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Jean Pastureau (Traducteur)Marie-Noëlle Pastureau (Traducteur)
EAN : 9782070382521
561 pages
Gallimard (22/05/1990)
4.26/5   90 notes
Résumé :
Des sources en Forêt-Noire à son delta en mer Noire, Claudio Magris descend le fleuve.. En touriste : il visite les paysages et les maisons, s'arrête, à Vienne, devant un simple escalier de bois. En érudit : il découvre les sites majeurs, les rites de la Mitteleuropa ; il croise, semble-t-il, Kafka, Canetti, Lukacs, Joseph Roth..., de passage, eux aussi. En homme : il s'émeut, s'émerveille, s'interroge. Sous la plume d'un grand écrivain, le voyage au gré du fleuve d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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Sarindar
  22 juillet 2015
Claudio Magris, qui a connu la célébrité avec ce livre publié en Italie en 1986 et en France en 1989, peu avant que le mur de Berlin ne fût renversé, nous invite à un long voyage dans une Europe danubienne qui a encore connu bien des transformations depuis la fin des régimes communistes en Europe orientale. de sorte que ce qui ne se voit pas au début, parce que nous partons bien sûr de l'Allemagne occidentale où le Danube prend sa source, saute aux yeux du lecteur dès que l'on parvient dans la zone qui était sous contrôle des gouvernements de l'Europe de l'est ayant adhéré au Pacte de Varsovie : le manque de recul de l'auteur ne lui a pas permis de deviner les grands craquements et bouleversements qui allaient se faire sentir en Roumanie, en Hongrie et dans l'ex-Yougoslavie.
Mais la culture de l'auteur pallie tout cela, et nous ne pouvons faire une halte avec lui, le long du Danube, sans qu'il n'évoque au passage un grand écrivain, un événement historique, une tradition locale, et qu'il ne les fasse vivre sous nos yeux, en leur donnant mille couleurs, et en nous livrant ses propres réflexions. Les sujets et personnages dont il nous entretient à chaque étape répondent à des choix personnels mais nous les rendent familiers et symbolisent finalement assez bien sous sa plume les régions traversées. L'auteur choisit dès le début, et ce jusqu'à la fin, de nous montrer que rien ne peut se réduire à de simples équations, et que toutes les certitudes par trop ancrées dans nos têtes sont comme des constructions qui reposeraient sur le sable, car L Histoire est complexe, tout comme les hommes qui la font, et la géographie elle-même n'est pas aussi nettement dessinée qu'on l'a parfois pensé, tant les choses sont mouvantes. Ainsi, pour l'auteur, tout comme les origines de peuples qui ne devraient pas se croire les propriétaires de telle ou telle terre ont quelque chose de mythique et ne sont pas faciles à conter, les sources du fleuve Danube, si elles se situent bien en Allemagne, et précisément en Forêt Noire, non loin de la France si l'on y réfléchit un instant, ne semblent pas pouvoir être situées en un seul lieu identifiable, l'observation et l'opinion pouvant les rendre multiples sans que l'on puisse scientifiquement trancher, même s'il existe des versions officielles. A cette difficulté de départ correspond exactement celle qui consisterait à essayer d'établir où situer vraiment l'embouchure du fleuve, en réalité démultipliée au moment de se jeter dans la mer Noire.
Ce livre est beau et puissant, reflet des tumultes de l'Histoire et du cours parfois accentué de cette grande voie fluviale, et parfois il est savoureux et apaisant comme le suggèrent certains lieux ou certains travaux techniques ou tranquilles et patientes activités humaines répétées au long des jours sur les bords du Beau Danube, qui n'a de bleu que le reflet du ciel, mais dont les eaux ont souvent d'autres couleurs. du rêve à la réalité, c'est un chemin qui n'est pas moins intéressant à emprunter que celui de Compostelle.
