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ISBN : 2351781872
Éditeur : Gallmeister (06/09/2018)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 110 notes)
Résumé :
1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (50) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  12 novembre 2018
1968, le soir du réveillon. Trois matons à genoux, les mains menottées derrière le dos. Face à eux, quatre détenus de la prison de Old Lonesome qui ont décidé de se faire la belle. Huit autres courent dans la nature. Mais, les conditions climatiques épouvantables, des températures glaciales, une neige qui tombe dru, empêchent Mopar, Mitch, Wesley et Bad News d'aller plus loin que cette maison où ils se sont réfugiés. Ils n'auront d'autre choix malheureusement que de la fuir car, bientôt, les gardiens de prison, le directeur Jugg à leur tête, vont les prendre en chasse. Bientôt rejoints par Stanley, un journaliste local, et Garrett, le photographe ainsi que par Dayton Horn, la cousine de Mopar. Une chasse à l'homme sanglante dans cette nuit noire et ouateuse...
Benjamin Whitmer nous offre un roman d'une noirceur implacable, désespérante et d'une force saisissante. Au cours de cette nuit du réveillon, une traque pour attraper les douze détenus qui ont pris la fuite va ébranler toute cette petite ville du Colorado. Fuyards, matons, journalistes en quête d'un scoop et quelques habitants vont se livrer une bataille sans merci. Un scénario de prime abord sans surprise si ce n'était cette violence, omniprésente, qui s'en dégage, cette noirceur étouffante, ces personnages taillés à la serpe, imperturbables, brutaux et immoraux, ce climat, oppressant et étreignant, ce tourbillon d'événements qui s'enchainent. Et que dire de cette écriture lyrique et intense, de cette narration efficiente qui donne voix aux différents personnages, de ces dialogues percutants... Dans cette nuit où seules les silhouettes se devinent, le climat hivernal, véritable personnage à part entière, engourdit les corps et gèle les coeurs. Après Pike et Cry father, Benjamin Whitmer signe là un roman brut, d'une force rare.
Époustouflant !
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Crossroads
  20 décembre 2018
Je la sentais pas cette opération porte ouverte à la prison d'Old Lonesome.
Bilan, douze détenus évaporés dans la nature.
Et une chasse à l'homme, dans les Rocheuses, par ce froid de gueux, c'est pas vraiment fait pour développer le côté bon samaritain de tout traqueur irascible qui se respecte.
Mais le respect, c'est p'us c'que c'était, ma pôv' dame.
Désormais, on fait dans l'efficacité primale, le rendement efficient.
Il manque douze très bons clients à cet établissement de prestige, il nous faut les retrouver, morts ou morts.
Est-ce qu'Évasion vaut le détour, assurément.
Est-ce qu'Évasion nécessite une concentration de tous les instants, indubitablement.
C'est pourtant pas faute d'avoir été prévenu en amont.
Vu le nombre de protagonistes, Évasion tu torcheras en moins de temps qu'il n'en faut pour te demander toutes les deux pages "la vache mais qui est donc ce satané loustic, évadé ou maton ?".
J'ai morcelé le bestiau, séquencé ma lecture, surestimé ma capacité mémorielle au point de me poser encore et encore cette satanée question et donc de casser un rythme qui ne demandait qu'à s'emballer et biaiser un ressenti final certainement pas en adéquation avec la qualité avérée d'un tel récit.
Roman noir de chez noir, Évasion tape fort.
Brut de décoffrage stylistiquement et narrativement, il fait la part belle à l'humain dans ce qu'il a de plus sombre et de plus bestial.
Bien sûr, quelques petites lucioles d'espoir viennent de-ci de-là tenter vainement de percer cette longue nuit sans lune.
L'homme est un loup pour l'homme.
Un animal carnivore qui possède une mémoire collective.
Un prédateur incapable de réfréner ses plus bas instincts.
Aussi, lorsqu'il lui est permis de laisser libre cours à sa férocité naturelle, je vous laisse imaginer le festin de roi.
Évasion est une course contre la mort.
De celles dont on espère fébrilement sortir indemne tout en connaissant pourtant le fin mot de l'histoire.
Évasion est une onde de choc violente, perdurable, qui mérite une attention soutenue sous peine de déconvenue sévère.
J'fais comme Marcel, j'aime instruire en amont...
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horline
  06 décembre 2018
Première incursion dans l'univers de Benjamin Whitmer, et manifestement l'américain fait partie de ces auteurs qui aiment balancer une fiole de nitroglycérine contre le mur qui porte le rêve américain en trompe l'oeil.
