AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 233009728X
Éditeur : Actes Sud (07/03/2018)

Note moyenne : 3.46/5 (sur 45 notes)
Résumé :
Machara Akio est un homme ordinaire qui mène une existence ordinaire d'employé de bureau. Il vit avec sa femme, son fils et sa mère vieillissante. Un jour, il reçoit un appel de son épouse au travail. La chose est inhabituelle. La demande qu'elle lui fait l'est encore davantage : revenir immédiatement à la maison. Elle refuse de lui en dire plus mais la panique qu'elle entend dans sa voix le convainc de partir aussitôt. A son arrivée, sa femme lui apprend que leur f... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacCulturaLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Antyryia
  08 mars 2018

Pas toujours facile d'élever des adolescents de nos jours ...
Sans vouloir généraliser, il faut souvent négocier leurs crises de rébellion, alors même que l'autorité parentale devient obsolète.
Ils savent tout mieux que vous, et en cas de désaccord votre expérience ne fait plus de vous qu'un vieux con à leurs yeux.
Ils peuvent être insolents, ils ne décollent plus le nez des réseaux sociaux, constamment absorbés par leur ordinateur ou leur smartphone.
Les résultats scolaires passent au second plan, seules les fêtes où circulent alcool et substances illicites trouvent désormais grâce à leurs yeux.
Ils attendent que vous soyez toujours disponible pour eux, et il leur semble en contrepartie tout aussi naturel de ne jamais l'être pour vous.
S'ils ont plus ou moins conscience de vos sacrifices financiers ou du temps que vous passez pour eux, ils estiment que c'est tout naturel.
Ils n'ont finalement plus besoin de vous que pour manger ou laver leur linge ( et vite de préférence ! ) : Pour le reste ils sont en revanche assez émancipés pour gérer leur vie telle qu'ils l'entendent.
Eh bien vous ne le saviez peut-être pas, mais finalement vous avez de la chance.
Celle de ne pas avoir un adolescent comme Naomi à gérer.
Ce n'est pas du linge sale que Maehara Naomi, quatorze ans, laisse à ses parents ce soir-là. C'est le cadavre de la petite Yuna, une fillette de sept ans. Il l'a étranglée, mais bon ... il a juste serré un peu trop fort. Ca n'était pas prémédité.
A cause de l'odeur d'urine, il a quand même déplacé le corps dans le jardin, après quoi il est retourné dans sa chambre jouer à la console. Il n'a perdu ni l'appétit, ni le sommeil.
Pour le reste, que sa mère et son père se débrouillent ! Ils sont là pour ça, non ? Pour réparer ses petites bêtises ?
Quand Yaeko, la maman, découvrira ce que son fils colérique a fait, elle appellera son conjoint encore au bureau afin qu'il rapplique en vitesse.
Et c'est ainsi qu'Akio, le mari, se retrouve face à un problème inattendu qu'il doit gérer au mieux et au plus vite. Il essaie d'interroger son fils pour savoir ce qui s'est passé, comment c'est arrivé et en gros, les seules réponses qu'il parviendra à arracher à son meurtrier de fils seront "J'ai pas fait exprès" ou "Tu m'embêtes, j'en sais rien, moi."
Leur adolescent solitaire, qui de toute évidence est très attiré par les trop jeunes filles, se lave totalement les mains de son crime odieux.
Akio doit-il appeler la police et le dénoncer ? C'est son premier réflexe mais sa femme n'est pas du tout d'accord : Cela priverait Naomi de tout avenir et jetterait l'opprobre sur l'honneur de leur famille. Sans oublier qu'ils seraient considérés comme responsables des actes de leur enfant mineur.
"Sa vie sera finie si on sait qu'il a tué une petite fille !"
"Tu crois vraiment que les gens seront prêts à l'accepter quand même ? Comment ferais-tu, toi ? Tu traiterais une personne qui a commis un tel crime comme tout le monde ? "
Mais quelle alternative ont-ils ?
Le couple affolé, totalement dépassé par les évènements, réfléchit alors à la meilleure solution possible, s'improvisant hors-la-loi pour protéger Naomi et commettant au passage quelques erreurs de débutants.
Une partie d'échec s'engagera ensuite entre la famille Maehara et les policiers, représentés ici par deux cousins qui enquêtent ensemble sur le meurtre de la petite Yuna : Matsumiya et Kaga.
"Au point où nous en sommes, nous devons prévoir le prochain coup."
Toute cette partie du roman en fait un petit bijou d'humour noir.
Les doigts rouges est considéré par l'éditeur comme l'une des oeuvres les plus sombres de Keigo Higashino, et elle l'est d'ailleurs à bien d'autres égards, mais je n'ai pu m'empêcher de sourire en découvrant cet improbable point de départ et la folle spirale qui s'ensuit.
Entre ce gosse infect qui refuse d'assumer ses actes, ces parents qui sont désemparés et tentent tant bien que mal de trouver une solution pour que soit épargné Naomi et l'étau qui se resserre progressivement autour de leur famille au fur et à mesure que progresse l'enquête, j'ai pris un malin plaisir à m'immiscer dans cette famille dysfonctionnelle en guettant les réactions de chacun, en observant leurs idées folles pour échapper à la justice.
Rien de bien imprévisible dans le déroulement des évènements, qu'on anticipe la majorité du temps, mais ça n'est en rien gênant puisque le livre joue davantage sur l'ambiance et la psychologie des personnages. Et réserve de toute façon de belles surprises dans son final.
Au-delà du roman policier et de l'alternance entre les conclusions des enquêteurs et les improvisations maladroites de la famille Maehara, Les doigts rouges évoque principalement le phénomène du vieillissement de la population au Japon sous un angle tant social que culturel. Et plus largement, les liens entre les membres d'une même famille, notamment entre les enfants et leurs parents. Au Japon, il est tout à fait normal de voir réunis sous le même toit trois générations puisque la tradition veut que les familles accueillent leurs parents lorsque ceux-ci ne peuvent plus être indépendants.
"Mais de toute façon, il est dans l'ordre des choses que les enfants s'occupent de leurs parents, non ?"
Cela, Keigo Higashino va l'illustrer au travers des deux familles qui s'affrontent ici : les Maheara et les deux cousins policiers.
