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Zoya Motchane (Autre)Pierre Mac Orlan (Autre)
EAN : 9782070372393
626 pages
Éditeur : Gallimard (02/01/1981)

Note moyenne : 3.61/5 (sur 219 notes)
Résumé :
Franz Biberkopf sort de prison, où il purgeait une lourde peine pour avoir tué sa femme. Il est fermement décidé à mener désormais une vie honnête. Mais dès la rencontre avec Reinhold, souteneur et petite frappe sans scrupule, ce vour pieux semble impossible à tenir. Mêlé à toutes sortes de trafics, Franz commence à en savoir trop sur Reinhold. Dès lors commence pour lui une lente et terrifiante descente aux enfers...
Le roman d'Alfred Döblin, paru en 1929 à ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
horline
  13 décembre 2010
Ce livre de Döblin m'a donné envie de relire Céline. le premier explore l'Alexanderplatz, le second la place de Clichy...des quartiers populaires, grouillants de vie, animées par la rumeur des commerçants, du tramway, des camelots, des passants et des ouvriers, et absorbant dans leurs bas-fonds les plus fragiles.
Tel est le cas de ce Franz Biberkopf, pauvre bougre sorti de prison qui, malgré le voeu pieu de rester droit dans ses bottes, va se retrouver malmené par les circonstances, au gré de ses rencontres sur l'Alex.
Au fil des pages, on s'aperçoit que l'auteur s'attache à analyser minutieusement les difficultés de ses personnages. Tantôt narrateur externe interpellant le lecteur, tantôt adepte des monologues intérieurs et des allusions mythologiques, A. Döblin se mue en naturaliste d'un quartier populaire de Berlin. Avec cette étude du comportement des "petites gens" sous la pression du milieu et des circonstances, j'ai eu l'impression de relire du Zola.
Mais les similitudes s'arrêtent là.
Si Zola excellait dans un style léché, Döblin exploite tous les styles littéraires (de l'argot au poème), prend beaucoup de libertés avec les structures narratives avec notamment la technique originale du collage, et surtout renverse les codes du romanesque ( à défaut d'une intrigue bien construite axée autour de personnages figés dans des rôles prévisibles, le récit apparaît cacophonique avec ce style littéraire indéfinissable).
Oui au premier abord on a l'impression d'un brouhaha. Mais progressivement, cette impression laisse place à celle d'un laboratoire d'écriture où chaque technique littéraire porte une signification particulière dans la trame de ce roman. Entrer dans l'univers de Dôblin n'est pas aisé.
Bref, c'est une oeuvre qui n'a rien de romantique tant sa lecture est exigeante. Mais une fois plongée dans le livre, je me suis amusée des libertés prises par l'auteur.
Et la description des lieux, des gens...dignes des instantanés de Doisneau ou de Brassaï (à mon avis les meilleurs pour capturer l'essence de la ville à travers un cliché).
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bobbysands
  27 mars 2020
Mon propos, peut-être assez long mais le but est d'essayer de vous inciter à lire ce livre alors je me lance :
Et nous voici plongé dans le Berlin de l'entre-deux guerres en pleine république de Weimar, un Berlin sombre et sans espoir, le Berlin des bas-fonds. J'ai essayé une première fois d'entamer la bête de 612 pages et au bout de 50 pages, ne comprenant absolument rien à ce que je lisais, j'abandonnais mollement, et replaçait l'ouvrage dans la bibliothèque de mon salon, au rayon des mystérieux objets (entre Knut Hamsun et le Jan Potocki). A ce moment, lire ce genre de livre pour moi, revenait à regarder Canal + en crypté. Je laissais donc le livre de côté, persuadé que la traduction ne me permettait pas de rentrer dans le délire de son auteur.
Pourtant, l'objet littéraire reste séduisant et crâneur du haut de son étagère. Structure énigmatique, titres des chapitres loufoques, contexte urbain oppressant, à mi-chemin entre le suffocant Saint-Pétersbourg Dostoïevskien et le Paris glauque de Céline et surtout, et surtout, le style … particulier !
