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ISBN : 2226396314
Éditeur : Albin Michel (15/01/2018)

Note moyenne : 2.83/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Peintre des sensations et des sentiments, Judith Hermann renoue, après un premier roman, avec l'art de la nouvelle qui l'a révélée. Elle l'affine et s'impose comme l'une de ses plus grandes voix, dans ce recueil où l'on retrouve toute la finesse et la mélancolie de l'auteur de Maison d'été, plus tard, mais surtout son talent pour capter, en peu de mots, le mystère et la subtilité des choses. Quelle proximité avons-nous avec les gens que nous aimons ? Que se passe-t-... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  07 janvier 2018
Dans ce livre, Judith Hermann nous propose dix-sept nouvelles assez inégales par la densité et le contenu, abordant les relations parfois éphémères entre les gens, la nature des sentiments et leur labilité.
Les textes sont très courts, et on ne voit pas toujours où l'auteure veut en venir. Souvent elle se répète, redit les choses d'une autre manière, avec une petite nuance ce qui, dans des textes aussi courts, peut parfois donner l'impression de meubler et engourdir l'esprit du lecteur par la monotonie, le ton monocorde utilisé.
Sur ces dix-sept nouvelles, cinq ont , en fait, retenu mon attention :
Dans « Poèmes », l'héroïne raconte les rencontres avec son père, malade pendant de longues années, interné dans un hôpital psychiatrique, et notamment l'une d'elles où elle lui apporte des gâteaux choisis avec soin, et revient sur les actes répétitifs, les rites dans leur relation. Elle lui lit des poèmes, car c'est la seule chose qui l'intéresse encoure un peu, afin de garder un lien avec lui. Elle analyse très bien dans ce texte la manière dont le parent s'enferme dans sa maladie, radotant parfois, utilisant tout à coup un langage dont il n'était pas coutumier… ce parent qu'on ne reconnaît plus vraiment…
Dans « Témoins », deux couples se rencontrent ; c'est la pleine lune, et l'un d'eux raconte les pas de Neil Armstrong sur la lune et ce que cela a provoqué chez lui et la citation est significative de ce côté répétition, dans le style de l'auteur :
« Et il a dit qu'il faisait une tournée de conférences, il était en route pour parler de la lune. Pour parler de ce que la lune avait fait sur lui. Et j'ai dit, qu'est-ce que la lune a fait de vous, et il a dit, la lune m'a démoli. Voilà ce qu'il a dit. Il a dit, la lune m'a bousillé. » P 58 « Témoins »
Dans « Pollen de peuplier », des amis se retrouvent, boivent, tout à coup, surgit une odeur de fumée, c'est le pollen de peuplier qui se consume tout seul. S'en suit un questionnement : Que sait-on vraiment de l'autre ? Que peut-on se dire quand on se revoit au bout de nombreuses années sans donner de nouvelles ? « Avec qui au juste elle a passé presque toute sa vie, passé plus de la moitié de sa vie. »
Cela permet aussi une réflexion sur la nature de l'amour, se consume-t-il aussi de manière spontanée ?
« Selma repense parfois à la nuit du pollen de peuplier. A l'expression combustion spontanée, à ces termes techniques. Elle se dit que l'amour pourrait être une combustion spontanée, mais l'idée même est instable et elle la rejette. » P 89 « Pollen de peuplier »
L'auteure propose une belle réflexion sur le désir d'enfant et l'adoption dans un couple, dans « Cerveau » et une approche de psychanalyse et de son intérêt ou ses limites dans « Rêves »
Judith Hermann raconte des instants vécus entre des êtres, des liens ténus de ces rencontres, parle de ce que l'on ne maîtrise pas, de l'ineffable, de la place de rêves ou des rêveries…
J'ai mis beaucoup de temps à lire ce recueil, je me suis même endormie plusieurs fois sur certaines nouvelles de quelques pages… Je ne sais pas si l'emploi du ton monocorde par l'auteure est voulu ou s'il s'agit de son style habituel… désire-t-elle par ces répétitions faire allusion au côté routinier de l'existence?