François Sarindar
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Tandarica
  17 janvier 2016
Claudio Magris raconte son voyage le long du Danube, du début, aux sources controversées, à la fin, Sulina, où il n'oublie pas de mentionner Jean Bart, alias Eugeniu Botez et son roman, Europolis. Avant tout, Magris est pour moi un germaniste érudit et je confesse avoir découvert à sa lecture certains auteurs allemands, comme Jean Paul ou Marieluise Fleisser. L'histoire de Marianne Willemer, auteure inconnue de plusieurs poésies de Goethe est très intéressante. Beaucoup de considérations historiques également, sur les Habsbourg, sur Sissi, sur certaines minorités ethniques, sur l'indépendance bulgare ou hongroise, voire politiques (la CSU est par exemple évoquée ou de manière générale le communisme). La colonne vertébrale de l'ouvrage reste littéraire et il serait trop long d'évoquer tous les auteurs cités, de toutes nationalités: Bulgares (il est beaucoup question de Canetti), Yougoslaves (encore à l'époque, avec Vasko Popa entre autres), Slovaques et Hongrois (j'y ai appris pas mal de noms, citons: Zsigmond Kemeny, Svantner ou Novomesky). En Roumanie, la part belle est faite à la minorité germanophone, avec une mention particulière à Gregor von Rezzori, installé en Italie, que Magris appelle Grischa et qui lui a dédicacé un de ses livres. Il faut dire qu'il illustre assez bien le concept de Mitteleuropa, cher à l'auteur: ce mélange de cultures le long du Danube et ailleurs. Un petit chapitre est consacré à Robert Flinker, entre autres Adolf Meschendörfer, Herta Müller, Arnold Hauser, Alfred Margul-Sperber, Peter Barth ou Oscar Walter Cisek sont aussi mentionnés. Parfois, les débats m'ont semblé un peu spécieux comme: qui d'Eugène Ionesco ou de Ion Luca Caragiale est le plus grand? La question de la grandeur ou de la valeur sont souvent problématiques en soi, mais là, en plus, les deux auteurs n'ont au mieux que des liens éloignés (entre autres, Ionesco est plus français que roumain dans son oeuvre). Hors de la communauté germanophone ou parfois magyare, les auteurs de langue roumaine ne sont pas forcément très nombreux. On retrouve néanmoins Mihai Eminescu, Mihail Sadoveanu, Panaït Istrati, Stefan Banulescu, Zaharia Stancu ou Vintila Horia. Tout compte fait, un livre plein de découvertes, essentiellement culturelles, parfois un peu touristiques, de plusieurs pays à la fois de surcroît, et de lecture très agréable.
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BRUMANT
  16 juin 2021
Traduit de l'italien par jean et Marie -Noelle Pastureau. Ils chevauchent jusqu'au Danube. L'architecture du voyage Venise. Tentations de l'ailleurs ( Benn)l'Odyssee . Accepter un conseil ne prenez aucun engagement pour le we prochain. Faites des provisions. Ne répondez plus au telephone. Toute expérience est le fruit d' une méthode tenace comme le tractatus de Wittgenstein. Voyage pour connaître ma geographie. Aux portes de fer, ce fleuve bisnominis Ovide Holderlin. le fleuve est un vieux maître taoïste . le voyage danubial,la peur invente des noms pour se distraire. le Journal d'un voyage sentimental. La mitteleuropa est belle. Vaincre n'est rien, le tout est de survivre ( Rilke). L'homme est vicitude.( Herodote ). Dans la bille de Passau, régnait un évêque . le monotone battement qui rythme le temps. Il a aimé, il a vu. Est-ce que j'ai eu mon jour ? Tout véritable viennois vient de Bohème. Éternellement sauf du laisser vivre du moi je sais qui je suis. Rejette loin de toi cette soif de livres, si tu ne veux pas arriver à la mort en murmurant. Ce que fait le fleuve personne ne le sait. Je sais et je crois. Tête courbée, ne peut être coupée. de qu'épela signe es tu ?
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Fx1
  01 novembre 2017
Bonjour et bienvenue pour une nouvelle chronique.
