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EAN : 9782344010648
160 pages
Éditeur : Glénat (01/04/2020)

Note moyenne : 4.53/5 (sur 44 notes)
Résumé :
Sans contrefaçon, je suis un garçon !Dans l'Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c'était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Bdotaku
  12 juin 2020
Comme souvent dans les oeuvres D Hubert, le récit adopte la forme du conte traditionnel. Ceci se voit dès le titre qui est un clin d'oeil à l'oeuvre de Perrault "Peau d'âne". L'histoire se passe en un lieu et un temps indéterminés, mais comme dans « le Boiseleur », on peut reconnaître l'époque du la haute Renaissance et peut être l'Italie avec l'architecture et les noms choisis. On a une bonne marraine, un objet magique, une jeune fille pure et innocente (ce que souligne son prénom), une quête, des méchants au sein même de la famille ( et là on retrouve plutôt « les ogres-dieux ») et un dénouement en apparence heureux.
Le dessin coloré de Zanzim, faussement naïf, est à l'avenant : les héros sont très reconnaissables ( le nez de Giovanni, les grands yeux bleus de Bianca qui permettent de la retrouver aussi sous les traits de Lorenzo, la silhouette tout en raideur et les yeux noirs de Fra Angelo…) ; les décors sont épurés, les personnages cernés de noir dans la tradition de la ligne claire ; les visages- sans être caricaturaux- sont très expressifs et les sentiments sont souvent exprimés à l'aide de codes graphiques comme des petits tourbillons pour marquer l'émoi ou des nuages noirs pour signifier la colère. L'ensemble est d'une grande lisibilité. Les cinq chapitres du conte sont tous introduits par une page de titre avec des enluminures, on observe de nombreuse pleines pages qui décrivent une succession d'actions avec déplacements des mêmes personnages et se lisent de gauche à droite et de haut en bas ou encore des pages muettes souvent sans bordure de cases qui rappellent la composition des livres d'étrennes victoriens pour enfants.
Un conte libertin

Mais attention, ce livre n'est pas à placer entre toutes les mains ! Il s'apparente aux contes libertins et fourmille de petits détails coquins. Ainsi dès la page d'ouverture , on observe un détail incongru dans les enluminures : ne peut-on pas y voir, reproduit clairement au milieu de la page, un vagin ? On remarquera aussi la très drôle succession des plans quand la pucelle Bianca vêtue de sa peau d'homme découvre avec étonnement la transformation de son appendice masculin sous l'effet de ses caresses et ce qui s'ensuit ...avec le passage sans transition à un plan d'ensemble sur le parc de la marraine et ses statues crachant des jets d'eau… On citera encore le graphisme en ombres chinoises pour représenter les étreintes des amants qui reprend les représentations des théâtre d'ombres pornographiques du XVIIIe, la queue dressée des chats (allusion symbolique que l'on retrouve aussi dans « l'Olympia » de Manet) et bien sûr toutes les saynètes se déroulant en arrière ou en avant plan dans les scènes au « Chat qui louche » et le savoureux décalage de la double entente du poème du Peccorino et du contexte dans lequel il est déclamé. Bref, c'est drôle, léger, pétillant …et même oserait-on dire : jouissif !
Traité sur la tolérance
Pourtant, ce n'est pas qu'un simple exercice de style gratuit car Hubert aurait pu reprendre à son compte les mots De La Fontaine « en ces sortes de fables , il faut instruire et plaire / et conter pour conter me semble peu d'affaire » . Derrière la drôlerie et la légèreté, des sujets graves sont abordés. L'idée de cette oeuvre est venue au scénariste après les manifestations contre le mariage pour tous en 2013. Ecoeuré, blessé et même apeuré par les réactions haineuses à l'égard de la communauté homosexuelle, il a pensé écrire un brûlot inspiré de son expérience personnelle qu'il aurait intitulé « Débaptisez-moi » ! Ceci aurait été dans la continuité de « La ligne droite » dans laquelle il racontait la difficile acceptation de son homosexualité à l'adolescence dans un milieu catholique intégriste ou dans celle de l'ouvrage collectif « Les gens normaux » qu'il avait coordonné et dirigé et qui en dix témoignages en bande dessinée et cinq articles de spécialistes universitaires cherchait à faire réfléchir le lecteur sur la notion d'acceptation de soi et des autres, et interrogeait sur celle de « normalité » en prônant avant tout la tolérance.
