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Jacques-Alain Miller (Éditeur scientifique)
EAN : 9782020027694
132 pages
Éditeur : Seuil (01/01/1975)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 9 notes)
Résumé :

Vous n'avez qu'à aller regarder à Rome la statue du Bernin pour comprendre tout de suite qu'elle jouit, sainte Thérèse, ça ne fait pas de doute. Et de quoi jouit-elle ? Il est clair que le témoignage essentiel des mystiques c'est justement de dire qu'ils l'éprouvent, mais qu'ils n'en savent rien.Ces jaculations mystiques, ce n'est ni du bavardage, ni du verbiage, c'est en somme ce qu'on peut lire de mieux. Tout à fa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
colimasson
  09 janvier 2018
Ce que Lacan m'apprend, c'est toujours là où je ne l'attendais pas. Par exemple, la 9e leçon (Du Baroque) m'a fait voyager vers d'autres temps, des temps où il était possible de faire quelque chose d'autre qu'un barbeuque un jour férié du 8 mai. Pourtant, c'est cool un barbeuque, surtout pour la bière. Ainsi Lacan se priva-t-il peut-être d'une bonne cuite le 8 mai 1973 exactement pour parler de ce dont tout le monde se fiche a priori, je veux bien sûr parler du baroque.

Comme tout le monde s'en contrefout, je parlerai plutôt du titre sous lequel sont regroupées les différentes leçons de ce séminaire : Encore. Encore ! c'est ce qui se produit souvent avec l'amour (dans le sens vulgaire du terme), c'est ce qui le rend si addictif, si passionnant, si emmerdant. Encore ! encore ! encore ! gueule-t-on comme si c'était bon, comme si on avait envie de remettre les couverts dix minutes après le dernier coït. Et tout cela n'est pas qu'une question d'orgasme, les puritains de la baise peuvent aller se faire foutre. C'est juste qu'on croyait choper un truc en s'imbriquant l'un dans l'autre, vous savez cet idéal de l'absolu, de la fusion, du toutun, comme dirait notre ami Jacquot. En fait, si on en veut encore alors qu'on vient de l'avoir, c'est qu'on a loupé un truc, qu'on s'est pris sur la tête non pas l'absolu mais le quasi. Si on sait pas identifier ce qui ne va pas si bien que ça dans la jouissance avec l'autre (voire dans la jouissance tout court), c'est peut-être qu'on n'a jamais connu cet ingrédient magique, c'est peut-être qu'il est inhérent à notre condition humaine, en tant qu'être parlant, de ne jamais le connaître. Foi de Dieu, voilà de quoi mourir d'inanition, de désespoir, voilà de quoi faire s'inlassablement lamenter les utopistes de l'absolu. Qu'ils chialent dans leur coin ces enculés. Pour la majorité des individus réalistes, le manque c'est ce qui permet d'être toujours sur la voie, toujours en mouvement, toujours à aboyer après des trucs qui n'existent pas, mais qu'est-ce que ça leur plaît en attendant. Il existerait donc une jouissance supplémentaire, à ne pas réussir à l'atteindre. Trop cool. Mais qu'est-ce que le mystique vient foutre là-dedans ?

« Ils éprouvent l'idée qu'il doit y avoir une jouissance qui soit au-delà. C'est ça, ce qu'on appelle des mystiques. […]
Il est clair que le témoignage essentiel des mystiques, c'est justement de dire qu'ils l'éprouvent, mais qu'ils n'en savent rien.
Ces jaculations mystiques, ce n'est ni du bavardage, ni du verbiage, c'est en somme ce qu'on peut dire de mieux […]. »

Le christianisme tient ici une place particulière en tant qu'il ne suppose aucun manque, surtout pas en ce qui concerne l'âme.

« le Christ, même ressuscité, vaut par son corps, et son corps est le truchement par où la communion à sa présence est incorporation -pulsion orale- dont l'épouse du Christ, Eglise comme on l'appelle, se contente fort bien, n'ayant rien à attendre d'une copulation.
Dans tout ce qui a déferlé des effets du christianisme, […] tout est exhibition de corps évoquant la jouissance […]. A la copulation près. […] Elle est aussi hors-champ qu'elle l'est dans la réalité humaine, qu'elle sustente pourtant des fantasmes dont elle est constituée ».