Je précise que il m'arrive d'avoir des soucis avec les nouvelles : souci pour les lire parfois, plus souvent pour en rédiger une critique, sauf quand il s'agit bien sûr de mes auteurs préférés : Maupassant, Balzac ou Zweig ou plus récemment E.E. Schmitt …
Je suis donc restée sur ma faim, mais heureusement, je lisais en parallèle un petit livre passionnant sur les couleurs dont je vais parler très bientôt…
Je remercie néanmoins vivement Babelio et les éditions Albin Michel qui m'ont permis de faire la connaissance de Judith Hermann et c'est rare quand je suis déroutée par un livre proposé par Masse Critique dont j'attends la prochaine opération avec toujours autant d'impatience.
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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cicou45
  26 décembre 2017
Ouvrage reçu dans le cadre de Masse Critique, je tiens à remercier Babelio ainsi que les éditions Albin Michel pour l'envoi de cet ouvrage. Judith Hermann est une auteure que je ne connaissais absolument pas et que je n'aurais probablement jamais connue sans eux, ne me serais d'ailleurs même pas tourné vers ses écrits et ce, à tord. Certes, ce recueil de dix-sept nouvelles m'a probablement plus déstabilisée qu'autre chose mais je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, ni même que j'ai adoré d'ailleurs, juste que j'ai été troublée, ce qui prouve que je n'ai pas été insensible à cette lecture. Ayant très peu l'habitude de lire des nouvelles, ce qui m'a d'abord perturbée est, en plus de leur brièveté, le fait que cela se termine souvent avec une fin ouverte, laissant le lecteur se apporter sa propre interprétation, qui doit indéniablement changer d'un lecteur à l'autre mais aussi du message que l'auteure à voulu faire passer. Ici, le lecteur fait la connaissance de plusieurs personnages qui se croisent, se rencontrent, s'aiment ou se fuient et chaque nouvelle se penche sur un épisode, triste ou heureux de leur existence. Il n'y a jamais de début ni de fin, juste un moment marquant, un fait divers qui peut paraître anodin mais que Judith Hermann a réussi à transformer en un instant unique dans l'existence de tous ces personnages fictifs, avec de temps à autres, la mention d'autres auteurs, bien réels ceux-là. D'ailleurs, je crois que la nouvelle que j'ai préféré est non pas celle qui a donné son nom à ce recueil à savoir "Certains souvenirs" mais celle intitulée "Rêves" car dedans y est justement mentionné Truman Capote (auteur que je chérie plus que tout). Cette nouvelle est troublante plus que les autres et se place à merveille dans le genre de nouvelle qu'écrivait ce regretté auteur avec son côté obscur et presque machiavélique que le lecteur ne décèle que tardivement. Voilà de quoi il en retourne :
Effi et Teresa sont deux amies et longtemps, Effi a laissé planer le mystère avec ses trois RDV par semaine. Avait-elle un amant ? Non, elle suivait simplement une psychanalyse. Pourquoi ? le lecteur l'ignore mais Effi ayant une tendance à toujours se souvenir de ses rêves et a en faire part à Teresa, ce n'est que bien des années plus tard que cette dernière comprendra enfin, alors qu'elle est elle-même allongée sur le même divan du psychanalyste en question, toute la potée de ces rêves étranges et l'impact que ceux-ci ont eu sur sa propre vie.
Je ne vous en dis pas plus car c'est là que se trouve tout le mystère et l'interprétation libre que chaque lecteur s'en fera, même si celle-ci se fait assez facilement, contrairement à certaines autres nouvelles du présent recueil.
Un ouvrage qui se lit très rapidement, extrêmement bien écrit mais encore une fois, je ne peux que conclure en disant : déstabilisant ! A découvrir !
