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Dominique Millet-Gérard (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070387540
672 pages
Éditeur : Gallimard (13/09/1996)
3.97/5   54 notes
Résumé :
Dans ce roman autobiographique, l'auteur conte l'histoire d'un écrivain et de son retour à la religion catholique.

Admirateur du Moyen Âge, des cathédrales, de la peinture religieuse ancienne, le héros séjourne dans un couvent pour tenter de résoudre son drame de conscience. Roman de conversion, - et la conversion des artistes, de Claudel à Péguy ou Ghéon, au tournant du siècle est un phénomène de société -, celle-ci échoue. Roman de la vie spirituell... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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LiliGalipette
  05 octobre 2014
L'écrivain Durtal, après avoir épuisé ses sens dans Là-bas, se trouve subitement croyant. D'où lui vient ce retour de foi ? « Quand je cherche à m'expliquer comment, la veille, incrédule, je suis devenu, sans le savoir, croyant, eh bien je ne découvre rien, car l'action céleste a disparu, sans laisser de traces. » (p. 77) Et pourtant, il faut bien comprendre comment son taedium vitae a disparu et comment son, âme s'est retrouvée à chercher Dieu. « Durtal a été ramené à la religion par l'art. Plus que son dégoût de la vie même, l'art avait été l'irrésistible aimant qui l'avait attiré vers Dieu. » (p. 85)
Mais en matière de religion, Durtal est aussi exigeant qu'en matière d'art ou de plaisirs charnels : il abhorre la religion bourgeoise de son siècle et les liturgies mâchonnées des églises parisiennes. « Il faut un clergé dont l'étiage concorde avec le niveau des fidèles ; et certes, la Providence y a vigilamment pourvu. » (p. 54) Même s'il fréquente Saint-Sulpice et Saint-Séverin, il ne rêve que de gothiques édifices et de plain-chant médiéval. Dans l'esprit affamé d'exquisité de Durtal, seul le Moyen Âge était digne de célébrer Dieu. « Alors, dans cet admirable Moyen Âge où l'art, allaité par l'Église, anticipa sur la mort, s'avança jusqu'au seuil de l'éternité, jusqu'à Dieu, le concept divin et la forme céleste furent devinés, entr'aperçus, pour la première et peut-être pour la dernière fois, par l'homme. Et ils se correspondaient, se répercutaient, d'arts en arts. » (p. 59)
Durtal est croyant, mais pas encore pleinement converti. « Il fallait pourtant bien étancher le pus de ses sens et expier leurs appétits inexigibles, leurs convoitises abominables, leurs goûts cariés. » (p. 230) Il lui faut s'extraire des fanges où ses désirs le précipitent et lutter contre les incessantes arguties auxquelles son esprit se livre. « Ne vous découragez point, si vous sombrez. Ne vous méprisez pas trop ; ayez le courage d'entrer dans une église, après. » (p. 151) Sur les conseils de l'abbé Grévesin, il accepte de faire une retraite dans une Trappe. D'abord terrifié par la perspective de se couper du monde et d'abolir ses habitudes parisiennes, Durtal rencontre enfin la grâce au milieu des moines, en compagnie de l'oblat Bruno, dans la grande simplicité de la règle bénédictine. « Il y a bien des gens qui vont à Barèges ou à Vichy faire des cures de corps, pourquoi n'irai-je pas, moi, faire une cure d'âme, dans une Trappe ? » (p. 255)
En route est un roman autobiographique, au même titre que Là-bas : Durtal est la figure de papier de l'auteur et il suit le même chemin que ce dernier. Après la tentation du satanisme, Durtal/Huysmans se convertit et le roman est principalement un monologue intime où s'affrontent les tentations sensuelles et la volonté de prière. Après le corps, c'est l'âme qui est au centre des préoccupations du personnage. « Mon âme est un mauvais lieu ; elle est sordide et mal famée. » (p. 271) Durtal bat sa coulpe, lutte contre la brûlure des désirs, rechute, se dégoûte, cherche la voie salutaire et le pardon. La retraite à la Trappe de Cîteaux est l'ultime tentative de guérison. « J'ai l'âme si courbaturée que j'ai vraiment besoin qu'elle repose. » (p. 308) Durtal met ses dernières forces dans ce traitement qui agit, enfin, par un miracle ordinaire : quand le patient veut être guéri et que le remède est disponible, il n'y a aucune raison que ce dernier n'agisse pas. Mais le nouveau croyant saura-t-il rester en état de grâce une fois de retour à Paris ? « Je suis encore trop homme de lettres pour faire un moine et je suis cependant déjà trop moine pour rester parmi les gens de lettres. » (p. 524) le chemin vers la Foi pleine et entière, débarrassé des doutes et des retours en arrière est encore long. Pour en connaître le terme, j'ai hâte de lire La cathédrale et L'oblat, les deux autres titres qui composent le roman de Durtal.
