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Jean Pastureau (Traducteur)Marie-Noëlle Pastureau (Traducteur)
ISBN : 2070382524
Éditeur : Gallimard (22/05/1990)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 59 notes)
Résumé :
Des sources en Forêt-Noire à son delta en mer Noire, Claudio Magris descend le fleuve.. En touriste : il visite les paysages et les maisons, s'arrête, à Vienne, devant un simple escalier de bois. En érudit : il découvre les sites majeurs, les rites de la Mitteleuropa ; il croise, semble-t-il, Kafka, Canetti, Lukacs, Joseph Roth..., de passage, eux aussi. En homme : il s'émeut, s'émerveille, s'interroge. Sous la plume d'un grand écrivain, le voyage au gré du fleuve d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Sarindar
  22 juillet 2015
Claudio Magris, qui a connu la célébrité avec ce livre publié en Italie en 1986 et en France en 1989, peu avant que le mur de Berlin ne fût renversé, nous invite à un long voyage dans une Europe danubienne qui a encore connu bien des transformations depuis la fin des régimes communistes en Europe orientale. de sorte que ce qui ne se voit pas au début, parce que nous partons bien sûr de l'Allemagne occidentale où le Danube prend sa source, saute aux yeux du lecteur dès que l'on parvient dans la zone qui était sous contrôle des gouvernements de l'Europe de l'est ayant adhéré au Pacte de Varsovie : le manque de recul de l'auteur ne lui a pas permis de deviner les grands craquements et bouleversements qui allaient se faire sentir en Roumanie, en Hongrie et dans l'ex-Yougoslavie.
Mais la culture de l'auteur pallie tout cela, et nous ne pouvons faire une halte avec lui, le long du Danube, sans qu'il n'évoque au passage un grand écrivain, un événement historique, une tradition locale, et qu'il ne les fasse vivre sous nos yeux, en leur donnant mille couleurs, et en nous livrant ses propres réflexions. Les sujets et personnages dont il nous entretient à chaque étape répondent à des choix personnels mais nous les rendent familiers et symbolisent finalement assez bien sous sa plume les régions traversées. L'auteur choisit dès le début, et ce jusqu'à la fin, de nous montrer que rien ne peut se réduire à de simples équations, et que toutes les certitudes par trop ancrées dans nos têtes sont comme des constructions qui reposeraient sur le sable, car L Histoire est complexe, tout comme les hommes qui la font, et la géographie elle-même n'est pas aussi nettement dessinée qu'on l'a parfois pensé, tant les choses sont mouvantes. Ainsi, pour l'auteur, tout comme les origines de peuples qui ne devraient pas se croire les propriétaires de telle ou telle terre ont quelque chose de mythique et ne sont pas faciles à conter, les sources du fleuve Danube, si elles se situent bien en Allemagne, et précisément en Forêt Noire, non loin de la France si l'on y réfléchit un instant, ne semblent pas pouvoir être situées en un seul lieu identifiable, l'observation et l'opinion pouvant les rendre multiples sans que l'on puisse scientifiquement trancher, même s'il existe des versions officielles. A cette difficulté de départ correspond exactement celle qui consisterait à essayer d'établir où situer vraiment l'embouchure du fleuve, en réalité démultipliée au moment de se jeter dans la mer Noire.
Ce livre est beau et puissant, reflet des tumultes de l'Histoire et du cours parfois accentué de cette grande voie fluviale, et parfois il est savoureux et apaisant comme le suggèrent certains lieux ou certains travaux techniques ou tranquilles et patientes activités humaines répétées au long des jours sur les bords du Beau Danube, qui n'a de bleu que le reflet du ciel, mais dont les eaux ont souvent d'autres couleurs. du rêve à la réalité, c'est un chemin qui n'est pas moins intéressant à emprunter que celui de Compostelle.