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Guylaine
  29 décembre 2017
Lorsque j'ai reçu le mail de Nicolas Hecht me proposant de recevoir ce livre contre une critique sur Bebelio, j'ai un tout petit peu hésité… je ne suis pas une bonne lectrice de nouvelles, j'aime que les histoires me gardent au chaud contre elles, longtemps… Mais dans ce mail, il y avait aussi deux extraits de journaux allemands, un du Berliner Zeitung qui disait : « Elle distille, sur dix-sept histoires courtes, cette musique reconnaissable entre toutes, dont la prévisibilité se fissure, dont le son est à la fois saturé de nostalgie et tout rempli de désirs insatisfaits. » et un de der Spiegel qui disait : « La précision froide avec laquelle Judith Hermann raconte ces histoires désespérées vous coupe le souffle. », ma curiosité était piquée !
Et je ne regrette pas du tout ce voyage, ce périple à travers ces 17 nouvelles, 17 souvenirs, 17 épisodes de vie qui auraient pu vous arriver à vous ou à moi, qui vous sont peut-être arrivés, 17 moments suspendus…
Judith Hermann a une façon d'écrire très particulière, elle installe son histoire, ce souvenir qui ne lui appartient pas, avec beaucoup de soin, de précision, de poésie. Au fil de son écriture, il y a une sorte de tension qui s'installe, on se demande où cela va nous mener, comment cela va aboutir, et puis elle achève en une phrase ou deux, elle ne conclut pas réellement, nous laisse sur notre fin, sur notre faim…
Je trouve qu'il y a quelque chose qui tient du haïku dans cette façon d'écrire ou tout du moins de finir ses nouvelles. L'auteur utilise les mots, bien sûr, mais le sens se fait au-delà… J'ai peur de ne pas être très claire dans ce que j'essaie d'écrire, et j'en suis sincèrement désolée. Retenez que j'ai été bousculée par ce recueil et que je vous invite à mettre le nez dedans !
Je remercie sincèrement Babelio et les éditions Albin Michel pour ce joli cadeau 😊
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Floyd2408
  05 janvier 2018
Judith Hermann maitrise l'art de la nouvelle, son premier recueil connu un succès important dans son pays, l'Allemagne avec Maison d'été, en 1998, puis continuera avec d'autres recueils, Alice en 2011,en autre et aussi publiera un romans, Au début de l'amour en 2016. Cette auteure Allemande aime la nouvelle et avec Certains souvenirs, elle continue comme un architecte, ce kaléidoscope de souvenirs diverses des 17 nouvelles, à construire cet édifice d'émotions et cimenter les petites choses qui bouscules des destinées. J'ai aimé plonger ma critique dans toutes ces petites histoires pour capter au plus profond le nectar même de l'écriture de Judith Hermann et emprisonner ces 17 nouvelles dans mes griffes et vous les faire partager et vous donner envie de vous y plonger.
Charbon, première nouvelle de ce recueil respire à merveille la poésie diffuse de Judith Hermann. Tout débute par le déchargement du charbon, cet or noir pour se chauffer, 7 tonnes à véhiculer à l'intérieur, à la main, ces anonymes dans l'effort au coeur de leur ferme travaillent lorsque cet enfant à vélo rompt cette cérémonie pour dévoiler la trame nouvelle, cette dramaturgie absconde. Une tendre douceur sombre enveloppe cet enfant, celle de sa maman, morte par amour, s'isolant en elle-même pour s'éteindre, laissant cet héritage lourd à son fils unique de 4 ans, devenu orphelin utérin, adopté par ces travailleurs où soudain leur charbon se transforme en hosties dans les mains de cet enfant.
