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ISBN : 207017929X
Éditeur : Gallimard (12/10/2017)

Note moyenne : 2.96/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Dans ce roman violent, tendre et passionné, Claudio Magris se confronte à l’obsession de la guerre, quels que soient l’époque et le pays, une guerre universelle, indissociable de la vie même, rouge de sang, noire comme les cales des navires négriers, sombre comme la mer qui engloutit les trésors et les destins, grise comme la fumée des corps brûlés dans le four crématoire nazi de la Rizerie de San Sabba à Trieste, blanche comme la chaux qui recouvre le sépulcre et l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
cprevost
  01 décembre 2017
Il n'y a jamais trop de notes, de thèmes, de nuances dans un morceau de Debussy ; de la même manière, il n'y a pas trop d'histoires, trop de digressions, trop de retours en arrière dans « Classé sans suite ». Claudio Magris ne se soucie pas d'être facilement lu et encore moins de ce minimum de cohérence qu'il est obligatoire de donner à des écrits pour se faire instantanément comprendre, c'est-à-dire, en y réfléchissant un peu, pour ne pas se faire comprendre du tout. C'est sans doute absurde d'être obligé de s'exprimer de façon cohérente quand ce que l'on a vécu, compris des conflits est incohérent, absurde, haché. de sorte que dans ce roman d'aujourd'hui, Claudio Magris fabrique de l'informe, de l'invertébré, une relation d'évènements apparemment disparates. Un écrivain moins talentueux (quelqu'un qui peut-être n'a pas vécu à Trieste à la libération et dans l'immédiate après-guerre), sur le même sujet, pourrait constituer, susciter, après coup, à froid, conformément à un usage de sons et de signes convenus, des images à peu près nettes, ordonnées, distinctes les unes des autres, alors qu'à la vérité la guerre n'a ni formes définies, ni noms, ni adjectifs, ni sujets, ni compléments, ni ponctuation (en tout cas pas de point), ni exacte temporalité, ni sens, ni consistance sinon celle, visqueuse, trouble, molle, indécise d'une tumeur cancéreuse.

Claudio Magris, nous perd dans un dédale de pièces, un fatras d'armes de toutes sortes, un monceau de notes informes, un galimatias de langues, un mélange d'histoires (de L Histoire) et de cultures. Un homme a consacré sa vie entière à bâtir un musée de la guerre pour l'avènement de la paix. Sa manie fascinante, délétère, stérile, aride tant elle détruit chaque plaisir, lui est une cuirasse qui le protège des dévastations de la vie mais aussi une passion qui le meut et qui le tend vers quelque chose d'absolu. Luisa, héritière floutée de l'exil juif et de l'esclavage des Noirs, chargée d'organiser le foisonnant musée triestin, est cependant la véritable protagoniste de ce roman. Elle est l'Aladin de cette narration totale, la lampe qu'elle frotte fait surgir des histoires. le musée est la structure même de « Classé sans suite » : que Luisa examine une hache paraguayenne et l'épopée de l'indien perdu dans la Vienne de la belle époque jaillit ; qu'elle envisage la place d'un fusil de la seconde guerre mondiale dans une salle et l'histoire de l'emblématique soldat allemand fusillé par les siens apparait à son tour ; qu'elle déchiffre péniblement les bribes d'un document ancien et l'aventure de Luisa de Nazareth faite prisonnière par les indiens et de retour chez elle s'impose à nous …

Dans ce labyrinthe d'évènements qui se racontent à Trieste parfois haut et fort et parfois à voix basse, il y a un Minotaure qui se dissimule : la présence de la Rizerie, un camp d'extermination, a fait l'objet d'une incompréhensible omerta au lendemain de la guerre. Les carnets eux-mêmes du muséologue, carnets sur lesquels furent relevés les noms inscrits à la porte des fours crématoires d'amis de bourreaux et d'amis d'amis de bourreaux, ont été substitués par les Autorités. L'insurrection triestine, sa libération ont été une succession de luttes, d'alliances absurdes et cruelles de tous contre tous, un cancer tue que l'on n'a pas pu opérer et dont les métastases ont proliféré : nazis, fascistes, démocrates antifascistes, titistes se sont affrontés, ont mêlé leurs histoires à L Histoire. Cette dernière nous dit Claudio Magris est un palimpseste difficilement lisible, un support que l'on a à gratter pour écrire de nouveau, une écriture qui en recouvre d'autre de ses corrections mais ne l'efface pas ; elle est toujours la même mais superposée à la précédente, destinée à être retouchée, réécrite mais non annulée passant de bouche en bouche elle est perpétuelle.
