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Pierre Glaudes (Éditeur scientifique)
ISBN : 208071256X
Éditeur : Flammarion (28/12/2007)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 91 notes)
Résumé :
Le Désespéré est à la fois une autobiographie romancée et un prétexte à méditations lyriques et mystiques. Le héros Caïn Marchenoir y raconte sa vie avec Véronique. L'histoire est librement inspirée de la vie de Léon Bloy qui se révèle un romancier singulier : les événements et l'intrigue, chez lui, comptent moins que les grands thèmes intérieurs que développent d'immenses digressions.

Marchenoir raconte l'histoire de son âme douloureuse, de sa conver... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Alcapone
  17 janvier 2012
Celui que Léon Bloy a choisi comme héros pour son roman le Désespéré est un jeune écrivain accablé par l'infortune. Marchenoir ainsi qu'il se prénomme, possède une plume redoutable que tous les journalistes de ce Paris fin de siècle (19e) craignent. Bravant les codes de la littérature à la mode de l'époque, cet insoumis ne jure que par la vérité mais à quel prix ? Quitte à braver la médiocrité des grands de ce monde, Marchenoir terrorise ses adversaires par sa plume virulente. On le méprise pour sa pauvreté mais on le craint pour son esprit. Marchenoir veut écrire l'oeuvre de sa vie. Mais la pauvreté, cette tare que même la religion n'a pas réussi à rendre respectable, est sa plus grande calamité ("Indicutablement, la Pauvreté est le plus énorme des crimes, et le seul qu'aucune circonstance ne saurait atténuer aux yeux d'un juge équitable. (...) Aussi, le genre humain ne s'y est jamais trompé, et l'infaillible instinct de tous les peuples, en n'importe quel lieu de la terre, a toujours frappé d'une identiqueréprobation les titulaires de la guenille et du ventre creux."p. 420) Contraint de mendier auprès de ces gens qu'il abhorre, Marchenoir s'abandonne à un amour impossible pour la belle Véronique. Cette femme autrefois dite La Ventouse, était une prostituée dont les armes ont anéantis plus d'une volonté. de leur rencontre par une nuit glaciale, naît une relation insensée qui transforme la belle en une dévote religieuse des plus fanatiques. Refusant tout d'abord cette idylle impossible, Marchenoir stimule à son insu chez la jeune femme, une dévotion et un sens du sacrifice frisant la folie...
S'il est un passage qui doit décrire le désespéré, le voici : "Il y a en moi un instinct de révolte si sauvage que rien n'a pu le dompter. J'ai fini par renoncer à l'expulsion de cette bête féroce et je m'arrange pour n'en être pas dévoré. Que puis-je faire de plus ? Les uns lui font la guerre, les autres lui font l'amour. Il parait que je suis très fort, comme vous le dites, puisque j'ai été honoré de la compagnie habituelle du roi des monstres : le Désespoir." p.177.
Publié en 1886, ce premier roman de Léon Bloy est plus un prétexte pour le célèbre pamphlétaire de critiquer la société, que d'écrire un roman autobiographique mais on y retrouve tout de même des éléments de sa biographie mêlés à des pensées. le récit est entrecoupé de passages incendiaires sur différents sujets. Tout le monde en prend pour son grade et l'homme ne mâche pas ses mots. Brûlant par-ci, lapidant par là, Léon Bloy, réputé pour sa virulence, n'en finit pas d'assassiner ses contemporains. A bas les Victor Hugo, les Baudelaires et autres Mallarmé ! Cette poésie qu'il juge mièvre n'est pas digne que l'on s'y noie avec mélancolie. Seuls Barbey d'Aurevilly et Villiers d'Adam gardent grâce à ses yeux. A bas les religieux et leur foi ! Seule compte la Foi Absolue, celle qui appartient aux vrais chrétiens. Tombant parfois dans le mysticisme, l'homme clame son dégoût de cette société où tout n'est que "boue". Il lacère, il éviscère les hommes de son temps, les met à nu, les écorche verbalement. Rien n'échappe à sa plume meurtrière. Et quelle plume ! Si l'homme a tendance à digresser, sa faconde éblouit et parfois épuise par sa grandiloquence. le roman abonde de métaphores religieuses et scatologiques parfois difficile à saisir, mais si l'on parvient à passer le cap, alors quelle expérience ! Pour preuve, voici comment l'auteur envisage le "hasard" : "A ses yeux, le mot Hasard était un intolérable blasphème qu'il s'étonnait toujours, malgré l'expérience de son mépris, de rencontrer dans les bouches soit-disant chrétiennes (...). Alors moi, catholique, je lui crache à la figure, à ce rival de mon Christ (...)