Le père de Kaga est hospitalisé et ses jours sont comptés. Pourtant, son fils refuse de le revoir. Très proche de son oncle, Matsumiya ne comprend pas l'attitude de son cousin. Quel terrible secret a pu provoquer une telle discorde entre les deux ? Très proche du malade qui est aussi son père de substitution, Matsumiya va tout faire pour rapprocher Takamasa de son fils avant qu'il ne soit trop tard.
"Il a mené une vie solitaire, et il peut aussi mourir seul."
Quant aux Maehara, ils ne se sont pas mariés par amour et Akio a du faire de nombreux compromis pour son épouse, en particulier après la naissance de leur enfant. Yaeko a accepté de vivre avec sa belle-mère Masae à condition de ne pas avoir à s'en occuper, et le couple a déménagé dans sa maison peu après le décès du père d'Akio qui, victime d'Alzheimer, était retombé en enfance avant de s'éteindre définitivement.
"Il s'est servi de mes produits de beauté et il s'est enduit les doigts de mon rouge à lèvres. Il se conduit comme un petit enfant."
D'abord valide et indépendante, Masae a peu à peu sombré à son tour dans la folie, ne reconnaissant plus son propre fils.
"Elle avait oublié qui elle était."
"Il n'avait jamais pensé qu'après son père, sa mère puisse souffrir de démence sénile."
Rejetée par sa belle-fille, seule Harumi - sa fille - s'occupe d'elle.
Le roman pose donc les questions de la place grandissante des personnes âgées dans la société japonaise d'aujourd'hui ( "Je me sens mal rien qu'à l'idée de devoir prendre soin d'un vieillard atteint d'Alzheimer" ), du poids des traditions, du devoir des enfants envers leurs parents malades, séniles ou grabataires.
Et à l'inverse, celle du devoir des parents envers leur adolescent aux actes aussi irresponsables que monstrueux.
"Les familles paraissent normales de l'extérieur, mais elles ont toutes leur situation propre."
Traduit aujourd'hui mais écrit en 2009, il s'agissait là de ma troisième incursion au pays du soleil levant en compagnie de Keigo Higashino après ses romans La fleur de l'illusion et La maison où je suis mort autrefois.
Et incontestablement, c'est celui que j'ai préféré.
Déjà parce que je me suis habitué très facilement aux patronymes orientaux des personnages, retenant très vite qui était qui sans les confondre, ce qui a facilité mon incursion dans cette culture si riche et si différente.
Parce que malgré la gravité des sujets je me suis malgré tout amusé à voir cette famille si banale en apparence se débattre et nager en eaux troubles pour sauver tant les apparences que leur tête-à-claques de fils psychopathe.
Parce que je me suis totalement laissé surprendre par le final.
Egalement grâce à l'écriture, toujours aussi bien servie par la traduction de Sophie Refle, qui est impeccable, toute en simplicité et néanmoins efficace.
Et parce que le roman est beaucoup plus profond qu'il n'y paraît au premier abord. Pas seulement pour ses réflexions sur l'unité de la famille nippone mais aussi pour l'empathie que vous vous surprendrez à ressentir pour certains personnages, parfois de façon inattendue.
Et puis bien sûr, pour son effet thérapeutique : la prochaine fois que votre ado vous parlera mal ou se mettra en colère pour des broutilles, vous serez finalement ravi(e) et rassuré(e) d'avoir un jeune adulte aussi semblable à ceux de sa génération !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          300
LePamplemousse
  27 mars 2018
Aimer son enfant et vouloir le protéger justifie t'il de cacher quelque chose d'aussi abominable que le meurtre d'une petite fille ?
Le personnage principal de ce roman policier japonais a la désagréable surprise de découvrir le corps sans vie d'une enfant de 7 ans dans son jardin, un soir, en rentrant du travail.
C'est son fils de 14 ans qui l'a étranglé et qui depuis, est retourné tranquillement jouer au jeu vidéo dans sa chambre en laissant le soin à ses parents de se débrouiller pour « arranger » les choses.
Avec un début pareil, on se doute que le roman va être noir et c'est le cas.
Car en plus de l'enquête policière classique sur la mort de la petite fille, nous découvrons comment les japonais d'aujourd'hui s'occupent des personnes âgées et dépendantes, la vieillesse et la sénilité étant un des thèmes abordés dans ce roman.
Avec une écriture pleine de délicatesse, Keigo Higashino nous fait pénétrer au coeur de la société japonaise, il nous montre ce que « perdre la face » signifie pour les japonais, qui sont alors prêts à tout pour éviter d'avoir honte et préserver leur réputation.
Un roman policier d'une grande finesse psychologique et abordant avec intelligence des thèmes forts.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          394
ChtiSuisse
  28 avril 2018
J'ai lu quelques polars du même auteur "La fleur de l'illusion", L'équation de plein été, "La lumière de la nuit", "Un café maison", "Le Dévouement du suspect X", "La maison où je suis mort autrefois", "La prophétie de l'abeille"
Tous ces polars ont tous un point commun : à moment donné ceux qui cherchent la vérité (ce ne sont pas toujours des policiers) se confrontent intellectuellement aux coupables. Les preuves matérielles sont souvent peu nombreuses. Ce qui compte le plus : l'énigme. C'est un peu une partie d'échecs. D'ailleurs le shogi (un "jeu d'échecs" japonais joue un rôle dans ce roman-ci).
Ici, les coupables sont connus, les circonstances aussi et ce dès le premier tiers du roman.
Le coeur de l'histoire est "Comment vont-ils échapper au crime commis ?"
Le cadre ?
Une famille japonaise. Chaque famille est différente. Celle-ci a son lot de difficultés, de rancoeurs.
Le mari travaille beaucoup et tard. La femme travaille à temps partiel et en plus s'occupe du foyer. Ils se sont mariés bien plus par convention que par amour. L'auteur dit même qu'elle accepté de se marier, car elle était déjà presque trop âgée. Elle n'aurait plus eu d'occasion de le faire. L'âge est un couperet incroyablement cruel pour les femmes au Japon (j'ai vu quelques "Drama" dont c'est le thème central). Ils ont eu un fils.
Le poids des conventions sociales est énorme et le temps perdu ou enfui ne se rattrape pas