La comparaison avec Céline se fait naturellement. Roman Urbain, noir, anti-héros pathétiques, style elliptique. Berlin Alexanderplatz serait clairement le Voyage allemand si ce dernier n'avait pas été écrit 4 ans avant. Ultime comparaison : les auteurs sont tous deux médecins.
Pour comprendre POURQUOI, il faut lire Berlin Alexanderplatz, il faut en fait comprendre comment lire.
Alors comment lire Berlin Alexanderplatz ?
Tout d'abord, et toujours d'ailleurs, recontextualiser l'oeuvre dans l'histoire de la littérature. Döblin est un contemporain de Céline. James Joyce et Marcel Proust ont déjà frappé fort en termes d'innovations stylistiques et une guerre mondiale est venu choc-post-traumatiser bon nombre de petit génie de notre élite littéraire (Céline et Döblin). Les 30 premières années de notre siècle, d'un point de vue littéraire, mettent à disposition une ressource illimitée de sujet d'étude : appauvrissement, déshumanisation, désillusion de l'industrialisation mais aussi de possibilité infinie d'innovation stylistiques. Les deux maîtres Stylistes que furent Proust et Joyce font voler en éclat le classicisme du 19ème et réinvente la littérature faisant du « style » leur terrain de jeu illimité. Ils ouvrent une parenthèse que refermeront Céline … et Döblin. Je dirai, la parenthèse des « stylistes » ou celle de la littérature impressionniste. Il ne s'agit pas comme Zola, Balzac, Hugo et bien d'autres de recréer un cadre historique ou de décrire méticuleusement l'ambiance, comme on ferait une peinture réaliste d'un objet. Il s'agit maintenant, d'implémenter dans l'esprit et la moëlle épinière du lecteur, une mémoire sensorielle, une nostalgie, de quelque chose qu'il n'a pas connu : Les repas interminables de l'aristocratie pour Proust, l'allégorique et absurde Dublin de Joyce, le traumatisme post-apocalyptique de la Grande Guerre de Céline et enfin les bas-fonds et le banditisme de Döblin. L'outil de cette implémentation est le style. Et les écrivains dont je parle sont des stylistes. Ils vont, par leur style, faire naître en nous une impression. On retrouve ici le procédé utilisé par Dostoïevski, auteur vénéré par les auteurs cités, quand il implémente à l'aide d'une écriture instantanée et brouillonne, l'idée de folie dans l'esprit de son lecteur. A bien y réfléchir, on pourrait même parler d'un courant littéraire : les stylistes. (D'ailleurs, petites digressions qui justifiera mon appellation, ils termineront tous emportés par leur obsession pour le style : Proust écrivant la plus longue phrase dans le plus long roman du monde qui s'achèvera d'ailleurs après sa mort, Joyce passant dans un monde parallèle avec son dément Fannigan's bar (900 pages) qu'il mit 17 ans à écrire et affirmant modestement qu'il faut 17 ans pour le déchiffrer (à mon avis, plus), Céline qui avec son alambiqué et franchement bizarre Guignol's Band (700 pages), nous offre une des tranches les plus apocalyptiques de la littérature. BREF : le style n'est plus un moyen, c'est une fin en soi ! le fond n'est qu'un prétexte pour la forme)
Je n'ai pas encore répondu à la question ! Comment lire Berlin Alexanderplatz ? Eh bien tout d'abord - entrainement difficile guerre facile - il peut être bon de s'être frotter aux plus durs. Je veux dire par là d'être aller faire ses armes face à un tome de la Recherche de Proust ou un chapitre de l'Ulysse de Joyce (à peu près intelligible). On se rendra compte que Céline et Döblin ne sont pas si inabordables qu'on ne se l'imagine. Ensuite, nos crocs acérés, on peut s'attaquer à la pièce dont on parle aujourd'hui : Berlin Alexanderplatz. Certes, le style, phrase par phrase n'est pas franchement ragoutant mais on distingue la forme d'une narration. On distingue la polyphonie, on comprend qui parle, qui pense, quand intervient l'auteur etc. On peut donc décrypter, globalement l'action qui se déroule et ainsi, avancer, ou plutôt creuser, à travers les différentes couches que sont les niveaux de lecture. Ne vous inquiétez surtout pas si vous avez l'impression de ne pas saisir tel morceau de phrase, tel paragraphe complètement hors sujet. L'auteur se fout un peu de vous, alors ne vous laisser pas intimider et suivez le dans sa folie, comme Alice suivit le lapin. C'est bien pour ça que vous avez ouvert ce livre non ? Alors en avant.