." p.164. A travers les mots de Marchenoir, voici encore comment il se décrit : "Si je profane les puants ciboires qui sont les vases sacrés de la religion démocratique, je dois bien compter qu'on me les retournera sur ma tête, et les rares esprits qui se réjouiront de mon audace ne s'armeront, assurément pas, pour me défendre. Je combattrai seul, et je succomberai seul, et ma belle sainte priera pour le repos de mon âme, voilà tout... Peut-être aussi, ne succomberais-je pas. Les téméraires ont été, quelques fois, les victorieux." p.181. L'écriture de Bloy est si volubile et imagée que la lecture de ce roman peut s'avérer éprouvante mais c'est toujours enrichissant que de se frotter à de tels esprits. Et bien que le Désespéré de Bloy dérange, énerve, fatigue, tourmente, il suscite malgré tout la curiosité...
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Fleitour
  31 janvier 2016
Si vous êtes désespéré, ou si votre désespoir vous semble sans remède, le Désespéré de Léon Bloy n'est pas pour vous, ou pas encore, il vous faut peut être pour gravir ce monument de la littérature si peu connu, des vertus que l'on enseigne chez les Chartreux ou dans certaines écoles d'alpinisme, où même si l'on ne voit pas le but ultime on grimpe, faisant une confiance évangélique à celui qui vous dit c'est par ici le chemin le plus pur ...
Ce texte n'est pas d'un érudit, pour un autre érudit, c'est le texte d' un affamé des mots, des mots désuets, animaliers, scientifiques ou académiques... des textes aux exubérances exponentielles, au style Desprogien évidemment moderne, ainsi "Tout est avachi, pollué, diffamé, mutilé, irréparablement destitué et fricassé, de ce qui faisait tabernacle sur l'intelligence. La surdité des riches et la faim du pauvre, voilà les seuls trésors qui n'aient pas été dilapidés".
 
Lecteur friand de cette prose barbelée, rutilante, et à l'ironie jubilatoire vous aurez alors la patience de vous arrêter pour relire tel passage qu'on imagine tiré d'un poème en prose et posé là par erreur, "Il y avait surtout les yeux, des yeux immenses, illimités, dont personne n'avait jamais pu faire le tour. Bleus, sans doute, comme il convenait, mais d'un bleu occulte, extra-terrestre, que la convoitise, au télescope d'écailles, avait absurdement réputés gris clair. Or, c'était toute une palette de ciels inconnus " .
L'oeuvre le Désespéré est celui d'un Pamphlétaire rare ou très rare, de ceux qui s'exposent à nu, qui catapultent l'insulte. Livre sans doute inimaginable de nos jours surtout pointant les religions, il est de fait d'une pâte unique dans notre littérature à ce point de concentration de verve et de violence que l'on retrouve chez Louis-Ferdinand Céline.
Bloy revendique "le suprême honneur d'être incompris",dans ce roman de la folie faisant de son héros Caïn Marchenoir une façon d'insensé rêvant d'amour et d'impossibles justices.
C'est une déchirante autobiographie, qui ressuscite tout un passé douloureux, dont l'écriture permet d'exorciser les fantômes.
Dans la 3ème et 4ème partie c'est la république des lettres et ses gardiens qu'il va défier les affublant de nom plus ou moins imagés ou dégradants;Alcide Lerat, Hilaire Dupoignet...
Or derrière ses cibles on retrouve Guy de Maupassantou Alphonse Daudet parmi les plus connus d'entre eux.
A l'inverse des auteurs comme Jules Barbey d'Aurevilly ou lautréamont, dont les textes poétiques de ce dernier sont largement commentés, sont cités et reconnus comme des auteurs de premier rang pour la qualité de leur écriture et pour leur droiture.
