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EAN : 9782330078157
384 pages
Actes Sud (17/05/2017)
4.4/5   146 notes
Résumé :
Ils sont quatre inséparables, Germinal, David, Joana et Mireia, nés en 1920, qui traversent les rives de l'enfance dans le quartier populaire d'une Barceloneta aux ruelles bigarrées, aux senteurs maritimes, à la culture ouvrière militante. Après l'âge tendre des premiers émois, les personnalités s'affirment et les destinées s'esquissent. Pour les deux filles, du moins. Les balises de l'avenir se font plus fluctuantes pour les garçons quand ils découvrent la passion ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
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Cancie
  01 mai 2020
Fan de l'immense auteur et compositeur LLuis Llach, considéré depuis les années 70 comme le symbole de la résistance de la langue catalane face au régime franquiste, et de sa chanson L'Estaca, connue pour avoir été l'hymne officieux catalan de résistance au franquisme et souvent reprise, je viens de découvrir ses écrits à travers son premier roman Les Yeux fardés ( Prix Méditerranée étranger 2016 ) : un vrai coup de coeur !.
Le livre débute par un chapitre intitulé "Voulez-vous que je vous dise Monsieur le réalisateur ?" où le narrateur Germinal Massagué, 87 ans s'adresse à un jeune réalisateur pour lui confier son histoire "Je ne veux pas parler de la mienne en particulier...Vous voyez ce que je veux dire...". Les autres chapitres auront pour titre simplement premier enregistrement, deuxième ..., troisième ..., jusqu'au vingt-sixième et dernier enregistrement suivi de l'épilogue.
L'auteur va d'abord évoquer la rencontre de ses parents Marie Guillaume de Sète et Josep Massagué ì Fita, marin. Follement amoureux, ils vont partir s'installer à la Barceloneta, quartier populaire et vivant de Barcelone situé près de la plage et du port. Josep trouve "une place sur les quais pour extraire les trésors et les saletés du ventre des bateaux qui arrivaient de partout" car il a dû changer de métier pour Marie devenue Marí, celle-ci voulant épouser un homme et non pas un fantôme.
Un an plus tard, en 1920, naît Germinal. Cette année-là, quatre femmes dont Marí, du même âge et du même quartier, qui s'entendent bien et sont devenues amies, mettent au monde un enfant. C'est ainsi que Joana, Mireia, David et Germinal formeront la bande des quatre, surnom donné par Ramon Ramanguer, grand amateur de littérature et gérant d'un local qui se voulait être une librairie : "le Crépuscule du Capitalisme". Ces quatre formeront deux couples Mireia et David et Joana et Germinal. Ils vont découvrir leur corps, vivre leurs premiers émois et explorer ce quartier de la Barceloneta, à la culture ouvrière militante. Bientôt Germinal découvre le vrai amour, pur et sensuel pour son ami David, "l'ami aimé", une passion qui les unira et qui guidera son existence entière, même pendant la guerre civile.
Lluis Llach s'attache à nous décrire la vie dans cette Barceloneta, l'appartement dans lequel vivait Germinal et ses parents. Il dresse de magnifiques portraits de toutes ces familles et notamment de ces quatre jeunes, "Chacun de nous, était un élément représentatif de la population de ce quartier", sans oublier leur environnement. Il met l'accent sur l'entraide qui règne au sein de ce quartier, sur l'amour de la liberté et l'amour de l'indépendance qui le caractérise.
La proclamation de la République, le 14 avril 1931, leur permet d'espérer. Mais dès fin 1933, la droite factieuse gagne les législatives et commence une période effarante appelée le bienio negro, les "deux années noires" où la droite espagnole la plus sombre revient au pouvoir avec une féroce soif de vengeance. L'indépendance de la Catalogne est remise en cause. Mais les élections de février 1936 voient la victoire du Front populaire, victoire de courte durée car au mois de juillet de la même année "Un ramassis de généraux fascites... proclama le coup d'État contre le Front populaire, contre la Catalogne".
Cette guerre civile marquée par la séparation, les bombardements, la mort, va profondément bouleverser nos amis, le quartier et la ville, amoureux de la liberté. Ce livre est un bel hommage rendu à ces hommes et ces femmes qui ont combattu jusqu'au bout aux côtés des Républicains.
Roman d'amour et roman de guerre, Les yeux fardés nous fait plonger dans la vie de ce quartier de Barcelone, des années 1920 à l'après-guerre civile avec les horreurs du franquisme, au travers de la vie et des amours du narrateur.
À la fois ode à la liberté, à la jeunesse, à l'amour avec des héros ordinaires, et hymne à la résistance de ceux qui, même vaincus et détruits ne renoncent pas !
La révolte, l'idéal, la tendresse, l'amitié, l'amour, la fraternité, la sensualité, la grâce sont les principaux sentiments portés par ce roman plein d'humanité qui m'a émue, bouleversée et dont la lecture m'a apportée énormément de plaisir et touchée en plein coeur.
En conclusion : le talent littéraire de Lluis Llach est à la hauteur de son talent musical. J'ai retrouvé dans son roman à la fois son engagement politique et ses mots qui réveillent en nous amour et humanité et portent un message de paix et d'espoir.
À noter la belle couverture avec une photo d'époque où il est facile d'y reconnaître Germinal, tel qu'on se le représente.
📖 *Les Yeux fardés* de Lluís Llach est disponible en livre numérique : https://www.placedeslibraires.fr/…/9782330058241-les-yeux-…/