Après plusieurs pages, on discerne mieux le projet. L'auteur force notre adhésion : Soit nous abandonnons et refermons le livre (ce que je fis la première fois), soit nous y allons « à fond » et nous descendons dans les bas-fonds. Nous ne les regardons pas de notre fenêtre, depuis notre appartement embourgeoisé, nous descendons, mouchoir sur le nez, à travers l'odeur putride des bars infâmes (surement les équivalents de nos PMU), à travers les ruelles sordides d'une ville au bord du précipice. C'est un choix, donc, au service duquel le style va se mettre : nous rendre au mieux l'impression de bassesse, sans distinguer la narration du narré. Un peu lourd, dirons les plus réticents, ceux qui ont quand même réussi à passer outre l'obstacle de ce style ardu. Mais aucune inquiétude, l'auteur est talentueux. Il maîtrise l'emploi de son argot et l'utilise judicieusement pour décrire son objet et lui donner toute sa dégoutante splendeur. Des qualités évidemment toute céliniennes. Donc voilà comment lire, du moins aborder la lecture de Berlin Alexanderplatz en bravant l'épreuve du style (qui n'est que le premier des 12 travaux que vous aurez accomplis !). Pour en finir et pour conclure sur cette partie, je vous demande de voir le style comme un outils, qui s'apparente à une paire de lunettes 3D, grâce auxquelles vous verrez ce que l'auteur veux vous montrer : Berlin la sordide.
L'étude de ce sujet, Berlin, vu avec nos lunettes 3D nous est faites sous forme de visite guidée avec en guise de guide, Franz Biberkopf, une sorte de gros sac à, une sorte de personnage un peu pathétique, qu'on aime appeler antihéros.
Venons-en à l'analyse des niveaux de lecture qui vous permettra d'apercevoir une once de finalité dans cet objet littéraire non identifié. A la première lecture, nous en distinguons trois.
Le premier niveau de lecture des péripéties de Franz, est celui, classique, de la lecture d'une fresque urbaine, tout à fait romanesque. Une intrigue pleine de rebondissement, narrée avec entrain, une multitude de personnages, fort de leur caractère, un tourbillon de mésaventures toute plus dramatiques les unes que les autres. Pour ce niveau de lecture, vous serez servis : Prisons, viol, maltraitance des femmes, amitié, braquage, trahison, amputation, re-viol, meurtre, re-trahison, dépression, hôpital psychiatrique et fin à la 1984 d'Orwell, lobotomisation et vie minable. le Drame urbain par excellence, digne des plus grands des contemporains de Döblin. (Mais pourquoi les romans urbains sont-ils si déprimants ? L'homme n'est donc pas fait pour une vie urbaine ? Merde !)
Le deuxième niveau de lecture est évidemment la (fameuse) critique sociale. L'auteur, je le rappelle, est un médecin des quartiers populaire. Question misère sociale, il en connaît un rayon. Je dirais que sa période gauchiste se justifie pleinement (et pourtant, alléluia, il s'en émancipera). le roman est un hommage à tous ces petits, ces truands, ces putes, ces repentis éternellement jetés dans la spirale de la violence et de la perdition. Ceux qui essaient, mais n'y arrivent pas.
(Aux riches et instruits lecteurs … :) « Regardez ! Vous-autres qui savez lire de grands romans, et imaginez ce que vivent ces petits qui peuplent les quartiers mal famés. Regardez en face, Berlinois ! la face de votre ville minable. »
Mais plus malin encore, et moins populiste qu'on ne se l'imagine, Döblin tourne aussi son discours contre le peuple. Son héros, certes, n'est pas épargné par la malchance. du moins, c'est ce que nous affirme avec une fausse naïveté, la narration. En fait, avec un simple esprit critique, et fort de notre connaissance du bien et du mal, aucun évènement ne forcent notre héros à faire le mal, à violer sa belle-soeur pour retrouver sa libido, ni à s'acoquiné avec une bande de braqueurs ou d'admirer un assassin en puissance, manifestement violent.