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oiseaulire
  10 avril 2018
Le thème déjanté de ce livre m'a plu : quoi de plus réjouissant que l'idée de fonder un musée de la guerre pour.... l'avènement de la paix ?
Collationner tout ce qui a trait aux conflits militaires et à la violence pourrait-il vraiment servir de repoussoir définitif aux instincts guerriers des hommes et les "condamner" définitivement à la paix ?
Pour tenter ce formidable pari, Claudio Magris a mis en scène un doux maniaque, pacifiste bien sûr, qui fait don de sa collection gigantesque (armes diverses, documents, commentaires personnels) à une fondation de Trieste en vue de la création d'un musée hyper-moderne.
L'auteur déroule ainsi une quantité impressionnante d'engins guerriers, du plus rudimentaire au plus élaboré, dans une liste non exhaustive de son propre aveu, puisque tous les objets peuvent, détournés de leur usage, blesser ou tuer.
Il évoque dans dans un style parfois saisissant les atrocités de l'histoire, massacres, tueries, trafics d'êtres humains, tortures et
développe une vraie philosophie de la guerre.
Le fond est passionnant, mais la composition de l'oeuvre m'a ennuyée. Les chapitres, très courts, sont attractifs au premier abord, mais à la lecture leur succession trop rapide et la diversité des thèmes abordés confèrent à l'ensemble de l'ouvrage un aspect décousu comme le seraient une rêverie, une méditation donnant lieu à des digressions trop nombreuses et trop longues. Certains épisodes sont développés davantage que je l'aurais souhaité, d'autres s'interrompent trop prématurément.
J'aurais préféré pour un tel sujet sortir de la trame fictionnelle (le personnage de l'organisatrice du musée, grâce auquel le livre peut être qualifié de "roman" est une digression en elle-même ) et lire un essai qui aurait été intitulé, pourquoi pas " Mort et violence - Ebauche d'une métaphysique de la guerre. "
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Bougnadour
  12 mars 2018
Nous avons certainement affaire à un grand livre mais il ne s'est pas offert à moi, je n'ai pas pu trouver la porte d'entrée dans ce foisonnement impressionniste.
Le propos est donc de mettre la guerre au musée pour qu'elle appartienne au passé mais aussi pour ne pas classer sans suite les horreurs de l'Histoire.
C. Magris se sert de chaque arme de ce musée pour évoquer les moments les plus tragiques de l'Humanité en longues digressions érudites, dans une langue lyrique, sensuelle et déferlante où personnages et situations surgissent et s'effacent.
Meurtres de masses, négation de l'autre, esclavage, cannibalisme, inquisition, rien ne sera oublié. On retrouve une sorte d'histoire du mal qui n'est pas sans rappeler Confitéor de J.Cabré mais avec une trame romanesque moins puissante.
Toutefois le point central reste sa ville de Trieste, ce carrefour des civilisations européennes convoitée par tous et qui aura le triste privilège de posséder la seule chambre à gaz d'Italie durant la 2ème guerre mondiale. Comment revivre après l'horreur, comment croiser les meurtriers, leur serrer la main quand on a choisi de ne pas donner suite ?
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viduite
  12 janvier 2018
De la guerre. Dans ce roman magistral, autour du point névralgique que fut Trieste, Claudio Magris construit un mausolée muséal à la violence humaine, à sa propension à en oublier les répétitions. Classé sans suite joue alors d'une narration sidérante, souvent hallucinée dans sa précision et son érudition. Un récit monomaniaque qui laisse le lecteur interdit : tel qu'il devrait être face à la guerre.
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Fred44
  11 juin 2018
Je vous prie d'avance de m'excuser pour ce commentaire sans intérêt...
Je viens juste d'avoir le livre.
Je n'en ai lu pour le moment que quelques pages, mais je ne peux que l'aimer car c'est moi qui ai fait la photo sur la couverture!