François Sarindar
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Tandarica
  17 janvier 2016
Claudio Magris raconte son voyage le long du Danube, du début, aux sources controversées, à la fin, Sulina, où il n'oublie pas de mentionner Jean Bart, alias Eugeniu Botez et son roman, Europolis. Avant tout, Magris est pour moi un germaniste érudit et je confesse avoir découvert à sa lecture certains auteurs allemands, comme Jean Paul ou Marieluise Fleisser. L'histoire de Marianne Willemer, auteure inconnue de plusieurs poésies de Goethe est très intéressante. Beaucoup de considérations historiques également, sur les Habsbourg, sur Sissi, sur certaines minorités ethniques, sur l'indépendance bulgare ou hongroise, voire politiques (la CSU est par exemple évoquée ou de manière générale le communisme). La colonne vertébrale de l'ouvrage reste littéraire et il serait trop long d'évoquer tous les auteurs cités, de toutes nationalités: Bulgares (il est beaucoup question de Canetti), Yougoslaves (encore à l'époque, avec Vasko Popa entre autres), Slovaques et Hongrois (j'y ai appris pas mal de noms, citons: Zsigmond Kemeny, Svantner ou Novomesky). En Roumanie, la part belle est faite à la minorité germanophone, avec une mention particulière à Gregor von Rezzori, installé en Italie, que Magris appelle Grischa et qui lui a dédicacé un de ses livres. Il faut dire qu'il illustre assez bien le concept de Mitteleuropa, cher à l'auteur: ce mélange de cultures le long du Danube et ailleurs. Un petit chapitre est consacré à Robert Flinker, entre autres Adolf Meschendörfer, Herta Müller, Arnold Hauser, Alfred Margul-Sperber, Peter Barth ou Oscar Walter Cisek sont aussi mentionnés. Parfois, les débats m'ont semblé un peu spécieux comme: qui d'Eugène Ionesco ou de Ion Luca Caragiale est le plus grand? La question de la grandeur ou de la valeur sont souvent problématiques en soi, mais là, en plus, les deux auteurs n'ont au mieux que des liens éloignés (entre autres, Ionesco est plus français que roumain dans son oeuvre). Hors de la communauté germanophone ou parfois magyare, les auteurs de langue roumaine ne sont pas forcément très nombreux. On retrouve néanmoins Mihai Eminescu, Mihail Sadoveanu, Panaït Istrati, Stefan Banulescu, Zaharia Stancu ou Vintila Horia. Tout compte fait, un livre plein de découvertes, essentiellement culturelles, parfois un peu touristiques, de plusieurs pays à la fois de surcroît, et de lecture très agréable.
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NMTB
  18 décembre 2014
Patiemment, depuis sa publication, loin des raz-de-marée douteux de l'actualité du livre, le Danube de Claudio Magris creuse son lit de lecteurs. Je ne croyais pas qu'un jour je tiendrais dans mes mains un livre contemporain qui puisse soutenir la comparaison avec Les promenades dans Rome de Stendhal. Et pourtant, le Danube de Magris est de cet acabit. le journal d'un voyage (plus ou moins imaginaire) dans lequel l'auteur, accompagné d'un groupe d'amis ou seul, se permet un grand nombre de digressions sur divers sujets, avec la plus grande liberté, dans le but de donner une image – un instantané en mouvement – de toute une civilisation : la civilisation danubienne ou la Mitteleuropa.
Peut-être n'est-ce qu'une lubie de ma part, car les différences entre l'ouvrage de Stendhal et celui de Magris sont plus visibles que cette commune base de départ. L'attention de ce dernier est davantage portée sur l'Histoire et la politique ; il ne parle quasiment jamais d'art, malgré quelques belles descriptions et une large part du livre dévolue à la littérature. Mais je veux croire que Magris, un Italien passionné par cette culture de l'Europe centrale, s'est en partie inspiré de l'ouvrage de Stendhal, dont il cite le nom à plusieurs reprises parmi une multitude d'autres références. Et c'est un ouvrage savant, car toutes ces références (des plus grandes aux plus modestes, de Musil à un anonyme écolier), sont le reflet d'une admirable culture personnelle, avec laquelle chaque lecteur aura forcément ses affinités et des différends.