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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enjie77
  02 avril 2020

« Il nous racontait les nombreux voyages que maître Lull avait accomplis en mer. Puis il nous parla du Livre de l'ami et de l'aimé et nous en lut plusieurs passages. Dès que j'entendis ce titre, le livre de l'ami et de l'aimé, celui-ci se condensa en une seule merveilleuse expression : l'Ami Aimé. C'était comme si la lumière était soudain entrée au milieu du désordre de mon coeur. Cette expression définissait de façon inattendue la confuse pelote de sentiments et de sensations énigmatiques que je ressentais pour mon camarade. »
Lluis Llach, ardent défenseur de la culture catalane, exilé sous Franco du fait de son engagement, chanteur, m'était totalement inconnu jusqu'à ce jour et jusqu'au billet de nos amis andras et krout. C'est son premier roman et c'est une réussite, Il n'y a qu'à regarder la couverture, elle parle d'elle-même, en noir et blanc, c'est l'instantané d'un quartier populaire. Il y a bien longtemps que je cherchais à lire une fiction mêlant la grande et la petite histoire. J'étais en quête d'une immersion dans l'histoire catalane des années 20 jusqu'à l'après guerre civile pour mieux appréhender l'atmosphère, m'en imprégner, être au plus près des gens, devenir républicaine catalane le temps d'un roman. Et ce livre a répondu au-delà de toutes mes attentes !
Lluis, jeune réalisateur, en manque d'inspiration, propose à un vieux monsieur de 87 ans, Germinal Massagué, bel homme, aux yeux fardés, de lui confier son histoire ainsi que celle de la Barceloneta. Germinal regrette que ce ne soit pas Fellini. Malgré son manque d'enthousiasme, il va lui confier le récit de sa vie, l'histoire de la Barceloneta, de ce quartier portuaire populaire où vivent tant de pêcheurs, de ces barques reposant sur le sable de la plage, de ces ruelles écrasées sous le soleil, de ce linge aux fenêtres, des senteurs maritimes, de cette vie faite de difficultés mais aussi de solidarité, de fraternité, d'amour qu'il aimerait faire revivre au travers du destin de quatre enfants, élevés ensemble, deux garçons et deux filles, les « inséparables ».
L'écriture possède une telle vitalité que je me suis retrouvée à la place de Lluis. J'avais la caméra au poing et Germinal me parlait, me racontait cette Espagne populaire et militante. Sous mes yeux, la Barceloneta s'est animée tout au long de nos vingt six entretiens.
Gros plan sur les quatre inséparables, les deux filles, Joana et Mireia et les deux garçons, Germinal et le beau David, si intelligent, si beau, si sensible, sur ses parents, un papa docker « beau comme un Dieu de l'Antiquité » - « Les dieux n'ont absolument rien à démontrer, ils sont des dieux, un point c'est tout, mon père était de cette trempe », une merveilleuse maman made in France, de Sète plus exactement.
La pauvreté, la misère est palpable mais l'amour, la lumière jaillissent de ce récit. Les enfants sont heureux et insouciants. Ils ne sont pas atteints par la situation effarante des ouvriers, les injustices, les jalousies, les attentats, les réunions syndicales, ce monde qui ne leur ai pas encore accessible mais qui pourtant, gémit et agonise autour d'eux. Ils ne prennent pas conscience des difficultés qui minent leurs parents. Ils partagent tout, leurs premières amours, leurs premières découvertes de la sexualité, dans un climat total de désinhibition voire d'un langage très cru.
Mais dans ce chaos ambiant où les affrontements présagent un avenir très sombre, il y a l'école. Chez Josep Massagué, les mots « éducation, connaissance et culture » occupent les autels les plus élevés de son Olympe personnel. Alors ce ne sera pas n'importe quelle école, une école particulière qui développe de nouvelles méthodes d'éducation, un lieu merveilleux de transmutation où malgré les diversités de provenance, de classe social, de langues diverses, une fois passé la blouse, les enfants sont tous égaux. L'école de la mer est de ces lieux exceptionnels où des hommes et des femmes oeuvrent pour donner un sens à l'un des plus beaux mots qu'on puisse trouver dans un dictionnaire « enseignement ». Sans oublier, l'autre lieu de culture et du militantisme, la librairie de Ramon Ramanguer, aux yeux cachés derrière ses deux culs de bouteille, « le Crépuscule du Capitaliste ».