Et j'en remercie encore M.Magris
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critiques presse (2)
LeMonde   13 novembre 2017
Pour ce grand représentant de la « Mitteleuropa », le rôle de l’écrivain consiste à exhumer les strates de la vérité.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   09 novembre 2017
Claudio Magris situe « Classé sans suite » dans la Risiera di San Sabba, camp de concentration nazi situé en Italie. L’écrivain roumain Norman Manea a lu ce splendide roman.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
rosulienrosulien   30 janvier 2018
Le chat ne fait rien, il « est », comme un roi. Il reste assis, pelotonné, allongé. Il a la persuasion, il n’attend rien et ne dépend de personne, il se suffit. Son temps est parfait, il se dilate et se rétrécit comme une pupille concentrique et centripète, sans se précipiter dans un angoissant écoulement goutte-à-goutte. Sa position horizontale a une dignité métaphysique que l’on a en général désapprise. On se couche pour se reposer, dormir, faire l’amour, toujours pour faire quelque chose et se relever dès qu’on l’a fait ; le chat se couche pour être couché, comme on s’étend devant la mer rien que pour être là, étiré et abandonné. C’est un dieu de l’instant présent, indifférent, inaccessible
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rkhettaouirkhettaoui   01 janvier 2018
Le Musée lui aussi devrait être un amas confus de l’avant et de l’après, comme les choses qu’il montre et raconte. Pourtant, ce serait bien de pouvoir commencer par le commencement, comme la Torah. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Au commencement ou presque, car il semble qu’il y avait déjà Tohu et Bohu, le Chaos et le Vide, ils sont toujours là, ces deux, et ils vous empêchent de commencer vraiment quelque chose et quelque histoire que ce soit. Mais avec lui, par exemple, on pourrait commencer, même à l’encontre de sa volonté, sinon par la naissance – ou, si l’on veut être plus rigoureux, neuf mois auparavant, quand commence véritablement son histoire –, du moins par l’enfance, l’adolescence, dont parlent, même si c’est à la hâte et le souffle court, ses carnets.
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rkhettaouirkhettaoui   01 janvier 2018
« La seule chose qui ne me plaît pas, dans ce poème admirable – apprenez-le par cœur, Madame, les poèmes, les vrais, ça s’apprend par cœur, ceux qu’on n’arrive pas à apprendre par cœur ne sont pas de vrais poèmes –, la seule à laquelle je trouve à redire, c’est cette façon de tutoyer d’abord le papillon et ensuite, à la fin, le lecteur lui-même. Comment peut-il se permettre, pour qui se prend-il ? En ce qui me concerne, je ne suis pas assez familier même avec moi pour me tutoyer. Et à plus forte raison, il ne me viendrait pas à l’esprit de dire “moi”. M’avez-vous jamais entendu prononcer ce mot ? Ce serait indécent. En présence d’une dame, qui plus est… La troisième personne, en revanche, c’est bien.
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rkhettaouirkhettaoui   01 janvier 2018
Les Maîtres de l’art de la guerre ne disent jamais “moi”, à commencer par le premier et le plus grand d’entre eux, Sun Tzu, qui est peut-être Sun Wu ou d’autres c’est-à-dire personne, un grand Maître indéterminé, voix de beaucoup de Maîtres, qui de fait commence toujours son discours par : “Le Maître Sun a dit…”
« Employons donc toujours “lui”, de grâce, y compris quand nous parlons avec nous-mêmes. Dans le fond, cela revient à utiliser la troisième personne de politesse, comme tout le monde le fait en italien… Le “tu” viendra quand nous nous apercevrons que la mort a été abolie, qu’elle s’est fondue dans l’amour. »
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rkhettaouirkhettaoui   01 janvier 2018
Quand on est dans l’inverseur, les temps grammaticaux n’existent plus, ce sont tout au plus des tics verbaux, un remplissage que l’on intercale pour reprendre son souffle quand on ne sait pas que dire. Au commencement était le Verbe, mais ici il n’y a pas de commencement et donc pas non plus de Verbe. Ces informations sur l’enfance, par exemple, nous les mettons – nous les avons mises, nous les mettrons, mettez-les, chère Madame Brooks – ici et là, éparpillées. Entre autres parce qu’elles ne comptent pas beaucoup. Au Musée, ce qui doit compter, ce sont les choses, objets hélicoptères carquois mitrailleuses, elles aussi ignorantes des temps verbaux ; qu’il, c’est-à-dire je, puisse susciter de la sympathie, il, je le comprends, je m’en félicite même, mais ce n’est pas moi qui compte.
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