Votre serviteur est heureux de vous retrouver.
Aujourd'hui nous allons parler d'un auteur qui fâit partie des rares postulants naturels au prix Nobel de Litterature ...
Votre serviteur à decouvert Magris par le biais d'une connaissance qui lui a fait cadeau de cet ouvrage. Que ce monsieur en soit içi remercie .
Votre serviteur est relativement coutumier des oeuvres abordant la Litterature par le biais de l'essai, et pourtant ...
Oui, cet opus s'avère être un essai, mais quel essai ...
Ils sont rares les livres qu'il faut aborder de preference avec un crayon, afin de pouvoir prendre note des elements historiques ou littéraires, mais egalement des considérations philosophiques de l'auteur ...
Içi, l'on a tout cela ....
Magris aborde l'histoire et la géographie d'une maniere totalement opposée à celle d'un Pernaut, qui lui n'aborde ces domaines que dans le cadre d'un phantasme nourri par sa nostalgie morbide et mortifère....
Magris lui, aborde ces domaines en creusant les divers elements, en enrichissant son propos de réflexions philosophiques d'une profondeur rare, d'études historiques pointues , ect ...
La ou Pernaut est rhedibitoire et donne envie de fuir ces lieux campagnards, Magris fâit vivre cela, il insuffle à son texte une vigueur qui transporte le lecteur, enrichissant celui ci dans bîen des domaines ...
La ou Pernaut ne sait que parler de l'épicerie du village ou de la fete du citron, Magris développe une reflexion sur celles et ceux qui sont passés par les rives du Danube, qui y ont vecus, faisant par la même prendre conscience de la richesse de l'histoire qui rejoint celle de la géographie ...
La ou Pernaut ne sait que parler De Robert ou Emile, illustres inconnus typiques des villages perdus, Magris développe une reflexion sur Heidegger et son basculement inconscient vers le nazisme, sur Celine et sa colere folle qui l'a conduit vers l'abomination de ces pires textes, Magris abordant même le cas Mengele, permettant au lecteur de prendre en compte l'horreur de l'humain capable du pire et non le visage monstrueux qui fait fuir l'étude nécessaire pour que de telles abominations ne se reproduisent jamais ....
Magris se moque du folklore, Il n'est pas Ia pour cela ...
Ce qui intéresse cet immense écrivain, c'est l'humain...
L'humain qu'il croise tout au long de ce voyage qu'il fait sur les rives du Danube, cette institution géographique mondiale, que l'on ne connaît finalement que par le versant touristique ...
Le tourisme, Magris s'en moque, ce qui lui est important c'est ceux qui sont passés par ces territoires, qui ont vecus ou sont morts dans ces territoires....
Quand il aborde le cas Napoléon par l'étude qu'en ont fait des écrivains allemands contemporains de son epoque, c'est un tout autre visage de ce despote qui apparaît, et la légende disparaît dans le vent ...
Quand Il explique l'idylle allemande, quand il aborde le pacte qui lie les allemands avec leur contree, on comprends le pourquoi entre autre de l'horreur nazie, cela avec le cas de Rommel, qui pour ne pas nuire à ce pacte a opté pour le poison pour ne pas infliger la honte de l'exécution à son pays ....
Magris dresse içi une sorte de tableau de l'âme humaine, dans tout ce qu'elle a de multiple et de singulier, comme cet ingénieur qui a dédié sa vie à sa grande oeuvre sur le Danube, personnifiant ainsi la passion réelle et éternelle ...
Ce n'est pas qu'un livre que nous avons entre les mains, c'est une page d'histoire, une page d'étude sur l'âme humaine,que Magris est allé chercher dans les murs qui longent le Danube, faisant sortir de l'oubli des pages entières de l'histoire contemporaine ....
On apprends énormément ici, c'est une mine de savoir que ce livre, qui nous explique la diffèrence entre le Danube et le Rhin, le Danube, fleuve qui caractérise l'ouverture de l'Allemagne au monde, a l'Europe, le Rhin, fleuve qui caractérise le repli sur soi meme, le nationalisme en somme ....