Pour Lacan, il est évident que c'est de là dont vient le baroque (j'y reviens) en tant que « régulation de l'âme par la scopie corporelle ». Une autre forme de régulation, c'est Saint Thomas qui nous en baratine le fion :

« pour que la philosophie d'Aristote ait été par Saint Thomas réinjectée dans ce qu'on pourrait appeler la conscience chrétienne si ça avait un sens, c'est quelque chose qui ne peut s'expliquer que parce que […] les chrétiens ont horreur de ce qui leur a été révélé. Et ils ont bien raison ».

On aboutit de là au discours scientifique qui se veut discours de la plénitude en tant que rien du savoir ne pourrait s'ignorer, le pensé devenant la pensée, ou vice-versa qui sait. le discours scientifique, c'est une connerie qui s'ignore en brandissant sa prétendue rencontre avec la vérité. le discours analytique vient en contrepoint en tant qu'il considère que « le savoir, qui structure d'une cohabitation spécifique l'être qui parle, a le plus grand rapport avec l'amour ». L'amour (non plus le vulgaire, cette fois), en tant qu'il supplée au rapport sexuel. Ah ben oui, ça c'est plus de l'amour comme on le connaît, foutre Dieu. L'amour, qui ne fait que se mi-dire, qui permet de supporter les ratages répétés du rapport sexuel quant à cette croyance qu'il nous ferait atteindre la plénitude, la fusion, la rencontre de l'Un.

Je crois que Lacan avait un problème. Il voulait toujours être là où on ne l'attendait pas. Il voulait toujours rester à moitié compris, voire carrément incompris. C'est qu'il voulait être aimé. Ainsi conclut-il ce séminaire, « savoir ce que le partenaire va faire, ce n'est pas une preuve de l'amour ». Ne l'aviez-vous pas déjà remarqué ?
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Diotime
  15 janvier 2011
En-corps et pas-toutes :
Lien : http://didier-moulinier.over..
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   05 août 2018
Pour moi, il me paraît sensible que l’Autre, avancé au temps de l’Instance de la lettre comme lieu de la parole, était une façon, je ne peux pas dire de laïciser, mais d’exorciser le bon vieux Dieu. Après tout, il y a bien des gens qui me font compliment d’avoir su poser dans un de mes derniers séminaires que Dieu n’existait pas. Evidemment, ils entendent -ils entendent mais hélas, ils comprennent, et ce qu’ils comprennent est un peu précipité.
Je m’en vais peut-être plutôt vous montrer aujourd’hui en quoi justement il existe, ce bon vieux Dieu.
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colimassoncolimasson   13 août 2018
Faire l’amour, comme le nom l’indique, c’est de la poésie. Mais il y a un monde entre la poésie et l’acte. L’acte d’amour, c’est la perversion polymorphe du mâle, cela chez l’être parlant. Il n’y a rien de plus assuré, de plus cohérent, de plus strict quant au discours freudien.
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colimassoncolimasson   07 mars 2018
J’ai joué l’année dernière sur un lapsus orthographique que j’avais fait dans une lettre adressée à une femme -tu ne sauras jamais combien je t’ai aimé -é au lieu de ée. On m’a fait remarquer depuis que cela voulait peut-être dire que j’étais homosexuel. Mais ce que j’ai articulé précisément l’année dernière, c’est que, quand on aime, il ne s’agit pas de sexe.
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stekasteka   17 avril 2013
Qu'est-ce que je peux avoir à vous dire encore depuis le temps que cela dure, et que cela n'a pas tous les effets que j'en voudrais ? Eh bien, justement à cause de cela, ce que j'ai à dire, cela ne manque pas.
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colimassoncolimasson   16 janvier 2018
L’amur, c’est ce qui apparaît en signes bizarres sur le corps. Ce sont ces caractères sexuels qui viennent d’au-delà, de cet endroit que nous avons cru pouvoir lorgner au microscope sous la forme du germen -dont je vous ferai remarquer qu’on ne peut dire que ce soit la vie puisqu’aussi bien ça porte la mort, la mort du corps, de le répéter. C’est de là que vient l’en-corps. Il est donc faux de dire qu’il y a séparation du soma et du germen, puisque, de loger ce germen, le corps porte des traces. Il y a des traces sur l’amur.
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