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Hans Magnus Enzensberger (Préfacier, etc.)Françoise Wuilmart (Traducteur)
ISBN : 2070349497
Éditeur : Gallimard (17/01/2008)

Note moyenne : 4.36/5 (sur 277 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture - La jeune Berlinoise qui a rédigé ce journal, du 20 avril 1945 - les Soviétiques sont aux portes - jusqu'au 22 juin, a voulu rester anonyme, lors de la première publication du livre en 1951, et après. A la lecture de son témoignage, on comprend pourquoi.
Sur un ton d'objectivité presque froide, ou alors sarcastique, toujours précis, parfois poignant, parfois comique, c'est la vie quotidienne dans un immeuble quasi en ruine, habité pa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
de
  04 mars 2013
L'avenir s'étale devant nous comme une chape de plomb
Fin de guerre, un monde dévasté (voir L'Europe en ruines, Solin Actes sud, 1995). Des bombardements, mais pas sur les voies d'accès à Auschwitz. le troisième Reich s'effondre. La guerre.
Le récit sec, distancé d'une femme, d'une témoin. La survie de tous les jours, la recherche de nourriture, la quête d'eau, le chacun-e pour soi.
« Un homme qui tirait une charrette à bras, sur la charrette une femme morte, raide comme une planche. Mèches grises soulevées par le vent, tablier de cuisine bleu ; les longues jambes maigres, dans des bas gris, dépassaient comme des piques à l'arrière de la charrette. Personne ou presque ne prêtait attention . Comme avant, pour l'enlèvement des ordures ménagères ».
Loin des images sans mort-e-s, sans vie, d'une guerre qui n'était pas qu'une guerre entre le « bien » et le « mal », entre la « démocratie » et la « barbarie ». Une guerre entre États, entre soldats, une guerre pour se défendre, mais pas seulement, contre les armées nazies…
Contre l'écriture de cette barbarie du seul point de vue des armées de vainqueurs ( qui n'hésitèrent pas à recycler des nazis pour leurs guerres futures ). Contre les visions désincarnées et sans civil-e-s, contre l'oubli aussi, un récit d'une femme, là…
Les États se font la guerre, les hommes enrôlés, font aussi leurs guerres. Si les homme ont eu le privilège de mourir soi-disant pour leur patrie, « aujourd'hui, nous, les femmes, nous partageons ce privilège ». L'armée russe avance. Mais les armées ne sont pas impersonnelles.
Des viols, des viols de masse, « Cette forme collective de viol massif est aussi surmontée de manière collective. Chaque femme aide l'autre en en parlant, dit ce qu'elle a sur le coeur, donne à l'autre l'occasion de dire à son tour ce qu'elle a sur le coeur, de cracher le sale morceau », la guerre poursuivie contre les femmes, pour la simple raison qu'elles sont femmes. « Nous sommes déchues de nos droits, nous sommes devenues des proies, de la merde ».
L'auteure dit, énonce « Et moi, je suis restée frigide durant tous ces accouplements. Il ne peut en être autrement, il ne doit pas en être autrement, car je veux demeurer morte et insensible, aussi longtemps que je suis traitée comme une proie ».
Les viols et les recherches de protection, de nourriture, d'un loup contre les loups en « échange » de l'accès au corps, à son corps… « Or, tout ça ne répond pas encore à la question de savoir si je mérite le nom de putain ou non, puisque je vis pour ainsi dire de mon corps et que je l'offre en échange de nourriture ».
La guerre contre les femmes, ici à Berlin, là en ex-Yougoslavie, ici et là en Asie ou en Afrique. Ce silence assourdissant des bordels militaires, de la prostitution institutionnalisée pour militaires et ces viols, viols, viols…
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PrettyYoungCat
  31 janvier 2019
Ouvrage à valeur documentaire et historique, Une femme à Berlin est le journal d'une jeune Allemande tenu entre le 20 avril 1945 et le 22 juin 1945. Bien qu'il n'ait, à la base, pas eu de vocation littéraire, il est étonnamment élaboré dans sa narration. Il faut souligner que l'auteure (désireuse de conserver son anonymat) fait partie du milieu de l'édition et est érudite (replaçons la femme dans le statut de l'époque...). Je m'attendais en tout cas à quelque chose de plus fragmentaire et de moins descriptif.
