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Claude Bonnafont (Traducteur)
ISBN : 2867462959
Éditeur : Liana Lévi (31/01/2002)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 146 notes)
Résumé :
Quoi de plus délicat que les relations entre un veuf inconsolable et une fille qui ne ressemble pas à sa mère? A New York, l'implacable docteur Sloper vit seul avec son unique enfant, Catherine, un être vulnérable.

Une vieille tante écervelée papillonne entre eux. Un soir surgit un jeune homme au visage admirable. Dans la vénérable demeure de Washington Square, le quatuor est en place pour jouer un morceau dissonant.
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  09 décembre 2014
Véritable coup de coeur !
J'avais été tellement déçue par "Le tour d'écrou" que ce ne fut pas sans une certaine appréhension que j'entamai la lecture de "Washington Square" mais les deux romans n'ont finalement rien en commun si ce n'est leur auteur.
Auteur dont la maîtrise stylistique m'a totalement séduite, à sa façon de distiller dans sa narration un tel équilibre entre cynisme, humour et justesse, associé à une si profonde connaissance de la psychologie de ses quatre personnages principaux ; j'ai dévoré son récit avec un plaisir toujours croissant, jusqu'au dénouement.
***ALERTE SPOILERS***
New York, milieu du XIXème siècle.
Catherine, fille unique et héritière d'un médecin réputé, n'a pour principaux attraits que sa nature placide et la fortune colossale dont elle doit hériter. Aux yeux de la bonne société bourgeoise dont elle est issue, on ne peut la comparer à d'autres jolies figures dont les manières séduisantes attirent irrésistiblement les brillants futurs grands hommes de la cité en plein boom économique. Ainsi, quand un certain Mr Townsend déclare l'aimer à la folie, l'ingénue Catherine se laisse-t-elle convaincre qu'elle a en effet pu s'attacher par le seul charme de sa personnalité cette nature passionnée, le plus bel homme qu'elle ait jamais rencontré. Qu'il n'ait ni profession ni fortune ne semble guère peser dans la balance et pas une seconde elle n'admettrait avoir affaire à un coureur de dot sauf que son père est d'un avis totalement opposé ; partant de là, il mettra tout en oeuvre pour ruiner les chimères de sa fille sans souci de la blesser et les grandes espérances de son prétendant qu'il a parfaitement percé à jour.
Ici, le drame est remis à sa juste place, rejetant obstinément le romanesque, fidèle à son environnement social, rendu crédible par sa banalité même et néanmoins beau et touchant par sa simplicité, sa sincérité et la juste évocation de ses évolutions.
J'ai été complètement séduite par le tableau psychologique de cette jeune passion nourrie par les vanités et la sottise des uns et des autres. J'ai également aimé voir se construire New York et évoluer sa société dans un contexte qui bien qu'étant sensiblement antérieur n'a pas été sans m'évoquer celui des grands romans d'Edith Wharton.

