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ISBN : 2714445896
Éditeur : Belfond (13/08/2009)

Note moyenne : 4/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Un pays du nord de l’Europe, quelque part au-delà du cercle polaire. Deux hommes arpentent la capitale, Medisën, ville entourée d’eau. Paul Janüs, journaliste, suit le second tour de la campagne présidentielle. Fasciné par Stalitlën, le candidat populiste qui pourrait être largement élu, il cède peu à peu à ses peurs et dévoile sa part d’ombre. Philip Niels, héros de la nation, part à la recherche de son voisin mystérieusement disparu. Des banlieues pauvres aux gran... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
LiliGalipette
  27 novembre 2011
« Bienvenue à Medisën, ville archipel, cité lacustre » (p. 11) et siège du pouvoir d'un pays qui glisse lentement vers la dictature. Des lois nouvelles régissent la chasse, les tenues vestimentaires, l'immigration et la liberté de circuler. « le nouveau régime a-t-il aussi l'ambition de remodeler la Terre ? le centre de plusieurs villes du pays, dont l'architecture était jugée d'influence norda, a été totalement rasée et reconstruit selon les normes : la cité est notre reflet. » (p. 113) le pouvoir fait la part belle à la nature, mais pourchasse sans répit les terroristes nordas issus d'une ancienne colonie. Avec des principes comme l'épuration, le contrôle de l'énergie et la propagande, le pays court après un idéal, celui de renouer avec l'Âge d'Or. « La guerre au métissage est la clé de voûte du système : c'est en se mélangeant que les êtres, les oeuvres ou les sociétés déclinent. Ce qui vaut pour l'humain ou l'écosystème s'applique à la musique, à la peinture et à la littérature. Retrouver la pureté originelle, le monde d'avant, voici le problème et la solution, disent-ils. » (p. 62)
C'est à Medisën, dans cette capitale au-delà du cercle polaire, que vivent Paul Janüs et Philip Niels. le premier est fasciné par un candidat aux présidentielles, l'outsider Stalitlën qui prône une tolérance zéro envers les terroristes et l'immigration norda. le second part à la recherche de son voisin disparu et parcourt le pays sur les traces d'un éventuel complot national. Alors que Paul Janüs semble avoir toutes les raisons d'embrasser la dictature en marche, Philip Niels, pourtant « héros d'un jour, symbole de la Nation » (p. 23), se secoue de sa torpeur et prend conscience des abus que commet le pouvoir. « Les gouvernements qui s'en prennent aux immigrés et, peu à peu, dans l'hypocrisie la plus totale, sous prétexte de leur « couper l'herbe sous le pied » disent-ils, d'éviter l'avènement d'une dictature, imitent les extrémistes. » (p. 38)
En marge du récit se dessine la culture et la rébellion norda. le statut des Nordas est flou : « Notre pays a toujours hésité entre une politique d'assimilation et semi-autonomie à l'égard de la République du Nord. » (p. 69) Les Nordas se regroupent autour d'une religion et d'un traité intitulé Nord absolu. Et c'est leur évocation qui révèle un hiatus : dans les pages où le lecteur suit Paul, les Nordas sont encore intégrés dans la société, mais dans celles consacrées à Philip, ils sont stigmatisés et persécutés. C'est finalement quand Paul et Philip se rencontrent qu'éclate le sens complet du roman et que le temps se remet à courir.
Le nord absolu est en principe ce point physique que pointent toutes les boussoles et qu'elles ne peuvent indiquer si elles l'ont rejoint. Ici le nord absolu participe de la mise en scène des confins humains et politiques. Après ce point d'acmé n'est possible que le retour en arrière, la dégringolade. Fabrice Lardreau réfléchit sur ce qui pousse l'homme à adhérer à un régime dictatorial, à se fermer à l'autre dans un réflexe de méfiance exacerbée et à brandir sa lâcheté comme seule bouée de sauvetage.
Le récit balance entre Paul et Philip : alors que le second est le narrateur de son périple, le premier semble n'être qu'un pion que l'on promène dans tous les sens et même à rebours. Et il y a cette voix narrative anonyme jusqu'à la toute fin du roman, voix qui s'adresse au lecteur et qui semble toujours avoir un coup d'avance. le lecteur est-il dupé ? Pas vraiment puisque l'auteur distille au fil des pages les clés du récit.
Riche en échos et références (Stalitlën/Staline ou Janüs/Janus antique), le roman de Fabrice Lardreau couronne un mouvement littéraire dystopique encore trop timide en France. Fable politique, écologique et sociale, Nord absolu fait froid dans le dos et interroge sur l'engagement humain, mais sans donner de solution. Dans La zone du dehors, Alain Damasio faisait dire à de ses personnages « Pour moi, le peuple a le pouvoir qu'il mérite et n'a pas d'excuses. » (p. 280) Fabrice Lardreau propose un excellent récit aux accents similaires tout aussi inquiétants.
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Fattorius
  03 septembre 2009
Nombreux sont les souvenirs que Fabrice Lardreau agite dans « Nord absolu », son dernier roman, à paraître dans le sillage de la rentrée littéraire d'automne 2009. Peu drôles, les souvenirs : dans un Etat imaginaire, un leader populiste fort bien nommé Stalitlën est en passe d'être élu président, les élections battent leur plein, la foule manifeste dans la rue, et c'est dans ce cadre que sera scellé le destin de Paul Janüs, présenté comme le personnage principal du roman, et celui de Philip Niels… également présenté comme le personnage principal du roman.