Hubert, a finalement décidé de changer complètement de stratégie : plus de pamphlet ni d'attaque directe ; un détour par la fiction, le merveilleux et l'atemporalité ; un ouvrage très coloré (alors que « les gens normaux » mis en bande dessinée par dix dessinateurs différents était intégralement en noir et blanc) mais toujours un même message : celui de tolérance. A travers un langage résolument anachronique, il donne le mode de décryptage de son conte philosophique qui parle en fait de notre monde d'aujourd'hui et traite de problèmes sociétaux très actuels. Ainsi, il aborde certes la question de l'homosexualité et de sa diabolisation, mais également celle de l'homoparentalité, de la famille recomposée, de la montée des intégrismes, de la place de l'art et de la femme dans la société. L'héroïne est suffisamment subtile et intelligente pour contourner les obstacles et ne pas se laisser imposer sa voie : elle fera ses propres choix et restera mettre de son corps et de son destin de façon très avant-gardiste .C'est également elle qui assure la narration dans les récitatifs ; ceci constitue une dernière pirouette amusante puisque le lecteur de bande dessinée -majoritairement masculin- expérimente ainsi métaphoriquement ce que vit Bianca en se retrouvant, grâce à la voix off, dans la peau d'une femme avec un regard féminin qui n'épargne nullement la gente masculine ! Peut-être une expérience salvatrice pour certains… qui sait ?
Cet album merveilleux est aussi un merveilleux album, peut être l'un des plus joyeux D Hubert (malgré son épilogue doux-amer) entre Marivaux pour les quiproquo et la confusion de sentiments, « Victor, Victoria » de Blake Edwards pour la réflexion sur le rapport au genre et à l'identité et « Tootsie » et « Some like it hot » de Billy Wilder pour l'humour, les savoureux dialogues et le rythme. le tandem qu'il forme avec Zanzim, son complice de toujours fonctionne admirablement tout en se renouvelant. C'est donc avec une immense tristesse qu'on se dit que cet éblouissement crée par ce duo sera le dernier puisque le scénariste nous a quittés en février dernier… Si « Viva Lorenzo » fleurit sur les murs de la ville imaginaire, j'ai envie de conclure par un « Vive Hubert » !
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Tachan
  08 juillet 2020
Voici typiquement le genre d'album à côté duquel je serais totalement passée en librairie à cause de mes goûts graphiques mais qui a été sauvée grâce à une belle campagne de promos sur des blogs amis et sur les réseaux sociaux.
Peau d'Homme est avant tout un très bel objet publié chez Glénat dans sa collection 1000 feuilles où ils proposent des titres en grand format relié avec un papier de qualité et une très belle maquette, à l'image de la couverture que vous voyez plus haut. Ça m'a plu d'emblée surtout avec son rappel à l'art de la Renaissance. En prime, parmi les deux auteurs ayant commis cette bande dessinée, je connais assez bien Hubert, qui nous a quitté il n'y a pas longtemps, et dont j'avais adoré le travail dans les Ogres-Dieux l'an passé. Avec tous ces arguments, je n'avais plus aucune raison de me laisser arrêter par les dessins inhabituels (pour moi) de Zanzim. Et quelle claque ! J'ai vraiment eu raison de me laisser convaincre malgré le prix aussi assez élevé de l'ouvrage, 27€...
Dans cet album, les deux auteurs nous proposent de suivre une famille dans laquelle les femmes ont un secret connu d'elles seules : elles possèdent une peau d'homme qu'elles appellent Lorenzo. Une fois la peau revêtue, elles se transforment en homme et nul ne peut deviner qu'elles n'en sont pas un, ce qui leur permet de voyager incognito dans le monde des hommes et d'y vivre bien des aventures.
C'est sur ce concept très original que Zanzim et Hubert construisent une histoire dense et complexe, avec des messages très intéressants sur la place/le rôle de la femme, de l'homme, la recherche de sa sexualité, la vie de couple, et la liberté. Je ne m'attendais pas à trouver une telle richesse dans ce livre quand je l'ai commencé. Je pensais juste suivre une histoire fantastique avec une femme se déguisant en homme et vivant des aventures d'hommes, mais c'est bien plus que cela.
L'héroïne, Bianca, est une jeune fille de sa époque, appartenant à une famille riche qui doit se marier par intérêt et sans avoir son mot à dire. Sauf que ce n'est pas une fille soumise, elle est instruite, intelligente et a des idées qu'elle compte bien défendre. Ce sera la force de Peau d'Homme. Bianca est celle qui donnera un coup de pied dans la fourmilière et mettra tous les engrenages en marche. Elle poussera les gens autour d'elle à s'interroger et évoluer. Je l'ai beaucoup aimé, aussi bien sous ses autours d'homme que de femme, peut-être surtout dans ces derniers où l'on ressentait encore plus la richesse et la force de son caractère ainsi que le drame de ce qu'elle vivait.