Challenge ABC 2014 - 2015
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Archie
  03 mars 2019
Né américain en 1843 à New-York, Henry James est mort naturalisé britannique en 1916 à Londres, où il s'était établi après avoir longuement voyagé entre l'Amérique et l'Europe. Issu d'une famille riche, cultivée et puritaine, Henry James a voué sa vie à la littérature. Fasciné par le mystère des choses et la complexité des êtres, il a coutume de laisser ses personnages, qu'il considère comme imprévisibles, tracer tous seuls leur destinée.
Son livre le plus connu, le tour d'écrou, que j'ai lu il y a longtemps, flirte avec le fantastique, un genre que je n'apprécie pas trop. L'oeuvre d'Henry James est suffisamment vaste pour offrir des opportunités de lectures plus traditionnelles
Washington Square, publié en 1880, est l'un de ses premiers romans. Inspiré par le travail De Balzac dans la Comédie Humaine, Henry James dépeint la société new-yorkaise dans une comédie dramatique de facture réaliste, mettant en scène quatre personnages principaux : une jeune femme à marier, son père, une tante intrigante et un prétendant. Qui sont-ils ?
Commençons par le prétendant, un très bel homme d'une trentaine d'années. Morris Townsend ne manque pas de charme, d'entregent, ni de confiance en lui. Les manières sont avenantes, le verbe facile. Mais sans fortune, ni situation, il pourrait n'avoir pour projet que d'épouser une jeune femme riche. C'est en tout cas ce que semble être son ambition.
Catherine Sloper est la fille d'un médecin prospère, renommé à New-York. A vingt-deux ans, elle vit avec son père dans une belle maison de Washington Square, un quartier chic et tranquille. Elle est l'expression typique de ce qu'on appelle un beau parti. Mais c'est une jeune femme au physique banal, à l'intelligence moyenne, à la conversation insipide. Plutôt naïve, timide et effacée, elle n'a jamais été courtisée. Elle est donc vulnérable.
Le Docteur Sloper est un homme de principe, hautement conscient de son statut, de ses valeurs et de sa fortune. Ayant perdu très tôt sa femme et un petit garçon, il ne lui reste que Catherine. Lucide, il ne se fait guère d'illusions sur les attraits physique et intellectuel de sa fille, à qui il a la fâcheuse habitude de toujours adresser la parole sur un ton ironique. Mais qu'un homme puisse tenter de la séduire pour ce qu'on appelle ses espérances, est une idée qui le révulse.
Mrs Penniman – Tante Alvinia – est la soeur du Docteur Sloper. Veuve et désargentée, elle a été prise en charge par son frère et est hébergée à Washington Square. Soucieuse de se montrer utile, elle se targue d'avoir contribué à l'éducation de Catherine, à laquelle elle est très attachée. Romantique frustrée, elle ne cesse de s'interposer entre Catherine et Morris, s'efforçant de manipuler secrètement leur romance, souvent maladroitement et à contretemps.
En dépit des longueurs et de la lenteur des actions, j'ai suivi avec plaisir et intérêt – comme au théâtre ! – l'intrigue qui se développe entre les quatre personnages, me demandant s'ils arriveraient à briser l'espèce de carapace de verre dans laquelle l'auteur a enfermé leur personnalité. Il aurait peut-être suffi qu'un seul y parvienne, pour bousculer la destinée à laquelle, sinon, Catherine et Morris ne pouvaient pas échapper.
Parfaitement traduit, le texte est d'une limpide pureté syntaxique et d'une grande précision lexicale. La lecture est fluide. Les petites particularités des personnages sont décrites avec subtilité, l'humour étant sous-jacent du début à la fin.
L'auteur a choisi de confier la narration à ce qu'on appellerait un « observateur omniscient », un personnage invisible qui n'intervient pas dans l'intrigue, mais qui assiste à toutes les scènes, qui connaît le passé de chaque personnage actif, entend leurs pensées, ressent leurs émotions et note leurs stratégies. le lecteur suit donc en direct les réactions de chacun.