Une ville qui a laissé se dresser des cloisons autres que celles de la prison, n'offrant aucune échappatoire à la médiocrité qui use et abîme. Des personnages écrasés par le destin lorsqu'ils n'agissent pas comme des grenades dégoupillées, prêtes à exploser n'importe quand. Et une neige incessante qui, au coeur de la nuit, ne laisse entrevoir aux évadés aucune direction possible dans ces montagnes du Colorado.
Tous les éléments du récit concourent à sculpter l'intrigue dans un bloc de haine glacée, et faire de la traque des évadés le réceptacle des rancoeurs et espoirs abandonnés de chacun. Tout se mélange avec une ignominie crasse, les gardiens de prison, les évadés, les habitants...pas la peine de chercher les héros, il n'y a que des gens pas bien nés ou revenus cabossés du Vietnam qui recourent à la violence comme antidote aux imperfections du ciel.
Une histoire simple et d'une absolue noirceur en somme mais baignée d'un feu particulier, de ceux qu'on alimente avec une langue chargée d'un acide pénétrant. Une écriture franche et sans inhibition, quelques phrases bien balancées, B. Whitmer possède une sacrée voix pour montrer la violence qui construit les personnalités et les choix qui détruisent. Il a cette manière de raconter sans un mot de trop car les mots ont tendance à mettre une distance anesthésiante entre ce qui se passe et notre conscience. Et sous cette neige omniprésente qui dilue la réalité et fait s'étirer le temps, Whitmer parvient à modifier nos propres perceptions. On progresse dans le récit à pas lents face aux images floues et zones d'ombre montrées du doigt et laissées à plus tard. C'est redoutablement efficace.
Pour autant, Évasion est le genre de lecture pour laquelle je suis incapable de dire avec certitude si j'ai aimé ou pas tellement la réalité décrite est tenace et puissante. Elle a laissé un goût de rouille dans la bouche. Avec un certain recul, s'impose la conviction d'avoir découvert un auteur talentueux qui a une aisance à planter ses ongles dans un décor sans ambiguïté ni bons sentiments.
Et avec encore plus de recul, j'ai adoré.
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si-bemol
  03 mars 2019
Douze détenus se sont évadés de la prison de Old Lonesome, Colorado, en prenant quelques gardiens en otage. Parmi ces détenus, il y a Mopar, Howard, Bad News Dixon et Wesley Warrington, qui se sont réfugiés chez la vieille Pearl Greene, dont ils ont investi de force la maison, avec leurs otages. Les autres détenus, eux, se sont dispersés.
Le plan d'Howard - meneur et tête pensante du petit groupe - c'est de s'échapper de la ville et de prendre le large. Sauf qu'au fil du temps et des années, la ville de Old Lonesome s'est lentement fait dévorer par sa prison, au point d'en devenir elle-même une, que la tempête s'en mêle et que rien ne se passera comme prévu.
La sirène retentit pour avertir les habitants de l'évasion en cours et les inviter à se terrer chez eux. Et c'est le signal de la traque…
Menée par le directeur de la prison et ses gardiens, un pisteur professionnel, un journaliste en quête de scoop, un photographe et quelques habitants, elle durera une nuit entière. Une nuit de cauchemar dans le blizzard et le froid polaire de ce 31 décembre 1968, dans ce trou perdu blotti au pied des Montagnes Rocheuses. Une nuit de terreur, de violence et de cruauté durant laquelle sera mis à nu - chez les chasseurs comme chez leurs proies - tout ce que l'âme humaine peut avoir de plus vil, de plus bas, dans un déferlement de haine où s'exprimeront les rancoeurs, les frustrations et toute la malveillance fatiguée d'une poignée de personnages qui trouveront dans cette traque impitoyable un exutoire à leur médiocrité, à leurs petites vies insignifiantes et sans avenir, à leurs désillusions, à leur manque d'amour, à leurs rêves et à leurs coeurs brisés - tandis que nous sont racontées, à tour de rôle, les biographies minuscules de chacun d'entre eux.
A partir d'une intrigue tout ce qu'il y a de plus ténue - la cavale d'une poignée de détenus dans le trou du cul du monde, cette petite ville qui n'est rien d'autre qu' “un endroit où l'on échoue” - Benjamin Whitmer construit un récit d'une rare puissance auquel la nuit, le froid, la neige et la tempête où se croisent les différents protagonistes comme autant d'ombres indistinctes, apportent un surcroît d'angoisse, de malaise et d'effroi. L'écriture est somptueuse, flamboyante, d'une crudité et d'une violence sans concession, au service d'un récit totalement désespéré et d'une noirceur absolue.
