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EAN : 9782070286614
160 pages
Éditeur : Gallimard (11/09/1979)
4.25/5   8 notes
Résumé :
Danilo Kiš a pris pour matériau de sa fiction la réalité des liquidations, des procès, des camps et des tourmentes qui sévissent en Europe depuis le début du siècle. Six des sept chapitres de ce livre présentent des biographies de révolutionnaires, terroristes, bagnards ou renégats profondément attachés les uns et les autres à leurs croyances.
Une abondante documentation, des témoignages, des Mémoires, reconstitués par une plume habile à l'exercice de style,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Dandine
  08 février 2020
Combien different? Tres tres. Ce livre de Danilo Kis est tres different de son Jardin, cendre. C'est un livre politique, dans l'acception la plus large du mot, c'est l'accomplissement d'un devoir civique. Un devoir aux sources anciennes: "Les Grecs anciens avaient une coutume digne de respect: a ceux qui avaient brule, que les crateres des volcans avaient engloutis, que la lave avait ensevelis, a ceux que les betes sauvages avaient laceres ou que les requins avaient devores, a ceux que les vautours avaient dechiquetes dans le desert, ils edifiaient dans leur patrie ce qu'on appelle des cenotaphes, des tombeaux vides, car le corps est feu, eau ou terre, mais l'ame est l'alpha et l'omega, c'est a elle qu'il faut elever un sanctuaire". C'est ce que fait ici Kis. Il eleve un tombeau a des gens broyes par un fanatisme politique ou religieux, des gens inconnus (inconnus de moi en tous cas, et je ne saurais dire combien d'eux ont reellement existe) ou oublies.

Le livre date de 1976. Un generation plus tard Antonio Munoz Molina ecrira quelque chose de semblable: Sefarade. le livre de Kis est plus court et il a le merite de ne pas y meler son vecu personnel (ce qui m'avait gene dans le livre de Munoz Molina). Contrairement a Sefarade qui a ete immediatement acclame par la critique, ce livre a ete attaque severement a sa parution par une critique a la solde des politiques, et Kis a du s'exiler definitivement. Ce qui lui a valu ces attaques dans sa patrie, la Yougoslavie, bien qu'aucune des nouvelles n'ait pour heros un yougoslave, c'est que 5 (6?) des 7 chapitres/nouvelles sont ancres dans un passe recent, et le regime alors en place s'est senti vise. Kis dira plus tard: "Il n'y a pas de doute que les communistes - pour qui Moscou est la Rome eternelle - ont percu mon livre comme un sacrilege".
Depuis, les critiques sont tombes dans l'oubli et ce "tombeau" est reconnu pour sa valeur.

Kis fouille les mecanismes du fanatisme et de l'intolerance qui menent a une haine aveugle, a des tentatives d'oppression, d'annulation, d'extermination de l'adversaire, ou de celui qui est vu - a tort souvent - comme adversaire. En fait des gens qui ont servi ce meme systeme totalitaire qui les concassera, les triturera, des qu'il croira ne plus avoir besoin d'eux ou voudra se dephaser de ses anciens plans par de nouvelles - et meurtrieres - manoeuvres. Parce qu'il ne suffit pas de les tuer, de les faire disparaitre, ces anciens acolytes, il faut qu'ils se soient accuses eux-memes, qu'ils aient reconnu leurs pretendues fautes avant de monter sur le bucher, pour que l'auto-da-fe, l'acte de foi imagine par les fanatiques enrages, soit exemplaire, parfait, plus que cela: irreprehensible.

Ce livre est donc un acte politique. Mais la prose de Kis n'en perd rien de son enchantement, ce qui fait que tout en etant revolte, tout en grincant des dents, on se delecte a sa lecture. Ce n'est - a mon avis - pas seulement un livre important, aux assertions intemporelles, mais aussi et surtout une oeuvre envoutante. A lire donc pour le message humain. A lire donc pour la brillance, l'eclat du texte.