Mais comme on l'a dit, les personnages d'Henry James restent imprévisibles et maîtres de leurs choix. le narrateur n'est qu'un observateur. Comme le lecteur.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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LiliGalipette
  17 juin 2012
À New York, au milieu du 19e siècle, le docteur Sloper est un praticien reconnu et respecté. « Il aimait son travail et l'exercice d'un talent dont il était agréablement conscient. » (p. 17) Veuf assez jeune d'une épouse qu'il adorait, il a élevé leur fille Catherine avec l'aide de sa soeur, Mrs Penniman, dans sa superbe demeure de Washington Square. Rapidement, il comprend que son enfant n'est ni belle, ni particulièrement intelligente ou intéressante. « Je n'espère rien, se disait-il ; de sorte que si elle me réserve une surprise, ce sera un bénéfice net ; dans le cas contraire, je n'aurai rien perdu. » (p. 27) Catherine est une jeune fille douce, tendre, d'un calme exceptionnel et d'une banalité remarquable. C'est donc avec un étonnement mêlé de méfiance que le docteur Sloper constate l'intérêt que le jeune Mr Morris Townsend porte à Catherine. le prétendant traîne une vilaine réputation de dépensier et le docteur est convaincu qu'il n'en veut qu'à la fortune de sa fille.
Alors que le docteur Sloper tente de convaincre Catherine de se défier de Morris, Mrs Penniman encourage les jeunes amoureux dans leur passion. Catherine est rapidement éprise et elle porte à Mr Townsend une confiance aveugle. Les fiançailles sont conclues sans l'accord du père et Morris semble déterminé à épouser sa jeune amie. « Vous devez me dire que si votre père m'est tout à fait hostile, s'il interdit absolument notre mariage, vous me resterez fidèle. » (p. 90) Mais quand le docteur Sloper annonce qu'il privera sa fille de tout héritage si elle épouse celui qu'il considère comme un aventurier et un coureur de dot, quelle sera la réaction du fiancé ?
Henry James propose un roman qui pourrait être très classique : une jeune fille trompée par un fiancé indélicat et un père soucieux de l'avenir et des intérêts de son enfant. Mais à lire de plus près, ce n'est pas du tout le sujet. En premier lieu, le docteur Sloper est un tyran domestique qui s'assume : « Toutes les deux ont peur de moi, bien que je sois inoffensif. […] C'est précisément là-dessus que je fonde mon action, sur la terreur salutaire que j'inspire. » (p. 109) En outre, il se targue de connaître parfaitement la nature humaine et les motivations des gens qu'il côtoie. de sorte que s'il cherche à empêcher le mariage entre Catherine et Morris, ce n'est pas tant pour protéger sa fille que pour prouver qu'il avait percé à jour la vraie nature du jeune homme. Enfin, le docteur Sloper a une bien piètre opinion des femmes : seule son épouse était digne d'intérêt et il traite avec indifférence, voire mépris, sa soeur et sa fille. Il entend être respecté sous son toit et maîtriser les destinées des femmes dont il a la charge, aussi pénible la conçoit-il.
Mrs Penniman est une entremetteuse écervelée et niaisement romantique. La veuve est un des éléments majeurs du malheur de sa nièce, mais elle n'en prend jamais conscience et ne cesse de soupirer après le beau prétendant. À l'opposé de ce tempérament de midinette, Catherine est dotée d'un étonnant caractère : elle est toujours d'humeur égale, ignorante des passions et des éclats. Elle respecte véritablement son père et ne souhaite aucunement le contrarier. Mais on la découvre opiniâtre, fermement résolue à attendre son bonheur. En outre, quand elle comprend la véritable nature des sentiments que lui porte son père, elle cesse d'attendre quoi que ce soit de lui et se constitue une vie intime, certes solitaire, mais parfaitement solide.
