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ISBN : 2253015598
Éditeur : Le Livre de Poche (01/02/1977)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 495 notes)
Résumé :
Livre-cri, livre-coup, d'une sincérité violente, impudique et sans concession, ce récit ne ressemble à aucun autre. Ce n'est pas le première fois qu'une femme raconte une crise intime, mais jamais on n'avait osé employer comme elle le fait « les mots pour le dire », les mots vrais, les mots interdits, les mots qui délivrent.
Sujette à des troubles dont tout lecteur et toute lectrice ressentiront aussitôt comme en eux-mêmes l'insupportable chaîne, la jeune fe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
Ladybirdy
  26 octobre 2018
Dans un style tout autant sobre que poignant, Marie Cardinal livre son autobiographie suite à une grave dépression où ses pensées flirtent dangereusement de l'autre rive vers la mort. Elle entreprend une psychanalyse auprès d'un docteur qui m'a bien énervée, le cliché type du psychiatre qui ne dit mot et pose de courtes questions tout aussi clichées. L'intérêt pour Marie Cardinal dans cette psychanalyse est la force qu'elle y trouvera pour exorciser les souvenirs de son enfance. Les mots pour le dire, sont le réquisitoire des traumatismes infligés par sa mère, une mère froide, sévère, hostile qui faute d'avoir raté son avortement de Marie, s'acharnera à formater l'enfant à son image. Marie grandira blessée, amputée d'elle-même, la peur au ventre.
Dans l'exutoire du cabinet, les mots trouvent peu à peu le chemin de l'inconscience, des trauma refoulés. L'inconscience éclaire ainsi doucement la conscience et une conscience éclairée est un premier pas vers la guérison et la reconstruction.
Le potentiel intellectuel de la jeune femme est incontestable, elle perce les méandres et devient magicienne de l'espoir. Elle cerne vite et bien, comprendre sa folie, l'origine de ses maux la transforme.
Récit bouleversant qui n'est pas sans rappeler combien les misères d'une enfance peuvent amener bien des défaillances à l'âge adulte. Même si les mots du malheurs s'envolent, encore faut-il puiser dans sa prison vidée la force pour renaître de ses cendres.
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fredho
  22 décembre 2012
« Les mots pour le dire » est l'autobiographie poignante de la romancière Marie Cardinal.
La narratrice qui est l'auteure elle-même souffre, somatise, son corps réagit, saigne, il déverse des hémorragies inexpliquées par la médecine.
Son propre sang devient son pire ennemi, il coule sans prévenir, dans des lieux ou bien à des moments non propices. Chaque hémorragie est une douleur morale et physique et la jeune femme désemparée par son lamentable état, sombre et frôle la folie.
Dans un moment de lucidité, elle décide de suivre une psychanalyse, une approche complètement inconnue, mais au fur et à mesure des séances les mots et les maux se lâchent, s'expriment et se révèlent... Ce mal qui la ronge va se matérialiser dans l'image de sa mère, une mère qui est certainement la cause de son calvaire !
Marquée par une mère despote, sévère, froide, la jeune femme garde en elle les stigmates d'une enfance traumatisante. Elle évoquera pendant sa thérapie, ses démons, ses peurs, ses douleurs mais surtout l'essentiel : l'absence totale d'amour d'une mère qui lui reprochera indirectement d'être née.
Témoignage percutant de la romancière où dans son cas, le rôle de la psychanalyse pour cette pathologie, s'avère être bénéfique et positive pour la reconstruction mentale du puzzle de sa vie.
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Aela
  17 avril 2014
C'est un livre que j'avais lu il y a longtemps, peu après sa sortie en 1976, et je viens de le relire. Toujours autant d'émotion à lire ce livre inclassable, mélange d'autobiographie, de témoignage, de confession, de règlement de compte…
Dans ce livre l'auteure, Marie Cardinal, relate ses années de psychanalyse. Elle le fait sans aucune concession, c'est comme un cri, une crise interne.
Cela commence par un mal physique : la narratrice souffre d'hémorragies violentes depuis des années, sans qu'aucun traitement médical « classique » ne puisse la soulager.
Complètement désemparée, au bord de la folie et du suicide, elle décide de consulter un psychanalyste qui va la sauver et surtout, l'aider à accoucher d'elle-même.