Après “Pike” et “Cry Father”, Benjamin Whitmer confirme avec “Évasion”, son troisième roman, toute la maîtrise de son talent et installe encore davantage dans le paysage littéraire un univers singulier qui, livre après livre, porte la voix d'une Amérique dure, brutale, raciste et désenchantée - celle des armes, de la violence et de la haine, celle du désespoir quotidien des laissés pour compte du “rêve américain”, celle de l'alcool, du sexe sans amour et de la drogue.
Benjamin Whitmer est à mes yeux, sans conteste, l'un des grands noms de la littérature américaine contemporaine, ce que m'a confirmé ce dernier roman, “Évasion”, qui a été pour moi un énorme coup de coeur. A découvrir absolument !
[Challenge MULTI-DÉFIS 2019]
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JIEMDE
  23 septembre 2018
À Old Lonesome dans le Colorado, il n'y a ni Dieu, ni maître ; chacun semble s'y débattre avec sa pauvre vie dans l'indifférence polie de son voisin. Encore que si, il y en a un qui fait office de "maître" : le directeur Jugg qui contrôle la prison et à travers elle, l'ordre, qu'il faut coûte que coûte continuer à faire régner pour éviter un hypothétique chaos généré par le réveil des âmes.
Alors quand le soir du réveillon, une douzaine de détenus se fait la belle dans le blizzard, la neige et le froid glacial, il bourre ses gardiens d'amphets et les lâche le temps d'une nuit tels des chiens aux trousses de leurs - faciles - proies. C'est un peu court me direz-vous... Sauf que c'est magistral, et qu'à l'image des plus grands, Benjamin Whitmer n'a pas besoin d'artifices rebondissants façon page turner pour garder son lecteur dans son livre pendant 404 pages.
Car dans Evasion, servi par une atmosphère sombre et angoissante conférée autant par le climat que par la violence désabusée de nombre de ses protagonistes, Whitmer nous décrit une incroyable galerie de personnages, plus paumés, cassés, désespérés les uns que les autres, rarement vus dans l'univers littéraire US. Tu veux un peu plus de teasing ? Commence juste par écouter quelques noms : Mopar, Bad News, L'Étron, Pearl Greene, Shitkick, Dickie Carr... et j'en passe.
Le temps d'une nuit racontée de manière chorale, Whitmer nous dévoile les liens qui unissent toutes ces âmes traqueuses ou souvent, qui les unissaient ; les fêlures creusées au fil des ans ; les rancoeurs accumulées de manière irréversible ; et parfois les petites lueurs d'espoir qui subsistent chez certains d'entre eux, entretenues par la perspective d'un nouveau départ. Mais finalement, tout le monde traque un peu tout le monde...
C'est violent, hard, sec, noir, bien noir, très noir, fleuri et grossier comme il faut, mais écrit dans une langue à la fois dure et pure qui parfois touche à la poésie, une nouvelle fois remarquablement traduite par Jacques Mailhos.
À l'image des plus grands vous disais-je... D'ailleurs un auteur US capable de citer Flaubert et sa mère (!) - "L'amour des mots t'a desséché le coeur, Gustave" - ne peut être que grand, très grand !
Précipitez-vous !
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critiques presse (4)
LePoint   16 octobre 2018
L'auteur de « Pike » revient le temps d'une traque infernale dans le Colorado et ses Rocheuses chéries, pour un résultat un peu moins puissant.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeMonde   28 septembre 2018
Hiver 1968, Colorado. Chasse aux détenus en fuite dans un blizzard propice à la détresse. « Evasion », de Benjamin Whitmer, sombre et violent.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Lexpress   10 septembre 2018
On est donc dans un classique polar de cavale. "Pour tenir le lecteur en haleine avec une intrigue aussi mince, il faut un sacré talent", observe le Prix Goncourt Pierre Lemaitre, dans sa préface enthousiaste. Et Benjamin Whitmer n'en manque pas, en effet.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Actualitte   07 septembre 2018
Avec Évasion, Benjamin Whitmer signe une intrigue violente et efficace avec une galerie de personnages taillée à la pointe du couteau. La langue, crue et cruelle, traduite par Jacques Mailhos, libère la noirceur de l’Amérique « du milieu », dans les années 70.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (80) Voir plus Ajouter une citation
mimo26mimo26   01 novembre 2018
Le détenu

Y en a un qui s’est chié dessus. Mopar Horn ignore s’il s’agit d’un maton ou d’un détenu, mais l’air du salon pulse en alerte rouge pour cause d’odeur de merde. Mopar se frotte les yeux. Il est accroupi contre un piano droit, s’accroche à un de ses pieds incurvés cependant que le monde tente de se dérober sous lui.