Fétiche est une douceur étrange, comme un souffle de vent léger transportant cette petite histoire légère de ce jeune garçon de sept ans, venant près du poêle de cette roulotte où attend Ella dehors dans la pénombre du soir tombant lentement sur ce paysage statique. Dans ce décor, trône au loin cette maison solitaire, des drapeaux fades Tibétains, usés par le temps sont accrochés aux arbres, avec des autres roulottes inconnues côtoyant celle d'Alla qui attend toujours son Carl, cet homme mystérieux. de cette longue attente dans cette roulotte de cirque, cette petite maisonnette à l'effluve des deux corps de ce couple ou pas, Alla et Carl, naitra cette rencontre. Une curieuse conversation s'installe entre ce petit garçon est cette femme seule attendant, puis cette photo mystérieuse de ce garçon désirant l'offrir à tout le monde, que tous refus comme Ella pour devenir une flamme incertaine et furtive, comme cette rencontre, Ella et ce garçon unit dans cette nuit près du feu, comme une brulure tendre s'évaporant dans l'incertitude du moment, devenant un rêve, un mirage, une rencontre.
Solaris est un conte étrange, les mots sont comme fuyants, cet empilement savant de phrases embrase l'incertitude, comme un rêve de petites filles avec cette promesse enfantine de rester toujours ensemble dans cette demeure d'étudiante. Deux jeunes femmes Ada et Sophia, la première étudie la photographie, le seconde le théâtre à l'école supérieur d'art cohabitent un appartement aux couleurs de leur âmes différentes, séparé par une porte à deux battants, coulent deux vies opposées, pour s'éteindre par la vie d'une séparation mais toujours des nouvelles entre des ces deux femmes. Solaris semble être un conte, un rêve, un souvenir, une atmosphère de songe caresse cette nouvelle, les décors, les personnages sont comme des fantômes, les années s'évaporent, Ada et Sophia se retrouvent, chacune vivant sa vie, elles sont devenues mères, chacune de trois enfants puis le théâtre les réunis, Solaris est la pièce où Sophia jouera, où leur vie se bouscule encore une fois.
Poèmes, reste une prose curieuse de la relation d'un père âgé au bord de la folie, perdu dans un asile et sa fille lui rendant visite avec des gâteaux achetés à la pâtisserie du bas du bâtiment où son géniteur rode dans son mal être poétique. Subtil, cette nouvelle absorbe l'errance névrotique invisible et loufoque de la peur des poèmes, de cette fièvre rongeant ce père à la dérive sous le regard de sa fille et de son mari.
Lettipark trouble de son intemporalité, de cette petite histoire légère d'une rencontre visuel de deux femmes Elena et Rose, au passé commun d'un homme Page Shakusky. Ce décor banal, une caisse d'un magasin, des courses sur le tapis, une caissière puis ces deux femmes avec leurs hommes respectifs, un Indien pour Elena, l'autre Paul, de cette rencontre silencieuse, Rose n'oublie pas leur stigmate charnelle, puis cet album photo du Lettipark pour Elena, confectionné par amour par cet homme Paul, coureur de belle fille comme Rose aussi qui l'avait éconduit. L'amour est ce rêve d'un visage, hantant les soirs, le souvenir se grave en soi, pour séduire encore et encore notre force d'aimer. Rose n'oublie ce moment d'avoir été pour Page ce visage et imagine Elena dans Lettipark, son passé, cette rencontre sans mots est troublante d'émotion.
Témoins est une petite scène dans un décor de café populaire avec deux couples, l'un au bord de la crise Ivo et la narratrice, l'autre, Henry et Samanta, cette dernière doit remplacer Ivo à son poste à l'institut. Ce repas coule les anecdotes de chacun, sur le poisson, la lune, leur rencontre et Neil Armstrong. Celle de l'homme de la lune est si belle, si poétique, si agréable qu'elle enchante la narratrice d'un émoi tendre.