(Aux petits … :) « et vous Arrêtez de vous lamenter ! arrêtez de promettre que vous ne retomberait pas dans le banditisme quand vous faites tout…, ou du moins quand vous ne faites rien pour empêcher que ça arrive ! »
Nous avons donc ce double discours de l'auteur qui pointe du doigt la responsabilité de chacun, y compris des plus petits, dans la misère de la capitale teutonne.
Enfin, dernier niveau de lecture, qui nous pousse à penser, une fois le livre refermé, qu'il faudra le relire plus attentivement ce chef d'oeuvre : religieux. Pour ne citer qu'une référence, je dirai celle du livre de Job, pleinement appropriée pour décrire la triste vie de notre universel Franz. L'oeuvre contient énormément de références, profanes et religieuses et nous rappellent en fait que Berlin Alexanderplatz est construit comme une parabole, ou du moins en apparence. Et c'est peut-être l'analyse la plus intéressante de l'oeuvre de Döblin, juif qui aura la riche idée de se convertir au catholicisme. Si Franz est un anti-héros, son histoire est une anti-parabole. Les paraboles, vous savez ? Ces petits textes d'une simplicité affligeante conclus par une petite morale que le Christ utilisait pour faire rentrer de grandes vérités dans les petits cerveaux de ses apôtre. « Un homme avait deux fils », « Un semeur sortit pour semer », « le royaume des cieux ressemble à un trésor caché dans un champs » … etc.
Döblin fait de même avec nos petits cerveaux. L'« histoire d'un bandit repentis, qui veut arrêter de faire le mal ». Il va « tout » faire pour y arriver, mais le monde étant trop dur, il butera à chaque nouvelle tentative et retombera dans le banditisme. Nous avons une sorte de contre-évangile, qui nous dit avec simplicité que tout n'est pas si simple. Et nous, apôtre d'un instant du maître Döblin, nous sommes partagés entre l'idée qu'effectivement, on ne peut juger un homme sans connaitre la dureté de sa vie et, en même temps, l'idée qu'on se moque un peu de nous dans cette affaire - tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise - Franz a eu ce qu'il méritait. Plusieurs personnes lui ont tendu la main et ce blaireau n'a jamais su écouter et n'en a fait qu'à sa tête pour finalement retomber dans le crime.
Double morale donc : soit on voit le texte comme une parabole et la morale est donc que la vie finit toujours par l'emporter sur les volontés de fer. Il donc faut se soumettre à sa destinée (même si celle-ci est noire) sans lutter contre ses passions, être cohérent. Soit on voit le texte comme une anti-parabole dont la morale est donc qu'il faut vraiment et sincèrement lutter, sans se cacher derrière de fausses résolutions, contre le mal qu'il y a en nous et ce dans chacune de nos actions, actions qui constituent le torrent de notre destinée. Si ces deux morales sont banales et sont complètement opposées, l'auteur adresse la première à notre conscience via la forme : (la narration naïve) et la seconde à notre subconscient via le fond (le contenu du récit). La première nous dit qu'il ne sert à rien de lutter dans un Berlin comme celui qui nous est présenté la seconde attend de nous que nous refusions cette démission, ce lâche abandon.
La fin est assez intéressante, notamment la dernière page ou notre héros est lobotomisé, vaincu. Son âme est morte. Il est comme emporté dans l'allégorie d'une marche guerrière et nationaliste qui se nourrit de ce genre de profil pour grossir et gagner en puissance. Cette marche guerrière résonne tout particulièrement quand on connaît la suite (et la fin ?) de l'Histoire Allemande.