Puis vient l'adolescence et dans un récit magnifique, bouleversant, Germinal se dévoile et révèle son amour pour David, cet « Ami Aimé », ce bouleversement intérieur qui le révèle à lui-même, ce diamant brut caché au plus profond de son coeur, qu'il porte comme un feu intérieur et qui jamais ne faiblira.
Le temps passe et subrepticement sape l'insouciance des enfants, les sépare, la Grande Histoire rejoint la petite histoire avec violence et glisse vers l'obscurité. Germinal s'engage puis c'est le tour de David. La Lumière fait place aux ténèbres et j'ai glissé lentement avec eux dans cette nuit qui recouvre l'Espagne, approché la vie de femmes et d'hommes qui ont vécu cette nébulosité, cohabité avec la petitesse de l'être humain, et approché le véritable Amour, celui qui résiste à tout, qui vous consume au risque de vous amener sur le terrain du châtiment.
L'auteur possède, à l'image de Stefan Zweig, la remarquable capacité d'entrainer son lecteur au plus profond de l'âme humaine, de dépeindre les pensées qui assaillent l'esprit humain, nous permettant ainsi de nous identifier à ses personnages. C'est un roman fort, vibrant, enflammé, militant où Barceloneta vous prend dans ses filets et ne vous laisse pas de répit. Stupéfaction quand Barcelone digne, souffre, saigne, mais illumine le récit. C'est un immense appel à la Liberté !
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nadejda
  20 août 2017
Germinal Massagué, devenu un vieil homme de 87 ans aux yeux étrangement fardés de bleus va accepter, afin que tout ce qu'il a vécu ne soit pas perdu, d'enregistrer ses souvenirs au cours de 26 séances, en se confiant à un jeune réalisateur, Lluis Sedan.
« Quatre-vingt-sept années de vie, construites jour après jour, entre la colère des dieux et le châtiment des démons, la passion et le dégoût, l'héroïsme d'une action et la médiocrité de toutes les autres, l'amour qui ne meurt pas et la mort de celui qui tombe amoureux… »
Germinal est le fils de Josep Massagué, orphelin, embarqué à 14 ans sur un vieux paquebot le Sirena qui faisait route toutes les semaines entre Sòller et Sète et Marie Guillaume sétoise qui le suivra à Barcelone.
Malgré la pauvreté, il vécut une enfance et un début d'adolescence heureuses, en compagnie de ses trois amis, Joana, David et Mireia. Bercés par la mer, le quartier plein de vie et de couleur de la Barceloneta leur était « comme un foyer vaste et généreux » prolongation de la chaleur familiale.
A la sortie de cette enfance protectrice il vont se sentir d'autant plus vulnérables que va se développer graduellement une violence qu'ils ne mesurent pas immédiatement mais à laquelle ils seront inéluctablement confrontés.
Ils vont être conduit de perte en perte, au milieu du chaos grandissant de la guerre civile.
Et le pire sera après la victoire des troupes nationalistes.
« Je commençais à comprendre ce que signifiait perdre la guerre. J'étais allé me battre, tuer, survivre, mais pas une fois alors que la mort me frôlait je n'avais pensé à ce qui se passerait si nous perdions la guerre. Et voilà que soudain j'étais en train de découvrir et de mesurer le prix inconcevable que nous aurions à payer, et cela me prenait au dépourvu. p 268
Car les forces noires ne peuvent tolérer la beauté, l'intelligence et la générosité qui leur sont un affront en les renvoyant vers leur laideur et leur abjection. Alors ils massacrent, ils salissent et plus encore ils essaient de tuer toute humanité dans les êtres les plus généreux pour les réduire à leur merci.
Dans toute cette horreur, il reste pourtant un îlot de beauté et d'amour qui survit, sous les auspices de Ramon Llull, entre Germinal et L'Ami Aimé
«  L'Ami allait par une ville comme un fou en chantant son Aimé ; et les gens lui demandèrent s'il avait perdu la raison. Il répondit : « Mon Aimé m'a pris ma volonté et je lui ai donné mon entendement ; il ne me reste donc que la mémoire pour me souvenir de mon Aimé. » (54, Livre de l'Ami et de l'Aimé)
Anava l'amich per una ciutat com a foll, cantant de son amat ; e demanaren-li les gents si avia perdut son seny. Respòs que son amat havia pres son voler, e que ell li avia domat son enteniment ; per açò era-li romàs tan solament la remembrament, ab què remembrava son amat.