Le Désespéré est un texte qui saisit par son urgence, alors même qu'au contraire il n'hésite pas, des pages durant, à dresser le portrait plus que cruel, ordurier, de nombre des gloires lettrées de l'époque, tout comme il n'hésite pas, et cela plus d'une fois, à exposer par le menu les conceptions de Marchenoir, donc celles de Léon Bloy, sur L Histoire et son symbolisme universel.
Enfin le sens profond du Désespéré tient dans cette réflexion redécouverte pendant son séjour dans le couvent des Chartreux
"payer pour tout un peuple insolvable que pressait l'aiguillon du châtiment, en accomplissement de cette loi transcendante de l'équilibre surnaturel, qui condamne les innocents à acquitter la rançon des coupables".
En ce sens ce livre est un livre d'un profond mysticisme, qui s'exprime et imprègne toutes ses relations avec ses quelques amis et donne à ses relations amoureuses une dimension spirituelle et une soif d'absolu.
Le cheminement de Léon Bloy entre la ligne de crête et le précipice, rend ce livre proche d'un Dostoïevski ou plus trad d'un Bernanos ou mieux Kierkegard.
Comme dans ces livres à tiroirs il est difficile de résumer ce cri de révolte, il est contre tous et même parfois contre Dieu lui-même, celui qui s'est affirmé comme un converti.
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NMTB
  19 décembre 2014
Un roman à l'intrigue simple et convenue : un pauvre écrivain catholique tombe amoureux d'une prostituée qui se convertie avec fureur. D'un point de vue romanesque, ce livre, dans lequel Bloy raconte un épisode de sa jeunesse, est mauvais. Si l'on ne s'intéresse pas à Léon Bloy en tant qu'homme, il est difficile de ressentir de l'empathie pour ces personnages monocordes ou de se passionner pour une histoire aussi bateau, quand elle n'est pas inexistante. Mais Bloy n'était pas vraiment un romancier, on sent bien que raconter des histoires n'était pas ce qu'il préférait. Par contre, c'était un grand polémiste. Et dans ce sens, « le désespéré » est un magnifique morceau de colère. le roman n'est ici qu'un prétexte pour exposer ses idées.
Bloy, en tant qu'écrivain catholique un brin traditionnaliste, était un adversaire enragé de la bonne bourgeoisie, du républicanisme anti-spirituel, de la mollesse démocratique et pour tout dire, de la Médiocrité. Rien ne le révolte plus que les valeurs républicaines ; pour lui, affirmer que tout est égal, revient à dire que rien n'a d'importance. Il regrette farouchement les époques héroïques, et il a une vision pyramidale de la société qui lui fait détester l'époque moyenne dans laquelle il vit. Ce qui ne le rejette pas non plus aveuglément dans les bras de la religion. Il a des mots très durs contre le catholicisme de son temps. Un catholicisme qu'il juge lui-même, en grande partie, embourgeoisé, mou et sentimentaliste. Les pauvres, les très pauvres, ceux qui ne peuvent plus rien espérer, voilà ceux que Bloy ne veut pas oublier, la foi en l'au-delà est leur seul espoir. Détruire l'Eglise, c'est les mépriser encore plus.
En ce qui concerne la littérature et le journalisme, c'est la même chose. Caïn Marchenoir, le principal protagoniste de ce livre, se situe dans la lignée qui va de Baudelaire à Verlaine, c'est-à-dire ces écrivains sans concessions de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, parfois morts dans la pauvreté, et qu'un désespoir tout particulier, très différent de la mélancolie romantique, semble avoir touché. D'ailleurs, c'est dans « le désespéré » qu'il est fait mention pour la première fois des Chants de Maldoror. Et le comte de Lautréamont, son livre sidérant et son destin tragique ont dû fortement stimuler l'imagination de Bloy. A côté de ça, quoi ? le cirque littéraire dont aujourd'hui nous sommes tristement habitués, avec son lot de journalistes pusillanimes, de critiques intéressés, et d'écrivains médiocres.
