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EAN : 9782491241001
Éditeur : Editions du Faubourg (16/01/2020)

Note moyenne : 3.27/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Cette histoire pourrait être intitulée Les Malheurs de Marco Bueli. Qu'on se rende compte : trois licenciements à 36 ans quand on est issu d'une grande école d'ingénieur ! Il faut dire qu'il a tout pour agacer, faire des envieux, car cet homme est beau, très beau. Mais il est fatigué de faire des sourires, de séduire malgré lui et de finir par se faire avoir. Marco a décidé de se défendre et d'aller en justice pour discrimination liée à l'apparence physique. Après t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  23 mai 2020
Les malheurs du trop beau Marco
Dans une tragi-comédie fort bien documentée, Emmanuelle Heidsieck raconte les déboires d'un homme trop beau pour être honnête. Un roman qui est aussi une réflexion piquante sur la judiciarisation croissante de notre société.
À priori Marco Bueli a tout pour réussir. Sorti ingénieur de l'école polytechnique de Lausanne, il trouve rapidement un emploi. Mais son expérience professionnelle va être courte durée, tous comme les suivantes. Trois licenciements consécutifs qui le poussent à réagir. Car il a cerné les causes du mal, il est trop beau! La preuve? «La première fois, sa supérieure hiérarchique lui a fait des avances. Elle était séduisante, il a cédé, il a fini par avoir une aventure avec elle. Elle avait un petit côté Pénélope Cruz. Elle semblait très accrochée. Ce n'était pas du harcèlement, elle lui plaisait. Naturellement, elle était mariée. Cela ne se termine jamais bien ce style d'histoires dans l'entreprise. C'est toujours le subordonné qui trinque. Licencié pour motif personnel.» du coup, il a voulu changer d'univers et, sur le conseil de son oncle, s'est orienté vers une banque privée. Mais cette fois le poste n'était pas fait pour lui. L'erreur de casting étant dû à une chef des RH qui a succombé à ses beaux yeux. le troisième fois, au sein de la direction Stratégie et Développement du groupe Daym, il a été victime de la jalousie de ses collègues qui n'ont cessé de la harceler jusqu'à ce qu'il cède la place. Un triple échec qu'il entend ne pas laisser sans suites et engage le combat sur le terrain juridique.
Après tout, il n'est pas le seul dans son cas et peut s'appuyer sur de nombreux cas similaires, notamment aux États-Unis où, plus qu'en France, on n'hésite pas à porter plainte pour à peu près tout et n'importe quoi et réclamer des millions de dommages et intérêts. En portant l'affaire devant les prud'hommes, il veut se persuader que la «discrimination fondée sur l'apparence physique» fera jurisprudence.
Tout le sel du récit tient ici aux références à des faits divers, des livres, des séries télévisées et des films et mêmes des contes dont on peut imaginer comment un juge pourra traiter l'argument.
Et à propos d'arguments, la seconde partie du roman, baptisée «Making-of», va pouvoir les détailler et en tester la pertinence à travers un groupe de parole qui, comme un choeur de tragédie grecque, va servir ici de caisse de résonnance avant un épilogue dont je vous laisse goûter la teneur et découvrir si les «Trop beaux» auront gain de cause.
Emmanuelle Heidsieck a le style efficace, sans fioritures, l'ironie mordante et un ton moderne, mâtiné d'anglicismes. Autrement dit, le texte colle parfaitement au propos pour le plus grand plaisir du lecteur.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Lencreuse
  23 février 2021
Après son troisième licenciement à 36 ans – bien qu'issu d'une prestigieuse école d'ingénieurs -, Marco Bueli décide d'assigner son dernier employeur aux Prud'hommes pour discrimination. Marco est beau, trop beau : voilà la cause de tous ses problèmes. Au milieu d'un groupe de paroles, genre Alcooliques Anonymes où la perfection physique semble être la seule tare, Marco va se sentir moins seul et au fil du temps asseoir la légitimité de sa demande.