En route est également une bibliographie fabuleuse sur la religion, la mystique et la foi. Huysmans présente ici sa bibliothèque et elle pourrait devenir celle de tout croyant. Et, au-delà des textes, il y a l'art en général : peinture, architecture, chant, sculpture, impossible d'échapper à l'immense érudition du critique d'art qu'était Joris-Karl Huysmans. Avec le style riche que j'avais tant apprécié dans Là-bas et Sainte Lydwine de Schiedam, Joris-Karl Huysmans a écrit un superbe texte sur la conversion. Touchée par la poésie des mots – souvent rares parfois archaïques, quelquefois inventés –, je le suis également par la profondeur et la beauté du propos. Mais, lecteur, si tu n'es pas croyant, ne crains pas de lire ce roman qui illustre à merveille le courant de conversion qui a touché bien des auteurs à la fin du 19e siècle.
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Henri-l-oiseleur
  14 mai 2019
Plusieurs critiques ont déjà dit que ce second roman de Huysmans dont Durtal est le héros, raconte la conversion de ce dernier, à savoir son retour à la foi et à la pratique catholiques de son enfance. La "route" est ici la distance que parcourt cet homme solitaire et voluptueux, cet esthète raffiné et amoureux de ses habitudes et de son confort ; ce jouisseur finit par aller passer quelques jours dans un monastère, une Trappe, et en revenir transformé et régénéré. Par quelles étapes passe-t-il ? "Là-bas", le roman précédent, nous le montrait soulevé de dégoût devant son époque, prêt à tout, même au satanisme, pour déterrer un peu d'esprit dans des épaisseurs de matière et d'intérêts égoïstes. Le satanisme de "Là-bas" est une illusion, et "En route" nous montre un Durtal non moins écoeuré par son époque et cherchant dans l'art sacré, l'art chrétien, la nourriture dont il a besoin dans ce temps de famine spirituelle. Mais l'esthétisme est aussi une voie sans issue, une jouissance égoïste de plus. Il faut aller plus loin si l'on veut être vivant et ne pas étouffer. D'où les pages extraordinaires de la retraite à la Trappe, de la confession et de la communion. Peu de romanciers avant Bernanos ont su écrire pareilles pages sur la vie religieuse, les prêtres, les moines. Cette fin de roman est tendre et foudroyante, après les longues pages naturalistes, énumératives, sur les églises parisiennes, leur manière de chanter le grégorien, bref les manoeuvres dilatoires d'un homme qui n'ose pas se confronter à lui-même. C'est de la critique picturale et musicale. Les chapitres de la Trappe, dans leur simplicité divino-humaine, sauvent tout le roman de ses lourdeurs.
J'apprends qu' En route" a joué un grand rôle dans le retour du catholicisme dans la culture française. Comme Huysmans se convertissait, l'état adoptait ses mesures de persécution anticléricales, et d'autres artistes, tel le jeune Claudel, étouffant comme Durtal dans cette France positiviste, maçonnique et affairiste de 1890, retrouvaient l'esprit et la foi. Ces romans de la fin de carrière de Huysmans rendent possibles les grands poèmes et les grands textes théâtraux des années 30.
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Arimbo
  05 septembre 2021

Le deuxième roman du cycle de Durtal, un double de l'écrivain, que l'on avait vu dans Là-bas, aux prises avec le monde du satanisme, et déjà animé d'un dégoût de son époque matérialiste.