Le narrateur se présente comme le biographe de Catherine Sloper. Il prend régulièrement la parole et s'adresse au lecteur en toute familiarité. Même s'il diffère les révélations, il ne laisse aucun espoir quant à l'issue de la romance entre la jeune fille et Mr Townsend. le ton primesautier qu'il emploie pour relater les longues et malheureuses fiançailles de Catherine et Morris dissimule à peine un cynisme profond envers la bonne société new-yorkaise. Henry James, comme Edith Wharton, est très habile à faire la critique des personnages et des caractères d'une bourgeoisie trop pénétrée de sa propre importance. Et c'est avec un délice sadique que le lecteur assiste à des passions de salon qui dévastent les âmes et les existences.
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Woland
  19 août 2017
Washington Square
Traduction : Camille Dutourd
ISBN : 9782253182962
Peut-on dire, de ce roman pourtant assez court de James, qu'il est simple ? Oui et non.
Oui, parce que le nombre de personnages et de péripéties y reste limité et que l'écrivain américain y applique, peut-être sans en avoir conscience, quelques recettes, plus réalistes que "proustiennes", issues tout droit de l'"Eugénie Grandet de Balzac."
Non, parce que, en dépit des limites attribuées notamment au personnage central, à savoir Catherine Sloper, la profondeur de ce caractère est telle et sa difficulté à l'exprimer si flagrante que le lecteur ne peut qu'être amené à s'interroger.
On peut voir, dans "Washington Square", les mésaventures d'un père de la bonne bourgeoisie new-yorkaise du XIXème siècle qui met tout en pratique pour que sa fille unique, laquelle sera en principe la seule héritière de sa fortune, évite le mariage avec un "coureur de dots."
On peut y voir aussi le récit de l'amour malheureux de l'héroïne pour un héros qui, comme l'avait prédit le père d'ailleurs, n'en vaut pas la peine.
Mais "Washington Square" apparaît surtout comme l'histoire d'une toute jeune fille, sans grande expérience sur tous les plans, fût-ce le plan mondain, dotée d'une sensibilité rare qu'elle a la pudeur de ne pas exprimer par peur de gêner autrui (et parce qu'elle pense que cela n'intéressera pas ceux qu'elle aime), d'une intelligence modeste et naïve, qui apprend peut-être lentement à l'école de la Vie, mais qui apprend sûrement et n'oublie rien, une jeune fille qui souhaite désespérément que ceux qu'elle aime, justement, vivent tous en paix auprès d'elle car, sinon, elle ne saurait trouver le bonheur, une jeune fille qui s'efface toujours pour que l'Autre soit heureux et qui ne cherche à imposer sa volonté à personne mais qui se retrouve la triste victime de deux hommes qui se disputent, pour des raisons dont le lecteur peut douter qu'elles aient un rapport véritable avec l'amour ou la simple affection paternelle, ce qu'elle espère (avec quel manque d'assurance !) faire de son existence.
Inexorable, le Destin, représenté autant par le Dr Sloper que par Morris Townsend, aussi implacables l'un que l'autre et qui ne voient et ne verront jamais en la pauvre Catherine, qui pourtant est bien loin d'en être un, qu'un objet bon à prendre ou à rejeter sous les combles, enserre et étouffe notre malheureuse héroïne, seul personnage du livre qui fasse pourtant preuve de noblesse d'âme et même de grandeur morale.
En effet, si Catherine, orpheline de mère, voue une admiration et une affection inconditionnelles à son père, celui-ci ne lui répond jamais que par le sarcasme - enfin, le sarcasme, l'ironie, on doit admettre qu'il les utilise un peu avec tout le monde. Pour le docteur, sa fille est sotte, niaise, n'a ni caractère, ni volonté et lui appartient. Elle doit se soumettre à sa volonté à lui, parce qu'il ne peut pas se tromper. Cet homme, qui a d'ailleurs, reconnaissons-le, très souvent raison, n'est guidé, dans sa guerre contre le rusé et séduisant Morris Townsend, que par le désir d'avoir le dernier mot et par un orgueil immense. Certes, il est impossible de lui donner tort lorsqu'il se refuse, pratiquement d'emblée, à ce que Townsend devienne, pour Catherine, un prétendant admissible. le problème, c'est que, contrairement à ce qu'il affirme, ce n'est pas pour le bien de la jeune fille et par affection pour elle qu'il agit ainsi : c'est pour lui montrer, à elle mais aussi à son entourage, qu'il a raison - bref, par un égoïsme terrible qui, dès que Catherine en prend conscience, la libère en quelque sorte de l'influence paternelle mais détruit hélas ! en même temps une partie de son coeur trop sensible.