Deux ou trois choses ont retenu particulièrement mon attention. D'abord ce livre a été écrit au milieu des années 1980 et il est étonnant de se rendre compte à quel point ce « Danube » qui symbolise « l'écoulement du présent dans le passé », vieux de seulement trente ans, aux préoccupations toutes contemporaines, paraît si proche et si lointain. L'Union européenne n'existait pas, les grandes migrations avaient à peine commencé, la chute de l'Union soviétique et la guerre de Yougoslavie n'avaient pas encore eu lieu. On sent que Magris appelle de ses voeux une véritable union de l'Europe, se lamente des totalitarismes, du repliement sur soi et de l'étouffement des minorités. En ce qui concerne la guerre de Yougoslavie, il est désolant de constater - quand Magris évoque une certaine Mémé Anka, personnage attendrissant et fort mais prise aussi dans le jeu fatal des rivalités ethniques - que les haines étaient très ancrées dans le coeur des Yougoslaves et que la guerre civile semblait déjà couver depuis longtemps. Avec un optimisme, auquel on peut reprocher un trop grand aveuglement sur l'orgueil humain, il écrit au sujet des préjugés haineux : « Derrière ces présupposés absurdes, il y a peut-être une once de vérité, du fait qu'aucun peuple, qu'aucune culture – non plus qu'aucun individu – n'est totalement innocent sur le plan historique ; le fait de se rendre compte impitoyablement des défauts et des obscurités de tous et de soi-même peut-être une fructueuse promesse de convivialité et de tolérance civile ». Et que penser, pour nous qui connaissons l'histoire des années 1990, du grand espoir que représentait aux yeux de Magris la Yougoslavie : « A la ressemblance de celle des Habsbourg, la mosaïque yougoslave est aujourd'hui à la fois imposante et précaire, elle joue un rôle très important dans la politique internationale, et elle se consacre à endiguer et à gommer ses propres poussées destructrices internes ; sa solidité est aussi nécessaire à l'équilibre européen, avec ce qu'aurait de catastrophique son éventuelle désagrégation, que l'était celle de la double monarchie pour le monde d'hier. »
Magris montre une admiration marquée mais lucide vis-à-vis de la maison des Habsbourg. Il admire l'unification des divers peuples maintenue pendant des siècles grâce à cette dynastie, mais se demande si un trop grand repliement sur soi, les peurs d'interactions avec l'étranger ne sont pas une cause de sa décadence. Et il faut quand même évoquer ici Kafka, et son intériorité, qui nous accompagne tout le long de ce voyage ; car de tous les écrivains, il représente le mieux cet esprit danubien, cosmopolite, tiraillé entre recherche d'identité et universalisme supranational. Deux quêtes sans fin, vouées à l'échec, une corde raide tendue au-dessus du gouffre des totalitarismes. Magris se définit lui-même comme « un pathétique épigone de Kafka ».
Les guerres mondiales, les totalitarismes, ont évidemment une place importante dans ce livre, tout comme dans l'Histoire de l'Europe centrale. L'auteur semble en particulier avoir été très influencé par la banalité du mal théorisée par Hannah Arendt, mais plutôt que de banalité il préfère évoquer la bêtise du mal. Il y a certes du mépris dans ce terme, comme toujours lorsqu'on évoque la bêtise, mais je crois que Magris ne tenait pas à rendre ce Mal méprisable ou négligeable. Bien au contraire, la bêtise est lourde, pesante, dévastatrice, sourde et indestructible. Tant qu'il est encore temps, la bêtise du mal ne s'attaque pas de front. Elle s'érode, patiemment. Et en commençant par sa propre bêtise, en lisant ce livre qui a la rare amabilité de considérer son lecteur comme autre chose qu'un vulgaire consommateur d'imbécilités.
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Fx1
  01 novembre 2017
Bonjour et bienvenue pour une nouvelle chronique.
Votre serviteur est heureux de vous retrouver.
Aujourd'hui nous allons parler d'un auteur qui fâit partie des rares postulants naturels au prix Nobel de Litterature ...
Votre serviteur à decouvert Magris par le biais d'une connaissance qui lui a fait cadeau de cet ouvrage. Que ce monsieur en soit içi remercie .
Votre serviteur est relativement coutumier des oeuvres abordant la Litterature par le biais de l'essai, et pourtant ...
Oui, cet opus s'avère être un essai, mais quel essai ...
Ils sont rares les livres qu'il faut aborder de preference avec un crayon, afin de pouvoir prendre note des elements historiques ou littéraires, mais egalement des considérations philosophiques de l'auteur ...
Içi, l'on a tout cela ....
Magris aborde l'histoire et la géographie d'une maniere totalement opposée à celle d'un Pernaut, qui lui n'aborde ces domaines que dans le cadre d'un phantasme nourri par sa nostalgie morbide et mortifère....
Magris lui, aborde ces domaines en creusant les divers elements, en enrichissant son propos de réflexions philosophiques d'une profondeur rare, d'études historiques pointues , ect ...
La ou Pernaut est rhedibitoire et donne envie de fuir ces lieux campagnards, Magris fâit vivre cela, il insuffle à son texte une vigueur qui transporte le lecteur, enrichissant celui ci dans bîen des domaines ...