Le décor ?
Le couple s'est installé dans la maison familiale du mari. Ils s'occupent de sa mère qui semble perdre un peu la tête.
Un drame arrive. Une jeune fille est morte. Je ne vous dirais pas par qui est comment (même si on l'apprend assez vite). Ce qui compte le plus ce sont les relations parents-enfants. Comment s'occuper de sa mère, de son fils quand on a peu ou jamais été présent, quand on a fondé sa famille par convention. Qui peut, qui veut, qui doit prendre se (faire) charger de la culpabilité du crime ?
L'auteur a la bonne idée d'élargir ce thème filial aux policiers qui mènent l'enquête.
Les deux inspecteurs ont une connaissance en commun : pour l'un un père qui n'a pas été présent, pour l'autre un oncle qui l'a soutenu. Deux visions si différentes d'une même personne !
C'est un roman plus court que les autres du même auteur. Connaitre les circonstances du meurtre retire une grande partie du suspens au début de la narration. Mais les tentatives de dissimulation, d'acceptation du meurtre instaurent un suspens croissant jusqu'au dénouement.
Lien : https://travels-notes.blogsp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
nebalfr
  11 octobre 2018
Il y a un peu plus d'un an de cela, j'avais bien apprécié la lecture de la Lumière de la nuit (malgré ce titre…), gros pavé dû au maître actuel du polar japonais, Higashino Keigo, un auteur dont je ne savais alors absolument rien. Cette expérience très concluante, notamment au regard de l'acuité du tableau sociologique dressé par le romancier, m'incitait à prolonger l'expérience. Il y a quelques mois de cela, je me suis donc procuré un autre roman de l'auteur, en Actes Noirs cette fois : Les Doigts rouges (lui aussi adapté en téléfilm au Japon, tiens).