Au fil des séances, nous remontons l'histoire de sa vie, son enfance dans une Algérie en guerre, le divorce de ses parents alors que sa mère n'avait que vingt-huit ans, le rejet par sa mère qui est certainement la cause principale de ses tourments.
Livre grave, document bouleversant sur la vie en Algérie peu avant la guerre et pendant la guerre, vécu d'une jeune femme au sein d'une classe bourgeoise jalouse de ses prérogatives.
Le livre est très riche, la langue est superbe, les émotions sont rendues avec un talent immense.
Un livre qui a été encensé par la grande romancière afro-américaine Toni Morrison, qui l'a lu en 1983 et qui a été bouleversée par l'importance de l'Afrique dans le parcours de l'auteure Marie Cardinal, Afrique de son enfance en Algérie, Afrique « culturelle » car les premières manifestations de son « mal » surviennent lors d'un concert de Louis Armstrong, le grand jazz man afro-américain. Une belle illustration de la puissance des connotations culturelles du jazz.
Toni Morrison reconnaît en effet s'intéresser depuis longtemps à la façon dont les Noirs déclenchent des moments cruciaux, des révélations. Elle a été bouleversée par cette « catalyse » de Louis Armstrong.
Il faut lire et relire ce livre avant de revoir le film qui en avait été tiré, dans lequel les comédiens Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault et Nicole Garcia avaient livré tout leur talent.
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andras
  23 juin 2018
J'ai lu pour la première fois ce livre il y a une trentaine d'années. Marie Cardinal y fait le récit de la psychanalyse qu'elle a suivie pendant sept ans et des profonds changements qu'elle a produit sur sa vie, sur le plan physique comme sur le plan psychique et sur celui des relations avec son entourage. J'avais déjà apprécié ce livre à l'époque où le l'ai découvert et j'avais gardé le souvenir de certains moments forts (notamment le récit très cru des maux auxquels elle est confrontée et qui vont finalement l'amener à entamer cette analyse, et également un des moments clés où, comme elle le dit, "les portes s'entrouvrent", où les résistances commencent à lâcher). Mais le relire aujourd'hui, alors que la vie m'a conduit sur des chemins où mon équilibre s'est trouvé sérieusement menacé, s'est avéré non seulement enrichissant mais salutaire en soulevant presque à chaque page de profonds échos en moi (quand bien même ma vie n'a que peu de chose en commun avec celle de l'auteure). Marie Cardinal a trouvé le courage de nous raconter, sans fard et dans une très belle langue, tout le chemin qu'elle a parcouru depuis sa naissance biologique jusqu'à ce qu'elle appelle sa "renaissance". C'est un magnifique cadeau qu'elle nous a fait là.
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Magenta
  01 septembre 2012
Impossible pour moi de faire la critique de cette histoire tant elle m'a chamboulée. Il est des lectures dont on ne se sort pas indemne et celle-ci en fait partie. Parce que sans être atteinte des troubles de Marie Cardinal, j'ai l'impression que j'aurais pu l'écrire moi-même...
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Citations et extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
clarinetteclarinette   27 juillet 2008
Moi qui n’avais pas pu pleurer depuis si longtemps moi qui cherchais en vain depuis tant de mois le soulagement des larmes, voilà qu’elles coulaient enfin par grosses gouttes qui détendaient mon dos, mon torse, mes épaules. J’ai pleuré pendant longtemps. Je me vautrais dans cet orage, je le laissais prendre mes bras, ma nuque, mes poings serrés, mes jambes repliées sur mon ventre. Depuis combien de temps n’avais-je pas éprouvé le doux calme du chagrin ? Depuis combien de temps n’avais-je pas laissé mon visage barboter dans la tendresse des larmes mêlées d’un peu de salive et de morve ? Depuis combien de temps n’avais-je pas senti couler la gentille liqueur tiède de la peine ?
J’étais bien là, comme un enfant repu dans son berceau, les lèvres encore pleine de lait, envahi par la torpeur de la digestion, protégé par le regard de sa mère. J’étais allongée sur le dos, des tout mon long, obéissante, confiante. Je me suis mise à parler de mon angoisse et j’ai deviné que j’allais en parler longtemps, pendant des années. J’ai senti dans le fin fond de moi que j’allais peut-être trouver le moyen de tuer la chose.