Nous le retrouvons assistant à un office dans l'Eglise Saint-Sulpice, et dès le début, il nous engage sur son chemin de réflexions et de doutes, sur son mépris d'une pratique religieuse qu'il trouve viciée, et sur sa nostalgie du Moyen-Age, déjà présente dans Là-bas, la peinture des Primitifs, le plein-chant, le dépouillement présumé de cette époque médiévale.
Ses errements dans différentes églises de Paris lui donnent beaucoup de déception, malgré leurs beautés architecturales, devant une liturgie médiocre, un clergé et des paroissiens à la piété de façade.
Sur le plan spirituel, Durtal est déchiré entre son attraction vers le catholicisme et sa vie personnelle qu'il trouve inadéquate et débauchée.
Mais une cérémonie plus sobre et plus sincère à l'église Notre-Dame des Victoires sera une étape dans son chemin, qui lui fera rencontrer l'abbé Grevesin, avec qui il va se lier. Ce dernier l'incitera à faire un séjour à la Trappde Notre-Dame de l'Âtre, séjour qui constitue la seconde partie du roman.
Cette retraite changera profondément Durtal, qui se libèrera progressivement de ses tourments pour trouver la paix intérieure, en s'intégrant à la vie monacale rude et contemplative, en traversant une grave crise de tentation démoniaque, et en ayant des discussions avec plusieurs moines qui vont l'éclairer à la fois sur la religion et sur le sens à donner à sa vie.
Le roman se termine avec un Durtal en route vers Paris, plein d'interrogations sur ce qu'il va faire.
Comme toujours chez Huysmans, il y a la beauté du style et des descriptions, l'érudition magnifique. Mais, je dois avouer que j'ai été moins séduit par ce récit qui correspond à cette période du renouveau du catholicisme de la fin du 19ème siècle. Certes, la démarche du héros qui cherche à se dépouiller de tout ce qui est superflu me parle, mais c'est celle que l'on retrouve aussi dans les philosophies orientales et d'autres.
Mais cette démarche est noyée dans un chemin religieux dont je me sens bien loin, référence à la Vierge Marie, tentations du démon, etc…, toutes ces « bondieuseries », je n'ai pas su y adhérer. Même si je respecte toutes ces croyances, mon adhésion au propos de ce roman est difficile, moi qui suis athée, ou qui pourrais au minimum accepter l'idée d'un Dieu qui soit celui de Spinoza, un Dieu immanent à l'Univers. Et puis, il y a la façon de considérer la femme essentiellement comme une tentatrice, une déconsidération de ce qu'il appelle « le péché de chair », qui m'ont rebuté.

En conclusion, et pour toutes ces raisons, En route me plaît beaucoup moins que A Rebours et Là-bas.
Mais ce n'est que mon ressenti de ce roman pourtant magnifiquement écrit.
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Christian_Attard
  24 novembre 2016
On imagine mal aujourd'hui l'effet que produisit la sortie du long roman de Huysmans. Pour en prendre la mesure, il faut se pencher sur la critique de l'époque, tour à tour élogieuse ou assassine.
Ce livre est à tort, nommé « roman d'une conversion » mais son personnage principal n'a jamais abandonné son attachement profond au catholicisme. Perdu dans le monde, étourdi de plaisirs et de satisfactions d'orgueil (comme nous tous), Durtal parvient au seuil de ses vieux jours et se rend compte qu'il est seul et empli de remords. Ses amis, connus dans le roman « Là-bas », sont décédés et, peu à peu, sombrant dans la dépression, il erre dans Paris à la recherche de plaisirs plus spirituels que seuls peuvent encore lui procurer les chants religieux et la contemplation de quelques églises parisiennes.
Insensiblement, contournant ses craintes d'inconfort et d'introspection radicale, un prêtre plus cultivé et surtout plus fin que la moyenne le pousse à faire une retraite d'une semaine au sein d'une Trappe. Ce séjour déclenchera la catharsis.
Intervention divine pour certains, purge émotionnelle pour d'autres, Durtal sera transformé à jamais.