Bloy règle ses comptes et il ne fait pas dans la demi-mesure, il y va avec ses gros sabots et il les met dans le plat. Son écriture est enflammée, pleine de panache, il a un vocabulaire extrêmement recherché qui lui permet de faire de fameuses descriptions. Bien sûr, ses excès colériques peuvent agacer, tout comme cet amoncellement d'adjectifs précieux. On aime ou on n'aime pas, mais cette écriture est originale, argumentée et même, peut-être, justifiée. Quoi qu'il en soit, dans ce genre moribond qu'est la polémique, Léon Bloy est un maître.
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GuillaumeTM
  07 mai 2013
Il est de ces écrivains dont tout le monde ou presque a oublié le nom (Georges Bernanos, Raymond Roussel, Anatole France...), Léon Bloy en fait partie bien qu'il soit admiré par certains écrivains réactionnaires comme Marc-Edouard Nabe.
Léon Bloy est avant tout un pamphlétaire au style prodigieux et reconnaissable au premier coup d'oeil. Son écriture est en effet remplie d'hyperboles, de termes surannés, amphigouriques et autres néologismes, allant jusqu'à une vulgarité de caniveau et d'une violence peut-être égalée seulement par Céline.
Le désespéré est un roman constitué d'une large partie autobiographique. Il s'agit d'un écrivain de quarante ans, Caïn Marchenoir, son père venant de mourir et étant sans le sou, il demande alors à ses quelques amis de l'aider financièrement pour payer ses funérailles.
C'est ainsi que débute ce sombre livre emprunt de mysticisme catholique. Il en profite également pour invectiver un certain nombre de ses confrères de plume dont Alphonse Daudet et Maupassant (dissimulés sous des pseudonymes) et l'Eglise chrétienne ainsi qu'à ses fidèles, car Léon Bloy est en révolte constante contre ses contemporains, même contre Dieu qui ne montre aucun signe à tous ces miséreux faméliques battant quotidiennement le pavé de Paris.
Le seul reproche qu'on puisse lui faire, c'est ce relent nauséabond d'antisémitisme dont est chargé l'auteur. Mais sachant bien que le contexte historique favorise ce genre de penchant étant donné le zèle antisémite de Drumont à la même époque et le scandale de l'affaire Dreyfus en 1894, il est difficile dans ce cas de lui faire trop ombrage sur ces quelques dérapages.
Hormis ces petits défauts, c'est un très bon roman à découvrir ou redécouvrir.
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5Arabella
  23 juillet 2016
Inspiré par la propre vie de Bloy, le désespéré raconte la vie de Caïn Marchenoir, écrivain aux opinions extrêmes et au talent sans concessions. Lé héros se débat dans les plus grandes difficultés matérielles dues en grande partie à la quasi impossibilité de faire publier ses oeuvres, s'ajoutent à cela des difficultés d'ordre personnel, la mort de son père, une relation pour le moins complexes avec Véronique une ancienne prostituée convertie par Caïn à la religion catholique. le livre décrit en quelque sorte le chemin de croix de Marchenoir, qui finit par agoniser seul, écrasé par une voiture, sans même se voir offrir les consolations de la religion.
Les idées de Léon Bloy sont réellement extrêmes. Catholique fanatique qui fustige le clergé de son époque pour ses concessions à l'esprit du siècle et sa tiédeur (sa modération en quelque sorte), refus de la sexualité, anti-sémitisme, critique féroce de la littérature de son époque, on est dans une charge violente, certains passages sont ridicules d'autres révoltants. le récit romanesque n'est pas non plus un point fort du livre, l'action se résume à peu de choses, et disons ne constitue par vraiment l'intérêt principal du livre.
En fait on assiste à des scènes et morceaux de bravoure sans véritables liens, de genres et de tons disparates, mais ce qui arrive à susciter l'intérêt et fixer l'attention c'est le style, l'écriture, de Bloy. Difficile d'expliquer pourquoi, la richesse lexicale sans doute, une rhétorique savante, une façon de construire et mener la phrase, tout cela provoque une sorte de jubilation et de plaisir. La scène la plus réussie est pour moi le dîner chez Beauvivier, dans laquelle Bloy se livre à une démolition en règle d'un certains nombre d'hommes de lettres de l'époque, et là c'est réellement irrésistiblement drôle et jouissif.