— Putain, calmez-vous et on pourra vous desserrer tout ça, dit Mitch Howard depuis le couloir.
Il porte encore la grande casquette de gardien à huit pointes qu’il avait mise pour que les vigiles du mirador ne voient pas qu’il est noir. Elle est trop petite pour lui et elle gigote sur le haut de sa tête quand il parle.
— Quoi? dit Mopar. Putain, qu’est-ce que t’as dit?
Les lunettes à monture fine d’Howard sont de travers à cause de la course. Il les ajuste d’un coup d’index gros comme un avant-bras de nouveau-né. Howard est énorme.
— C’est à eux que je m’adresse.
Il parle des trois matons qui se tiennent à genoux sur la
moquette rouge du salon. Ils ont les mains menottées derrière le dos, et leurs visages sont bouffis comme des tomates d’automne. Deux d’entre eux ont décidé de se calmer, et ils travaillent à maîtriser leur respiration, mais le blond frotte ses menottes contre un de ses talons ferrés. Sa respiration sort par souffles écorchés après avoir franchi le garrot de cuivre, ses épaules enflent sous sa chemise, du sang goutte de ses poignets pour se fondre dans la moquette.
Sang rouge, divan rouge, fauteuils de salon rouges, et
une lampe de table à abat-jour rouge. Même les lumières du sapin de Noël. Mopar s’essuie le front avec la manche de sa chemise de gardien et cligne des yeux pour s’éclaircir la vue.
Mais le putain de rouge reste, partout. Il y a aussi un bruit. Un bruit rouge. Un vrombissement et une palpitation, comme un battement de cœur. Ça vient d’où, bordel? Mopar attrape sa cravate par le nœud, la desserre d’un coup sec, puis l’arrache par le haut et la jette contre un mur.
— Où est passé tout le monde ? dit-il. Putain, où est passé
tout le monde ?
Personne ne lui répond. La vieille femme est courbée sur le divan, cheveux fanés tirés en un petit chignon comme un bout de bois qu’elle se serait planté dans le crâne avec un clou de sept centimètres. Les deux autres détenus, Wesley Warrington et Bad News Dixon, sont affalés sur des fauteuils du salon. Il n’y avait pas assez d’uniformes de gardiens pour tout le monde, alors ils sont encore vêtus de leurs pantalons et vestes en jean de détenus.
Dans cette pièce, il n’y a personne d’autre. Il y avait eu au
moins douze gars qui s’étaient échappés par la porte nord.
Mopar s’en souvient.
— Putain, où sont passés les autres? dit-il.
— Ils se sont tirés, dit Howard. Y a plus que moi, toi, Warrington et Bad News. C’était notre plan.
— Je me souviens pas de ça. C’est pas un plan que j’ai entendu avant. Putain.
— C’est mon plan à moi, dit Howard. Te tracasse pas ta
petite tête de con pour ça.
— Putain. Merde. (Son cerveau enfle. Mopar respire par la bouche. Sa tête est sous pression, prête à exploser.) Ils ont sonné l’alarme ? J’ai pas entendu l’alarme.
— Ça va aller, vieux, dit Howard. Concentre-toi sur ta respiration.
Mopar a envie de se déchaîner sur lui avec son fusil scié
artisanal. Traite-moi comme un putain de con et je te repeins les murs en rouge. Un rouge encore plus rouge. Et ce bruit dans sa tête, encore, ce vrombissement. Comme une pulsation de sang dans les murs de la pièce. Respire.
Par la fenêtre, les montagnes scintillent, hirsutes et grises
derrière la neige qui tombe, sous un soleil comme une lanterne qu’on abaisserait entre les pics. Mopar regarde. Travaille à se calmer. Respire, tête de nœud. C’est le premier coucher de soleil que tu vois en dix ans. Respire.
Le maton blond continue à se débattre avec ses menottes. Il a des cheveux fins comme des cheveux de bébé, et dessous, il a le crâne rose. Soudain, ses yeux s’exorbitent et le gauche se met à pisser le sang, capillaires explosés. Il tombe la tête en avant et convulse comme un mille-pattes sur un poêle.