Ce livre est inestimable, c'est une oeuvre à inscrire au patrimoine historique de l'UNESCO, tellement l'homme apprends de choses sur l'humain, dans ces multiples singularités, faisant exploser par la meme toute volonte de repli sur soi meme, toute envie de se réfugier dans un temps mort et révolu dans l'espoir d'une vie meilleure, refusant par la meme de prendre conscience que la vie, que le fâit de vivre, c'est au fond de fâire face à l'avenir, sans perdre de vue le passé, mais en acceptant que ce qui est passé n'est que souvenir, sensation, et que la vie se constitue de souvenir et de projection dans la vie future ...
La vie future n'étant au fond qu'une prise en compte de l'avenir et de la disparition progressive d'un passé qui n'est plus que sensation et souvenir ...
Magris au fond, tente au travers de ce livre, d'établir une carte ou au travers de ce voyage sur les rives du Danube, de ce télescopage avec toutes les âmes qui ont laissées des bribes d'elles même sur ces rives, l'on peut tirer une sorte de "manuel d'apprentissage " a la condition humaine ...
Car au fond, ce que Magris fâit ressortir ici, dans ces pages, c'est ni plus, ni moins, une exposition de l'âme humaine, dans toute sa complexité, prenant compte de la singularité de chacun, de ce fourmillement d'existences complexes qui parsèment les rives, les villes et villages qui font de ce fleuve, une sorte de miroir de l'humanité dont Magris nous offre la contemplation...
C'est une oeuvre majeure, dont l'on ne sort pas indemne, le genre d'oeuvre qui font de l'humain basique, un homme éclaire ...
La lecture de ce livre s'avère donc indispensable pour comprendre ne serait ce qu'un petit peu, la complexité de l'humain, et de son monde ....
Merci de votre attention, portez vous bien et lisez des livres .
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NMTB
  18 décembre 2014
Patiemment, depuis sa publication, loin des raz-de-marée douteux de l'actualité du livre, le Danube de Claudio Magris creuse son lit de lecteurs. Je ne croyais pas qu'un jour je tiendrais dans mes mains un livre contemporain qui puisse soutenir la comparaison avec Les promenades dans Rome de Stendhal. Et pourtant, le Danube de Magris est de cet acabit. le journal d'un voyage (plus ou moins imaginaire) dans lequel l'auteur, accompagné d'un groupe d'amis ou seul, se permet un grand nombre de digressions sur divers sujets, avec la plus grande liberté, dans le but de donner une image – un instantané en mouvement – de toute une civilisation : la civilisation danubienne ou la Mitteleuropa.
Peut-être n'est-ce qu'une lubie de ma part, car les différences entre l'ouvrage de Stendhal et celui de Magris sont plus visibles que cette commune base de départ. L'attention de ce dernier est davantage portée sur l'Histoire et la politique ; il ne parle quasiment jamais d'art, malgré quelques belles descriptions et une large part du livre dévolue à la littérature. Mais je veux croire que Magris, un Italien passionné par cette culture de l'Europe centrale, s'est en partie inspiré de l'ouvrage de Stendhal, dont il cite le nom à plusieurs reprises parmi une multitude d'autres références. Et c'est un ouvrage savant, car toutes ces références (des plus grandes aux plus modestes, de Musil à un anonyme écolier), sont le reflet d'une admirable culture personnelle, avec laquelle chaque lecteur aura forcément ses affinités et des différends.