Seule la fin du roman permet de comprendre pleinement pourquoi tout commence et s'achève sur le ton d'un cicérone qui parle à un groupe de touristes. En début de lecture, cependant, c'est une solution commode pour accrocher le lecteur en l'interpellant (usage du « vous ») et lui présenter un pays que, par la force des choses, il ne connaît pas. Cela permet par ailleurs à l'auteur de réaliser un travelling avant, commençant par une vue d'ensemble de la ville de Medisën et aboutissant, sur un ton plus classique écrit à la troisième personne, sur les personnages de Jane et Paul Janüs, bloqués par un contrôle de police.

Paul Janüs ? Un personnage bien nommé ! Tout au long du récit, il cultive une ambivalence certaine, une personnalité à deux visages, à l'instar de la divinité romaine. Fondamentalement, il est favorable au candidat Stalitlën – contrairement à Jane, sa compagne de vie. Il s'engage par ailleurs, sans enthousiasme, à parrainer une fille norda – alors que les Nordas, peuple du nord à la société spécifique (religion, culture, population jeune, tout cela présenté dans un collage très théorique), sont, dans la rhétorique du leader populiste, l'ennemi à éliminer. Choisir son camp ? Comme tant de gens de nos jours, il n'en aura pas la force, ou trop tard : c'est le destin qui le rabattra dans le camp de Stalitlën.

Stalitlën porte lui aussi un nom qui suggère au moins deux personnalités. Certes, nous avons affaire à un leader populiste démagogue, désireux de contrôler les arts comme certains de ses modèles, et la campagne électorale en cours, telle que dépeinte par l'auteur, fait penser à celle tenue en France en 2002. Mais le romancier est bien trop fin pour se prêter à un jeu aussi sommaire. le nom de Stalitlën est suffisamment transparent pour montrer qu'en politique, les extrêmes sont de tous bords. Et ce qu'on lit en filigrane, c'est qu'il arrive que les candidats les moins fréquentables arrivent à la présidence par les voies les plus démocratiques qui soient – que cette démocratie soit réelle ou de façade.

Deux ? On l'a compris, ce roman se nourrit de dualités, de doubles fonds, de jeux entre apparences et réalités. Encore un élément, de structure celui-ci : « Nord absolu » est constitué comme un roman à deux voix alternées, Paul Janüs occupant le devant de la scène des chapitres impairs alors que Philip Niels, héros de la nation, enquête sur son voisin disparu dans les chapitres pairs, écrits à la première personne, dans une ambiance légèrement différente. Deux voix, donc deux histoires… Quel est le fin mot de l'affaire ? Rendez-vous à la fin d'un récit dense qui offre un excellent moment de lecture et parvient à poser, mine de rien, quelques questions sur le monde d'hier et d'aujourd'hui. Cela, et ce n'est pas la moindre des qualités de l'auteur, sans porter de jugement.

Lien : http://fattorius.over-blog.c..
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Gromovar
  25 octobre 2010
"Nord absolu" est un roman de littérature blanche qui louche un peu sur l'anticipation. Dans une République nordique dictatoriale, deux destins parallèles, ceux de Niels et de Paul. Paul est un citoyen lambda, progressiste sans conviction ; Niels est un héros du nouveau régime. Ces deux destins se rejoignent d'une manière inattendue. Dans un cadre qui évoque irrésistiblement la France post Algérie française, nous voyons comment une dictature peut s'installer paisiblement, sans révolution, avec l'assentiment tacite des "braves gens".
Lien : http://quoideneufsurmapile.b..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette   27 novembre 2011
« La guerre au métissage est la clé de voûte du système : c’est en se mélangeant que les êtres, les œuvres ou les sociétés déclinent. Ce qui vaut pour l’humain ou l’écosystème s’applique à la musique, à la peinture et à la littérature. Retrouver la pureté originelle, le monde d’avant, voici le problème et la solution, disent-ils. » (p. 62)
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LiliGalipetteLiliGalipette   27 novembre 2011
« Le nouveau régime a-t-il aussi l’ambition de remodeler la Terre ? Le centre de plusieurs villes du pays, dont l’architecture était jugée d’influence norda, a été totalement rasée et reconstruit selon les normes : la cité est notre reflet. » (p. 113)
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LiliGalipetteLiliGalipette   27 novembre 2011
« Les gouvernements qui s’en prennent aux immigrés et, peu à peu, dans l’hypocrisie la plus totale, sous prétexte de leur « couper l’herbe sous le pied » disent-ils, d’éviter l’avènement d’une dictature, imitent les extrémistes. » (p. 38)
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LiliGalipetteLiliGalipette   27 novembre 2011
« L’immigration zéro, la lutte contre le terrorisme et la politique familiale sont devenus des modèles pour de nombreux pays. » (p. 25)
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LiliGalipetteLiliGalipette   27 novembre 2011
« Notre pays a toujours hésité entre une politique d’assimilation et semi-autonomie à l’égard de la République du Nord. » (p. 69)
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