La ou Pernaut ne sait que parler de l'épicerie du village ou de la fete du citron, Magris développe une reflexion sur celles et ceux qui sont passés par les rives du Danube, qui y ont vecus, faisant par la même prendre conscience de la richesse de l'histoire qui rejoint celle de la géographie ...
La ou Pernaut ne sait que parler De Robert ou Emile, illustres inconnus typiques des villages perdus, Magris développe une reflexion sur Heidegger et son basculement inconscient vers le nazisme, sur Celine et sa colere folle qui l'a conduit vers l'abomination de ces pires textes, Magris abordant même le cas Mengele, permettant au lecteur de prendre en compte l'horreur de l'humain capable du pire et non le visage monstrueux qui fait fuir l'étude nécessaire pour que de telles abominations ne se reproduisent jamais ....
Magris se moque du folklore, Il n'est pas Ia pour cela ...
Ce qui intéresse cet immense écrivain, c'est l'humain...
L'humain qu'il croise tout au long de ce voyage qu'il fait sur les rives du Danube, cette institution géographique mondiale, que l'on ne connaît finalement que par le versant touristique ...
Le tourisme, Magris s'en moque, ce qui lui est important c'est ceux qui sont passés par ces territoires, qui ont vecus ou sont morts dans ces territoires....
Quand il aborde le cas Napoléon par l'étude qu'en ont fait des écrivains allemands contemporains de son epoque, c'est un tout autre visage de ce despote qui apparaît, et la légende disparaît dans le vent ...
Quand Il explique l'idylle allemande, quand il aborde le pacte qui lie les allemands avec leur contree, on comprends le pourquoi entre autre de l'horreur nazie, cela avec le cas de Rommel, qui pour ne pas nuire à ce pacte a opté pour le poison pour ne pas infliger la honte de l'exécution à son pays ....
Magris dresse içi une sorte de tableau de l'âme humaine, dans tout ce qu'elle a de multiple et de singulier, comme cet ingénieur qui a dédié sa vie à sa grande oeuvre sur le Danube, personnifiant ainsi la passion réelle et éternelle ...
Ce n'est pas qu'un livre que nous avons entre les mains, c'est une page d'histoire, une page d'étude sur l'âme humaine,que Magris est allé chercher dans les murs qui longent le Danube, faisant sortir de l'oubli des pages entières de l'histoire contemporaine ....
On apprends énormément ici, c'est une mine de savoir que ce livre, qui nous explique la diffèrence entre le Danube et le Rhin, le Danube, fleuve qui caractérise l'ouverture de l'Allemagne au monde, a l'Europe, le Rhin, fleuve qui caractérise le repli sur soi meme, le nationalisme en somme ....
Ce livre est inestimable, c'est une oeuvre à inscrire au patrimoine historique de l'UNESCO, tellement l'homme apprends de choses sur l'humain, dans ces multiples singularités, faisant exploser par la meme toute volonte de repli sur soi meme, toute envie de se réfugier dans un temps mort et révolu dans l'espoir d'une vie meilleure, refusant par la meme de prendre conscience que la vie, que le fâit de vivre, c'est au fond de fâire face à l'avenir, sans perdre de vue le passé, mais en acceptant que ce qui est passé n'est que souvenir, sensation, et que la vie se constitue de souvenir et de projection dans la vie future ...
La vie future n'étant au fond qu'une prise en compte de l'avenir et de la disparition progressive d'un passé qui n'est plus que sensation et souvenir ...
Magris au fond, tente au travers de ce livre, d'établir une carte ou au travers de ce voyage sur les rives du Danube, de ce télescopage avec toutes les âmes qui ont laissées des bribes d'elles même sur ces rives, l'on peut tirer une sorte de "manuel d'apprentissage " a la condition humaine ...
Car au fond, ce que Magris fâit ressortir ici, dans ces pages, c'est ni plus, ni moins, une exposition de l'âme humaine, dans toute sa complexité, prenant compte de la singularité de chacun, de ce fourmillement d'existences complexes qui parsèment les rives, les villes et villages qui font de ce fleuve, une sorte de miroir de l'humanité dont Magris nous offre la contemplation...
C'est une oeuvre majeure, dont l'on ne sort pas indemne, le genre d'oeuvre qui font de l'humain basique, un homme éclaire ...