Deux ou trois choses ont retenu particulièrement mon attention. D'abord ce livre a été écrit au milieu des années 1980 et il est étonnant de se rendre compte à quel point ce « Danube » qui symbolise « l'écoulement du présent dans le passé », vieux de seulement trente ans, aux préoccupations toutes contemporaines, paraît si proche et si lointain. L'Union européenne n'existait pas, les grandes migrations avaient à peine commencé, la chute de l'Union soviétique et la guerre de Yougoslavie n'avaient pas encore eu lieu. On sent que Magris appelle de ses voeux une véritable union de l'Europe, se lamente des totalitarismes, du repliement sur soi et de l'étouffement des minorités. En ce qui concerne la guerre de Yougoslavie, il est désolant de constater - quand Magris évoque une certaine Mémé Anka, personnage attendrissant et fort mais prise aussi dans le jeu fatal des rivalités ethniques - que les haines étaient très ancrées dans le coeur des Yougoslaves et que la guerre civile semblait déjà couver depuis longtemps. Avec un optimisme, auquel on peut reprocher un trop grand aveuglement sur l'orgueil humain, il écrit au sujet des préjugés haineux : « Derrière ces présupposés absurdes, il y a peut-être une once de vérité, du fait qu'aucun peuple, qu'aucune culture – non plus qu'aucun individu – n'est totalement innocent sur le plan historique ; le fait de se rendre compte impitoyablement des défauts et des obscurités de tous et de soi-même peut-être une fructueuse promesse de convivialité et de tolérance civile ». Et que penser, pour nous qui connaissons l'histoire des années 1990, du grand espoir que représentait aux yeux de Magris la Yougoslavie : « A la ressemblance de celle des Habsbourg, la mosaïque yougoslave est aujourd'hui à la fois imposante et précaire, elle joue un rôle très important dans la politique internationale, et elle se consacre à endiguer et à gommer ses propres poussées destructrices internes ; sa solidité est aussi nécessaire à l'équilibre européen, avec ce qu'aurait de catastrophique son éventuelle désagrégation, que l'était celle de la double monarchie pour le monde d'hier. »
Magris montre une admiration marquée mais lucide vis-à-vis de la maison des Habsbourg. Il admire l'unification des divers peuples maintenue pendant des siècles grâce à cette dynastie, mais se demande si un trop grand repliement sur soi, les peurs d'interactions avec l'étranger ne sont pas une cause de sa décadence. Et il faut quand même évoquer ici Kafka, et son intériorité, qui nous accompagne tout le long de ce voyage ; car de tous les écrivains, il représente le mieux cet esprit danubien, cosmopolite, tiraillé entre recherche d'identité et universalisme supranational. Deux quêtes sans fin, vouées à l'échec, une corde raide tendue au-dessus du gouffre des totalitarismes. Magris se définit lui-même comme « un pathétique épigone de Kafka ».
Les guerres mondiales, les totalitarismes, ont évidemment une place importante dans ce livre, tout comme dans l'Histoire de l'Europe centrale. L'auteur semble en particulier avoir été très influencé par la banalité du mal théorisée par Hannah Arendt, mais plutôt que de banalité il préfère évoquer la bêtise du mal. Il y a certes du mépris dans ce terme, comme toujours lorsqu'on évoque la bêtise, mais je crois que Magris ne tenait pas à rendre ce Mal méprisable ou négligeable. Bien au contraire, la bêtise est lourde, pesante, dévastatrice, sourde et indestructible. Tant qu'il est encore temps, la bêtise du mal ne s'attaque pas de front. Elle s'érode, patiemment. Et en commençant par sa propre bêtise, en lisant ce livre qui a la rare amabilité de considérer son lecteur comme autre chose qu'un vulgaire consommateur d'imbécilités.
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
TandaricaTandarica   28 novembre 2021
Pour son roman « Le vieil homme et l'officier » Mircea Eliade est descendu dans les caves de la vieille ville, à Bucarest, cave dans lesquelles ses personnages disparaissent inexplicablement, de la même façon que les flèches qu'ils lancent en l'air ne retombe jamais plus. La police secrète de l'État, dans le roman, cherche à interpréter la signification politique de ces récits fabuleux de disparition et de magie, en s'égarant toutefois dans les méandres de la narration mythique ; le vieux maître Zaharia Farâma, qui raconte ces histoires, survit aux hautes autorités qui l'interrogent dans l'espoir de lui arracher les secrets d'État – et à la redoutée Anna Pauker qui le convoque pour qu'il lui rende compte de ces élucubrations.