— Donne-leur du mou, dit Howard à Mopar. Donne-leur du mou avant qu’un de ces enculés de bouseux crève.
Il me parle comme à un putain de gosse. Mopar n’aurait pas bougé le petit doigt même s’il avait pu. Ces matons peuvent crever.
— J’y vais.
Bad News se lève de son fauteuil. Ils avaient fabriqué leurs
garrots à l’atelier de la prison. Une boucle de fil de cuivre et une poignée en bois. Bad News fait se lever le maton blond en tirant sur la poignée derrière sa nuque, le fil s’enfonce dans le cou, un collier de sang se forme. Le visage du maton passe du rouge au violet et sa langue enfle entre ses lèvres. Bad News tire encore puis laisse l’homme retomber sur ses genoux, torse droit. Mais il ne lâche pas la poignée.
— Active, dit Howard. L’est pas prévu que ces bouseux claquent pour le moment.
— Ça me dérangerait pas trop, dit Bad News.
Il est jeune et nerveux, a des airs de type souffrant d’un trouble de la personnalité borderline. Ses yeux exorbités ne sont que pupilles. Il dit que c’est le LSD qui a cramé ses nerfs.
Il dit que si tu prends assez de LSD, on te déclare juridiquement
fou. Il dit qu’il en a pris encore six fois plus que ça et que si tu le crois pas t’as qu’à demander à l’autre salope, là-bas, à Boulder. Sauf qu’on peut plus rien lui demander du tout.
Le maton blond essaie d’agripper le fil qui lui enserre le cou. Bad News tient toujours la poignée.
— Lâche-le, dit Howard à Bad News.
Bad News fait tourner la poignée et détend le fil de cuivre.
Le maton tombe vers l’avant, tousse. Vomit sur la moquette.
Bad News donne du mou aux deux autres, qui se crispent tous les deux en sentant sa main se serrer sur la poignée.
— Tu vas regretter de pas avoir tué ces fils de putes, dit-il.
— Je vais rien regretter, dit Howard. Essaie de voir si tu peux gratter des trucs à manger.
— Viens, Warrington, on y va, dit Bad News.
Ils passent à côté d’Howard et sortent du salon.
Howard regarde la vieille femme sur le divan.
— Comment tu t’appelles?
La vieille femme a le regard ailleurs, fixé sur rien de précis.
Elle ne semble pas affectée par ce qui se passe autour d’elle.
Elle tourne la tête, pose ses yeux gris sur Howard.
— Pearl, dit-elle.
— Tu es mariée, Pearl?
Elle sort une cigarette roulée et une allumette de cuisine de la poche de son tablier et l’allume. Elle secoue l’allumette et la jette sur la moquette rouge – cette moquette est la sienne mais elle paraît s’en foutre.
Howard l’écrase sous la semelle de sa chaussure d’uniforme.
— Va falloir que tu me répondes.
— Si j’avais eu un mari, je vous l’aurais dit.
— T’es une vraie dure, hein? Un fils, peut-être ?
Elle souffle sa fumée vers le faux plafond en fer-blanc
gaufré.
— Donc t’as aucune fringue qu’aucun de nous pourrait
mettre ?
Elle regarde Howard comme on regarderait une merde de chien écrasée sur le tapis.
— Le petit peut essayer les miennes.
— On est tombés sur une garce finaude, dit Howard. Si t’es toute seule ici, alors pourquoi y a trois voitures devant chez toi?
— J’ai pas dit que j’étais seule.
Howard se gratte un bouton entre les deux yeux.
— D’accord, dit-il. On reprend tout. Qui d’autre vit ici?
— J’ai des pensionnaires, dit-elle. Dont deux ont une voiture.
— Et ils sont où, là, putain?
Bad News revient dans le salon, suivi de près par Warrington. Bad News porte une besace, la donne à Howard avec un petit sourire.
Howard ouvre le sac en cuir. Puis le referme.
— Des pensionnaires?
Les yeux de Pearl ne vacillent pas. Pas même un tout petit peu.
— J’imagine que ça ne vous surprend pas, dit Howard aux matons. Le genre de pensionnaires que Pearl héberge.
(Il ouvre de nouveau le sac.) Elles viennent de partout pour te voir, hein? Tes pensionnaires, Pearl?
— J’ai perdu mon mari en quarante-neuf. (Elle dit cela comme si un animal vivant juste à l’intérieur de son visage lui dévorait toute volonté de se taire.) Au cours de l’évasion. Il a été tué par l’un d’entre vous.