Mais ce retour de l'enfant prodige ne va pas annihiler pour autant l'esprit critique de Durtal. Beaucoup alors assimilant Huysmans à Durtal, reprocheront à l'écrivain les coups de griffes de son personnage récurent au clergé séculier.
Grand érudit, maîtrisant parfaitement le long fleuve inspiré de la mystique chrétienne, Huysmans ne s'en laisse pas compter et sait reconnaître l'âme baignant en Dieu de celle des tartuffes et dévots (de ville). D'un style époustouflant de maîtrise, de création poétique et parfois aussi de réelle rosserie, Huysmans se délecte avec aisance et pédantisme de la bêtise de son temps. Car l'un de nos plus brillants romanciers que ses contemporains amères qualifièrent d'opportuniste, demeure un esprit d'exception, une intelligence vive douée d'un incroyable acuité.
Paradoxalement, ce retour en religion impulsé par le si "douteux" Huysmans et son livre à succès draina vers l'Eglise bon nombre de chrétiens de surface qui se mirent à réfléchir plus profondément à l'essence même de leur âme. Et cela, le clergé l'accepta sans barguigner.
J'ai eu le plaisir d'enregistrer ce livre pour le site Litteratureaudio.com. Téléchargement MP3 gratuit, sous forme de fichiers séparés ou d'archives groupées ; durée : 12 h 20 min environ.
http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/huysmans-joris-karl-en-route.html
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Gabriel75
  08 décembre 2019
Michel Houellebecq a remis récemment Joris-Karl Huysmans à la mode avec son roman Soumission. François, le héros de Soumission, vient d'achever une thèse de littérature sur cet auteur de la fin du XIXème siècle et intitulée : « Joris-Karl Huysmans, ou la sortie du tunnel ». Hommage d'un romancier « pessimiste » du début du XXIème siècle, à un autre.
On comprend que Houellebecq s'inscrive dans la filiation littéraire de cet auteur. Huysmans, dans son oeuvre, s'inscrit, comme Houellebecq, en opposition à une France qu'il juge décadente et dont les symptômes seraient le positivisme, l'occultisme (pratiques auxquelles il s'est lui-même livré), la dépravation des moeurs (dont il a été lui-même adepte) et un catholicisme dépourvu de grâce, celui-ci ayant abandonné toute exigence spirituelle et toute ambition artistique inspirante.
« En route » s'inscrit dans cette critique. le héros du livre, Durtal, qui n'est autre que la figure de papier de Huysmans lui-même, déplore dans la première partie cette abdication du catholicisme, alors qu'il ressent lui-même une attirance irrésistible et renouvelée pour la pratique de cette religion. « Comment était-il redevenu catholique, comment en était-il arrivé là ? Et Durtal se répondant : je l'ignore, tout ce que je sais, c'est qu'après avoir été pendant des années incrédule, soudain je crois ».
Mû par une sorte de sérendipité orientée par cette foi renaissante, Durtal fréquente les églises parisiennes qui lui semblent les plus inspirantes et rencontre l'abbé Gévresin. Celui-ci, progressivement le convainc de faire une retraite de quelques jours dans une Trappe de moines dominicains. Après moult hésitations (il met plusieurs dizaines de pages à se décider), Durtal part pour la Trappe. Là, il approfondit sa foi dans la dureté de la vie monacale. Sa confession et sa communion sont les temps forts de cette retraite qui le transforme définitivement, au terme d'une lutte intérieure entre les restes de sa vie d'avant et son aspiration nouvelle. C'est transfiguré qu'il rentre à Paris.