Avions en papier à cette magie enfantine de rompre cette réalité humaine, celle d'un entretien d'embauche celui de Tess, mère célibataire de deux enfants, Luke malade et Sammi aux prémices de la maladie. Alors la jeune maman se prépare avec ses deux enfants, demande à un ami, Nick, sans préciser s'il est son petit ami de venir garder les deux malades en herbes, il aime ces deux enfants, même s'il n'est pas le père, une tendresse s'installe, dans la relation entre cette femme et cet homme, un jeu savoureux, comme un vieux couple, chacun connaissant l'autre. Pour émerveiller les deux garçons, ils fabriquent des avions en papier avec leur nounou pendant que leur maman se trouve à cet entretien pour ce travail dans un service de psychiatrie. Ces avions amusent les enfants, devenant source de défit, battre le record de durée de vol. Toujours cette poésie des petites choses venant adoucir la réalité troubles, tel un entretien d'embauche !
Îles est une réminiscence du passé, d'une photo Iris se reconnait plus jeune avec Martha puis vagabonde ses souvenirs pour faire resurgir l'histoire de cette image. Judith Hermann avec cette douceur même erre dans le passé pour sublimer l'éphémère essentiel. Martha et Iris semble vingt plus tard prisonnière de cette photo et de ce passé où les souvenirs s'estompent.
Pollen de peuplier reste une nouvelle sur un moment précis qui à la base semble insignifiant, une anecdote dans un souvenir plus vaste, une visite où le vin s'ouvre et les petits amuses bouches s'ensuivent. Un couple unit depuis vingt-sept ans, Robert et Bojana que rend visite la narratrice Selma, séparé depuis peu de Markovic, frère de Bojana, l'ambiance est agréable, les conversations sont usuelles. le souvenir de cette soirée se grave dans cette minuscule anecdote du pollen de peuplier à la combustion facile, provoquant un feu de fumée faisant intervenir les pompiers, mais dans le souvenir de Selma cette réflexion perdure, elle se dit l'amour pourrait être une combustion instantanée, mais l'idée même est instable, et la rejette. L'instabilité semble être l'adage de cette nouvelle, l'amour se meurt et les personnes se quittent, même Bojana et Robert.
Certains souvenirs est le titre du recueil de Judith Hermann, il exprime avec exactitude l'esprit de ce livre, le lien du passé gravant ces lettres de noblesses dans cette empreinte de la vie qui creuse ce sillon incertain que l'on dirige selon nos rencontres, nos choix et notre volonté. Maude loge dans une chambre chez Greta, une veuve octogénaire, âgée de plus trente ans, elle travaille dans un restaurant mexicain comme serveuse, depuis six mois, elle vit dans cette maison avec cette vieille femme, entourée des souvenirs de cette dame, de ces livres qui habillent le décor du séjour, et comme une étincelle, un moment passé s'éclaire dans l'esprit de la vieille femme, celui au lac d'Iseo, lieu de vacances où doit partir Maude pendant deux semaines, laissant Greta toute seule avec sa vieillesse et sa solitude. Ce souvenir étrange, dramatique, comme une protection, de l'inquiétude de Greta qui essaie de protéger maladroitement Maude.
Cerveau est une nouvelle plutôt étrange, la parcourt d'un couple Philipp, quinquagénaire et sa compagne Déborah, quinze ans sa cadette pour avoir un enfant, décide d'adopter dans une agence qui accepte ce couple hors sociétale, un père trop âgé, qui confie que des enfants d'origine russes. Mais cette petite histoire se fissure lentement, le cerveau devient le personnage centrale, comme un fantôme venant hanter ce couple avec leur enfant de trois adopté, cet enfant au doux nom slave Alexeï, rebaptisé Aaron plus tendre au goût des parents, statique de leur enfant sans saveur, autiste ou pas.
Lettre est escapade froide de vieux amis d'enfances vers un endroit appelé terre très lointaine, comme un pèlerinage. Walter et sa femme Edna, un couple âgé, lui ancien ophtalmologiste, devenu un « petit dingue », aimant ses racines germaniques pour s'abreuver de ces livres en langue allemande, il philosophe, il est ingénieur, il est très intelligent, nous aimerions être de sa famille pour le côtoyer et vivre sa générosité, comme la narratrice faisant un détour pour lui rendre visite.