Question format, c'est un peu le jour et la nuit : là où La Lumière de la nuit était un bon gros pavé, Les Doigts rouges est un roman très bref, moins de 250 pages, et très aérées – et là où le précédent roman affichait d'emblée son caractère ambitieux en développant une intrigue complexe sur plus de vingt ans, Les Doigts rouges tient en quelques jours à peine. Si le machiavélisme est de la partie dans les deux cas, ce roman plus récent donne cependant bien davantage l'impression d'un engrenage fatidique, qui ne laisse aucune chance au criminel…

Et au-delà, en fait : c'est bien le propos.

Les Maehara forment une famille tristement banale, où l'indifférence à l'égard des autres l'emporte sur les vagues reliquats de sentiments, si même il y en a jamais eu. Akio est un père démissionnaire et un mari absent – un fils ingrat, aussi, qui ne goûte guère d'être contraint à vivre avec sa mère Masae, une veuve qui perd un peu la tête, aussi laisse-t-il à sa soeur Harumi le soin de s'occuper d'elle. L'épouse d'Akio, Yaeko, tient de la mégère frustrée par sa condition, ulcérée par la médiocrité et les tromperies de son époux, et presque naturellement hostile à l'encontre de sa belle-mère – elle reporte sur leur seul fils Naomi tout le poids de ses affections contrariées. Et ledit Naomi, quatorze ans, est un cas emblématique de hikikomori… mais le type violent, celui qui terrifie régulièrement les médias japonais.

Un jour fatidique, Yaeko appelle Akio à son bureau – où il enchaîne les heures supplémentaires non payées, car cela vaut toujours mieux que de rentrer à la maison. Il s'est passé quelque chose de grave… C'est peu dire : Naomi a tué une petite fille ! L'adolescent revêche ne dit pas pourquoi ni comment, mais sa culpabilité ne fait aucun doute ; sauf qu'il ne semble même pas comprendre ce que le mot « culpabilité » signifie, il se moque totalement de son crime, qu'il ne perçoit pas comme tel, et en reporte de toute façon la faute sur ses parents – il se réfugie dans sa chambre, comme de juste, et on ne le reverra qu'à peine en passant de tout le du roman.

Mais que faire ? Pour Akio, cela va de soi : Naomi a commis un crime, et, même si c'est son fils, il est tout disposé à le livrer à la police, qui ne manquera pas de comprendre ce qui s'est passé, et très vite ; ils n'ont pas le choix, de toute façon. Mais Yaeko furieuse multiplie les menaces (et les invectives à l'encontre de son lâche époux) : son fils n'ira pas en prison ! Et jouer la carte du trouble mental pour lui épargner la responsabilité pénale ne fonctionnera pas : où qu'il aille, il sera aux yeux de tous un tueur de petite fille ! Les gens sauront ! Akio est-il donc si veule et indifférent, pour condamner son fils à pareil sort ? Oui, Yaeko n'en a pas grand-chose à secouer de la gravité du crime : la seule chose qui compte pour elle est l'avenir de ce fils qu'elle ne parvient pas à gérer et qui n'éprouve rien pour elle, si sa puérilité s'accommode bien de la servitude maternelle – l'amae est du lot… Poussé dans ses retranchements, Akio commence par dissimuler le cadavre, laissé jusqu'alors à l'abandon dans un sac poubelle au fond du petit jardin des Maehara, dans les toilettes d'un square un peu plus loin ; mais l'enquête policière s'intéresse immanquablement à la petite famille naturellement dysfonctionnelle – et, tandis que Yaeko succombe de plus en plus à la panique, Akio songe à un moyen de se tirer d'affaire… une idée révoltante, qu'il avait délibérément refoulée jusqu'alors, parce qu'il savait, d'une certaine manière, qu'une fois qu'il l'aurait posément envisagée, il ne pourrait plus reculer et il lui faudrait la mettre en oeuvre ...