J'ai aimé En route, un livre qui pourtant n'est ni spectaculaire, ni racoleur. On se laisse charmer par des phrases élégantes et par l'immense culture religieuse et artistique de l'auteur. Si la quête spirituelle de Durtal/Huysmans peut paraître toujours d'actualité, ce livre nous plonge aussi dans une autre époque, celle de la fin du XIXème siècle et d'une France en pleine transformation sociale et « sociétale » dirait-on aujourd'hui. Je suis pourtant sorti de ce livre avec un sentiment de tristesse. Certes, Durtal parvient à trouver le chemin de sa vérité. Mais d'un autre côté, le retour à la pratique qu'il vit apparaît comme un bien maigre barrage face au déferlement du matérialisme.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   12 mai 2019
Et le matin, leur première messe, la messe des ouvrières et des bonnes était non moins touchante ; il n'y avait là ni bigotes, ni curieux, mais de pauvres femmes qui venaient chercher dans la communion la force de vivre leurs heures de besognes onéraires, d'exigences serviles. Elles savaient, en quittant l'église, qu'elles étaient la custode vivante d'un Dieu, que Celui qui fut sur cette terre l'invariable Indigent ne se plaisait que dans les âmes mansardées ; elles se savaient ses élues, ne doutaient pas qu'en leur confiant, sous la forme du pain, le mémorial de ses souffrances, il exigeait, en échange, qu'elles demeurassent douloureuses et humbles. Et que pouvaient leur faire alors les soucis d'une journée écoulée dans la bonne honte des bas emplois ?

ed. Bartillat, p. 391
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stcyr04stcyr04   26 février 2013
Les tableaux de la passion se déroulaient devant elle, tandis que, couchée sur un lit, broyée par les souffrances, saignant par les trous de ses stigmates, elle gémissait et pleurait, anéantie d’amour et de pitié, devant les tortures du Christ.
A sa parole qu’un scribe consignait, le Calvaire se dressait et toute une fripouille de corps de garde se ruait sur le Sauveur et crachait dessus ; d’effrayants épisodes surgissaient de Jésus, enchaîné à une colonne, se tordant tel qu’un ver, sous les coups de fouets, puis tombant, regardant de ses yeux défaits des prostituées qui se tenaient par la main et reculaient, dégoûtées, de son corps meurtri, de sa face couverte, ainsi que d’une résille rouge, par des filets de sang.
Et lentement, patiemment, ne s’arrêtant que pour sangloter, que pour crier grâce, elle peignait les soldats arrachant l’étoffe collée aux plaies, la vierge pleurant, la figure livide et la bouche bleue ; elle relatait l’agonie du portement de croix, les chutes sur les genoux, s’affaissait, exténuée, lorsque arrivait la mort.
C’était un épouvantable spectacle, narré par le menu et formant un ensemble sublime, affreux. Le rédempteur était étendu sur la croix couchée par terre ; l’un des bourreaux lui enfonçait un genou dans les côtes, tandis qu’un autre lui écartait les doigts, qu’un troisième frappait sur un clou à tête plate, de la largeur d’un écu et si long que la pointe ressortait derrière le bois. Et quand la main droite était rivée, les tortionnaires s’apercevaient que la gauche ne parvenait pas jusqu’au trou qu’ils voulaient percer ; alors ils attachaient une corde au bras, tiraient dessus de toutes leurs forces, disloquaient l’épaule, et l’on entendait, à travers les coups de marteaux, les plaintes du seigneur, l’on apercevait sa poitrine qui se soulevait et remontait un ventre traversé par des remous, sillonné par de grands frissons.
Et la même scène se reproduisait pour arrêter les pieds. Eux aussi n’atteignaient pas la place que les exécuteurs avaient marquée. Il fallut lier le torse, ligotter les bras pour ne pas arracher les mains du bois, se pendre après les jambes, les allonger jusqu’au tasseau sur lequel ils devaient porter ; du coup, le corps entier craqua ; les côtes coururent sous la peau, la secousse fut si atroce que les bourreaux craignirent que les os n’éclatassent en crevant les chairs ; et ils se hâtèrent de maintenir le pied gauche sur le pied droit ; mais les difficultés recommencèrent, les pieds se révulsaient ; on dut les forer avec une tarière pour les fixer.
Et cela continuait ainsi jusqu’à ce que Jésus mourût et alors la sœur Emmerich, terrifiée, perdait connaissance ; ses stigmates ruisselaient, sa tête crucifiée pleuvait du sang.
+ Lire la suite
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ericdemicheliericdemicheli   17 avril 2015
Les tableaux de la passion se déroulaient devant elle, tandis que, couchée sur un lit, broyée par les souffrances, saignant par les trous de ses stigmates, elle gémissait et pleurait, anéantie d’amour et de pitié, devant les tortures du Christ.