Terminer Berlin Alexanderplatz procure avant tout le sentiment de fierté légitime d'avoir terrasser un monstre littéraire et d'en avoir extrait la substantifique moelle, aliment nécessaire aux muscles de notre cerveau, fatigués de l'inconsistance de la littérature contemporaine. Berlin Alexanderplatz est bien un challenge littéraire et comme toute épreuve, on en ressort plus clairvoyant, on en tire une conclusion qui perdurera tout au long de notre chemin sur cette terre. le pacte de lecture est respecté, Alfred Döblin réussit pleinement son effraction dans nos boites crânienne, pour y déposer un germe : sa vision de Berlin de 1928. Et ce germe grandira quand nous regarderons notre ville (Marseille, Paris, Bordeaux…), ses mouvements, ses bruits, ses odeurs, ses trognes à travers les yeux Döblinesques, et que nous sentirons dès lors cette nostalgie intense d'un Berlin que nous n'avons jamais connu, révolu à jamais.
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sylvaine
  01 septembre 2016
Berlin Alexanderplatz d' Alfred Döblin ou le livre que j'ai failli laisser tomber au bout de 50 pages . Berlin Alexanderplatz d'Alfred Döblin ou le roman de toute une génération de l'entre deux-guerres , roman qu'il eut été bien dommage d'abandonner ...
Franz Biberkopf sort de Tegel ,prison berlinoise, après quatre ans de détention pour coups et blessures ayant entraîné la mort d'Ida sa compagne. Honnête , honnête je veux être et le rester. Mais difficile dans le Berlin de 1927 , quand on sort de taule, que le travail se fait rare, que l'inflation galope, de rester droit. Les rencontres se succèdent, Frank prend un premier coup derrière la tête, il résiste, puis le voilà embarqué dans une sombre histoire, blessé amputé d'un bras mais il résiste encore et toujours..
Döblin nous compte par le menu deux années de la vie de Franz Biberkopf , celles de son entourage, de Mieze, d'Eva, de Herbert, de Reinhold . et nous offre un roman où les voix se croisent, s'interpellent. Chacun crie, gémit, rit, boit, aime ou déteste, vit peu ou prou . Et en fond de tableau Berlin , sa métamorphose , ses travaux, le métro, le tram, les laissés pour compte de la ville de lumière on est ici à Berlin Est .C'est un roman dur, poignant, difficile, exigeant même qui n'est pas sans rappeler Voyage au bout de la nuit de Céline écrit à la même époque. Publié en 1929 , la République de Weimar est encore en place, le nazisme monte , le communisme essaye de trouver sa place , ce roman sera d'ailleurs brulé lors des autodafés de 1933 ..
Considéré comme l'un des fleurons de la littérature du XXème siècle, l'oralité de son écriture, le dialecte "berlinois" , l'abondance des dialogues peut en rebuter beaucoup , je suis ravie d'être allée au bout de ma lecture d'autant plus ravie qu'il m'a fallu m'y efforcer , lecture difficile donc mais ô combien enrichissante.
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milan
  07 novembre 2017
Qu'est ce que c'est Berlin Alexanderplatz? Première réponse-la plus évidente et la plus directe-: c'est l'histoire de Frantz Biberkopf, un pauvre bougre, qui après avoir purgé quatre années d'emprisonnement pour avoir tué sa femme, décide de changer de vie, et de rester honnête coûte que coûte. Cependant, malgré tous ses efforts et ses bonnes intentions, il n ' y parviendra pas.Ensuite, il y a le livre culte, celui que tout le monde décrit comme monument unique de la littérature mondiale. Pourquoi? principalement par son style. L'écriture de Döblin ( du moins dans ce roman) est plus que de simples mots, ceux sont des images, des sons, des envolées lyriques ( pas beaucoup) au milieu d'un fatras d'argot, le tout englué dans les bruits de la ville, des tramways, des passants, des marchands ambulants, des flics, des voleurs, des prostitués, des enseignes de magasins, des titres et articles de journaux ...On pense tout de suite à Joyce pour le style et à Céline pour l'ambiance, et certains passages sont atroces à lire tant ils sont réalistes, comme le long, très long chapitre décrivant la chaîne des opérations dans les abattoirs de la ville . Sans oublier les monologues intérieurs, dignes de la plus pointue des psychanalyses, et des invectives directes de l'auteur envers son lecteur......Mais il y a autre chose.....autre chose sur quoi on n'arrive pas à mettre le doigt, et qui turlupine tout au long de la lecture. Autre chose qui fait penser qu'au delà de ces évidences, se cache une particularité. Et puis, bam!!! Magie de la