Car l'enquête débute très vite, et progresse tout aussi rapidement. Akio n'est pas un criminel endurci – un père de famille lambda ne peut que commettre des erreurs dans pareilles circonstances ; les indices ne manquent donc pas qui, sans incriminer à proprement parler les Maehara, incitent du moins les détectives à s'intéresser à ce foyer désuni – et à tous ses membres, tous… Kaga Kyôichirô est un enquêteur doué – froid, méthodique ; cette affaire est l'occasion pour son cousin Matsumiya de se former au travail sur le terrain – ceci en dépit de la vague gêne qui persiste entre eux, due à l'indifférence manifeste de Kyôichirô concernant le sort de son père en train de mourir à l'hôpital, quand Matsumiya est lui très attaché à cet oncle qui avait fait office pour lui de père de substitution et de mentor…

Oui : la famille – c'est bien le thème central de ce roman. Et, comme dans La Lumière de la nuit, cela passe par une étude quasi sociologique de ce thème, brassant les représentations qui y sont associées, notamment par les médias. Nous avons parlé de hikikomori, et du type violent donc, éventuellement aussi d'amae ; nous savons que, chez les Maehara, il y a « trois générations sous un même toit », et en même temps que cette famille était il y a peu encore nucléaire et tout sauf traditionnelle ; nous avons aussi le portrait dysfonctionnel et pourtant si commun d'un époux qui travaille à l'extérieur pour gagner l'argent du foyer, enchaînant les heures supplémentaires, et d'un tempérament plutôt puéril et détaché, jusque dans ses relations extra-matrimoniales, tandis que son épouse doit se contenter d'un petit boulot d'appoint pour se consacrer autrement aux tâches domestiques, dans un environnement particulièrement ingrat, dont elle fait sans cesse le reproche à son époux, mais sans être capable d'y inclure son fils comme faisant partie du problème ; le vieillissement de la population et le sort des personnes âgées est une préoccupation affichée de nombre des personnages du roman ; la sénilité, tout particulièrement, est exposée, sur le mode le plus franc de la tendance à littéralement retomber dans l'enfance, etc.

Ce tableau, pas si froid qu'il en a l'air, car les Maehara, sans jamais vraiment susciter la sympathie, c'est même plutôt le contraire, n'en ont pas moins quelque chose d'humain qui ne peut que toucher (et tout particulièrement Akio, un très bon personnage, à la psychologie savamment développée), ce tableau, donc, est un des principaux atouts du roman. L'autre, c'est l'engrenage dans lequel sont pris les Maehara, et Akio au premier chef : l'enquête se rapproche toujours un peu plus d'eux, et ils doivent y réagir sous le coup de la panique – toujours un peu plus. le méthodique Kaga Kyôichirô ne laisse pas passer le moindre détail, et, à terme, l'entreprise des Maehara visant à maquiller le crime de Naomi ne peut qu'échouer.

Et nous le savons – et ça n'est en rien un problème, bien au contraire. En fait, dans ce court roman, même si sa nature même de policier implique le suspense et les indices tordus, nous savons donc d'emblée que les choses vont mal tourner pour les Maehara et que la police connaîtra le fin mot de l'histoire, et nous savons aussi, bien avant que le roman ne le dise ouvertement, quel sera en définitive le plan d'Akio pour se sortir de cette sale affaire en épargnant Naomi ; et nous avons au moins une vague idée de comment les enquêteurs sauront circonvenir ce plan. Je crois sincèrement que tout cela participe d'un même atout – l'engrenage, avec ses connotations de panique et de manoeuvres désespérées…

Pour toutes ces raisons, Les Doigts rouges est un court roman d'une lecture très agréable – ou plus exactement il est longtemps un court roman d'une lecture très agréable… Mais, hélas, pas jusqu'au bout.

