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ISBN : 2258104920
Éditeur : Les Presses De La Cite (02/10/2014)

Note moyenne : 4.4/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Eux autres, de Goarem-Treuzpoursuit et achève l'histoire des Scouarnec, petits agriculteurs et maraîchers des environs de Quimper. Durant toute la seconde moitié du XXe siècle, c'est avant tout le récit des destins croisés des sept enfants de Gwaz-Ru et Tréphine. Sept destinées très différentes où l'ordinaire se mêle à l'imprévu, et le pitoyable au tragique. C'est aussi le récit de la disparition d'un monde rural, quand la ville dévore les terres et finit par efface... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
yv1
  07 décembre 2014
Si j'avais eu quelques réserves sur Gwaz-Ru, elles se sont toutes envolées avec ce second tome (que l'on peut lire indépendamment du premier ; Hervé Jaouen a eu l'excellente idée d'un prologue qui resitue son histoire dans l'époque et les lieux, qui résume son premier roman). Pourquoi aucune réticence de ma part ? Parce qu'encore une fois l'écriture d'Hervé Jaouen me transporte, lisez par exemple le portrait que fait Gwaz-Ru de deux de ses enfants, pas tendre, très dur même, mais tellement jouissif à lire : "Maurice et Julienne n'avaient jamais inspiré à Gwaz-Ru la fierté de les avoir fabriqués. Son sang de rebelle ne coulait pas dans leurs veines. Ces deux-là, déplorait-il étaient de la race des moutons à tondre. [...] Ces deux nikun (= Personnes quelconques, sans caractère, [note bas de page]) rallieraient, adultes, l'immense armée des automates dont on se demande ce qu'ils sont venus foutre sur terre sinon alimenter la chaîne économique, de l'industrie du biberon à la culture des chrysanthèmes, l'une des sources de profit de Goarem-Treuz, nécrophilait Gwaz-Ru. Ces gens-là n'étaient que de simples unités de production décérébrées qui progressaient vers l'avenir en avalant un présent sans sel et en pondant les étrons parfaitement moulés de l'uniformité." (p.37) La suite du portrait de Maurice est délicieuse, une sorte de poésie argotique, populaire ; du langage imagé dont Gwaz-Ru use et abuse pour mon plus grand bonheur. Il a des fulgurances, des phrases qui n'appellent aucun commentaire superflu, des sentences définitives, des prédictions sombres qui s'avèrent quelques années plus tard. Anticlérical, bouffeur de curés et des gens de droite, un caractère en acier trempé il s'accommode mal des demi-mesures et des gens qui hésitent. Un personnage absolument génial qui par sa stature et son caractère fait de l'ombre aux autres, même si dans le lot de ses enfants certains oseront le défier et pas que sur ses vieux jours ; et Tréphine, comme beaucoup des femmes de l'époque est discrète mais oeuvre en coulisse pour le bien-être de tous, absolument pas effacée.
Chaque enfant aura un destin écrit dans le roman, des pages qui lui sont consacrées. Cette grande famille éclatera plusieurs fois, se retrouvera puis éclatera de nouveau, pas forcément de la même manière ; certains qui se sont perdus de vue se retrouveront, d'autres s'éloigneront, d'autres encore ne vivront que pour l'héritage qu'ils soupçonnent. A travers cette famille, Hervé Jaouen brosse un portrait de l'époque, de la fin de la guerre au début du XXI° siècle. le changement est en marche, le modernisme débarque jusque dans les campagnes les plus reculés malgré parfois la résistance des anciens, Gwaz-Ru n'est pas enclin à dépenser pour installer l'eau courante, l'électricité. La campagne change, la ville avance et Goarem-Treuz, jusque là loin du centre de Quimper se retrouvera bien vite la proche banlieue. C'est toute l'histoire de la seconde moitié du siècle dernier que raconte l'auteur. Inévitablement, je pense à mes grands-parents, nés en début de siècle voire à la fin du XIX° qui l'ont vécue en direct. Ce n'était pas Quimper, mais la Bretagne du sud, entre le sud de l'Ille-et-Vilaine et le nord de la Loire-Inférieure comme on disait à l'époque pour mes grands-parents paternels et le Pays de Retz pour mes grands-parents maternels ; et les récits de mes parents me reviennent en mémoire...
D'habitude, je ne lis pas les romans du genre saga, je ne m'y retrouve pas, mais il y a les sagas et les sagas d'Hervé Jaouen, qui à l'instar de celle-ci, sont tout simplement formidables.
Lien : http://lyvres.over-blog.com
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eireannyvon
  29 octobre 2014
La fratrie du Vieux Pays.
Auteur prolifique, Hervé Jaouen nous offre ici le sixième volume d'une saga bretonne et la suite de Gwaz-Ru, ce personnage hors norme représentant à lui seul les contradictions du caractère des bretons de l'époque.