Cet ilôt est né pour les deux amis au sein de leur école, nommée L'école de la mer, fondée par des hommes et des femmes qui oeuvraient pour donner un sens à l'un des plus beaux mots qu'on puisse trouver dans un dictionnaire : « enseignement » ; une école dont la devise était : « Apprendre à Penser, à Ressentir, à Aimer »
Et même si tout a été tenté pour détruire cet idéal, il reste dans les mémoires.
Un livre beau et bouleversant qui émeut autant que certaines chansons de Lluis Llach comme Nuvol Blanc. Ce roman plein de vie, d'humanité et d'amour laisse plein d'admiration et de compassion vis à vis de tous ces êtres qui se sont battus pour leur liberté.
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Krout
  24 février 2020
Emouvance ! Ce mot m'est venu : émouvance, et non émotion trop rapidement plurielles et séquentielles. Emouvance comme une évidence qui sonne à l'unisson avec Enfance, Souffrance, Jouissance, Béance, Transcendance et les contient toutes à la fois simultanément. Et donc …

Quelle émouvance quand un vieil homme examine « en aplomb » sa vie et, pour se faire l'étale, comme l'aurait fait jadis le père de son Ami Aimé sur la plage au bout de la Barceloneta pour son filet, au pied de la Sarita son bateau, afin d'en examiner consciemment la solidité de chaque noeud et l'ampleur des déchirures que seul l'amour de sa vie savait si bien repriser !

« Qu'il est loin l'âge tendre ! » et l'école de la Mer au souvenir vivace, à l'idéal si haut, dont la devise était : « Apprendre à Penser, à Ressentir, à Aimer » faudrait-il l'oublier au prétexte que l'homme n'apprendra décidément jamais ? Dans les quartiers populaires de la Barcelone des années vingt effervescente de luttes syndicales, de combats politiques, dans une rareté de sous mais une richesse de coeur, s'ébattait joyeusement La bande des quatre : deux filles, deux garçons dont je terrai les noms par pudeur et pour ne gâcher en rien votre découverte.

Las après la fulgurance de la République, voilà les années 1936-37, les affres du Fascisme, la guerre civile, le sanguinaire Franco, la répression… Certes la Shoah, mais la guerre civile : le massacre entre voisins, entre familles ; non, il n'y a pas d'échelle dans l'horreur quand soudain la haine dévore le coeur des hommes. Les membres de la bande sont écartelés : l'un exilé en Argentine, l'un écrabouillé sous les bombes, l'un sombrant dans la folie, le dernier à la dérive. Mais toujours Barcelone, multiple, ensorcelle et enchante.

Et pourtant à travers tout, l'amour, le vrai, l'inconditionnel. L'amour … qui reconstruit, qui n'oublie rien … Caspe, Casa Elizade, Poblenou, L'Ebre, Montjuïc, la Bota, Pedro-Mata, "Copacabana"... autant de stations d'un amour crucifié. Plus encore, cette phrase qui transcende tout : "Elle faisait partie de ces gens qui avaient tout vécu : la guerre, la faim, les privations, la répression, mais qui étaient encore debout, le regard digne. Elle était encore capable de sourire." p. 310 Celle-là je pouvais mal de la rater y ayant retrouvé le sourire illuminé par les épreuves de mes grands-parents, car oui, les épreuves traversées par deux guerres donnaient une tendresse et une lumière particulières à leurs yeux quand ils me souriaient.