Pour Mircea Eliade l'authentique et immortelle mythologie populaire s'oppose à la fausse mythologie technocratique du pouvoir. Il se pourrait que le grand spécialiste des mythes ait tort, qu'il idéalise le passé ; tout mythe archaïque, qui nous apparaît aujourd'hui comme parfaitement authentique, a sans doute été au départ trucage et coup de force des technocrates, arcane élaboré par le pouvoir, mystère dont s'enveloppe toute police secrète. Les siècles effacent les polices secrètes et leur puissance, si fait qu'il ne reste que le récit –mythos – de ce qu'elles ont d'énigmatique, récit pur et authentique comme toute fable qui ne se propose aucun but autre que celui de raconter. Quand ce qu'il faut de temps se sera écoulé, la réémergence à l'air libre et la descente aux abîmes provoquées par les travaux que Ceaușescu a ordonnés deviendront peut-être une source de poésie et de mythe, tout autant que les destructions des époques anciennes.
(p. 525-526)
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aleatoirealeatoire   08 juillet 2015
De cet observatoire, la vie apparaît comme une perte de temps, une machine fragile. Comme l'horloge qui en marque le rythme, la réalité est un engrenage, une organisation du goutte à goutte, une chaîne de montage orientée toujours et uniquement vers la phase successive. Celui qui aime la vie doit peut-être aimer son jeu d'emboîtements, s'enthousiasmer non seulement pour un voyage vers des îles lointaines, mais aussi pour les démarches administratives relatives au renouvellement de son passeport. La persuasion, qui répugne à cette mobilisation générale quotidienne, c'est l'amour pour quelque chose d'autre, qui est plus que la vie et ne luit que par éclairs pendant les pauses, les interruptions, quand les mécanismes sont arrêtés, que le gouvernement et le monde entier sont en vacances - au sens fort où "vaquer" évoque le vide, le manque, l'absence -, et que n'existe plus que la lumière haute et immobile de l'été.
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TandaricaTandarica   25 novembre 2021
À Sulina arrivent maintenant tous les débris que le Danube transporte. Dans son roman Europolis, qui date de 1933, Jean Bart, alias Eugen P. Botez, voit les destinées humaines elles-mêmes aborder à Sulina comme les épaves d'un naufrage ; la ville, comme le dit le nom qu'il lui a inventé, vit encore dans un halo d'opulence et de splendeur, c'est un port situé sur de grandes routes, un endroit où se rencontrent des gens venus de pays lointains et où on rêve, en on entrevoit, on manie mais surtout on perd la richesse.
Dans ce roman la colonie grecque, avec ses cafés, est le décor de cette splendeur à son déclin, à laquelle la Commission du Danube confère une dignité politico-diplomatique, ou du moins un semblant. Le livre, toutefois, est une histoire d'illusion, de décadence, de tromperie et de solitude, de malheur et de mort ; une symphonie de la fin, dans laquelle cette ville qui se donne des allures de petite capitale européenne devient bas-fond, rade abandonnée.
(p. 533)
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pgremaudpgremaud   20 novembre 2014
REMBRANDTSTRASSE, 35
C'est ici qu'habitait Joseph Roth en 1913, quand il arrivait tout juste de Galicie et qu'il était inscrit sur les registres de l'Université de Vienne sous son nom complet de Moses Joseph Roth. La maison est grise, dans un paysage désolé de banlieue; l'escalier est sombre, et dans la cour mal éclairée un arbre noueux pousse de guingois. En habitant un endroit pareil, il n'était pas difficile de devenir expert en mélancolie, cette mélancolie qui est la note dominante de Vienne et de la Mitteleuropa; tristesse de caserne et de pensionnat, tristesse de la symétrie, de la fugacité et de la désillusion. A Vienne on a l'impression qu'on vit et qu'on a toujours vécu dans le passé, dont les plis cachent et protègent jusqu'à la joie. C'est le Lied, la chanson du « lieber Augustin », ivrogne et vagabond, qui vit chacune de ses journées comme si ce devait être la dernière, qui vit dans un épilogue toujours prolongé, dans un intervalle entre le déclin et la fin, dans un adieu à faire mais toujours remis. Cette pause, c'est l'instant volé à la fuite, celui dont on jouit à fond, c'est l'art de vivre à l'extrême bord du néant, comme si tout allait pour le mieux.
