au plus près des personnages muets face à la douleur et qui jamais ne se dérobent face aux coups durs, ils ne cherchent pas autre chose que de consentir à une existence simple, avec amis, famille, maison.
Il n'y a donc pas de sentimentalité mais une douceur et une bienveillance qui se propagent tout au long du texte malgré l'abandon, la solitude, la maladie, le sentiment de perte.

Habité par la maternité sous toutes ses formes, le chant des plaines est dépourvu de toute prétention littéraire, il n'y pas d'exercice introspectif, d'analyse dense ou de lyrisme faulknérien. L'écriture est rudimentaire mais ça se lit pour la tendresse que peuvent susciter les personnages, et pour la célébration de valeurs de dignité et de solidarité qui font d'une petite communauté rurale une famille résiliente.
À lire si vous désespérez de la nature humaine.
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Une écriture dépouillée, simple, sans artifices pour faire partager au lecteur des vies simples, leurs joies, leurs peines, leurs errements, le bien, le mal, dans le Colorado profond, avec la vie d'une bourgade, d'une ferme et de tout un environnement magnifique qui est le cadre de ces histoires.

Car ce sont quelques destinées qui vont se croiser ou se perdre, cheminer ensemble ou s'en aller, telle cette vieille dame, vers une mort solitaire, soudaine, sans doute paisible.

Deux très jeunes frères, encore des enfants, deux vieux frères, paysans bourrus prêts à donner le meilleur d'eux-mêmes, simples dans leur existence, dans leur approche de la vie, du destin, des souvenirs préservés, leur père enseignant, et une très jeune fille, enceinte, sont les principaux protagonistes de ce roman.

Chacun d'eux porte son histoire, les jeunes en découvrant les choses de la vie, le bien et le mal, souffrant de l'éloignement volontaire de leur mère, les vieux découvrant autre chose que les vaches et leurs veaux, et surtout la fille qui va les réunir peu à peu, épaulée par une autre enseignante. Ces destinées vont se croiser quasiment le temps d'une gestation -- durée identique pour vache et femme -- qui enrichira leurs existences.

Les dialogues sont ceux de la vie quotidienne, ils ne s'encombrent pas de mots inutiles, l'essentiel étant toujours dit, sans détour. C'est probablement les échanges entre les deux garçons et entre les deux vieux qui portent la plus grande charge émotionnelle de ce court texte. La fille doit se déterminer seule dans ses choix et ses renoncements.

Et puis, un cadre : celui des grandes plaines du Colorado, de l'élevage des bovins, avec les éoliennes grinçantes, témoins immobiles de la vie qui s'écoule à leurs pieds. Quelques descriptions de tout cet ensemble avec quand même le regret de n'avoir pas suffisamment entendu, de la plume de l'auteur, le chant des plaines.
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L'émotion m'a prise par surprise…
Durant les premières pages, je pensais que « le chant des plaines » de Kent Haruf était un roman de bonne facture, certes, mais qui n'allait pas me captiver plus que cela.
Bienvenue à Hold, une petite bourgade du Colorado où on suit le la vie de quelques habitants, les problèmes de tout un chacun, peut-être quand même un peu plus important pour certains. Et en posant le décor en plein coeur de l'Amérique, les grandes plaines, les chevaux, les ranchs ne sont jamais très loin…

On fait tout d'abord la rencontre avec les membres de la famille Guthrie. La mère semble en dépression, alitée constamment, tandis que ses deux petits garçons Ike et Bobby sont comme beaucoup de petits garçons de leur âge, à la recherche de moments à passer auprès d'elle, inquiets aussi pour sa santé, avec des petits actes pour elle plutôt touchants. le mari Tom est professeur dans un lycée et a des difficultés avec un des élèves.
Une jeune adolescente Victoria, annonçant à sa mère qu'elle est enceinte, se fait virer de chez elle. Elle finit par demander de l'aide à Maggie Jones, travaillant également au lycée. Cette dernière est incroyable, avec son caractère dynamique, le coeur sur la main et la tête sur les épaules.

Ainsi, je les suivais sans déplaisir mais sans non plus avoir le coeur palpitant….
Mais arrivée au tiers du roman, par l'initiative de Maggie, la jeune fille va aller s'installer chez un duo de vieux frères fermiers – Harold et Raymond McPheron. Ils tiennent un ranch et s'occupent de vaches et de chevaux. Ils ne sont jamais mariés, vivent assez loin de la ville, et sont un peu à côté de la plaque question quotidien avec une jeune fille. Normal qu'ils aient alors quelques appréhensions à accepter l'intrusion de Victoria dans leur vie…
Et, là, le coeur chamallow qui sommeille en moi a fondu… Il a suffi de ce moment, des interrogations des 2 vieux (assez croustillantes), de la rencontre entre la jeune fille et les 2 frères pour que je me fasse harponner par l'histoire et les évènements, heureuse de ce rendez-vous que j'avais tous les soirs avec ces protagonistes. J'étais avec eux, avec ces êtres touchants, simples, solidaires, bienveillants.
Bien sûr, certains ont des défauts, d'autres font des choix qui ne sont pas des plus judicieux, mais ça nous ressemble quand même beaucoup. Si j'ajoutais qu'il y a aussi des êtres plus vils, plus mesquins et égoïstes dans l'histoire pour contrebalancer ces personnages, peut-être donnerais-je alors une image fausse de ce roman. On aurait tort de croire qu'il s'agit d'un roman qu'on nomme ‘'feel good'', un peu mièvre, même si, au final, ce récit fait quand même sacrément du bien.