Elle retrace, avec un certain détachement, le quotidien qui est le sien, celui de ses voisins d'immeuble devenus colocataires de cave et des berlinois en général. Un mot domine plus que tout autre : viol. Au pluriel. Car oui, la plupart des femmes en sont victimes et ce à de multiples reprises par "l'envahisseur" russe. D'ailleurs, lorsqu'elles se revoient ou font connaissance, quel que soit finalement le degré de leur intimité présent ou passé, une phrase revient comme une entrée en matière : "Combien de fois violée ?".
L'instinct de survie, la peur, la faim dominent aussi et participent à la mise à distance du récit, tout en pudeur. Et déjà, une ébauche de conscientisation : le travail de propagande qui a été à l'oeuvre, les contre-vérités sur les Russes, le sort des juifs, le fait que ce qui leur arrive maintenant n'est que le paiement de l'addition,... Mais sans affect, plutôt comme un constat. Mais après tout, la guerre s'achève à peine.
C'est donc un document intéressant par son témoignage que j'aurais souhaité certes plus "fort", mais qui l'est en soi puisqu'il est authentique et qu'il avait pour but de cracher sur le papier les tourments de cette jeune Allemande et non de destiner ces écrits à faire passer quelque chose.
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Lazlo23
  22 octobre 2015
Dans son journal, une Allemande raconte le combat quotidien mené par les Berlinoises pour assurer leur survie et celle de leurs proches au moment de la prise de la ville par l'Armée rouge (les hommes sont alors mobilisés ou cachés, par peur des représailles.) « Quand tout s'écroule, ce sont les femmes qui tiennent le coup », constate froidement la narratrice anonyme, qui n'hésite pas à détailler les humiliations, la violence et les viols de masse dont ses compatriotes sont l'objet.
Cela ne l'empêche pas de consigner les premiers témoignages de soldats russes faisant état des horreurs commises par l'armée allemande en URSS. Avec lucidité et beaucoup d'humour, elle narre aussi les petites et grandes lâchetés des vaincus (en particulier des hommes) et les accommodements auxquels tous sont contraints, témoin ces jeunes allemandes (dont elle fait partie) qui doivent se prostituer auprès des officiers russes pour obtenir une protection, ainsi qu'un peu de nourriture.
Mais au-delà de cette « guerre de bombes », ce que raconte ce livre c'est l'émergence de la parole des femmes, qui, pendant que les hommes restent terrés dans les caves, n'hésitent plus à s'emparer de sujets réputés masculins comme la sexualité ou la politique : "A la fin de cette guerre, prédit l'auteur, à côté des nombreuses défaites, il y aura la défaite des hommes en tant que sexe. "
Un témoignage poignant et une leçon de dignité. Un chef-d'oeuvre !
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Illwenne
  14 octobre 2013
C'est le Journal d'une femme dont on ne saura jamais le nom, ni même le prénom puisqu'elle a désiré rester anonyme, même au dela de sa mort . Elle le commence le 20 Avril 1945 "Le jour où Berlin vit pour la première fois la guerre dans les yeux" alors que l'arrivée des Russes dans un Berlin déjà très éprouvé par la guerre est imminente ; elle le terminera le 22 Juin de la même année quand les combats auront cessé, et que les alliés ayant effectué leur jonction s'apprêteront à se partager l'Allemagne et Berlin. Elle écrit tous les jours ou presque, dans son petit appartement en ruines ou dans la cave où elle se réfugie la nuit lors des bombardements. Elle écrit pour survivre, pour combattre sa peur, pour empêcher son esprit de basculer dans la folie. Elle note les événements noir sur blanc - même les plus horribles - . Elle les extériorise pour mieux prendre du recul, jusqu'à les banaliser. Comment continuer à vivre autrement ? Certains n'ont pas cette force de caractère et ce sont des familles entières que l'on retrouve mortes chez elles : victimes du poison ou pendues aux lustres de leur appartement....."Chez moi rien de semblable, sans doute parceque j'ai tout craché sur le papier" écrit l'auteure.