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GabianSpirit
  20 janvier 2021
Vous savez, certaines écritures vous prennent à la gorge, vous oppressent. C'est exactement ce que fait Danilo Kiš. Il décrit la violence et l'arbitraire, se tient à mi chemin entre le réel, le vraisemblable et l'imaginaire, ce qui bien entendu fait douter de tout. C'est son but. Nous faire douter que ces crimes atroces : les purges staliniennes dans Un tombeau pour Boris Davidovitch, ne soient que des erreurs de l'histoire, des monstres qui nous seraient étrangers. Il nous fait entrer de force dans la peau de l'être traqué, condamner par les circonstances, par certaines circonstances qui auraient peu être toutes autres mais n'auraient pas remis en cause sa condamnation. La sentence est implacable, la victime humaine, simplement humaine, cela aurait pu être nous, et le bourreau n'est pas un étranger, mais simplement un système, un fonctionnaire, qui pourrait également être nous. Finalement, c'est dans son style le plus froid et plus analytique que l'on se sent le plus perdu dans un délire implacable.
C'est dans Un tombeau pour Boris Davidovitch que l'on sent le même piège insensé que celui du Procès de Kafka, notre esprit se révolte. Ce qui est paradoxal, c'est qu'absolument aucun personnage ne génère la moindre empathie chez le lecteur. On ne s'attache pas aux personnages car ils sont somptueusement là comme des archétypes ou des facettes de nous-mêmes. Danilo Kiš va au-delà de l'identification : ses personnages sont suffisamment complexes pour être parfaitement crédible, et incroyablement creux pour que nous soyons certains qu'il s'agit de nous, ou, et dans le même élan ce qui est encore plus invraisemblable, de n'importe qui d'autre. Ses personnages sont des humains, des proies qui se débattent, mais ne sont jamais des victimes. Ce sont des êtres tentant d'empoigner la part de libre arbitre, d'espérance, de dignité qui leur reste pour en faire quelque chose dans ce monde qui s'obstine à les broyer.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
DandineDandine   09 février 2020
Ce recit, ne dans le doute et l'incertitude, a le seul malheur (que certains nomment chance) d'etre vrai: il a ete consigne par des mains honnetes et d'apres des temoignages surs. Mais pour atteindre a la verite dont reve l'auteur, il devrait etre raconte en roumain, hongrois, ukrainien ou en yiddish; ou plutot un melange de toutes ces langues. Alors, issus du hasard et des profondeurs troubles de l'inconscient, jailliraient de l'ame du conteur quelques mots russes, tantot doux comme teliatina, tantot durs comme kindjal. Si le narrateur pouvait donc atteindre a cet instant de bouleversement babylonien, inaccessible et terrifiant, on pourrait meme entendre les humbles prieres de Hana Krzyzewska et ses horribles supplications, dites en roumain, en polonais, puis en ukrainien (comme si la question de sa mort n'etait que la consequence d'une tragique meprise), comme on pourrait entendre son delire se transformer, a l'instant du dernier spasme et de l'apaisement, en priere pour les morts, dite en hebreu, langue des commencements et de la mort.
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DandineDandine   11 février 2020
La grisaille provinciale des petites villes d'Europe centrale du debut du siecle tranche nettement sur la nuit des temps: les maisons grises sans etage avec leurs cours que le soleil, dans sa lente revolution, decoupe avec precision en carres de lumiere aveuglante et d'ombre humide aux moisissures de tenebres; les allees d'acacias exhalant au printemps leur fade senteur, qui rappelle l'odeur des maladie infantiles, les sirops epais et les pates pectorales; l'eclat froid et baroque de la pharmacie ou brillent les contours gothiques des vases de porcelaine blanche; le morne gimnazium avec sa cour dallee (les bancs verts tout ecailles, les balancoires cassees aux allures de gibets et les cabinets en bois badigeonnes de blanc); la mairie peinte en jaune Marie-Therese, la couleur feuille morte et rose d'automne des romances jouees le soir par l'orchestre tsigane dans les jardins du Grand Hotel.
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ElTristeroElTristero   16 mai 2013
À l’hôpital de Kolyma, le vieux Rabinovitch, atteint de scorbut et déjà à moitié aveugle, raconta la veille de sa mort au docteur Taubé sa rencontre avec Novski dans les couloirs du tribunal, après la clôture du procès. « Boris Davidovitch, lui dit-il, j’ai bien peur que vous ne soyez devenu fou. Vous allez tous nous enterrer avec votre plaidoyer. » Novski lui répondit avec une étrange expression sur le visage, qui ressemblait à l’ombre d’un sourire : « Isaac Illitch, vous devriez connaître les rites de l’enterrement juif : à l’instant où l’on se prépare à transporter le mort de la synagogue au cimetière, un des serviteurs de Jahvé se penche sur le défunt, l’appelle par son nom et lui dit à voix haute : Sache que tu es mort ! » Puis il se tut un instant et ajouta : « Excellente coutume. »
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ElTristeroElTristero   23 mai 2013
[...] pour écrire il ne suffit pas d’avoir des couille
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Videos de Danilo Kis (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Danilo Kis
Le vendredi 13 juillet 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) avait la joie de recevoir Emmanuel Ruben pour évoquer les récentes publications de "Le coeur de l'Europe" (éditions La Contre Allée) et de "Terminus Schengen" (éditions le Réalgar), et pour effectuer un parcours au sein de la littérature d'ex-Yougoslavie. Il évoquait Milos Crnjanski, Ivo Andric, Aleksandar Tisma, Danilo Kis, Milorad Pavic et David Albahari, tandis que le librairie Charybde 2 évoquait Faruk Sehic, Miljenko Jergovic et Goran Petrovic.
Ceci est l'enregistrement de la première heure de la rencontre.
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