lecture, on comprend!!. Qu'es ce que c'est Berlin Alexanderplatz? et bien c'est la grandeur des petites choses, c'est l'exceptionnel dans le banal, dans le quotidien, dans le commun. Et cet exceptionnel, Döblin nous le fait sentir tout d'abord par l'attention minutieuse qu'il donne à absolument toute chose, mais sans peser, naturellement. Ensuite, par une tendresse ressentie en filigrane, ou du moins une sorte d'invitation, peut être pas à l'indulgence (Döblin n'est pas tendre avec ses personnages) mais à la compréhension, à l'acceptation de ces destins qui oscillent entre lutte et résignation. Et au cas où cet exceptionnel n'est pas encore assez évident, et bien Döblin invite carrément le sacré et le religieux pour orner son texte, à l'aide de personnages à l'allure et au discours bibliques. Ainsi, l'existence de monsieur tout le monde, les petits événements de sa petite vie, deviennent un élément d'un tout qui a un sens....sacré justement....peut être une manière d'excuser certaines existences misérables. Dans l'édition que j'ai lue, il y a un chapitre intitulé: Les villes de l'homme et son âme, par R.WFassbinder, réalisateur d'une adaptation du roman....et ce chapitre à lui seul vaut le détour. Car en plus d'aider à mettre des mots sur des impressions, il apporte un autre éclairage- personnel- sur le livre. Ainsi, Fassbinder a vu des choses qui m'avaient échappées ( à tort ou à raison): l'amitié quasi amoureuse entre Biberkopf et Reinhold, l'homme qui va s'acharner à causer sa perte, mais aussi la découverte de la psychanalyse et des théories de Freud.Selon Fassbinder toujours, les tourments de Döblin au sujet de la religion sont peut être évoqués. Mais le plus touchant, c'est l'évocation par Fassbinder de l'importance qu'a eu ce livre sur sa vie personnelle, professionnelle et artistique.Il reste tant de choses à dire sur ce roman. C'est un roman exigeant, à tout moment de la lecture, mais singulièrement passionnant. Un grand roman.
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olivberne
  11 mars 2013
Ce fut long! le roman est conséquent, le texte sans trop de dialogues, avec de longues descriptions et les pensées des personnages qui s'éternisent. le style est particulier, avec un discours intérieur qui déroute.
Ce livre raconte l'histoire d'un homme qui sort de prison et ses méthodes pour sortir de la pauvreté et des affaires dans l'Allemagne des années 30, en pleine crise financière et morale. On entre dans un monde sombre, dans les bas-fonds de Berlin et peu à peu, on s'attache au personnage, on suit son parcours pas toujours clair mais qui s'active vers la fin.
Le véritable personnage de l'oeuvre, c'est la ville, c'est Berlin, ses habitants, ses travailleurs, ses rues et son âme. On assiste à des descriptions magnifiques notamment celle de garçons bouchers à l'abattoir, entre horreur, morbide et grandeur. On obtient un chef d'oeuvre du réalisme allemand, on pense à Zola mais la première guerre mondiale est passée par là et il n'y à plus d'espoir.
C'est noir, c'est sombre et plein de lumière.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
EnrouteEnroute   22 août 2015
Que tu veuilles, ô être humain, devenir sur cette terre un sujet masculin, alors réfléchis à deux fois, avant que la sage femme vers le jour te convoie ! la terre est un nid de misère ! Crois-en l'auteur de ces lignes, qui goûta bien souvent de ce plat dur et indigne ! Citation piquée au Faust de Goethe : L'homme toute sa vie n'est heureux d'ordinaire, qu'au seul stade embryonnaire... Voici le bon Etat nourricier, il te régente de l'aube au coucher. Il te pince et te rudoie allègrement de ses article et ses commandements ! Le premier dit : humain, paie ! le second : ferme ton clapet ! Ainsi vis-tu dans ton couchant, en un état d'accablement. Et tu cherches parfois à noyer l'ennui coriace, dans la bière, voire dans la vinasse, alors promptement tu chois et tu es schlass. Pendant ce temps le années s'accumulent, les mites boulottent ta chevelure, ça craque sinistre dans la charpente, les membres se flétrissent et débandent ; la jugeotte fermente dans la cervelle, et toujours plus mince la ficelle. Bref, tu remarques que c'est déjà l'automne, tu casses ta pipe et abandonnes. Et maintenant, je te demande, tremblant, ô ami, qu'est-ce que l'homme, qu'est-ce que la vie ? Déjà notre grand Schiller souverain : "Ce n'est point le plus grand des biens". Pour moi je dis : la vie est comme une échelle de poulailler, courte et pleine de fumier.