Alors forcément cinq étoiles et pour celles et ceux qui louperaient cette petite phrase pas d'inquiétude, l'épilogue efface le moindre doute. Roman dur. Roman tendre. Ainsi les Yeux fardés bien loin de se racrapoter en une simple lamentation s'illuminent en un hymne à l'amour. Quand beaucoup d'autres romanciers se contenteraient de nommer les horreurs pour une salutaire prise de conscience, Lluis Llach va bien plus loin pour nous réconcilier avec notre humanité.

François Cheng lors de la grande librairie du 29 janvier disait : "Si on est écrivain, si on est digne de ce nom, il faut, dans la mesure du possible, porter toutes les douleurs du monde et essayer de les transformer, de les transfigurer en une sorte de lumière qui nous aide à vivre." Je vous le dis donc sans fard les yeux dans les yeux, ce livre est la parfaite illustration de son propos.
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kitou94170
  08 août 2017
Difficile de tourner la dernière page du livre de LLuis LLACH « Les yeux fardés » sans ressentir une vive émotion à l'idée de quitter cette histoire absolument magnifique et ses personnages extrêmement touchants.
Germinal, un vieil homme de 80 ans, raconte l'histoire de sa vie à un jeune réalisateur catalan. Nous découvrons ce récit à travers vingt-six enregistrements.
Ils sont quatre : Germinal, David, Joana et Mireia, nés en 1920. Ils vivent depuis leur naissance dans le quartier populaire de Barcelone, La Barceloneta. Inséparables à la vie et à la mort, ils vont traverser l'Histoire dans une Espagne Républicaine prometteuse d'espoir de liberté jusqu'à la guerre civile qui va rebattre irrémédiablement les cartes de leur destin pour les conduire au chaos total.
Les quatre amis vivent leur enfance et leur adolescence dans les ruelles de ce quartier, sur la plage entre les barques échouées, dans une totale insouciance du monde adulte qui les entoure. Ils découvrent ensemble l'apprentissage de l'école, de la connaissance, leurs premiers émois sexuels ainsi que leurs premières expériences, leur premier amour.
Puis en grandissant, petit à petit chaque personnalité s'affirme et chacun semble filer vers une destinée qui lui est propre.
Mais l'Histoire en a décidé autrement à travers l'arrivée irrémédiable de la guerre civile qui amènera Franco au pouvoir dans une Espagne Franquiste.
A travers son récit bouleversant et magnifique, Germinal nous emmène au coeur de Barcelone d'abord lumineuse, éblouissante, remplie de promesse d'un avenir meilleur puis soudainement totalement meurtrie, fracassée par la guerre, bombardée et totalement détruite par l'aviation fasciste. Mais c'est aussi une magnifique histoire d'amour : celle que Germinal et David éprouvent l'un pour l'autre. Ensemble, ils vont découvrir leur homosexualité. Nous allons découvrir leur passion indestructible, leur amour inconditionnel même au plus fort de la guerre civile et de sa tyrannie. Unique et grande passion qui guidera l'existence entière de Germinal.
Ce roman est pour moi un petit bijou, voire un chef d'oeuvre. A travers l'écriture sublime de LLuis LLACH, nous découvrons l'histoire d'une ville, Barcelone, ainsi que le destin de ses habitants, hommes et femmes prêt à tout pour défendre leur liberté. Mais on y côtoie également tout ce qu'il y a de plus ignoble et d'abjecte chez l'être humain.
Ode à Barcelone, ode à la passion entre deux êtres, « les yeux fardés » vous transperce au plus profond de vous-mêmes. C'est tout simplement un très grand roman. Ne passez pas à côté.
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   31 mars 2020
Et ce fut ainsi, involontairement, que nous assistâmes de la mer au bombardement de Barcelone. J'espère que vous ne serez pas étonné si je vous dis que ce que je vis me fit une impression aussi terrible que merveilleuse. De ce lieu privilégié, nous apercevions l'immense dos de la ville qui monte jusqu'au Tibidabo exploser en étranges volcans de feu qui s'élevaient par rafales et dessinaient un chemin de terreur tracé depuis le ciel. Nous aperçûmes également les énormes projecteurs de la défense antiaérienne lancer leurs faisceaux de lumière en direction de la nuit, tournant dans tous les sens pour tenter, en vain, de chasser les faucons que nous distinguions parfaitement de là où nous étions. Les batteries situées sur les hauteurs de la ville et du Carmel tiraient à l'aveugle vers un endroit du ciel éloigné de celui où volaient les bombardiers. Quelle image monsieur le réalisateur! Ah, si je savais vous la décrire mieux que cela ! Avez-vous quelquefois imaginé la beauté de l'apocalypse. Eh bien de là où nous nous trouvions, en pleine mer, là où le reflet de l'horreur se multipliait sur l'eau calme, nous étions des spectateurs bouleversés. Et émerveillés.