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clarinetteclarinette   27 juillet 2008
A l'heure dite j'étais au fond de l'impasse, toute empaquetée de serviettes, de coton, engoncée dans des sortes de couches que je m'étais fabriquées. J'ai attendu un peu parce que j'étais arrivée en avance. La personne avant moi est sortie. Comme la veille j'ai entendu les ouvertures et les fermetures des deux portes. Enfin je suis entrée et j'ai dit tout de suite :
« Docteur, je suis exsangue. »
Je me souviens très bien avoir employé ce mot parce que je le trouvais beau. Je me souviens aussi que je voulais avoir un visage et une attitude pathétiques. Le docteur m’a répondu doucement et calmement :
« Ce sont des troubles psychosomatiques, cela ne m’intéresse pas. Parlez-moi d’autre chose. »
Il y avait là ce divan que je ne voulais pas employer. Je voulais rester debout et me battre. Les mots que cet homme venait de prononcer m’avaient giflée en pleine face, jamais je n’avais rien encaissé de si violent. En pleine figure ! Mon sang ne l’intéressait pas ! Alors tout était détruit ! J’en étais suffoquée, foudroyée. Il ne voulais pas que je parle de mon sang ! Mais de quoi d’autre voulait-il que je parle ? de quoi ? En dehors de mon sang il n’y avait que la peur, rien d’autre, et je ne pouvais pas en parler, je ne pouvais même pas y penser.
Je me suis effondrée et j’ai pleuré.
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LadybirdyLadybirdy   25 octobre 2018
Au cours des méditations auxquelles j’étais souvent astreinte (puisque j’allais dans une école religieuse et que, en plus, ma mère pratiquait beaucoup) je m’ennuyais terriblement. Je n’arrivais pas à penser. Si on me disait de méditer pendant un quart d’heure sur la charité chrétienne par exemple, je me mettais à faire comme tout le monde, je calais ma tête entre mes mains et je me disais : «Aimez-vous les uns les autres, c’est vraiment bien. Oui, il faut s’aimer les uns les autres, ça c’est vrai et ce n’est pas facile parce qu’il y a des gens qu’on n’a pas envie d’aimer et puis il y en a d’autres qu’on voudrait bien aimer et qui ne se laissent pas aimer. »
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zellerebzellereb   10 juin 2018
« L’oubli est la plus compliquée des serrures mais il n’est qu’une serrure, il n’est pas une gomme ou une épée, il n’efface pas, ne tue pas, il enferme. Je sais maintenant que l’esprit capte tout, classe tout, range tout et entretient tout. Tout, cela veut dire : même ce que je crois ne pas avoir vu, entendu ou senti, même ce que je crois ne pas avoir compris, même l’esprit des autres. Chaque événement aussi minuscule soit-il, aussi quotidien soit-il ‘comme par exemple de m’étirer le matin en bâillant), est catalogué, étiqueté, serré dans l’oubli mais indiqué dans la conscience par un signal souvent microscopique : une brindille d’odeur, une étincelle de couleur, un clignement de lumière, une parcelle de sensation, un éclat de mot. Et même encore moins que cela : un frôlement, un écho. Et même encore moins : un rien qui existerait. »
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mandarine43mandarine43   27 janvier 2012
Parler, parler, parler, parler.
"Parlez, dites tout ce qui vous passe par la tête, essayez de ne pas faire de tri, de ne pas réfléchir, essayez de ne pas arranger vos phrases. Tout est important, chaque mot."
C'était le seul remède qu'il me donnait et je m'en gavais. Peut-être que c'était ça l'arme contre la chose : ce flot de mots, ce maelström de mots, cette masse de mots, cet ouragan de mots ! Les mots charriaient la méfiance, la peur, l'incompréhension, la rigueur, la volonté, l'ordre, la loi, la discipline et aussi la tendresse, la douceur, l'amour, la chaleur, la liberté.
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Videos de Marie Cardinal (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marie Cardinal
Lecture de Évelyne de la Chenelière et Pascale Montpetit d'extraits de "L'inédit" de Marie Cardinal (Annika Parance Éditeur) apediteur.com - Facebook: Annika Parance Éditeur
Lecture enregistrée à la Librairie Le port de tête - Montréal, 29 août 2012
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