Son alter ego, Lorenzo, m'a moins plu. Je le distingue d'elle, même si c'est le côté pile et elle le côté face, parce que je le trouve en un sens plus faible, plus fragile. Au début, ça m'a amusée de la voir se travestir et découvrir ainsi la vraie vie des hommes qu'on cachait alors aux femmes avec les discours horripilants qu'on pouvait s'attendre à entendre. Petit à petit la romance qu'elle va vivre m'a touchée, de même que les hésitations qu'elle va vivre et la fragilité qu'elle va ressentir. Sauf qu'au bout d'un moment, j'ai trouvé le personnage bien pâle et inutilement dramatique face à la forte et franche Bianca, qui elle, avait bien les pieds sur terre. du coup, heureusement le choix des auteurs dans la dernière partie de l'histoire m'a plu.
Ces personnages ne seraient rien sans celui qui les relie : Giovanni, le promis de Bianca. Il est en arrière-plan et pourtant, c'est avec lui que tout démarre. Les parents de Bianca veulent le lui faire épouser alors qu'elle ne le connait pas. Elle décide donc d'y remédier avec l'aide de sa marraine d'une façon fort originale. Et l'homme imbu de lui-même qu'on avait découvert à travers les yeux de Bianca au début, se révèle quelqu'un de bien plus doux et touchant sous ceux de Lorenzo qui apprend à le connaitre. Il va ainsi petit à petit former un vrai trio avec Lorenzo d'un côté et Bianca de l'autre.
La grande force du récit est le choix des auteurs de parler de la société de la Renaissance avec beaucoup de modernité autour de thèmes toujours d'actualité. Bianca, Lorenzo et Giovanni sont les héros d'un drame romantique propre à leur époque à cause des mariages arrangés qui avaient lieu autrefois mais qui résonne quand même en nous. Ce sera le point de départ pour évoquer le rôle qu'on veut attribuer aux femmes, les qualités qu'on leur attribue, ainsi que ce qu'on attend d'un homme mais aussi ce qu'on ne souhaite pas voir. Les auteurs en profitent pour nous offrir une belle ode à la liberté, sexuelle mais pas que. On parle de désir, de couple, de famille au sens large. L'homosexualité y a une grande place et tant mieux ! Ce que vivent les héros, on le voit encore de nos jours dans des couples où l'un des deux n'avait pas osé sa vraie sexualité avant. C'est donc très moderne et encore plus grâce aux réactions de Bianca.
En plus de ce récit assez intimiste, il est aussi question de religion et les auteurs fustigent avec humour et sérieux à la fois les extrêmes et ce à quoi ils peuvent conduire. Il y a des passages drôles et forts à la fois sur le port du voile, l'égalité homme-femme, et bien d'autres sujets que l'on peut retrouver encore de nos jours malheureusement. C'est un aspect que je ne pensais pas trouver dans ce récit et qu'on été agréablement surprise de voir traité.
Tout cela ne serait rien sans la science de la narration des auteurs, que ce soit graphiquement ou verbalement, c'est vraiment très réussi. Zanzim a développé un langage graphique qui a su transcender ce trait que je n'affectionnais pas à première vue. J'ai beaucoup aimé la composition tout sauf classique de ses pages, notamment quand il se joue de la continuité de l'action sur une même page, comme Hitchcock avec Fenêtre sur cour. Il reprend aussi les codes graphiques de la Renaissance avec talent et a une belle palette d'expressions pour ses personnages. Verbalement, Hubert est toujours aussi doué pour trouver la petite formule qui fait mouche et cela revient plein de fois pour notre plus grand plaisir. le mélange des deux est très savoureux et m'a marquée en tant que lectrice.
Alors que je partais avec beaucoup de réticences et que je n'étais pas du tout sûre de mon achat, je ressors totalement conquise de cette lecture. Peau d'Homme est un grand titre par les sujets qu'il défend, la science de la narration qu'il propose et la force de l'héroïne qu'il nous offre de découvrir. C'est un récit marquant qui le fait directement entrer parmi ces grandes BD dont je souhaite ne jamais me séparer et que je compte relire régulièrement à travers le temps. C'est un récit subtile et intelligent tout en sachant être drôle et cynique mais juste et défendant de belles valeurs, dont la plus belle : la liberté !