Le propos peut prêter à sourire tant il paraît superflu et incongru dans un monde qui n'a de cesse de nous vendre des corps retouchés, signes d'une perfection instillée par la publicité. le coach du groupe libère la parole, appuyant à coups de références littéraires, historiques ou statistiques, le sentiment des participants d'avoir finalement jusqu'ici vécu en victimes de leurs propres corps. Trop beaux·belles, les membres du groupe à la plastique irréprochable se racontent : les jalousies dès la cour d'école, parfois même au sein des familles, les entraves ici et là parce qu'ils·elles attirent trop la lumière, la solitude parfois de ces êtres trop parfaits nés dans un monde qui n'arrive pas à les accepter complètement, tant ils le renvoient à sa propre imperfection.
Un roman original certes – relevant l'absurdité d'une société individualiste où tout prétexte peut devenir matière à procès – mais qui m'a tenue sans cesse au bord du chemin, les nombreuses références (dont le coach inonde les membres du groupe) altérant, à mon goût, le fil narratif. Mais paradoxalement, ce sont ces références que je retiendrai, pour la lumière nouvelle qu'elles m'ont apportée sur certains de nos classiques, notamment les contes. Là où l'on a l'habitude d'étudier la figure du méchant, Emmanuelle Heidsieck interroge, elle, les (trop) gentils beau et belle. de quoi aller replonger dans les livres (oui encore!).
Lien : https://31rstfloor.wordpress..
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Cathy_lit
  17 février 2021
Bonsoir
Dans le cadre du challenge Varions les éditions sur instagram j'ai lu Trop beau d' Emmanuelle Heidsieck aux Éditions du Faubourg. Peut-on être trop beau et cela peut-il être discriminant ? c'est ce que nous raconte l'histoire de Marco. Il faut voir ici une critique de la société qui veut voir dans chacun la victime d'autres et la « judirification » de notre système. Marco est brillant et trop beau il a subi 3 licenciements à 36 ans pour des raisons souvent de jalousie. Et il décide de porter plainte aux prud'hommes. Un petit livre fort intéressant qu'il convient de lire au second degré. Faut il aller dans ce sens ou pas ?
Quatrième de couv. Cette histoire pourrait être intitulée Les Malheurs de Marco Bueli. Qu'on se rende compte : trois licenciements à 36 ans quand on est issu d'une grande école d'ingénieur ! Il faut dire qu'il a tout pour agacer, faire des envieux, car cet homme est beau, très beau. Mais il est fatigué de faire des sourires, de séduire malgré lui et de finir par se faire avoir. Marco a décidé de se défendre et d'aller en justice pour discrimination liée à l'apparence physique. Après tout, les Américains ont montré la voie et la législation française le permet. Croyez-le, sa beauté ne l'a pas aidé dans sa carrière, il a souffert.
À travers le personnage du sublime Marco Bueli et de sa détermination à obtenir réparation, ce roman dépeint ironiquement les excès d'une politique de lutte contre les discriminations qui permet, aujourd'hui, à tout un chacun de se considérer comme victime, légitime à se plaindre. Dans la continuité de ses précédents romans, Emmanuelle Heidsieck pointe ici avec acuité le démantèlement du modèle social français face à la montée de l'individualisme. La concurrence des plaintes entre les discriminés de tous ordres n'annonce-t-elle pas la dislocation de la société ?
Emmanuelle Heidsieck est une romancière qui mêle la fiction littéraire aux questions politiques et sociales et décrit, souvent de façon grinçante, des héros se débattant dans un monde qui tourne de moins en moins rond.
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sorcika01
  04 février 2020
Trop beau
Marco a tout pour plaire : il est beau. Jamais il n'a du se forcer pour attirer l'attention. Tous les regards se tournent instantanément vers lui. Famille, amour, travail : tous sont à ses pieds. Pourtant, il se retrouve au tribunal. Licencié trois fois, il doit se rendre à l'évidence. C'est son aspect physique qui en est la cause. Trop beau : il attire aussi toutes les jalousies. Ses collègues n'en peuvent plus de passer au second plan. Ils lui mènent la vie dure. L'égalité des chances est pour tout un chacun et il compte bien faire comprendre qu'il est victime d'un délit de belle gueule.