Par sa belle plume sans fioriture, en laissant parfois de la place au silence, à travers son amour de la nature, le Colorado, les personnages qu'il dépeint (qu'il aime je crois tout autant que nous), ajoutés à une pointe d'humour qui n'est pas pour me déplaire, l'auteur parvient à faire entrer une certaine poésie dans ce quotidien, une poésie qui n'est pas sans rapport avec les liens qui se tissent...
Kent Haruf nous plonge dans une histoire du quotidien emplie d'émotions. Il installe dans notre tête une petite musique, ce petit chant des plaines (similaire au chant des sirènes en ce qui me concerne), et instille en nous un peu de chaleur qui croisse au fur et à mesure des chapitres…
Peut-être tout simplement parce qu'on ressent comme « un tout petit supplément d'âme » à travers ces pages, je n'ai pas pu le lâcher, le finissant en pleine semaine à trois heures du matin avec une pointe de tristesse à quitter ces personnages, cette ambiance… et ce petit supplément d'âme qui permettrait de nous sauver…

J'avais déjà lu de cet auteur « Nos âmes, la nuit » il y a quelques années, mais sans conteste, « le chant des plaines » me marquera plus durablement. Merci, entre autres, à Kent Haruf et aux frères McPheron de réussir à nous donner un peu d'espoir et de sourire…
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Il franchit la porte et traversa l'allée jusqu'à son pick-up. Un vieux Dodge rouge passé avec l'aile arrière gauche toute cabossée. Le temps était clair, le jour étincelant, il était encore tôt, l'air était frais et piquant et Guthrie eut un bref sentiment d'élévation et d'espoir. Il prit une cigarette dans sa poche, l'alluma et resta un moment à contempler le peuplier argenté. Puis il monta dans le pick-up, démarra, descendit l'allée jusque dans Railroad Street et remonta les cinq ou six pâtés de maisons vers Main. Derrière lui le pick-up soulevait une nuée poussiéreuse et les grains suspendus en l'air brillaient comme des paillettes d'or dans le soleil.
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Oh, je sais que ça a l'air fou, dit-elle. Je suppose que ça l'est. Je n'en sais rien. Je m'en fiche, en fait,. Mais cette fille a besoin de quelqu'un et je suis prête à prendre des mesures désespérées. Elle a besoin d'une maison pendant ces quelques mois. Et vous, elle leur sourit, espèces de vieux croûtons solitaires, vous avez besoin de quelqu'un aussi. Quelqu'un ou quelque chose d'autre qu'une vieille vache rousse à soigner ou pour qui vous inquiéter. C'est trop isolé par ici. Regardez-vous. Vous allez mourir un jour sans avoir eu assez d'ennuis dans la vie. Pas dans le bon sens, en tous cas. C'est une chance pour vous.
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Mémorial Day. Le jour des morts tombés au champ d'honneur, le dernier lundi de mai. Les deux femmes sortirent sur les marches du porche à la lueur du soir, avec la lumière derrière elles allumée dans la cuisine, visible par la porte ouverte, les éclairant à contre-jour. En dehors de leur différence de taille, elles auraient pu être mère et fille. Leurs cheveux noirs étaient épais autour de leurs visages et leurs traits doux étaient légèrement rougis par la chaleur des fourneaux, à cause du repas qu'elles préparaient. Derrière elles, dans la salle à manger, le couvert était mis sur la able munie de ses rallonges, couverte d'une nappe blanche , de grandes bougies et de la porcelaine ancienne que la fille avait découverte dans les étagères du haut de la cuisine, vieilles assiettes qui n'avaient pas été utilisées depuis des décennies, qui étaient un peu ébréchées et passées, mais encore très présentables"
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Un couverture de l'armée était étalée sur le matelas, elle était allongée, les genoux relevés, ils pouvaient voir la toison humide qui brillait entre ses jambes, ses seins tendres aplatis, ses hanches et ses bras minces, elle était partout de la couleur de la crème, avec des roseurs, ils la regardèrent, très surpris, dans un état proche de la stupéfaction religieuse et d'un effroi respectueux.
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Au bout d'un moment elle se tourna à nouveau et étudia les deux fins pinceaux de lumière qui brillaient à l'extrémité de chacun des volets. De fines particules de poussière nageaient dans l'air à peine éclairé comme de minuscules créatures sous-marines, mais au bout d'un instant elle referma les yeux.
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Vidéo de Kent Haruf
Kent Haruf speaks about his novel "Plainsong".
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