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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jamiK
  15 juin 2020
En guise de Testament, Hubert nous livre un véritable bijou, ode à l'amour, la beauté et la liberté. Il règle ses compte une dernière fois avec le puritanisme fanatique, contre tous ceux qui voient dans l'homosexualité une diablerie. C'est une oeuvre qui défend les causes homosexuelle et féministe, très militante et pourtant traitée avec légèreté et finesse, avec sensualité et poésie.
Ce roman graphique démarre comme un conte, l'action se situe dans une ville qui fait penser à Florence de la grande époque. Il y apporte une pointe de magie et de fantastique dans cette aventure avec cette peau d'homme dans laquelle Bianca se transformera en homme. C'est un superbe récit sur l'homosexualité, peut-être un des plus merveilleux qui ait été écrit sur le sujet à ce jour. le dessin de Zanzim, simple en apparence, mais très juste, sensuel et lumineux, met en valeur ce récit, plein de références à l'histoire de l'Art et à la littérature. Zanzim présente avec subtilité la confusion entre masculin et féminin pour servir parfaitement l'intrigue et pénétrer dans l'esprit des protagonistes. Une fois de plus, Hubert nous propose un éventail de caractères d'une étonnante richesse, il invente des personnages faits d'aspérités, de contradictions. L'aventure est épique, pleine de rebondissements, sensuelle et joyeuse, et pourtant, c'est avec une boule au fond de la gorge que je l'ai lue. Je ne peux détacher l'oeuvre de son auteur, Hubert a toujours laissé une grande part de lui-même dans ses histoires, et cette bande dessinée est pleine d'espoir, de rêve d'idéal, et pourtant… elle laisse un goût amer.
Hubert, tu nous manques.
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Cathy_lit
  07 juillet 2020
Bonjour, une petite bande dessinée aujourd'hui. Enfin petite pas tant que cela. je vous parle de Peau d'homme de Hubert et Zanzim. Qui n'a jamais rêvé d'être dans la peau du sexe opposé un moment pour savoir comment cela se passe dans une autre peau que la sienne? C'est ce qui est permis dans ce conte une peau d'homme va permettre à une jeune femme proche du mariage de connaitre davantage son futur mari. Et pour le connaitre davantage, elle va le connaitre davantage...
Nous sommes sous la Renaissance italienne et la religion, la virginité des femmes sont très importantes. Cette histoire raconte les genres, la sexualité, la liberté, l'amour mais aussi le poids de la religion des traditions. Un très beau conte j'ai adoré.
QUatrième de couv.Sans contrefaçon, je suis un garçon !
Dans l'Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c'était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d'homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d'un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d'homme, Bianca s'affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l'amour et la sexualité.
La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ? Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l'objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l'instrument d'une domination à la fois sévère et inconsciente ?
À travers une fable enlevée et subtile comme une comédie de Billy Wilder, Hubert et Zanzim questionnent avec brio notre rapport au genre et à la sexualité… mais pas que. En mêlant ainsi la religion et le sexe, la morale et l'humour, la noblesse et le franc-parler, Peau d'homme nous invite tant à la libération des moeurs qu'à la quête folle et ardente de l'amour.
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MassLunar
  05 juillet 2020
Hubert, auteur d'une farandole de romans graphiques qui ont su toucher leur public, nous a quitté en ce début d'année. Pour son dernier tour de piste, Glénat sort son dernier album. Un joli coup scénariste assortie à un dessin épuré et expressif de Zanzim.
Peau d'Homme est un one-shot se déroulant a priori dans une Espagne médiévale aux portes de la renaissance. Peu d'indices temporelles mais l'album possède l'allure d'un conte médiéval qui se fait écho des temps modernes. En ce sens, Peau d'Homme , malgré une dimension moins fantastique ( si ce n'est cette magique peau d'homme) me rappelle l'excellent L'Age d'Or de Pedrosa et de Roxanne Moreil. Un one-shot médiéval qui possède aussi une véritable fraicheur de modernité en posant une figure féminine au centre du récit et devant lutter ou du moins s'imposer face à la figure patriarcale.
Dans Peau d'Homme, cette thématique de l'émancipation , de la liberté tout simplement est traité de manière plutôt directe avec cette artefact magique qu'est cette Peau d'Homme permettant à la belle Bianca de devenir le beau Lorenzo. Un changement de sexe et donc de genre qui nous entraine vers une double-vie et vers un message, celui d'une libération intime, celui du bonheur.