Le livre est très court (100 pages) et je suis complètement passée à côté. Je n'ai vraiment pas compris où l'autrice nous amenait. A prendre au premier ou au second degré ? Ce Marco est-il réellement à plaindre ou se moque-t-on de lui a travers ses petits (faux ?) problèmes ?
Beaucoup de références dans ce court récit et pourtant elles reviennent toutes systématiquement (amateurs de Downton Abbey et Desperate Housewives vous y trouverez votre compte).
Le quatrième de couverture nous annonce dénoncer l'individualisme et l'extrême liberté qui nous permet de nous plaindre de n'importe quel détail dérangeant dans notre vie. Ok ! Mais alors il aurait fallu développer un peu plus...
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WhiteRose
  25 février 2020
Lu dans le cadre de l'opération Masse Critique, je remercie donc Babelio ainsi que les Éditions du Faubourg. Un petit livre agréable qui se lit rapidement, j'ai beaucoup aimé le ton, l'écriture, et l'originalité du sujet. Il est question ici de fait de société, et plus particulièrement de lutte contre les discriminations, notamment dans le monde du travail. L'auteure dénonce, à travers l'histoire un peu surprenante de Marco (qui estime avoir été lésé à cause de sa trop grande beauté), certains excès conduisant finalement tout un chacun à se plaindre pour tout et rien et à se considérer, à tord ou à raison, comme victime. Mais bien qu'il faille donc sans doute voir ironie et humour dans ce récit, je ne l'ai cependant pas ressenti sous cet angle là, car Marco m'a beaucoup touchée, et personnellement il ne m'a pas semblé ridicule ni excessif. Et j'ai adoré sa “plaidoirie” ! Je l'ai trouvée remarquable et vraiment bien menée. On retrouve pas mal de références aussi, à des personnages célèbres, à des contes, des séries télévisées etc. Ce n'est pas du tout mon genre de lecture habituel, je ne connaissais pas l'auteure, mais je pense que je me pencherai sur d'autres de ses ouvrages car c'est une jolie découverte.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   23 mai 2020
INCIPIT
PLAINTE EN JUSTICE
On a le droit de se plaindre? On peut en vouloir à la terre entière? C’est cela dont il parlait? La rage? Je la sens qui vient. J’en ai assez de faire des sourires. Je peux parler de lassitude? Je peux dire que ce n’est pas un fait exprès? Je n’y suis pour rien. C’est de naissance. Et pourquoi? Je n’en ai aucune idée. Personne n’en a aucune idée. Personne ne s’est d’ailleurs jamais posé la question. Mes parents m’ont accueilli comme une bénédiction, ont remercié le Ciel, les fées, ont fini par considérer que ce cadeau venait les récompenser. De quoi? On ne sait pas. Parce que vous croyez que c’est un cadeau? Ce serait une chance! Mais on la paye combien? Pendant combien de mois, combien d’années? Ad Vitam. C’est cela, la vérité. Vous ne savez rien de ce que l’on vit, rien de ce que l’on subit quand, par le plus grand des hasards, on attire tous les regards, quand on est, je vais finir par le dire, quand on est beau. Ma tante Inès, je m’en souviendrai toujours, a dit un soir en parlant de Villepin qu’il était d’une trop grande beauté. « C’est mauvais en politique, cela n’est pas passé », a-t-elle dit. « Nous, on a pu penser que son discours de l’ONU était un grand moment, glorieux, mais la presse anglaise l’a éreinté en le traitant de bellâtre. C’est mauvais. » C’est ce que disait tante Inès. « La mort de Gérard Philipe? Non, cela n’a rien à voir avec son physique, quoique... » m’a-t-elle dit. Quoique! Un cancer du foie à trente-six ans. Quoique ! Vous voyez le soupçon absurde, il faut l’entendre. C’est le sort du jeune premier. Elle racontait que sa mère, médecin des dispensaires antituberculeux de l’Oise dans l’Entre-deux-guerres, disait souvent : « Ce sont les plus beaux types qui attrapent la tuberculose. » Elle en a vu pendant vingt-cinq ans... elle en a vu… les plus beaux types. C’est tout, elle ne donnait pas d’explication. Il fallait voir ma tante affirmer des choses pareilles à son sublime neveu de trente-deux ans. Le mettre en garde, le chercher, lui prédire la peste. Il fallait rester détaché, penser qu’elle déraillait, lui garder son affection. C’est mauvais. Les bronches, les poumons. Vous ne pouvez pas comprendre.