Si j'étais un peu sceptique concernant l'évocation en miroir du sort du père de Kaga Kyôichirô, qui est donc aussi l'oncle de Matsumiya, un procédé que je trouvais un peu forcé voire grossier, et qui rallongeait inutilement un roman certes bref mais qui aurait peut-être gagné à encore un peu plus d'épure, le plaisir l'emportait largement durant la majeure partie du roman. Mais la fin… a tout gâché ? C'est d'autant plus triste que j'ai bien conscience, encore maintenant, de mon plaisir de lecteur avant cela !

Mais, oui, j'ai vraiment détesté la conclusion du roman… Notamment du fait d'une succession de twists dans les dernières pages, qui ne m'ont vraiment pas plu. le premier porte sur l'indice déterminant permettant à Kaga Kyôichirô de mettre à mal le « scénario » conçu par Akio – c'est inutilement tordu, et assez peu crédible. Bon, ça n'aurait pas été déterminant... Mais le deuxième porte sur les implications de cet indice – c'est beaucoup trop tordu, au point où c'en est totalement invraisemblable, voire ridicule… Et là je me rends bien compte que la résolution de la Lumière de la nuit n'était pas irréprochable sous cet angle, mais ce n'était pas au point de me gâcher le roman… Hélas, un troisième twist résout l'intrigue parallèle à l'hôpital de la pire, de la plus affligeante et malhonnête des manières !

Tout ceci dessert considérablement le roman – mais il y a peut-être pire encore, et c'est que, au moment où ces twists s'enchaînent, le discours sur la famille change brusquement, et pour le pire : Higashino Keigo repeint tout le tableau, jusqu'alors si juste, à la moraline la plus rance et pénible, et d'une banalité affligeante. Comme dit plus haut, le tableau peu ou prou « sociologique » de la famille japonaise moderne qui constituait la structure du roman était non seulement pertinent, mais aussi étonnamment touchant – même au travers de personnages que nous n'avions aucune envie d'aimer ; en fait, leurs travers ne les rendaient que plus humains, et c'était là une dimension essentielle de l'intrigue, qui faisait que nous pouvions être touchés, écoeurés, révoltés, affligés, etc. Sans doute ce tableau avait-il d'emblée des fondations trempées dans la morale, mais la morale et la moraline sont deux choses différentes – or, la fin du roman, c'est résolument de la moraline ; et ça pue un peu, et c'est définitivement grossier.

Ce ton très pénible, et l'invraisemblance agaçante et inutile des ultimes twists, s'associent pour diminuer considérablement la note d'un roman que je trouvais jusqu'alors tout à fait divertissant et intéressant, même sur un mode relativement mineur – ce qui n'avait à vrai dire aucune espèce d'importance.

Une déception, donc – même si je pense redonner sa chance à Higashino Keigo un de ces jours ; Les Doigts rouges me fait l'effet d'un roman tristement raté, mais il n'en contient pas moins beaucoup de bonnes choses – comme, dans un genre différent, La Lumière de la nuit. Qu'il gâche tout en définitive n'en est que plus rageant.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Sharon
  20 novembre 2018