Bloy n'est certainement pas un auteur qui puisse susciter la moindre envie d'identification ou même de sympathie chez le lecteur, mais d'admiration devant une écriture assez unique.
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Les critiques presse (1)
Bibliobs   15 juillet 2013
Léon Bloy, saint-patron des écrivains casse-bonbon, démontre son génie dans ce roman autobiographique qui tord la langue française dans tous les sens. Il ne nous épargne rien de sa malédiction. Son ressentiment est noir comme le précieux diamant carbonado.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations & extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   26 janvier 2016
Manger de l’argent ! Qui donc a remarqué l’énormité symbolique de cette locution familière ? L’argent ne représente-t-il pas la vie des pauvres qui meurent de n’en pas avoir ? La parole humaine est plus profonde qu’on ne l’imagine. Ce mot est étrangement suggestif de l’idée d’anthropophagie, et il n’est pas tout à fait impossible, en suivant cette contingente idée, de se représenter un lieu de plaisir, comme un étal de boucherie ou un restaurant-bouillon, où se débiterait, par portions, la chair succulente des gueux. Les gourmets, par exemple, choisiraient dans la culotte, et les ménagères économes utiliseraient jusqu’aux abatis, tandis que des viveurs délabrés d’une noce récente, se contenteraient d’un modeste consommé de leurs frères déshérités. On est étonné du tangible corps que prend un tel rêve, quand on interroge ce propos banal.

Tout riche qui ne se considère pas comme l’intendant et le domestique du Pauvre, est le plus infâme des voleurs et le plus lâche des fratricides. Tel est l’esprit du christianisme et la lettre même de l’Évangile. Évidence naturelle qui peut, à la rigueur, se passer de la sanction du surnaturel chrétien.

C’est heureux pour les détrousseurs et les assassins, que l’animal soi-disant pensant soit si réfractaire au syllogisme parfait ! Il y a diablement longtemps qu’il aurait conclu à l’étripement et à la grillade, car la pestilence, bien sentie, du mauvais riche, n’est pas humainement supportable ! Mais la conclusion viendra, tout de même, et probablement bientôt, — étant annoncée de tous côtés par d’indéniables prodromes…

Les riches comprendront trop tard, que l’argent dont ils étaient les usufruitiers pleins d’orgueil, ne leur appartenait absolument pas ; que c’est une horreur à faire crier les montagnes, de voir une chienne de femme, à la vulve inféconde, porter sur sa tête le pain de deux cent familles d’ouvriers, attirés par des journalistes et des tripotiers dans le guet-apens d’une grève ; ou de songer qu’il y a quelque part un noble artiste qui meurt de faim, à la même heure qu’un banqueroutier crève d’indigestion !…

Ils se tordront de terreur, les Richards-cœurs-de-porcs et leurs impitoyables femelles, ils beugleront en ouvrant des gueules, où le sang des misérables apparaîtra en caillots pourris ! Ils oublieront, d’un inexprimable oubli, la tenue décente et les airs charmants des salons, quand on les déshabillera de leur chair et qu’on leur brûlera la tête avec des charbons ardents, — et il n’y aura plus l’ombre d’un chroniqueur nauséeux, pour en informer un public de bourgeois en capilotade ! Car il faut, indispensablement, que cela finisse, toute cette ordure de l’avarice et de l’égoïsme humains ! (pp. 415-416)
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PrigentPrigent   03 août 2010
Le christianisme, qui n'avait su ni vaincre ni mourir, fit alors comme tous les conquis. Il reçut la loi et paya l'impôt. Pour subsister, il se fit agréable, huileux et tiède. Silencieusement, il se coula par le trou des serrures, s'infiltra dans les boiseries, obtint d'être utilisé comme essence onctueuse pour donner du jeu aux institutions et devint ainsi un condiment subalterne, que tout cuisinier politique put employer ou rejeter à sa convenance. On eut le spectacle, inattendu et délicieux, d'un christianisme converti à l'idolâtrie païenne, esclave respectueux des conculcateurs du Pauvre, et souriant acolyte des phallophores.