(Je croyais qu’elle était moche madame Pompidou, elle était pas mal, en fait)
Pardon, une pensée m’a traversé, je reprends, je reprends. Bien. Donc. Est-ce qu’on peut dire qu’on n’a rien demandé? Ce n’est pas la peine, ce regard narquois. Justement, je veux dire la difficulté, je sais très bien que cela peut paraître insensé, mais pour une fois, pour la première fois depuis que je suis né, je veux dire. Écoutez-moi. Personne ne m’a jamais écouté. De toute façon, je n’ai pas osé. On reste silencieux, avec sa veine, son don de la nature. On a intégré très vite, à deux ans, c’est fini, on a compris que l’on devait se taire. Qui pourrait bien s’intéresser à ce que l’on peut ressentir? À trois ans, on teste, on reteste, on rereteste, encore et toujours le même succès. Après, c’est bien ancré, ça marche, l’institutrice, le copain, la grand-mère, je ne parle pas des parents, ils planent, toujours en contact avec les fées, ils croient aux miracles, ils méritent ce présent. La vie est bonne avec eux. Ils sont radieux. C’est marquant, ce n’est pas neutre. C’est une vie étrange. Aujourd’hui, je prends mon courage à deux mains, je me lance. Oui, tant de facilité, c’est perturbant pour nous autres. Depuis tout ce temps – j’ai trente-six ans –, depuis toujours, être adulé. Vous ne pouvez-vous figurer les multiples dangers. Le plus grand? C’est de sourire sans réfléchir. Personne ne peut y résister, c’est un chef-d’œuvre que l’on éclaire, la bonne lumière. Rosalind le dit si bien : Cécélia chérie, tu ne sais pas comme il est dur d’être... ce que je suis. Si je baisse la voix, les yeux ou que je lâche mon mouchoir dans un bal, mon cavalier m’appelle au téléphone tous les jours de la semaine. Que de malentendus... Le sourire doit être maîtrisé, rarement utilisé, avec précaution, intention. Savez-vous ce que cela nous fait d’être présenté? Tiens, Lola, je te présente Marco, Camille, je te présente Marco, Samia, je te présente Marco, Marie, je te présente Marco, Luce, je te présente Marco, Thelma, je te présente Marco, Anne-Laure, je te présente...
Ne pas trop sourire, ne pas trop sourire. Savez-vous ce que c’est d’avoir grandi, d’avoir eu quatorze ans, d’avoir eu seize ans, les premières sorties, d’avoir eu vingt ans en prépa, dans les bars, les fêtes, les dîners? Clac, d’un regard, on repart avec celle que tous convoitaient, clac on décide de repartir sans elle et la voilà désespérée.
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hcdahlemhcdahlem   23 mai 2020
La première fois, sa supérieure hiérarchique lui a fait des avances. Elle était séduisante, il a cédé, il a fini par avoir une aventure avec elle. Elle avait un petit côté Pénélope Cruz. Elle semblait très accrochée. Ce n’était pas du harcèlement, elle lui plaisait. Naturellement, elle était mariée. Cela ne se termine jamais bien ce style d’histoires dans l’entreprise. C’est toujours le subordonné qui trinque. Licencié pour motif personnel. p. 54
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hcdahlemhcdahlem   23 mai 2020
Un groupe qui se penche sur les discriminations subies par les gens comme nous et envisage la beauté comme un critère aussi valable qu’un autre. Elle détermine et façonne les vies, elle n’est pas choisie, elle n’est pas le résultat d’une volonté. Avant de me lancer dans l’aventure, j’étais au plus bas. Trois licenciements, vous imaginez? Major de promotion de l’École polytechnique de Lausanne et trois
licenciements. Le groupe de parole, je ne vais pas vous raconter, c’est très spécial, il faut le vivre. Le seul lieu où l’on n’est pas considéré comme des enfants gâtés. Ce n’est pas comme une thérapie avec un psy. On a développé des thèmes: la jalousie que l’on suscite, les effets dans le monde du travail, la violence du vieillissement. Après, avec ceux du groupe, on est liés, pour l’éternité. On dit des choses incroyables, il y a des sanglots, de l’émotion.