La lecture de ce livre s'avère donc indispensable pour comprendre ne serait ce qu'un petit peu, la complexité de l'humain, et de son monde ....
Merci de votre attention, portez vous bien et lisez des livres .
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cprevost
  01 juillet 2011
Notre monde nous invite sans cesse à vivre le seul instant présent. C'est à chaque moment la dictature de l'immédiateté. Pour descendre le Danube avec Claudio Magris il faut au contraire pouvoir prendre tout son temps, être disponible. Il faut avec lui s'arrêter, digresser, réfléchir, mémoriser, savoir poser son livre pour ne le reprendre que plus tard.
La métaphore du cours d'eau tout naturellement pour cet ouvrage s'impose. « Danube » est un roman fleuve. Claudio Magris écrit dans les premières pages de son livre que l'écriture devrait couler comme des eaux fraîches, jaillissantes, timides et pourtant inépuisables. de la source au delta, le livre suit cette intarissable voie fluviale qui seule unissait autrefois l'Europe à l'Asie, l'Allemagne à la Grèce. Il parcourt les siècles et draine avec lui une formidable érudition. le cabotage de Vienne à Bratislava, de Budapest à Belgrade et entre bien d'autres villes encore, permet d'admirer un paysage, de s'arrêter devant la façade d'une maison, de visiter un modeste appartement. Ces villes aux noms multiples – comme Bratislava la slovaque, Presbourg l'allemande, Pozsony la hongroise – nous font rêver. Les personnages sur les rives sont Goethe, Kafka, Roth, Ionesco, Musil, Heidegger, Cioran mais aussi Eichmann et Céline. Ce sont parfois pour nous d'illustres inconnus et pourtant, nous dit l'auteur, de prodigieux littérateurs. La plus petite communauté semble avoir sa grande oeuvre à la vitrine d'une merveilleuse et secrète librairie. le Danube, contrairement au Rhin souvent considéré comme le gardien mythique de la pureté de la race, est un fleuve qui croise et mélange les peuples. Ce livre fait de même, il rapproche. Ainsi, dans l'Europe centrale et orientale si souvent enveloppée d'un halo symbolique d'anti germanisme, il fait la place belle à la germanité. Il ne considère pas moins l'Europe des Habsbourg, havre de tolérance, de bonhomie et de coexistence. Il passe, plein de curiosité, de part et d'autre du rideau fer. Il repère également «les sédiments laissés par les crues orientales successives ». Ces pages, impossibles à résumer, on l'aura compris, sont bouillonnantes de toute la Mitteleuropa germano magyaro slavo judéo romane.
Claudio Magris, le triestin, l'homme des frontière, l'érudit semble inépuisable comme son sujet. L'auteur, dialecticien accompli, manie la contradiction avec maestria et dans ces très belles pages, il n'est jamais fait appel à l'horripilant ni-ni. « Danube » est une oeuvre pleine de finesse et de profondeur, un livre, non pas pour une île déserte, mais pour un monde débordant de vie.
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Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
aleatoirealeatoire   08 juillet 2015
De cet observatoire, la vie apparaît comme une perte de temps, une machine fragile. Comme l'horloge qui en marque le rythme, la réalité est un engrenage, une organisation du goutte à goutte, une chaîne de montage orientée toujours et uniquement vers la phase successive. Celui qui aime la vie doit peut-être aimer son jeu d'emboîtements, s'enthousiasmer non seulement pour un voyage vers des îles lointaines, mais aussi pour les démarches administratives relatives au renouvellement de son passeport. La persuasion, qui répugne à cette mobilisation générale quotidienne, c'est l'amour pour quelque chose d'autre, qui est plus que la vie et ne luit que par éclairs pendant les pauses, les interruptions, quand les mécanismes sont arrêtés, que le gouvernement et le monde entier sont en vacances - au sens fort où "vaquer" évoque le vide, le manque, l'absence -, et que n'existe plus que la lumière haute et immobile de l'été.
