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EAN : 9781673223484
224 pages
Éditeur : Auto édition (14/12/2019)

Note moyenne : 4.4/5 (sur 54 notes)
Résumé :
Dans un petit village, quelque part en France, Marie-Louise, une vieille dame presque centenaire, disparaît en léguant à celui qui s’occupe de son jardin, Mathieu Lambert, un appartement qu’elle possédait à Paris et qui est demeuré inoccupé depuis 1943.

Mathieu ne sait pas pourquoi il a hérité ce bien et va découvrir petit à petit les composantes du passé de sa bienfaitrice et, par voie de conséquence, de son propre passé.

Construit à p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
Harioutz
  29 mars 2020
Comme le résume très bien Frédérick Maurès lorsqu'il présente son roman, le pitch d'Une agate rouge sang ressemble à un scénario …. « Dans un petit village, quelque part en France, Marie-Louise, une vieille dame presque centenaire, disparaît en léguant à celui qui s'occupe de son jardin, Mathieu Lambert, un appartement qu'elle possédait à Paris et qui est demeuré inoccupé depuis 1943.
Mathieu ne sait pas pourquoi il a hérité ce bien et va découvrir petit à petit les composantes du passé de sa bienfaitrice et, par voie de conséquence, de son propre passé.
Construit à partir d'une succession d'allers-retours dans le temps, à différentes dates clés du passé, « Une agate rouge sang » tient le lecteur en haleine du début à la fin en lui permettant de démêler progressivement le fil de l'intrigue, chaque chapitre apportant une pièce supplémentaire à la reconstitution du puzzle ».
Et cela fonctionne très très bien ! A la manière d'une reconstitution de scène de crime, l'auteur déroule avec une grande justesse et dans un style fluide et agréable, tous les ressorts dramatiques de ce roman, qui m'a rappelé l'excellent « Inconnu à cette adresse » de l'écrivaine américaine Kressman Taylor.
Les personnages sont attachants, les situations décrites parfaitement plausibles, et une fois commencé, difficile de lâcher ce roman dont l'épilogue, malgré la gravité des thèmes abordés, nous cueille avec tendresse !
Un très agréable moment de lecture que je recommande à tous, y compris à des adolescents qui souhaiteraient aborder la Seconde Guerre mondiale et les faits de résistance au travers d'une saga familiale.
Je remercie Frédérick Maurès de m'avoir offert la possibilité de découvrir son dernier roman.
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coquinnette1974
  30 décembre 2019
Je remercie énormément Frédérick Maurès pour l'envoi, en service presse, de son roman : Une agate rouge sang.
Dans un petit village.. quelque part en France... Marie-Louise, une vieille dame presque centenaire, disparaît en léguant à celui qui s'occupe de son jardin, Mathieu Lambert, un appartement qu'elle possédait à Paris et qui est demeuré inoccupé depuis 1943.
Mathieu ne sait pas pourquoi il a hérité ce bien et va découvrir petit à petit les composantes du passé de sa bienfaitrice et, par voie de conséquence, de son propre passé...
Une agate rouge sang est un roman qui se déroule en partie de nos jours, avec des retours dans le passé.
Je dois vous avouer qu'au début, ses allers retours m'ont un peu dérangé. Heureusement, cela a duré uniquement le temps que je comprenne qui est qui et se qui se passait dans chaque époque. Très rapidement, ses changements d'époque ne m'ont plus dérangés et c'est avec plaisir que j'ai plongé dans ce roman... que j'ai d'ailleurs dévoré.
J'ai apprécié de pouvoir le lire d'une traite car j'aurais été chagriné de devoir quitter Mathieu ou Marie-Louise, à qui je me suis attaché assez rapidement. Mathieu découvre le passé de sa bienfaitrice peu à peu, et avec lui il va surtout découvrir la vérité sur sa propre histoire.
Le fait que ça se déroule en partie pendant la seconde guerre mondiale, période qui ne cesse de me passionner, a fait que ce roman m'a énormément plu. J'ai aimé découvrir l'histoire de cette femme, son passé, ses engagements.. Je ne peux pas en dire plus car il serait vraiment dommage de trop en dévoiler.
Mathieu est un homme qui a l'air banal, et pourtant son passé ne l'ai pas, ni ces racines... comme il va le découvrir au fur et à mesure que les secrets explosent.
La plume de Frédérick Maurès est agréable à lire, il n'y a pas de longueurs. Tout ce tient de la première à la dernière page. C'est rythmé, bien écrit et parfaitement bien ficelé. Ce roman est conçu comme un puzzle dont les pièces se mettent en place peu à peu, c'est captivant :)
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire Une agate rouge sang. Je ne vais pas en dire plus, de peur de ne plus arriver à tenir ma langue ;)
Une seule chose à rajouter : si vous aimez les histoires se déroulant en partie dans les années 1940 foncez, c'est un très bon livre à qui je mets quatre étoiles et demie.
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MarcelineBodier
  24 juillet 2020
Troisième lecture pour le Prix des Auteurs Inconnus !!! de nouveau, un voyage littéraire sans aucun rapport avec aucun des deux premiers. Une agate rouge sang raconte l'histoire de trois générations : celle de Madame Marie-Louise, adulte pendant la seconde guerre mondiale, celle de Mathieu, David et Sarah, et celle de Benoît. Chacune transmet aux suivantes des choses qu'il est passionnant d'explorer, pour nous, qui appartenons à l'une des trois ou encore à la suivante (moi, c'est celle de Benoît) : des héritages à base de traumatismes tus, de non-dits dont on ne sait pas s'ils masquent un drame indicible ou une culpabilité non moins indicible.
C'est bien le thème de l'histoire, mais elle ne l'exploite qu'en surface : l'auteur s'est plutôt attaché à bâtir une structure vraiment bien faite, qui procure au lecteur la jubilation de voyager sans arrêt dans le temps, tout en comprenant toujours où il en est.