— J’étais pas en prison en quarante-neuf, dit Howard.
J’avais dix ans, putain.
— Je marche dans la rue et je vois ces murs, dit-elle, je ne fais rien d’autre, et ça suffit pour me rappeler pourquoi je fais ce que je fais.
— Je parie que tu caches un paquet de billets quelque part qui te le rappelle aussi, dit Howard. Un gros paquet de billets.
— Les femmes qui viennent chez moi ne sont pas du genre à s’encombrer d’un gosse, dit Pearl. Les femmes qui viennent chez moi n’avaient rien demandé aux femmes qui les ont fait naître.
Si vous ne croyez pas qu’elles se foutent tout pareillement de leur descendance, alors vous n’aurez qu’à regarder autour de vous quand ils vous recolleront au trou à Old Lonesome.
— Tu es une femme aigrie, dit Howard. Aigrie à l’égard
du monde. C’est ça ton problème.
— Non, mon problème, c’est vous. Vous tous.
Et elle ne veut pas seulement dire eux tous, dans cette pièce. Elle veut dire eux tous dehors, partout.
— Aigrie et desséchée. Tu détestes le monde parce qu’il ne t’a jamais fait mouiller. (Howard ouvre le sac et en sort un objet long, métallique et moche.) Si tu nous disais plutôt où tu caches ton magot, hein? Tu vas nous le dire, ou on te défonce avec ça, histoire de voir si t’as encore des bouts qui vivent à l’intérieur.
Elle irradie de mépris par chacun de ses pores, mais on voit à sa tête qu’Howard se trompe. Elle n’est pas aigrie. Elle a juste le cœur brisé par sa vie et par tous ceux qui sont venus à elle en trimballant leur propre cœur brisé, en quête de quelque chose pour l’extirper de leur corps. Mopar se demande si ça a jamais fonctionné.
— Sous mon lit, y a une latte de parquet qu’a plus de clous, dit-elle. C’est là.
Howard fait un signe de tête à Bad News et Warrington.
— Allez me chercher ça, dit-il.
Mopar frotte son pantalon crasseux. Il a l’air d’avoir été impliqué dans un tragique glissement de terrain. La neige
avait à peine commencé à tomber quand ils sont sortis de la pris
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BazartBazart   04 octobre 2018
Pour le moment. Howard balance un coup de tuyau vers le crâne du maton. Le maton rentre sa tête dans ses épaules pour l’éviter, mais le tuyau le cueille à hauteur de l’oreille et il tombe sur le flanc contre les jambes de Pearl. Howard frappe de nouveau et le cuir chevelu du maton s’ouvre, pelé comme une peau de raisin. Il s’effondre un peu plus entre les jambes de Pearl. Pearl le repousse d’un coup de pied et il tombe sur le sol en faisant un bruit mat. — T’es une garce charitable, lui dit Howard. Ça aurait pu être ton mari !
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marina53marina53   21 novembre 2018
En prison tu construis ton temps. Tu fais des piles de temps avec le claquement des cuillers sur les assiettes en fer, avec l’odeur du nettoyant industriel et l’odeur de la sueur, avec les pas et les pas sur le goudron de la cour, avec les visages plats des matons comme des trucs gravés à l’eau-forte sur un mur en béton, avec les ampoules nues de 200 watts qui vrombissent pendant que tu te branles dans une poignée de pommade, avec le sifflement et le cliquetis des tuyaux dans les murs, avec les petites tapettes aux mentons secs et aux lèvres gercées. Tu empiles ça comme un château de cartes, et Mopar venait de réaliser qu’il n’en pouvait plus de faire des piles.
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marina53marina53   14 novembre 2018
C'était la fatigue d'une femme qui avait passé l'intégralité de sa vie à regarder l'intégralité de sa vie se désagréger. Vous voyez tous les espoirs que vous ayez jamais eus se faire balayer comme de la neige par le vent. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien que cette chose microscopique qu'est votre propre personne. Et puis vous attendez que ça aussi, ça se fasse balayer.
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marina53marina53   13 novembre 2018
Toutes ces choses que vous vous dites que vous ne revivrez jamais. Ces trous dans lesquels vous vous jurez de ne plus jamais tomber. Mais il y a plus de trous dans lesquels tomber qu'on ne peut en compter, et seuls ceux qui passent leur vie entière en terrain sûr peuvent les éviter tous. Pour le reste d'entre nous la vie consiste à y tomber et à en ressortir.
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