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pgremaudpgremaud   20 novembre 2014
REMBRANDTSTRASSE, 35
C'est ici qu'habitait Joseph Roth en 1913, quand il arrivait tout juste de Galicie et qu'il était inscrit sur les registres de l'Université de Vienne sous son nom complet de Moses Joseph Roth. La maison est grise, dans un paysage désolé de banlieue; l'escalier est sombre, et dans la cour mal éclairée un arbre noueux pousse de guingois. En habitant un endroit pareil, il n'était pas difficile de devenir expert en mélancolie, cette mélancolie qui est la note dominante de Vienne et de la Mitteleuropa; tristesse de caserne et de pensionnat, tristesse de la symétrie, de la fugacité et de la désillusion. A Vienne on a l'impression qu'on vit et qu'on a toujours vécu dans le passé, dont les plis cachent et protègent jusqu'à la joie. C'est le Lied, la chanson du « lieber Augustin », ivrogne et vagabond, qui vit chacune de ses journées comme si ce devait être la dernière, qui vit dans un épilogue toujours prolongé, dans un intervalle entre le déclin et la fin, dans un adieu à faire mais toujours remis. Cette pause, c'est l'instant volé à la fuite, celui dont on jouit à fond, c'est l'art de vivre à l'extrême bord du néant, comme si tout allait pour le mieux.
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pgremaudpgremaud   15 octobre 2014
Bratislava, capitale de la Slovaquie, est l'un des coeurs de cette Mitteleuropa faite de l'apport successif de siècles toujours présents, de déchirements et de conflits jamais réglés, de blessures jamais cicatrisées, et de contradictions jamais résolues. La mémoire, qui est à sa manière un art médical, conserve tout cela sous verre, les plaies ouvertes ainsi que les passions qui les ont occasionnées.
Dans la Mitteleuropa on ignore l'art d'oublier, de verser les événements aux actes puis aux archives; ce manuel de pharmacie en quatre langues et cet adjectif « posoniensis » me rappellent qu'au collège, avec quelques camarades, nous discutions sur les préférences de chacun pour l'un ou l'autre des noms de cette ville: Bratislava, le nom slovaque, Presbourg, l'allemand, ou bien Pozsony, le hongrois, dérivé de Posonium, l'ancien avant-poste romain sur le Danube. Du charme de ces trois noms émanait la suggestion d'une histoire composite et cosmopolite, et dans la. prédilection pour l'un ou l'autre d'entre eux, s'exprimaient, sur le mode enfantin, des attitudes de base en présence de l'Esprit du Monde : célébration spontanée des grandes et puissantes civilisations qui, telle la civilisation germanique, forgent la grande histoire, admiration romantique pour la geste des peuples révoltés, chevaleresques et aventureux comme les Magyars, ou bien sympathie à l'égard de ce qui est mineur et caché, des petits peuples qui, comme les Slovaques, restent longtemps un substrat patient et invisible, une terre humble et féconde qui attend pendant des siècles le moment de sa germination.
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aleatoirealeatoire   15 juillet 2015
Je suis sur le delta ; odeurs, couleurs, reflets, ombres changeantes sur le courant, lueur d'ailes dans le soleil, vie liquide qui s'écoule entre les doigts et nous oblige à éprouver, même en ce jour faste où nous sommes sur le pont du bateau comme un roi homérique sur son char, toute notre inaptitude à percevoir, l'atrophie millénaire de nos sens, d'un odorat et d'une ouïe incapables de saisir les messages qui arrivent de chaque touffe frémissante, divorce ancien d'avec l'élément fluide, fraternité perdue et refusée. [...] Un cormoran vole le bec grand ouvert, tendu en avant, tel un oiseau préhistorique au-dessus du marais des origines, mais le choeur immense du delta, avec ses basses continues et profondes, n'est pour nos oreilles qu'un chuchotement que nous ne réussissons plus à saisir, le murmure d'une vie qui disparaît sans qu'on l'ait écoutée.
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aleatoirealeatoire   06 janvier 2015
le romantisme est aussi la substitution d'un absolu, que l'on a conscience d'avoir perdu, par un succédané partiel, quel qu'il soit, qui devrait remplacer toutes les valeurs. Quand on cherche ce succédané dans l'amour, ce dernier devient une rhétorique acceptée mais ampoulée, un pathos sentimental redondant. C'est une rêverie fantastique, dans laquelle ce qu'on aime n'est pas l'autre, mais la rêverie elle-même ; la séduction romantique de l'amour "inséparable de la mort" renvoie aussi à la stérilité de cette ardeur qui ne crée ni ne procrée, ni dans la chair ni dans l'esprit.
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Vidéo de Claudio Magris
Le vendredi 25 mai 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr) avait la grande joie d'accueillir André Rougier en qualité de libraire d'un soir.
Il évoquait pour nous :
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