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ISBN : 2070291928
Éditeur : Gallimard (15/10/1975)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Ce troisième et dernier volume de "Souvenirs" de Nadejda Mandelstam débute par des réflexions sur "La poésie et les hommes" et sur "Les grands genres littéraires". L'auteur y expose l'art poétique de Mandelstam, analyse et éclaire plusieurs de ses poèmes, montrant le processus de leur gestation. Elle nous parle aussi du "Prologue" d'Akhmatova, pièce que celle-ci dut détruire pendant les années de terreur et qu'elle essaya en vain ensuite de reconstituer, du poète sy... >Voir plus
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
nadejdanadejda   14 mars 2012
p 311-312-313
 «Voici une lettre qui n’est pas parvenue à son destinataire. Elle est écrite sur deux feuillets de mauvais papier. (...) Ma lettre a été préservée par hasard. Je l’avais écrite en octobre 1938, et en janvier 1939 j’appris que Mandelstam était mort. La lettre se trouvait dans ma valise avec d’autres papiers, et elle y restée près de trente ans. Je l’ai retrouvée la dernière fois où j’ai trié mes papiers, me réjouissant de chaque feuillet préservé, et pleurant des pertes immenses et irréparables. Je n’ai pas relu cette lettre tout de suite. J’ai attendu plusieurs années. En la relisant, j’ai pensé aux femmes dont le destin avait été analogue au mien.
Le 22 octobre 1938

«Ossia, mon chéri, mon ami lointain !

«Mon amour, les mots me manquent pour cette lettre que tu ne liras peut-être jamais. Je l’envoie dans l’espace. Peut-être ne serai-je plus là lorsque tu reviendras. Ce sera alors le dernier souvenir que tu auras de moi.

«Ossioucha, notre vie d’enfants à tous les deux, comme elle fut heureuse ! Nos disputes, nos querelles, nos jeux et notre amour ! A présent, je ne regarde même plus le ciel. Si je voyais un nuage, à qui le montrerais-je ?

« Te souviens-tu des festins misérables que nous apportions dans nos pauvres habitations de nomades ? Te rappelles-tu comme le pain est bon lorsqu’on se l’est procuré par miracle et qu’on le mange à deux ? Et notre dernier hiver à Voronej. Notre heureuse misère, et la poésie. Je me rappelle qu’une fois, nous revenions des bains, après avoir acheté des oeufs ou des saucisses. Une charrette de foin passa. Il faisait encore froid et je grelottais dans ma veste (c’est notre destin de grelotter : je sais combien tu as froid !). Et j’ai gardé le souvenir de ce jour-là : j’ai compris alors, jusqu’à en avoir mal, que cet hiver, ces journées, ces souffrances, c’était le plus grand et le dernier bonheur que nous devions connaître.

«Chacune de mes pensées est pour toi. Chacune de mes larmes et chacun de mes sourires sont pour toi. Je bénis chaque jour et chaque heure de notre vie amère, mon ami, mon compagnon, mon guide d’aveugle, aveugle lui-même.
«Nous nous cognions l’un dans l’autre, comme des chiots aveugles, et nous étions heureux. Et ta pauvre tête délirante, et toute la folie avec laquelle nous brûlions notre existence ! Quel bonheur c’était, et comme nous avons toujours su que c’était cela, le bonheur !

«La vie est longue. Qu’il est long et difficile de mourir seul, ou seule. Est-ce le sort qui nous attend, nous qui étions inséparables ? L’avons-nous mérité, nous qui étions des chiots, des enfants, et toi qui était un ange ? Et tout continue. Et je ne sais rien. Mais je sais tout, et chacune de tes journées et chacune de tes heures, je les vois clairement, comme dans un rêve.

« Tu venais me rendre visite chaque nuit dans mon sommeil, et je te demandais sans cesse ce qui était arrivé ; mais tu ne répondais pas.

«Mon dernier rêve : j’achète une nourriture quelconque au comptoir malpropre d’une boutique malpropre. Je suis entourée d’étrangers, et après avoir fait mes achats, je me rends compte que je ne sais pas où porter tout cela, car je ne sais pas où tu es.

«A mon réveil, j’ai dit à Choura : «Ossia est mort». Je ne sais pas si tu es en vie, mais c’est à partir de ce jour-là que j’ai perdu ta trace. Je ne sais pas où tu es. Je ne sais pas si tu m’entendras. Si tu sais combien je t’aime. Je n’ai pas eu le temps de te dire combien je t’aimais. Et je ne sais pas le dire maintenant non plus. Je répète seulement : toi, toi... Tu es toujours avec moi, et moi, sauvage et mauvaise, moi qui n’ai jamais su pleurer simplement, je pleure, je pleure, je pleure...

«C’est moi, Nadia. Où es-tu ? Adieu.
«Nadia.»
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MacabeaMacabea   17 novembre 2017
J'adore la civilisation et l'eau courante, mais je m'en suis passée toute ma vie durant.
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