A travers cet écrit c'est un témoignage touchant et surtout direct sur la vie quotidienne des habitants de Berlin dans les derniers mois qui précédent sa capitulation : Les longues heures passées dans les caves durant les bombardements, où se cotoient les habitants d'un même quartier, toutes classes sociales confondues, l'arrivée des troupes russes, les viols, la faim omniprésente, la recherche de nourriture, les longues files d'attente devant les magasins -quelquefois pour rien , ou un morceau de beurre rance- et la pompe à eau, les cadavres des chevaux et des hommes....Les chevaux, on les dépèce à la hâte et chacun en emmène un morceau sous son manteau, les hommes on les enterre où on peut : dans les jardins, le long de la route, partout où on peut creuser. C'est une nouvelle manière de vivre - on pourrait dire de survivre - qui s'organise. Les rapports entre les gens changent, c'est souvent la peur qui commande mais il se crée aussi une vraie solidarité entre les femmes. Les viols sont devenus choses courantes : les femmes en parlent entre elles comme de choses banales et inévitables. Après les premières salutations d'usage lorsqu'elles se rencontrent, leurs premières paroles sont : "Et toi, combien de fois ?" . Pour éviter le pire, elles en viennent à marchander avec les soudards : elles donnent leur accord mais à condition qu'il n'y ait qu'un seul homme, ou se donnent à des officiers dans l'espoir d'être protégées d'autres agressions plus fréquentes et plus brutales. L'auteure s'interroge aussi sur le rôle des hommes en général : ceux qui ont précipité le pays dans cet enfer, ceux qui détournent les yeux lorsque leurs femmes se font violer, ceux qui se terrent et démissionnent, ceux qui se battent sur le front mais qui continuent de penser que tout va bien à l'arrière pour les leurs. Lorsque Gerd, le fiancé de l'auteure revient chez elle à la fin de la guerre, elle lui montre l'ébauche de son journal. Il lui demande :"Qu'est-ce que ça veut dire Schdg ?" Je dus rire : "Eh bien, mais Schandung évidemment : Viol" Il me regarda comme si j'étais folle et se tut.
Une femme à Berlin est un livre terrible mais l'auteure ne s'apitoye jamais sur elle même ni sur ses compagnons d'infortune : on sent que dans de tels moments, l'important c'est de garder la tête froide, de ne pas éparpiller son énergie car la survie en dépend. Elle ne juge pas, elle décrit, elle raconte sans pathos, avec même quelquefois une pointe d'humour et d'autodérision .Elle reste lucide sur ses propres attitudes, sur ses propres actes et à travers ses lignes on sent que ce Journal, comme un miroir, lui permet de prendre du recul sur tous ces événements.
Ce livre a été un véritable choc pour moi et un gros coup de coeur. A recommander à tous ceux qui s'interessent à cette période historique ou qui simplement aiment les témoignages.

Lien : http://lecturesdebrigt.canal..
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akhesa
  05 mars 2015
Voici un ouvrage que je voulais lire mais que je retardais car je me sentais mal a l'aise,a l'idee que ce que j'allais decouvrir!Je ne savais pas quelles horreurs j'allais lire(et vivre);je ne voulais pas de descriptions derangeantes...
Finalement,j'ai pris mon courage a deux mains et je l'ai lu;certains propos m'ont choquee,angoissee mais surtout j'ai ete etonnee par la facon dont l'auteur s'en est sortie physiquement et psychologiquement face aux sequelles qu'auraient pu laisser les"schÄndung"et"vergewaltigung",en allemand dans le texte.
Cette femme seule,s'est battue pour sa survie et a reussi;je trouve qu'elle a eu beaucoup de courage,d'audace et de tenacite
Il est malheureux que toutes ces femmes allemandes aient du vivre un tel cauchemar(ainsi que toutes les femmes du monde ou sevissent des guerres)en plus des difficultes que representaient la fin de la guerre,la debacle en territoires conquis.
Ce livre est un temoignage de survie et de vie sur les conditions des femmes qui doivent endurer et subir les outrages d'une guerre decidee par des hommes.
A lire
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Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
AelaAela   23 janvier 2011
Personne ne répond. La fille reste étendue, comme pétrifiée. Le Russe vocifère derechef, sur un ton à la fois bourru et furibard: "Quel âge?"