Miraculeusement édulcoré, l'acsétisme ancien s'assimila tous les sucres et tous les onguents pour se faire pardonner de ne pas être précisément la volupté, et devint, dans une religion de tolérance, cette chose plausible qu'on pourrait nommer le catinisme de la piété.
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EmniaEmnia   27 décembre 2013
L'Orgueil et sa bâtarde, la Colère, se laissent brouter par leurs flatteurs ; la pacifique Envie lèche l'intérieur des pieds puants de l'Avarice, qui trouve cela très bon et qui lui donne des bénédictions hypothéquées avec la manière de s'en servir ; l'Ivrognerie est un Sphinx toujours pénétré, qui s'en console en allant se soûler avec ses Œdipes ; la Luxure, au ventre de miel et aux entrailles d'airain, danse, la tête en bas, devant les Hérodes, pour qu'on lui serve les décapités dont elle a besoin, et la Paresse, enfin, qui lui sort du vagin comme une filandre, s'enroule avec une indifférence visqueuse à tous les pilastres de la vieille cité humaine.
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PrigentPrigent   03 juillet 2010
Au fait, que diable voulez-vous que puisse rêver, aujourd'hui, un adolescent que les disciplines modernes exaspèrent et que l'abjection commerciale fait vomir ? Les croisades ne sont plus, ni les nobles aventures lointaines d'aucune sorte. Le globe entier est devenu raisonnable et on est assuré de rencontrer un excrément anglais à toutes les intersections de l'infini. Il ne reste plus que l'Art. Un art proscrit, il est vrai, méprisé, subalternisé, famélique, fugitif, guenilleux et catacombal. Mais, quand même, c'est l'unique refuge pour quelques âmes altissimes condamnées à traîner leur souffrante carcasse dans les charogneux carrefours du monde.
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PrigentPrigent   03 août 2010
Je regarde l'état de comédien comme la honte des hontes. J'ai là-dessus les idées les plus centenaires et les plus absolues. La vocation du théâtre est, à mes yeux, la plus basse des misères de ce monde abject et la sodomie passive est, je crois, un peu moins infâme. Le bardache, même vénal, est, du moins, forcé de restreindre, chaque fois, son stupre à la cohabitation d'un seul et peut garder encore - au fond de son ignominie effroyable, - la liberté d'un certain choix. Le comédien s'abandonne, sans choix, à la multitude, et son industrie n'est pas moins ignoble, puisque c'est son corps qui est l'instrument du plaisir donné par son art.
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Videos de Léon Bloy (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Léon Bloy
Léon Bloy ou la mystique de la douleur. (avec François Angelier)
Les Racines du Ciel : Léon Bloy ou la mystique de la douleur avec François Angelier (29.11.2015)
François Angelier : producteur de Mauvais genres à France Culture, chroniqueur au Monde, auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels on peut citer le "Dictionnaire Jules Verne" (Pygmalion, 2006) et le "Dictionnaire des voyageurs et explorateurs occidentaux" (Pygmalion, 2011). Il vient de publier de Bloy ou la fureur du juste (Points, 2015), essai dans lequel il revient sur la trajectoire de Léon Bloy, qui ne cessa, entre la défaite de 1870 et la Première Guerre mondiale, de clamer la gloire du Christ pauvre et de harceler sans trêve la médiocrité convenue de la société bourgeoise, ses élites et sa culture. Catholique absolu, disciple de Barbey d'Aurevilly, frère spirituel d'Hello et de Huysmans, dévot de la Notre-Dame en larmes apparue à La Salette, hanté par la Fin des temps et l'avènement de l'Esprit saint, Léon Bloy, écrivain et pamphlétaire, théologien de l'histoire, fut un paria des Lettres, un «mystique de la douleur» et le plus furieux invocateur de la justice au coeur d'une époque dont il dénonça la misère sociale, l'hypocrisie bien-pensante et l'antisémitisme. Bloy ou le feu roulant de la charité, une voix plus que présente - nécessaire.
François Angelier est aussi l'auteur de l'essai intitulé "Léon devant les canons" qui introduit "Dans les ténèbres", livre écrit par Léon Bloy au soir de sa vie et réédité par Jérôme Millon éditeur.
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