Du côté de Townsend, ce n'est guère mieux. Sans fortune après avoir mangé un petit héritage qui lui revenait, ce jeune homme, au physique des plus avantageux, court désormais les salons pour s'y dénicher "une situation", c'est-à-dire un mariage qui le rendra riche sans, pour autant, qu'il ait beaucoup d'efforts à accomplir. Henry James ne nous cache rien de ses manoeuvres, entreprises très tôt auprès de Miss Sloper, dans le but de la séduire et de l'amener à l'union tant souhaitée. Sournois, rusé, intelligent, l'esprit vif et toujours prêt à parer avec adresse les coups les plus inattendus que tentent de lui porter ceux qui ne l'apprécient pas, Morris Townsend est le prototype de l'opportuniste prêt à tout (sauf à se retrousser lui-même les manches pour se mettre enfin au travail) pour épouser une héritière. (Le roman fut d'ailleurs porté à l'écran deux fois sous ce titre : "L'Héritière / The Heiress.") Que Catherine soit loin d'être une beauté, qu'elle passe pour niaise et peu futée, il n'en a que faire : l'essentiel est qu'elle l'épouse et le laisse faire ce qu'il veut de sa dot. Townsend est si vaniteux et si sûr de lui que, bien que conscient de la résistance opposée par le Dr Sloper, il est certain de parvenir, tôt ou tard, à ses fins.
Ah ! certes, s'il y a bien un point commun entre ces deux hommes, outre le dessèchement du coeur, c'est bien l'orgueil mal placé. Si l'un et l'autre sont parfois effleurés par l'idée qu'ils font souffrir Catherine, ils la secouent bien vite et s'empressent de l'oublier sur le champ.
Il en est de même - et on ne saurait trop le regretter pour la pauvre Catherine - avec la seconde de ses tantes, qui, veuve, vit depuis des années chez son frère : Lavinia Penniman. Tante Lavinia, à qui, au début, la jeune fille confie avec simplicité ses secrets, n'est peut-être pas méchante, à proprement parler, mais une chose est sûre : son narcissisme personnel, sorte de variante chez elle de l'orgueil presque luciférien de son frère, la pousse à s'immiscer dans l'intrigue entre sa nièce et Townsend parce qu'elle veut, on le comprend assez rapidement, vivre par procuration la romance qu'elle-même n'a jamais connue. Douée d'une forte imagination (qui frise parfois les limites du délire), tante Lavinia pousse Catherine, asticote aussi Townsend et éveille, chez le Dr Sloper, qu'elle est cependant censée bien connaître, ses instincts les plus impatients et les plus mauvais. En a-t-elle conscience ? Et surtout, a-t-elle conscience que Catherine est au milieu de la tempête qu'elle a contribué elle-même à provoquer puisque, sans son insistance, Townsend eût eu bien plus de difficultés à se faire recevoir chez les Sloper ?
Son narcissisme et son égoïsme sont si puissants que, à notre avis, elle ne s'en aperçoit que lorsqu'elle risque elle-même d'encourir la colère de son frère et de se voir contrainte d'aller vivre ailleurs, loin de la belle maison de Washington Square. Pour le reste, elle vit cette idylle comme elle la vivrait elle-même. On la sent plus que fascinée par Townsend - qui en abuse : amoureuse tout bêtement. Mis à part son fantasme, rien ne lui importe et il ne lui vient pas à l'esprit que Catherine puisse souffrir : elle est si sotte, n'est-ce pas ? Et puis, peu jolie comme elle est, la pauvre enfant, elle devrait s'estimer heureuse non seulement qu'un homme comme Townsend, aussi beau, aussi viril, s'intéressât à son cas (que la tante Lavinia, tout comme son frère, estimait "perdu" bien avant l'apparition du jeune homme) mais aussi que sa chère tante, elle, Lavinia, se battît à ses côtés pour l'aider à concrétiser son bonheur ...
Un jour bien sûr, Catherine comprend et glisse alors de son âme, en une petite flaque misérable, la partie qui y correspondait à l'affection sincère qu'elle portait à sa tante. le coup fatal sera assené peu après par Morris Townsend mais nous vous laissons en découvrir les circonstances.