A sa parole qu’un scribe consignait, le Calvaire se dressait et toute une fripouille de corps de garde se ruait sur le Sauveur et crachait dessus ; d’effrayants épisodes surgissaient de Jésus, enchaîné à une colonne, se tordant tel qu’un ver, sous les coups de fouets, puis tombant, regardant de ses yeux défaits des prostituées qui se tenaient par la main et reculaient, dégoûtées, de son corps meurtri, de sa face couverte, ainsi que d’une résille rouge, par des filets de sang.
Et lentement, patiemment, ne s’arrêtant que pour sangloter, que pour crier grâce, elle peignait les soldats arrachant l’étoffe collée aux plaies, la vierge pleurant, la figure livide et la bouche bleue ; elle relatait l’agonie du portement de croix, les chutes sur les genoux, s’affaissait, exténuée, lorsque arrivait la mort.
C’était un épouvantable spectacle, narré par le menu et formant un ensemble sublime, affreux. Le rédempteur était étendu sur la croix couchée par terre ; l’un des bourreaux lui enfonçait un genou dans les côtes, tandis qu’un autre lui écartait les doigts, qu’un troisième frappait sur un clou à tête plate, de la largeur d’un écu et si long que la pointe ressortait derrière le bois. Et quand la main droite était rivée, les tortionnaires s’apercevaient que la gauche ne parvenait pas jusqu’au trou qu’ils voulaient percer ; alors ils attachaient une corde au bras, tiraient dessus de toutes leurs forces, disloquaient l’épaule, et l’on entendait, à travers les coups de marteaux, les plaintes du seigneur, l’on apercevait sa poitrine qui se soulevait et remontait un ventre traversé par des remous, sillonné par de grands frissons.
Et la même scène se reproduisait pour arrêter les pieds. Eux aussi n’atteignaient pas la place que les exécuteurs avaient marquée. Il fallut lier le torse, ligotter les bras pour ne pas arracher les mains du bois, se pendre après les jambes, les allonger jusqu’au tasseau sur lequel ils devaient porter ; du coup, le corps entier craqua ; les côtes coururent sous la peau, la secousse fut si atroce que les bourreaux craignirent que les os n’éclatassent en crevant les chairs ; et ils se hâtèrent de maintenir le pied gauche sur le pied droit ; mais les difficultés recommencèrent, les pieds se révulsaient ; on dut les forer avec une tarière pour les fixer.
Et cela continuait ainsi jusqu’à ce que Jésus mourût et alors la sœur Emmerich, terrifiée, perdait connaissance ; ses stigmates ruisselaient, sa tête crucifiée pleuvait du sang.
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stcyr04stcyr04   24 février 2013
Et puis, hélas ! L’on n’entend plus les tempêtes des grandes orgues et les majestés douloureuses du plain-chant, qu’aux convois des détenteurs ; pour les pauvres, rien-ni maîtrise, ni orgue-quelques poignées d’oraisons ; trois coups de pinceau trempé dans un bénitier et c’est un mort de plus sur lequel il pleut et qu’on enlève ! L’Eglise sait pourtant que la charogne du riche purule autant que celle du pauvre et que son âme pue davantage encore ; mais elle brocante les indulgences et bazarde les messes ; elle est, elle aussi, ravagée par l’appât du lucre !
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KayaKaya   17 avril 2013
Non, plus j'y songe, s'écriait-il, plus je la [L'Eglise] trouve prodigieuse, unique ! plus je suis convaincu qu'elle seule détient la vérité, qu'hors d'elle, ce ne sont plus que des luxations de l'esprit, que des impostures, que des esclandres! - L'Eglise, elle est le haras divin et le dispensaire céleste des âmes; c'est elle qui les allaite, qui les élève, qui les panse; elle qui leur notifie, quand le temps des douleurs est venu, que la vie réelle ne commence pas à la naissance mais bien à la mort. L'Eglise, elle est indéfectible, elle est suradmirable, elle est immense..

Oui mais alors, il faudrait suivre ses prescriptions et pratiquer les sacrements qu'elle exige!
Et Durtal, en hochant la tête, ne se répondait plus.