La guerre est enfin finie, la vie reprend son cours, semble t-il inchangé, mais plus rien n'est vraiment pareil ! le Vieux Pays va connaître le bouleversement de l'après-guerre et l'arrivée de la modernité.
Le temps passe, Gwaz-Ruz est fidèle à lui même, a ses idées et convictions, mais le monde change et chacun de ses enfants va d'une certaine manière en faire plus ou moins les frais.
Nicolas choisira l'armée, l'époque n'offrant guère de débouchés ; il participera à la "pacification" des dernières colonies françaises. Meurtri dans son âme et dans sa chair, il reviendra dans le foyer familial, s'adonnera à la boisson, et trouvera un modeste emploi.
Monique, la pauvre jeune fille un peu simplette, sera séduite par le premier garçon qui lui sourira, quittera la maison pour Brest et la ville. Hélas pour elle la vie ne lui fera pas de cadeaux.
Irène fera des études pour obtenir un diplôme, chose qu'elle réussira et qui lui permettra d'obtenir un bon poste chez un dentiste de Quimper. Elle se mariera avec l'associé de son employeur, un Marocain, et le suivra dans son pays natal.
Étienne n'a pas le gabarit habituel de la famille, c'est plus un intellectuel, plus rêveur que manuel. Ses études seront très brillantes et il sera, malgré son choix de vie personnelle, l'une des grandes satisfactions de son père, qui sur le tard et au gré des problèmes de la vie, perdra de cette rigueur qui l'a accompagné tout au long de son existence.
Puis vient la figure d'Angèle, fille qui elle est restée à la ferme, grande soeur, confidente, femme de peine aidant à tous les travaux des champs et autres tâches ménagères, elle sera le témoin privilégié de toutes ces vies se déroulant autour d'elle.
Les parents : Gwaz-Ruz, le père et Tréphine, la mère, les nombreux enfants : Nicolas, Angèle, Maurice, Monique, Julienne, Irène et Étienne.
Les heurs et les malheurs d'une fratrie nombreuse, chacun avait à peu près les mêmes chances au départ, quelques-uns la saisiront, d'autres pas.
Tous ces personnages vont voir leurs vies évoluer au fil des ans. Grandeur parfois, servitude souvent. Certains s'en sortiront, d'autres auront plus de difficultés.
On retrouve ici la trilogie des emplois traditionnels de la Bretagne après la guerre, l'armée et la prêtrise pour les hommes et l'étude pour les femmes en espérant au moins un poste dans la fonction publique.
Les Bretons s'engageant dans l'armée ou le plus souvent dans la marine (peu de cas était fait des paysans de l'intérieur des terres qui n'avaient jamais vu la mer !) servirent consciencieusement la France dans les colonies. Nombreux firent l'Indochine et l'Algérie, beaucoup y laissèrent leur peau ! La saignée des deux guerres mondiales était pourtant encore dans bien des mémoires. L'alcoolisme et la folie sont également présentes dans cette saga familiale.
Comme à sa très bonne habitude, l'auteur use de mots bretons de la vie quotidienne de ces gens pour qui elle était la langue natale. Cette dernière, hélas comme beaucoup d'autres choses, a disparu, victime du monde moderne.
Certains aspects du paysage aussi avec cet exemple :
- Enfin, à l'heure qu'il est la vallée n'existe plus. La montagne d'ordures a été recouverte de terre et ils ont semé du gazon.
Un des meilleurs livres d'Hervé Jaouen, à mon goût.
Le "Cahier d'Angèle" qui clôt cet ouvrage est particulièrement réussi.
Lien : http://eireann561.canalblog...
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
yv1yv1   07 décembre 2014
Maurice et Julienne n'avaient jamais inspiré à Gwaz-Ru la fierté de les avoir fabriqués. Son sang de rebelle ne coulait pas dans leurs veines. Ces deux-là, déplorait-il étaient de la race des moutons à tondre. [...] Ces deux nikun (= Personnes quelconques, sans caractère, [note bas de page]) rallieraient, adultes, l'immense armée des automates dont on se demande ce qu'ils sont venus foutre sur terre sinon alimenter la chaîne économique, de l'industrie du biberon à la culture des chrysanthèmes, l'une des sources de profit de Goarem-Treuz, nécrophilait Gwaz-Ru. Ces gens-là n'étaient que de simples unités de production décérébrées qui progressaient vers l'avenir en avalant un présent sans sel et en pondant les étrons parfaitement moulés de l'uniformité. (p.37)
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Vidéo de Hervé Jaouen

Dialogues, 5 questions à Hervé Jaouen
www.librairiedialogues.fr 5 questions posées à Hervé Jaouen, à l'occasion de la parution du livre Ceux de Menglazeg (Éditions Presses de la cité).
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