Barcelone fin 1937 - Germinal 17 ans - d'une barque de pêcheur - page 185
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nadejdanadejda   17 août 2017
De toutes ces belles choses qui furent balayées en même temps que la République, l'Ecole de la Mer est pour moi une des plus exceptionnelles. Au sein de tout ce chaos politique, du soulèvement social, de la lutte et de la confusion des valeurs, quelqu'un pensait fermement que l'avenir du pays et du monde devait passer par l'éducation des enfants. Comprenez-vous ce que cela représentait ? Au milieu de l'hécatombe que connaissait notre pays, et que malgré notre âge nous pressentions déjà, pendant que les gens s'entretuaient dans les rues, que les bombes des attentats ouvriers faisaient sauter des entrepreneurs, que les pistolets des mercenaires engagés par les industriels tuaient des travailleurs, et que des assassins institutionnalisés préparaient la destruction de la République, pendant ce temps, des hommes et des femmes oeuvraient pour donner un sens à l'un des plus beaux mots qu'on puisse trouver dans un dictionnaire, enseignement. p 47
(...) La devise de l'école était la suivante : " Apprendre à Penser, à Ressentir, à Aimer". p 48
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CancieCancie   04 mai 2020
C'était une époque où on croyait encore à l'être humain comme à une entité unique, qui méritait d'avoir une chance face à son destin et qui était doté d'une générosité magnifique. Vous imaginez ça, au début du XXIème siècle ? Pas moi. Ou est-ce seulement lorsque les collectivités sont confrontées à des périodes de difficultés exceptionnelles que se créent les conditions pour l'épopée de l'humanisme des meilleurs se révèle avec éclat ? Je l'ignore, voyez-vous. Mais même si pour rien au monde je n'aimerais revivre les moments horribles que j'ai dû traverser pendant ces années-là, je vous avouerai que secrètement, presque honteusement, j'en ressens une certaine nostalgie. Le souvenir du fantastique courage des résistants persiste au fond de moi, la faculté de toujours capter l'imposante grandeur des sans-noms. Ce doit être grâce à eux, ou seulement par eux, que l'humanité tout entière mérite son avenir.
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enjie77enjie77   28 mars 2020
Lentement, me regardant dans les yeux, il me parla comme s'il récitait une leçon apprise pour l'occasion :

- Germinal, il y a quelques années j'ai lu un livre où on raconte que souvent, trop souvent les pères meurent sans avoir dit à leurs enfants combien ils les aiment. Je sais que je ne me suis pas toujours bien occupé de toi, avec tout ce travail sur les quais et tout ce militantisme de merde, mais à présent, avant d'y aller, je voudrais te le dire. Mieux encore, je voudrais que tu m'entendes te le dire : je t'aime, Germinal. Tu es ce que j'aime le plus au monde. Je voudrais que ça reste gravé dans ta tête, aussi vide que la mienne, me dit-il en souriant et en caressant mes cheveux. Tu es mon fils, la personne que j'aime le plus au monde.

Je compris qu'il était en train de me faire ses adieux au cas où il ne reviendrait pas. Je ne pus éviter de fondre en larmes, à mon grand dam, car je voulais qu'il me voie à ses côtés comme un garçon courageux et pas comme un petit pleurnicheur à la manque.

Barcelone - 19 juillet 1936

page 112
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CancieCancie   05 mai 2020
Parfois, nous nous asseyions sur le sable et David engageait une conversation inattendue.
- Tu crois en Dieu ?
Je pris un air surpris.
- Putain, non !
Il poursuivit en me lançant un regard grave.
- Tu n'as jamais de doutes ?
Je levai le poing.
- Aucun !
Il me regarda en souriant.
- Même pas lorsque tu vois ce que nous contemplons en ce moment ? Les étoiles, l'infini, l'harmonie...
Je lui sautai dessus et l'immobilisai en m'asseyant sur son ventre.
- Arrête avec tes conneries ! Si au lieu de regarder le ciel, tu regardes la Terre, en voyant ce qu'on voit, si Dieu existait vraiment, il faudrait s'en débarrasser tout de suite. Moi, je ne crois qu'en l'humanité, et en voyant ce que je vois, je ne suis même pas certain de lui conserver longtemps ma foi.
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