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MarianneDesroziersMarianneDesroziers   13 juillet 2010
En somme, pas grand chose à narrer sur Franz Biberkopf. On connaît le garçon. Tout le monde se doute de ce que fera la truie quand elle entre dans le parc aux cochons. Seulement, ladite truie est mieux partagée que l'homme, en ce sens qu'elle n'est que chair et graisse de part en part ; et ce qui peut lui arriver n'est pas bien grave, à condition qu'elle ait sa pâture. Tout au plus, qu'elle fera des petits une fois de plus ; et au terme de la vie, il y a le couteau, ce qui n'est pas bien terrible ni très inquiétant au fond. Elle en sera quitte, avant de s'apercevoir de quoi que ce soit la pauvre fille.Mais l'homme, ça vous a une paire d'yeux avec toute espèce de choses en dedans, tout pêle-mêle. L'homme a l'Imagination, et sa terrible tête le force à imaginer ce qui peut lui arriver, et c'est le diable.
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CosaqueCosaque   14 août 2014
C'est le dernier individu qui s'occupera de vous! Ne pensez pas de mal de lui, il ne fait que vaquer à ses fonctions. Il doit s'acquitter auprès de vous d'une affaire administrative. Il porte des bottes, des pantalons, une chemise et des bretelles, ses bottes lui montent jusqu'aux genoux. C'est sa tenue de service. Il dépose son cigare dans un casier au mur et va chercher, dans un coin, une longue hache. C'est l'insigne de sa dignité municipale, du pouvoir qu'il exerce sur vous, comme la plaque de cuivre des agents de la Sûreté. Il vous la fera voir tout de suite. [...] il cherche. Il s'agit d'une enquête dirigée contre un certain quidam dans le procès de X contre Y. Pan ! Voilà un porcelet qui lui passe devant, pan ! encore un. L'homme est rapide. Il a exhibé ses titres, le couperet tombe brusquement. Il plonge dans le tas avec le dos de la lame dirigé contre une bête, une seconde, une troisième. Ce ne fut qu'un instant. Par terre, ça se débat, ça gigote. Ça roule d'un côté à l'autre. Ça ne sait plus rien. Et les jambes, la tête, que fabriquent-ils ? L'animal, lui, n'en est plus responsable, les jambes font un là un travail autonome.
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cornelia-onlinecornelia-online   25 avril 2018
Et tout est comme au commencement. Il est limpide toutefois que ce n’est pas le vieux cobra. Notre vieux Franz Biberkopf, on le voit bien, n’est plus. La première fois son ami Lüders le trompa, et il en resta comme deux ronds de flan. La deuxième fois il dut faire le guet, mais il ne voulut pas, aussi Reinhold le jeta sous l’auto et il fut écrasé propre et net. Maintenant c’est assez pour Franz, ce serait assez pour le commun des mortels. Il n’entre pas au monastère, il ne se fout pas en l’air, il part sur le sentier de la guerre, il ne sera pas seulement maquereau et criminel, maintenant le mot d’ordre : plus que jamais.
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christinebeaussonchristinebeausson   20 décembre 2019
Voyez vous, quand le père il est ine petite plante, il voudrait que le fils il soit in'arbre. Quand le père il est ine pierre, que le fils soit ine montagne.
(Ne croyez pas que mes doigts se trompent en tapant ce texte, l'écriture correspond à la volonté du traducteur et de l'éditeur )
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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