C'est très bien fait, mais cela reste en surface des sentiments et des ressorts psychologiques… si bien que pour moi, c'est une rencontre qui reste elle aussi en surface. Par contre, si vous placez le jeu sur l'agencement des idées au-dessus de l'émotion, n'hésitez pas !
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Pat0212
  20 juin 2020

Tout d'abord un très grand merci à Frédérick Maurès qui m'a proposé de découvrir son beau roman en service de presse. En fait j'ai à peine parcouru son message, le titre m'a attirée tout de suite et je pensais me trouver face à un polar. Donc je l'ai lu sans savoir à quoi m'attendre et je l'ai beaucoup apprécié. C'est une très bonne surprise et je le recommande chaleureusement.
Madame Marie-Louise, presque centenaire vient de mourir, Matthieu septante-sept ans en est très affecté, c'est sa voisine depuis toujours, elle le gardait durant son enfance et il s'occupe de son jardin depuis son adolescence. Il lui était très attaché et partage quelques souvenirs au fil des pages. Mais finalement, personne ne la connaissait bien, même pas lui et lorsqu'un notaire parisien le convoque il pense hériter d'un objet familier et sans autre valeur que sentimentale. Mais en fait Marie-Louise lui lègue son appartement parisien, abandonné depuis 1943. Il se met à enquêter et à reconstituer peu à peu le passé de sa bienfaitrice comme un puzzle. Il comprendra alors qui il est vraiment et quels liens l'unissent à sa famille et à ses amis.
La narration alterne le récit du présent et celui du passé, mais pas dans l'ordre chronologique pour ce dernier. Ce sont comme des souvenirs qui surgissent sans souci de temporalité pour nous raconter la jeunesse de Marie-Louise et les nombreux secrets de famille de ce petit village de la campagne bordelaise. Ce livre rend hommage aux héros discrets de la Résistance, ceux qui sont restés dans l'ombre tout en accomplissant des actions héroïques sans rien attendre en retour, même pas la reconnaissance des personnes qu'ils ont sauvées. Comme cette période me passionne j'ai particulièrement aimé les chapitres qui en traitent . Toute l'histoire semble très vraisemblable sauf la fin lorsque Matthieu se transforme en justicier. Ce roman est aussi un hymne à l'amitié et à l'amour maternel. Durant son enfance, Matthieu trouve que sa mère est trop distante et ne sait pas l'encourager ou le féliciter, par exemple quand il réussit son brevet des collèges. Ayant enfin su le fin mot de son histoire, il comprendra combien il a été aimé et protégé tout au long de sa vie.
Les personnages sont très attachants et la manière dont on découvre leur histoire peu à peu est très bien ficelée. Comme autrefois pour les photos argentiques, on voit l'image se révéler peu à peu au fil des pages. Cette famille voit son destin bouleversé par la guerre comme de nombreuses autres et les survivants feront preuve de résilience pour protéger les enfants, ils sont tous tournés vers l'avenir et n'attendent aucune récompense pour leur action. L'écriture de l'auteur est très fluide et très agréable, ce livre se lit avec un immense plaisir. Pour moi c'est une magnifique découverte et j'espère avoir l'occasion de lire d'autres livres de cet auteur.