Ce qu'il y a de particulier, dans ce roman, c'est que, bien que le lecteur parvienne à comprendre Catherine et à éprouver envers elle une sympathie qui va crescendo, la jeune fille n'en demeure pas moins, pour lui, jusqu'à la dernière page, une véritable énigme. Etouffée naturellement par les sarcasmes de son père et les bavardages inconséquents de sa tante, se sentant quelquefois coupable d'avoir, par sa naissance, arraché sa mère à l'amour de son père, Catherine avait pris, dès son enfance, des habitudes de petite souris qui s'efface et parle peu dans la crainte qu'on ne relève chacun de ses mots pour les mal interpréter - un jeu auquel le docteur était passé maître. L'Affaire Morris Townsend, où elle se retrouve trahie par ceux qui, croyait-elle, l'aimaient et l'estimaient et que, la chose est certaine, elle aimait et estimait, l'incite bien sûr à se replier un peu plus sur elle-même.
Oh ! des sentiments, elle en éprouve ! Et ils sont profonds et vivants ! Mais elle n'a jamais su, ni pu les exprimer à sa guise. C'est là son drame et la faute capitale, impardonnable, que son père comme sa tante ont envers elle. Sans l'attitude qu'ils prirent très tôt envers l'enfant, puis l'adolescente, il n'est pas douteux que Catherine, se sentant aimée et soutenue par ceux à qui elle portait une telle confiance, eût mieux affronté le problème Townsend et elle eût compris plus tôt ce qu'il était : un banal coureur de dots qui ne méritait en rien qu'elle jetât un regard sur ses pitreries. Catherine croit à la sincérité de Townsend parce que, un petit moment, il lui apporte (ou plutôt feint de lui apporter) ce dont sa nature à tellement soif : compréhension, admiration, affection et ... considération.
Et quand se clôt l'ouvrage, avec une Catherine Sloper, désormais orpheline de père et âgée d'une quarantaine d'années, qui refuse sa porte, malgré les supplications d'une Lavinia qui vient de retrouver une occasion de vivre à nouveau par procuration, à un Morris Townsend désormais doté d'une calvitie naissante et qui a pris pas mal de kilos, une Catherine qui retourne tout tranquillement à l'ouvrage de dame sur lequel elle travaillait, le lecteur sait qu'elle ne sortira plus d'elle-même parce qu'elle a souffert moins de la comédie de Townsend que de l'abandon dans lequel la laissèrent pendant tant d'années, tout en se moquant de ce qu'elle éprouvait en elle-même, et son père, et sa tante. ;o)
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bvb09
  08 février 2014
Le scénarion tient sur un ticket de métro.
Un loup chasseur de dot veut épouser un beau parti que son berger de père veut protéger quitte à la rendre malheureuse. La tante de la jeune femme joue les entremetteuses en y gagnant le sel de sa vie.
Il ne s'agit donc que de l'étude des âmes.
3 des 4 personnages passent leur temps à ne rien faire.
Cela leur laisse du temps.
On ne peut qu'admirer la science de l'auteur pour décortiquer les tenants et les aboutissants des stratégies mises en oeuvre pour que chacun des personnages fasse triompher son point de vue.
Un peu désuet, lmais agréable á lire, parce que le sujet reste universel, et que nous connaissons tous des héritiers de ces 4 protagonistes.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen21   04 décembre 2014
Elle était romanesque, sentimentale, et folle de petits secrets et de mystères – passion bien innocente, car jusque-là ses secrets lui avaient servi à peu près autant que des bulles de savon. Elle ne disait pas non plus toujours la vérité ; mais cela non plus n’avait pas grande importance, car elle n’avait jamais eu rien à cacher. Elle aurait rêvé d’avoir un amoureux et de correspondre avec lui sous un faux nom par le canal d’une poste privée ; je m’empresse de dire que son imagination ne s’aventurait jamais vers des réalités plus précises.
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WolandWoland   20 août 2017
[...] ... - "Je n'ai pas l'impression," dit-il, "que tu te conduises envers moi avec beaucoup d'égards.