Rêves est comme le titre de cette nouvelle, un songe lointain, deux amis l'une après l'autre se sont fait psychanalyser par le même professeur, le Dr Gupta, un homme énigmatique. La première Effi, pendant trois ans avait ce mystérieux rendez-vous, puis venait rejoindre son amie Teresa au café Youri Gagarine. Puis ce rêve d'Effi racontée à son amie, étant l'héroïne Teresa comme par un transfert épouse ce rêve et sombre pour avoir recours à ce Dr Gupta et de même rompre son amitié avec son amie pour l'éviter. Un ricochet tinte la nouvelle, l'une après l'autre elle se plie à cette psychanalyse pour se perdre dans ce rêve abscond ou réel.
Est est une nouvelle assez différente des autres, elle est au présent, pas une anecdote passée mais une petite scène actuelle à Odessa, ville Russe. A la sortie du train un couple Jessica et Ari sont à la recherche, non pas au grand dam de sa femme d'un hôtel, mais d'une personne proposant des chambres comme le souhaite le mari. Judith Hermann propose une situation cocasse, tendre et critique aussi, celle de ce pays pauvre face au confort occidental recherché par Jessica. Cette femme aime pouvoir avoir la joie d'un chambre à la hauteur de ses envies mais elle se retrouve dans les bas-fonds d'Odessa, une prostituée, un frigo poussiéreux, une chambre pittoresque cachée dans une sorte de bidonville silencieux, se fracture alors ces deux mondes, les autochtones pauvres et ces touristes d'un milieu financier aisé.
Retour éveille une romance lointaine, endormie dans l'oubli de la vie. le retour de Ricco, ami d'enfance de la narratrice enfante les souvenirs de ces deux amis, de la maternelle à la fuite de Ricco vers sa destinée, laissant enceinte son amie, lui, trouvant refuge dans une carrière de solitude mais pécuniaire. Lorsque les souvenirs cachent une absence invisible, celle de l'essentielle, la pensée réelle d'une amie, l'amitié féconde unissant leurs âmes, leurs esprits, leurs êtres.
Croisements, encore une nouvelle surprenante sur la croisée des chemins, celui oxymorien de deux mondes s'affrontant, deux classes sociétales. Un propriétaire André, peu bavard avec ses voisins, Patricia et Vito, loue sa maison à une famille, plus ou moins spéciale, une tribu au sens morale inexistant, une mère détestable, deux filles étranges et un fils voyou, le père en prison de temps en temps après ces crises violentes conjugales. Ce passage de cette famille entrainera l'acquisition de cette maison par ce couple, comme une aubaine, André âgé ose vendre pour faire fuir cette famille destructrice. Un mal pour un bien, un mal pour un bien peut-être !
Mère dernière nouvelles de ce livre clôt avec tendresse et douceur ce recueil de vies. La famille semble aller au-delà du sang lorsque coule dans nos veines une amitié d'une vie comme la maman de la narratrice, avec sa meilleure amie Margo et sa mère. Une jolie nouvelle mélancolique, le secret réside dans le coeur de chacun, une vie s'épaissit des autres et leur amitié.
Bonne lecture à vous sera ma conclusion, merci à masse critique pour m'avoir choisi pour ce recueil et me faire découvrir Judith Hermann.
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tynn
  06 janvier 2018
Je ne suis décidément pas une lectrice de nouvelles.
Et ce n'est pas ce livre que me réconciliera avec le genre.
Je me vois flottante, accrochée à rien quand il s'agit à chaque chapitre de changer de personnages et d'atmosphère. Je ne suis donc pas la mieux placée pour émettre un avis qualitatif car ces recueils me semblent posséder quelque chose d'inabouti, une identité volatile qui fait oublier la narration aussi vite que lue.