Vous ne mesurez pas la richesse de l’expérience. C’est pour cela que vous me voyez déterminé. Je suis fort, je suis incroyablement décidé. Je vais vous faire réfléchir.
Je vais parvenir à modifier vos pensées, à bousculer vos certitudes. Les discriminations en raison de l’apparence physique sont une réalité. Vous vous devez d’en tenir compte. Sur d’autres portes, j’ai vu marqué « typés-noirsarabes-basanés », j’ai vu « femmes », j’ai vu « seniors », j’ai vu « handicapés », j’ai vu « anorexie-obésité », j’ai vu « chauves-crépus », j’ai vu « arrestations au faciès », j’ai vu « étrangers », j’ai vu « travestis-transsexuels », j’ai vu « voilées », j’ai vu « quartiers-cités », j’ai vu « grandes- trop grandes », j’ai vu « chirurgie-lifting-Botox », j’ai vu « trop vieux », j’ai vu « délégués syndicaux », j’ai vu
«salariés protégés», j’ai vu «gros culs», non qu’est-ce que je dis, je n’ai pas vu «gros culs». p. 19
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hcdahlemhcdahlem   23 mai 2020
Je vous lis ce témoignage d’une attachée de presse de trente-trois ans, Anne, une bombe. Question : Quel est l’impact de votre physique sur votre vie professionnelle? Réponse: Cela me nuit. Dès que je change de poste, je dois toujours prouver que je ne suis pas complètement décérébrée. Je n’invente rien. Catherine Millet le pense aussi: Pour l’esprit commun, on ne peut pas tout avoir et il est entendu qu’une personne qui a la beauté ne saurait avoir en même temps l’intelligence. – J’ai moi-même partagé cet esprit commun... J’ai manqué d’ambition ; sans renoncer à lire Claudel, Balzac et Lamartine, j’aurais dû me faire refaire
le nez. On ne peut plus clair. Et que dites-vous donc des sarcasmes qui ont accompagné la nomination, il y a quelques années, de ce trentenaire à la tête d’un grand média? N’est-ce pas dégradant d’avoir suggéré qu’il n’avait pas la formation, l’aptitude, le profil? N’est-ce pas condamnable d’avoir laissé entendre que c’est sa beauté, une beauté à couper le souffle, qui expliquait la décision? Il aurait fait chavirer un ministre. Il faut s’y arrêter. C’est un exercice. Imaginez seulement que le poste ait été attribué à un quinqua, bedonnant et rougeaud. Qui donc serait allé lui reprocher son IEP de province? Ça va? Vous commencez à me suivre? Il y a quelque chose d’imparable, non? p. 31
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hcdahlemhcdahlem   23 mai 2020
Beauty Pays, c’est le titre de l’ouvrage de l’Américain Daniel Hamermesh, professeur d’Université. L’économie de la beauté, aux États-Unis, est une matière, une science enseignée, elle se nomme «pulchronomics». On étudie les liens de causalité physique-rentabilité. Nous sommes au service des actionnaires, nos traits parfaits gonflent leurs chiffres d’affaires. Comment ne pas s’indigner? Le cours de bourse d’une société est en partie corrélé à la beauté de son PDG. C’est ce que révèle l’étude de deux chercheurs du Wisconsin qui ont examiné l’effet beauté-cotation de six-cent-soixante-dix-sept dirigeants, via leur site anaface.com, créé pour définir, en toute objectivité, l’indice d’attractivité faciale. Comment ne pas protester? Laissez-nous tranquilles. Ne faites pas d’argent avec nos nez, nos jambes, nos fesses, nos narines, nos fossettes, nos mentons. Ce n’est pas humain. Entendez-le, par pitié, par pitié. p. 35
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