Le scénario de Hubert est bien ficelé. Jamais lourd dans le traitement de son propos, l'auteur combine une ambiance sensuelle, un peu libertine qui se heurte à un fanatisme sclérosé donnant lieu à des scènes parfois déchirantes, parfois révoltés. Encore une fois , Peau d'Homme est un conte moderne et libérateur qui est servi par une écriture incisive qui n' a pas peur de se frotter à la caricature pour mieux la dépasser. de plus , au niveau du rythme, c'est un one -shot qui se lit d'une traite et se savoure sans difficulté, grâce aussi et bien évidemment au dessin de Zanzim.
La patte graphique de ce dernier est plutôt épurée pour ce roman graphique dôté d'une belle qualité éditoriale. Nous ne sommes pas dans un dessin du détail mais dans un dessin au charme enlevé, léger. Les expressions et le dessin des personnages sont uniquement composés de quelques traits facilement identifiables et qui contribuent à la fluidité et au charme souvent guilleret de cet album. Mention spéciale au découpage et notamment à ces pleines planches qui se regardent telles des plans-séquences sans aucune interruption. C'est un album tout simplement agréable qui bénéficie aussi d'un très bon travail éditorial de la part de Glénat avec une jolie couverture ornementée qui rappelle l'image du livre de conte. C'est un travail d'une véritable finesse.
Pour son dernier tour de piste, le regretté Hubert a peut-être réalisé un titre majeur de sa carrière. Moderne , au charme graphique frais et enlevé, doté d'une narration solide et d'une bonne maîtrise de son propos, Peau d'Homme est bien parti pour être l'un des albums majeurs de l'année récoltant un-à-un les coups de coeurs.

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critiques presse (4)
SciFiUniverse   29 juin 2020
Peau d'Homme est un conte immersif qui pousse à la réflexion, un récit émouvant et tranchant. Le dessin est vivant, l’héroïne pétillante. Faisant fi des préjugés, Bianca cherche à faire triompher l’amour et la liberté.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Liberation   22 juin 2020
Dans l’Italie de la Renaissance, une demoiselle s’affranchit des carcans. Un conte poétique et fort sur le genre, ancré dans le parcours de ses auteurs, dont l’un est mort récemment.
Lire la critique sur le site : Liberation
BDGest   09 juin 2020
Après le prometteur Boiseleur, Hubert reste dans l'ambiance médiévale avec ce nouveau one-shot. Ce conte interroge avec talent le rapport au genre et à la sexualité, en y mêlant habilement la prégnance de la religion et la bienséante morale.
Lire la critique sur le site : BDGest
Sceneario   28 février 2020
Les messages sont aussi beaux que limpides et appellent notre monde à plus de tolérance. Et ils passent d’autant mieux qu’ils sont mis en image par Zanzim, dont on reconnait immédiatement le coup de crayon. Son style épuré, ses personnages expressifs, son univers presque cartoonesque mais qui sait puiser dans des références iconographiques anciennes...
Lire la critique sur le site : Sceneario
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
BdotakuBdotaku   12 juin 2020
Eh, moinillon ! Qui crois-tu tromper avec tes airs dévots ? Tu n’es qu’un hypocrite ! Avant nous étions fiers de notre ville !Maintenant nous détruisons ses statues, ses peintures, tout ce qui en faisait la beauté ! Tout ça à cause d’un moinillon obsédé par la chair, rendu à moitié fou par les frustrations ! Va baiser, laisse nous vivre !
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BdotakuBdotaku   12 juin 2020
- Si on arrêtait de considérer les femmes comme des êtres inférieurs, peut-être que ça irait mieux pour tout le monde !
-Il n‘est pas sérieux Lorenzo, la femme a été créée inférieure à l’homme. C’est ce que dit l’Eglise, c’est marqué dans la Bible.
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YokayYokay   13 juin 2020
- Si au moment du coït, la semence tombe du côté droit de la matrice, un garçon sera conçu. Si c'est du côté gauche, ce sera une fille. Si c'est au milieu, l'enfant sera hermaphrodite.
- Ce n'est plus faire l'amour, c'est un pointage d'artillerie.
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BdotakuBdotaku   12 juin 2020
A l’entendre, tout le mal vient des femmes succubes et tentatrices. Les hommes sont de pauvres petites choses à la merci de nos appétits pervers qu’il faudrait protéger en nous voilant de la tête aux pieds
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BdotakuBdotaku   12 juin 2020
Ce sont les codes sociaux du monde des garçons ma chère. Nous nous faisons plus délicates que nous sommes, eux se font plus grossiers quitte à se forcer.
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Pénélope Bagieu présente "Miss Pas Touche" de Hubert et Kerascoët.
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