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TandaricaTandarica   28 novembre 2021
Le poète yiddish Israël [Israil] Bercovici vit lui aussi [en Roumanie] dans un quartier presque de banlieue. La littérature, me dit-il, c'est un jackpot, dans lequel la vie et l'histoire glissent subrepticement ou jettent avec violence une pluie d'événements, la lumière indicible d'un soir, des problèmes sentimentaux ou des guerres mondiales, mais dont on ne peut jamais savoir ce qui va sortir, un petit sou de rien du tout ou une royale poignée de pièces, une avalanche de poésie. Timide et discret, Bercovici est un fin poète, et de sa personne émanent cette gentillesse familière et cette tenace pietas qui sont venues à bout de siècles de violences et de pogroms ; dans sa maison modeste et bien tenue, la bibliothèque est une petite arche de Noé de l'hébraïsme oriental, et lorsqu'il nous lit un de ses poèmes, par exemple Soloveï, Le rossignol – tandis que sa femme rentre de l'hôpital où elle travaille comme médecin, prépare le repas –, on comprend mieux certains récits d'Isaac Bashevis Singer, leur mystère conjugal et le caractère épique et passionné de la vie familiale chez les Juifs.
(p. 518-519)
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Videos de Claudio Magris (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Claudio Magris
Lors de l'émission “Hors-champs” diffusée sur France Culture le 16 septembre 2013, Laure Adler s'entretenait avec l'écrivain et essayiste italien, Claudio Magris. « L'identité est une recherche toujours ouverte, et il peut même arriver que la défense obsessive des origines soit un esclavage régressif, tout autant qu'en d'autres circonstances la reddition complice au déracinement. » Claudio Magris (in “Danube”)
Claudio Magris, né à Trieste le 10 avril 1939, est un écrivain, germaniste, universitaire et journaliste italien, héritier de la tradition culturelle de la Mitteleuropa qu'il a contribué à définir. Claudio Magris est notamment l'auteur de “Danube” (1986), un essai-fleuve où il parcourt le Danube de sa source allemande (en Forêt Noire) à la mer Noire en Roumanie, en traversant l'Europe centrale, et de “Microcosmes” (1997), portrait de quelques lieux dispersés dans neuf villes européennes différentes. Il est également chroniqueur pour le Corriere della Sera.
Il a été sénateur de 1994 à 1996. En 2001-2002, il a assuré un cours au Collège de France sur le thème « Nihilisme et Mélancolie. Jacobsen et son Niels Lyhne ».
Ses livres érudits connaissent un très grand succès public et critique. Claudio Magris a ainsi reçu plusieurs prix prestigieux couronnant son œuvre, comme le prix Erasme en 2001, le prix Prince des Asturies en 2004, qui entend récompenser en lui « la meilleure tradition humaniste et [...] l'image plurielle de la littérature européenne du début du XXIe siècle ; [...] le désir de l'unité européenne dans sa diversité historique », le prix européen de l'essai Charles Veillon en 2009, et le prix de littérature en langues romanes de la Foire internationale du livre (FIL) de Guadalajara, au Mexique, en 2014. Claudio Magris est également régulièrement cité depuis plusieurs années comme possible lauréat du prix Nobel de littérature.
Thèmes : Arts & Spectacles| Littérature Contemporaine| Littérature Etrangère| Claudio Magris| Mitelleuropa
Sources : France Culture et Wikipédia
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