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Videos de Joris-Karl Huysmans (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joris-Karl Huysmans
Joris-Karl Huysmans, du naturalisme au mysticisme : Analyse spectrale de l'Occident (1968 / France Culture). Diffusion sur France Culture le 16 mars 1968. Portrait de Joris-Karl Huysmans par Jean-Louis Forain, en 1878. Une émission préparée par René Louis. Assistante à la réalisation : Annie Cœurdevey. Avec le concours de Pierre Cogny (maître-assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Caen), Jacques Lethève (conservateur au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale), René Rancœur (conservateur au département des Imprimés), Marcel Thomas (conservateur en chef du département des Manuscrits) et Pierre Waldner (chargé d'enseignement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Poitiers). Et avec les voix de René Dumesnil et de l'abbé Jean Steinmann. Textes de Joris-Karl Huysmans lus par Édith Scob, Michel Bouquet et Jean Topart. Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français, né le 5 février 1848 à Paris et mort dans la même ville le 12 mai 1907. Huysmans naît le 5 février 1848 au 11 (actuel n° 9), rue Suger dans le 6e arrondissement de Paris, d'un père néerlandais du nom de Godfried Huysmans, lithographe de profession, et d'une mère française, Malvina Badin, maîtresse d'école. Il passe toute son enfance dans cette maison. Il fit toute sa carrière au ministère de l'Intérieur, où il entra en 1866. En 1880, il collabore au journal "Le Gaulois", hostile à l'expulsion des jésuites décrétée par le gouvernement. Sous la pression de ses supérieurs hiérarchiques, il cesse sa collaboration. En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du XIXe siècle et jusqu’à sa mort, en 1907. Défenseur du naturalisme à ses débuts, il rompit avec cette école pour explorer les possibilités nouvelles offertes par le symbolisme, et devint le principal représentant de l’esthétique fin de siècle. Dans la dernière partie de sa vie, il se convertit au catholicisme, renoua avec la tradition de la littérature mystique et fut un ami proche de l'abbé Mugnier. Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans mourut à son domicile parisien du 31, rue Saint-Placide le 12 mai 1907, et fut inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse. En 1876, Huysmans publie son premier roman, d'inspiration ouvertement naturaliste, "Marthe, histoire d'une fille", qui a pour thème la vie et les déboires d’une jeune parisienne contrainte par une société cupide et sans scrupules à aller jusqu'à se prostituer pour survivre. Craignant la censure qui sévit alors en France, Huysmans fit d’abord éditer ce roman à Bruxelles. La même année, il se lie d'amitié avec Émile Zola, dont il prend ouvertement la défense dans un vibrant article consacré à son dernier roman, "L'Assommoir". Cet article restera dans l'histoire de la littérature comme un des tout premiers manifestes en faveur du naturalisme. Son deuxième roman, "Les Sœurs Vatard", qui suit également la veine naturaliste, paraît en 1879, accompagné d'une dédicace à Zola, qu’il reconnaît comme son maître en littérature. Dès lors, Huysmans appartient au petit groupe des jeunes écrivains reçus par Zola dans sa villa de Médan. Il y fréquente Guy de Maupassant, Léon Hennique, Henry Céard et Paul Alexis avec lesquels il collabore, en 1880, à la publication, sous l’égide de Zola, du recueil collectif de nouvelles naturalistes intitulé "Les Soirées de Médan", dans lequel il insère "Sac au dos", un récit ironique et antipatriotique de son expérience de civil mobilisé durant la Guerre de 1870. "En Ménage", roman publié l’année suivante, et surtout "À vau-l'eau", une longue nouvelle parue en 1882, peignent les existences ternes et sans saveur d’anti-héros usés par « cette vie moderne atroce », et dont les idées noires sont imbibées des préceptes pessimistes de Schopenhauer. Huysmans développe dans ses romans une « philosophie existentielle de la vie ». Huysmans gardera de cette période une puissance d'évocation exceptionnelle dans ses descriptions architecturales, comme le Cycle de Durtal en témoigne dans les nombreuses pages consacrées aux édifices religieux.
Sources : France Culture et Wikipédia
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Joris-Karl Huysmans

Quel est le véritable prénom de Joris-Karl Huysmans

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