Y -a- t-il même un récit dans ces instantanés de vie où la délicatesse prime au détriment du fond. C'est peut-être l'essence même des nouvelles, cette élégance un peu convenue pour savoir dire les petits riens avec un sens aigu de l'observation.
Judith Hermann raconte des rencontres, des instants fugaces. Ça n'a parfois pas grand intérêt, ça reste flou et superficiel par principe d'écriture, d'autant que celle-ci ne m'a pas faite vibrer par une personnalité propre ou par originalité.
Un livre ressenti comme décevant et abandonné en cours de route. Je remercie la « compère » Babéliote qui en a fait un compte rendu circonstancié, voire explicatif, me permettant ainsi de prendre de la hauteur sur l'ensemble, sans en subir l'ennui insidieux installé dès les premières pages.
Cet avis n'engage que moi, car je le redis: je ne suis pas une lectrices de nouvelles... et pourtant je tente de soigner régulièrement ce blocage littéraire.
(Un remerciement néanmoins à Masse critique pour la confiance)
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   28 janvier 2018
À l'époque, [mon père] s'exerçait à supporter des poèmes. Il essayait de lire un poème sans s'effondrer, et je dois dire que c'était pour lui d'une difficulté extrême et surprenante. Nous faisions l'exercice ensemble ; sinon il n'y avait pas grand-chose que nous aurions pu faire ensemble dans cet établissement – il avait emprunté un gros volume de poèmes à la bibliothèque, il ouvrait une page au hasard et me demandait de la lui lire à haute voix. Et il y avait des jours où un seul vers était déjà de trop pour lui, des jours où le simple vers « les mouettes ont toutes l'air de s'appeler Emma » lui était insupportable, où un vers comme « nous restâmes assis sous l'aubépine jusqu'à ce que la nuit nous ravisse » l'aurait tué.
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cicou45cicou45   26 décembre 2017
"Mais ma mère a éludé ces questions. De toute évidence elle estimait que ces questions ne méritaient même pas qu'on en parle. Elle a changé de sujet, est passé à autre chose ; elle semblait savoir, ai-je pensé par la suite, que de toute façon les questions de ce genre trouvent d'elles-mêmes leur réponse tôt ou tard.
Elle le sait."

'Nouvelle "Ma mère")
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cicou45cicou45   24 décembre 2017
"Selma repense parfois à cette nuit du pollen de peuplier. A l'expression combustion spontanée, à ces termes techniques. Elle se dit que l'amour pourrait être une combustion spontanée, mais l'idée même est instable, et elle la rejette."

(Nouvelle "Pollen de peuplier")
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Eve-YesheEve-Yeshe   08 janvier 2018
Sa mère nous avait montré qu’on peut mourir d’amour. Elle était la preuve vivante qu’on peut mourir d’un cœur brisé, elle s’était enfermée en elle-même par amour. P 14 « Charbon »
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Herve-LionelHerve-Lionel   24 décembre 2017
Le Dr Gupta est un homme réservé, presque passif. Il laisse à peu près toutes les questions sans réponse, il laisse à peu près toutes les questions ouvertes, comme s'il était d'avis qu'il n'y a de réponse valable à aucune question, ni d'explication pertinente pour aucune décision. Il ne croit apparemment pas que l'on puisse aller au bout d'une quelconque pensée, il suppose peut-être que derrière chaque élucidation émerge de toute façon une nouvelle difficulté. Il laisse Teresa seule dans son épais taillis d'hypothèses et de constatations désordonnées et, malgré tout, il est important qu'il soit là, qu'il se tienne à la lisière, une figure vague qui a cependant une dimension stable.
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Depuis l'Englischer Garten de MUNICH, Olivier BARROT présente le livre "Maison d'été, plus tard" de Judith HERMANN, édité par Albin Michel.
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