Je m'empresse de répondre en russe: "C'est une étudiante, elle a dix-huit ans." Je voudrais ajouter qu'elle est blessée à la tête; ne trouve pas les mots et m'en sors finalement en recouvrant au terme internationalement connu kaputt: "tête kaputt, les bombes"
Suit alors un aparté entre l'homme et moi, un échange de paroles précipitées, de questions et de réponses qu'il serait inutile de transcrire, parce qu'elles n'avaient pas de sens. Cela tournait autour de l'amour, l'amour vrai, de l'amour passionnel, et qu'il m'aimait, et si moi je l'aimais, et si on allait s'aimer lui et moi.
Le petit peuple de la cave, toujours terrorisé, ne comprend pas une once de ce qui est en train de se passer.
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doublepagedoublepage   30 décembre 2016
A l'époque, je me faisais constamment la remarque suivante : mon sentiment, le sentiment de toutes les femmes à l'égard des hommes, était en train de changer. Ils nous font pitié, nous apparaissent affaiblis, misérables. Le sexe faible. Chez les femmes, une espèce de déception collective couve sous la surface. Le monde nazi dominé par les hommes, glorifiant l'homme fort vacille - et avec lui le mythe de l'"Homme". Dans les guerres d'antan, les hommes pouvaient se prévaloir du privilège de donner la mort et de la recevoir au nom de la patrie. Aujourd'hui, nous, les femmes, nous partageons ce privilège. Et cela nous transforme, nous confère plus d'aplomb. A la fin de cette guerre-ci, à côté des nombreuses défaites, il y aura aussi la défaite des hommes en tant que sexe.
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jmquentinjmquentin   14 février 2015
On y voit des enfants d’une jeunesse effarante, des visages blancs comme le lait sous des casques d’acier dix fois trop grands, on perçoit avec horreur le timbre de leurs voix claires. Ils ont tout au plus quinze ans, ont l’air si minces et si frêles dans leur uniforme qui flotte autour de leurs membres.
Pourquoi se hérisse-t-on de la sorte contre ce type d’infanticide? Il suffit que les enfants soient de trois ou quatre ans plus vieux et cela ne choque plus de les voir fusiller ou déchiqueter. Où se situe la frontière? Là où la voix mue? Car dans mon souvenir, ce qui me fait le plus souffrir, c’est le timbre haut et clair des voix de ces pauvres gosses. Jusqu’ici soldat signifiait homme. Et un homme est un géniteur. Que ces gamins soient fauchés avant même d’être mûrs doit bien enfreindre une quelconque loi de la nature, c’est une atteinte à l’instinct, oui, cela va à l’encontre de tout instinct de conservation de l’espèce. Comme ces poissons ou ces insectes qui dévorent leur progéniture. Ça ne devrait pas exister chez l’homme. Mais que cela existe tout de même est bel et bien un symptôme de démence.
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patrick75patrick75   09 mars 2014
Nous sommes restées assises l'une en face de l'autre à sa table en cuivre et nous avons bavardé. Ou plutôt , nous avons parlé à tue-tête pour couvrir le vacarme croissant des tirs d'artillerie. Mme Golz, d'une voix cassée :" Quelles belles fleurs, quelles fleurs magnifiques...", et les larmes coulaient sur son visage. Moi aussi je me sentais horriblement mal. Maintenant la beauté fait mal. Tellement la mort nous emplit.
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LybertaireLybertaire   24 juin 2016
Ce qu’il y a de drôle, c’est que les soldats commencent toujours par demander : « Tu as un homme ? » Quelle est la réponse la plus efficace ? Si l’on dit non, ils deviennent aussitôt gourmands. Si l’on dit oui pour avoir la paix, le questionnement continue : « Où est-il ? Il est resté à Stalingrad ? » ? (Beaucoup de nos hommes ont combattu à Stalingrad et portent alors une décoration spéciale.) Si l’homme toujours en vie est présent et qu’on peut le leur faire voir (comme le fait la veuve avec M. Pauli, bien qu’il ne soit que son sous-locataire et rien d’autre), ils font d’abord un pas en arrière. En soi, peu importe ce qui leur tombe sous la main, ça leur est parfaitement égal, ils prennent aussi bien des femmes mariées. Mais ils préfèrent tout de même ne pas avoir l’homme dans les pattes, et veulent donc l’envoyer paître, ou l’enferme, que sais-je ? Non pas par crainte. Ils ont bien vu qu’ici aucun mari n’explose aussi facilement. Mais il les dérange, du moins aussi longtemps qu’ils ne sont pas complètement bourrés.
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