Les doigts rouges est un roman policier - oui, mais pas seulement. Les enquêteurs sont deux policiers méticuleux et surtout, profondément humains. Méticuleux, parce qu'ils recherchent les indices et suivent les pistes vers lesquelles ils les mènent. Profondément humains parce que, par delà l'horreur du crime commis, ils s'intéressent réellement aux personnes qui sont en face d'eux, que leur langage soit oral ou corporel : le corps parle beaucoup plus qu'on ne le croit.
Le lecteur a un avantage sur eux : il sait qui a tué. Il sait qui a aidé à cacher le corps, qui a tout mis en oeuvre pour protéger le coupable - quitte à orienter la piste vers une autre personne. Ce à quoi nous assistons, c'est la décomposition de la famille traditionnelle japonaise. La cause n'est pas à chercher dans les difficultés de la vie quotidienne, non, il est dans les petites lâchetés banales, que l'on couvre sous d'autres noms. La transmission parents/enfants n'est plus possible dès lors qu'un des maillons a été disqualifiés - tel Machara Akio, qui obéit en tout point à sa femme pour obtenir la paix dans la maison, ou plutôt une petite tranquillité quotidienne. Nous avons d'un côté le discours - et l'investissement total de sa femme dans sa maison et surtout, dans l'éducation de leur fils. Nous avons de l'autre la réalité.
Un roman passionnant et profond.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
missmolko1missmolko1   04 mars 2018
Son portable se mit à sonner. L'appel venait de son domicile. Un mauvais pressentiment l'envahit. Comment se faisait-il que sa femme l'appelle à cette heure-ci ?
- Allô?
- Akio? Allô.
- Que se passe-t-il?
- Euh... C'est un peu compliqué mais je voudrais que tu rentre tôt.
La voix de Yaeko était tendue. Elle parlait vite comme toujours quand elle était troublée. L'idée que son pressentiment était correct l'emplit d’appréhension.
- Ça ne sera pas facile. Je ne peux pas partir tout de suite.
- Tu es sûr? C'est pourtant grave.
- Grave? Comment ça ?
- Je ne peux rien dire au téléphone. D'ailleurs, je ne sais pas comment en parler. S'il te plaît, rentre tout de suite.
Elle haletait comme si elle était bouleversée.
- Mais de quoi s'agit-il enfin? Tu peux au moins me dire ça!
- Euh... Et bien... Il s'est passé quelque chose de terrible.
- Comment veux-tu que je comprenne? Soit plus claire !
Elle garda le silence et cela l'irrita. Il allait lui faire un reproche lorsqu'il entendit qu'elle pleurait. Il sentit son sang battre dans ses tempes.
- D'accord, je pars tout de suite.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
ChtiSuisseChtiSuisse   27 avril 2018
La chose à ne pas oublier, c’est que ce n’est pas parce qu’on est vieux, ou plutôt, que c’est parce qu’on est vieux qu’on garde des blessures intimes qui ne disparaissent pas.
Commenter  J’apprécie          40
rkhettaouirkhettaoui   16 avril 2018
Lorsque quelqu’un mourait à l’hôpital, il y avait si peu de différences entre son état avant et après la mort qu’il était difficile de déterminer d’un coup d’œil s’il était ou non vivant. Mais le cadavre qui se trouvait ici était d’une autre nature. Une petite fille en pleine forme avait soudain été assassinée. Elle avait été étranglée. Akio ne savait pas à quoi s’attendre.
Sa terreur avait une autre raison.
Elle aurait probablement été moindre s’il avait appelé la police. Il croyait aussi qu’il aurait eu moins de réticence à placer le corps dans le carton s’il avait eu une raison valable de le faire.
Il se rendit compte que sa panique était causée par l’extrême amoralité de ce qu’il était sur le point de faire. Regarder le cadavre revenait à affronter cela.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaouirkhettaoui   16 avril 2018
Jusqu’à la veille, il estimait superflue la législation sur la responsabilité pénale des mineurs et pensait que toute personne ayant commis un crime, adulte ou mineure, devait être punie. Il trouvait la peine de mort justifiée pour les crimes les plus atroces et ne croyait pas non plus qu’un meurtrier puisse se racheter. La législation actuelle qui leur permettait de retrouver la liberté une fois leur peine accomplie lui paraissait laxiste. Yaeko avait raison. Il n’était pas magnanime au point d’accepter de vivre aux côtés d’un meurtrier, quand bien même celui-ci aurait commis son crime avant d’avoir atteint la majorité. Il n’avait jamais pensé autrement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
ChtiSuisseChtiSuisse   26 avril 2018
Une famille normale, ça n'existe pas. Les familles paraissent normales de l'extérieur, mais elles ont toutes leur situation propre
Commenter  J’apprécie          40
Videos de Keigo Higashino (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Keigo Higashino

Marque-page 2014-01--931-003048BDD2D9.mp4
Payot - Marque Page - Keigo Higashino - La Prophétie de l'abeille.
autres livres classés : japonVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacCulturaLeslibraires.frMomox





Quiz Voir plus

Quiz sur le livre "La maison où je suis mort autrefois" de Keigo Higashino.

Quel tête d'animal se trouve sur la clé accompagnant le plan d'un lieu au début du roman ?

un loup
un lion
un cheval

10 questions
16 lecteurs ont répondu
Thème : La maison où je suis mort autrefois de Keigo HigashinoCréer un quiz sur ce livre
.. ..