- Je ne vois pas ce que vous voulez dire," répondit Catherine sans quitter son ouvrage des yeux.

- "Tu sembles avoir complètement oublié la prière que je t'avais faite à Liverpool, avant que nous nous embarquions ; je t'avais demandé de me prévenir quelques jours d'avance lorsque tu devrais t'en aller de chez moi.

- Je ne suis pas partie de chez vous !" dit Catherine.

- "Mais tu es prête à en partir, et d'après ce que tu m'as laissé comprendre, ton départ serait imminent. En fait, bien que ta personne soit encore en ces lieux, ton esprit en est déjà absent. Tu t'es installée mentalement chez ton futur mari et tu ferais mieux de vivre complètement sous le toit conjugal ; pour tout le plaisir que nous tirons de ta présence ici !

- Je m'efforcerai d'être plus gaie," dit Catherine.

- "Tu as en effet toutes les raisons d'être gaie, ou alors tu es bien difficile. Non seulement tu vas avoir le plaisir d'épouser un beau jeune homme, mais tu auras fait ce que tu voulais ; il me semble qu'on ne peut demander davantage !"

Catherine se leva de sa chaise ; elle n'avait pas la force d'en entendre plus long. Puis elle se mit à plier son ouvrage, lentement et soigneusement, en s'en servant comme d'un écran pour masquer sa rougeur. Son père n'avait pas bougé d'un pas depuis qu'il était entré ; elle espérait qu'il allait s'en aller, mais il s'attardait à enfiler ses gants et à les boutonner, et finalement il mit ses deux mains sur ses hanches.

- "J'aimerais bien savoir quand je puis compter que la maison sera vide," poursuivit-il, "car à la minute même où tu partiras, ta tante filera également."

Elle le regarda enfin, d'un long regard silencieux qui, en dépit de toutes ses résolutions, était chargé un peu de cet appel au secours qu'elle avait essayé de ne pas lancer. Le regard gris et froid de son père scrutait le sien, et la question qui suivit était toujours la même :

- "Alors, c'est pour demain, pour la semaine prochaine ou pour la semaine suivante ?

- Je ne partirai pas !" dit Catherine.

Le docteur prit l'air étonné :

- "Aurait-il changé d'avis ?

- J'ai rompu nos fiançailles.

- Rompu ?

- Je l'ai prié de quitter New-York et il est parti pour longtemps."

Le docteur était surpris et déçu, puis il se consola en songeant que Catherine arrangeait certainement les choses à sa manière - c'était bien naturel mais le fait n'en était pas moins certain - et il se consola de n'avoir pu obtenir le petit triomphe qu'il escomptait avec tant de plaisir en demandant finalement à Catherine :

- "Et comment prend-il son congé ?

- Je n'en sais rien !" dit Catherine qui se sentait perdre pied.

- "Tu veux dire que cela t'est bien égal ? Quelle fille sans cœur tu es après l'avoir encouragé comme tu l'as fait et joué tout ce temps avec son amour !"

Le docteur tenait sa vengeance, après tout. ... [..]
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LiliGalipetteLiliGalipette   16 juin 2012
"Je n'espère rien, se disait-il, de sorte que si elle me réserve une surprise, ce sera un bénéfice net ; et, dans le cas contraire, je n'aurai rien perdu." (p. 27)
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Gwen21Gwen21   05 décembre 2014
C’était une enfant bien portante et robuste, sans la moindre trace de la beauté de sa mère. On ne peut pas dire qu’elle était laide ; elle était simplement quelconque, terne et douce. L’éloge le plus poussé qu’on ait jamais fait d’elle était qu’elle avait une « gentille » figure ; et, toute héritière qu’elle fût, personne ne s’était jamais avisé de la mettre sur la liste des jeunes filles à courtiser.
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Gwen21Gwen21   08 décembre 2014
- Les femmes ont plus de doigté que les hommes, dit-elle ; elles devraient toujours parler les premières. Elles savent se montrer plus conciliantes ; elles savent mieux plaider leur cause.
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