Lien : https://patpolar48361071.wor..
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Marie-Nel
  20 janvier 2020
Je découvre Frédérick Maurès avec ce roman et je peux déjà dire que c'est une très belle découverte. C'est le résumé qui m'a attirée dès le départ, j'aime les histoires qui promettent des retours dans le passé et surtout celles où le passé a une incidence sur le présent.
Ce sera le cas ici avec Mathieu. Il a soixante-dix sept ans et vit dans un petit village de France, Saint-Grappin. Tout commence au moment de la mort de sa voisine, Marie-Louise, presque centenaire. Il la connait depuis sa tendre enfance et est très attaché à elle, il vit donc des moments très douloureux avec ce décès. Il est marié à Sarah, a des enfants et petits-enfants. Il reçoit un appel d'un notaire à Paris où il se rend. Marie-Louise lui a légué son appartement qu'elle possédait à Paris. La surprise est de taille pour Mathieu, et le sera encore plus quand il découvrira ce logement complètement abandonné. Il n'a pas été occupé depuis 1943. Mathieu ne comprend pas pourquoi il a hérité de cet appartement, pourquoi il a été abandonné par sa voisine. Il va trouver un coffret qu'il arrivera à ouvrir et découvrira dedans des lettres reçues par Marie-Louise. Il va ainsi repartir dans le passé de cette femme qu'il pensait bien connaître. Et va remonter ainsi jusqu'aux moments les plus sombres de la seconde guerre mondiale. Il va aussi avoir des informations par le petit café-restaurant qui se trouve à proximité de l'appartement de Marie-Louise, il est tenu de père en fils, et le fils va lui aussi trouver des informations importantes pour Mathieu. Il est alors loin de s'imaginer que remonter dans le passé de la vieille dame va avoir un impact sur son présent et sur sa propre histoire.
Au fur et à mesure des chapitres, on en découvre plus sur la vie de Marie-Louise, et sur celle de Mathieu. Et ce grâce à l'alternance entre un chapitre au présent et un au passé. Ces derniers concernent soit des souvenirs de Mathieu de sa vie de jeune adulte, d'adolescent ou d'enfant, quand il a rencontré sa femme ou son ami d'enfance, David, soit des souvenirs de la vie de Marie-Louise, lorsqu'elle était encore à Paris, pendant la guerre. le passé se dévoile au fur et à mesure. En tant que lectrice, j'ai vécu ces révélations en même temps que le personnage principal, et j'ai eu bien souvent la même réaction de surprise que lui. J'ai eu quelques doutes lors de la révélation de certains faits, mais je ne m'imaginais tout de même pas tout. J'ai été très touchée par l'histoire de Marie-Louise, une femme courageuse qui ne faiblit pas devant les décisions qu'elle prend.
Je me suis très vite attachée à Mathieu ou à Marie-Louise. le choix narratif y a fait beaucoup également puisque les chapitres concernant le personnage principal sont racontés à la première personne du singulier. Ce « je » permet de se mettre encore plus à la place du protagoniste et de ressentir au plus près toutes les émotions qui le traversent. Je me suis donc sentie dans la peau de Mathieu tout le long de son histoire et j'ai vécu avec lui, au plus près, toutes les révélations qu'il va avoir. Les retours dans le passé se font à la troisième personne puisqu'il s'agit le plus souvent de Marie-Louise, mais cela ne m'a pas empêchée de ressentir les émotions qui la traversent. L'auteur arrive très bien à retranscrire tous ces sentiments, sans lourdeur et avec beaucoup de sensibilité. J'ai d'ailleurs fortement apprécié sa plume et son style d'écriture. Jamais il ne fait dans le voyeurisme avec ses personnages, il sait rester discret, ses mots sont bien choisis et transposent à la perfection les événements de l'histoire. J'ai également beaucoup apprécié la poésie de ses mots justement, qui fait que l'on vit cette histoire tout en douceur. Pourtant, ce qu'il va se passer n'est pas rose ni drôle, il faut bien se douter que les faits de la guerre sont loin d'être faciles, l'auteur arrive à nous faire ressentir beaucoup d'empathie envers ses héros. Il m'a amenée vers une fin à laquelle je ne m'attendais pas du tout, j'étais vraiment loin de m'imaginer ça, et pourtant, c'est quelque part une suite logique à tout.
Au travers de ses personnages, et surtout de Mathieu et Marie-Louise, Frédérick Maurès fait passer de beaux messages sur la vie, de belles valeurs sur les relations humaines, avec comme toile de fond l'amour sous toutes ces formes. Les relations mère-enfant sont mises à l'honneur d'une belle façon, une mère est capable de tout pour défendre et prendre soin de son enfant, c'est tellement beau et tellement émouvant. Voici un adjectif qui résume d'ailleurs très bien mon ressenti à la fin de cette lecture, j'ai été très émue par les vies de cette femme et de cet homme. J'ai été bouleversée de voir comment ils ont pu se reconstruire et comment une mère est capable de s'effacer afin de rendre son enfant encore plus heureux. Je ne veux rien vous dévoiler, ce serait vraiment trop dommage, mais cette lecture ne peut pas laisser indifférent. Je pense qu'il est très difficile de ne pas ressentir d'émotions vis-à-vis d'elle.
J'ai beaucoup aimé cette lecture, qui s'est faite rapidement, car une fois commencée, il m'a été difficile de la quitter. Les chapitres s'imbriquent les uns dans les autres, comme une sorte de puzzle avec une image finale qui se dévoile au fur et à mesure pour donner un tableau. Plus j'avançais, et plus j'avais envie de savoir. L'alternance des chapitres donnent du rythme et comme ils ne se suivent pas en date, (un pouvait être en 1943, l'autre en 1938), cela met une certaine addiction pour savoir ce qui allait se passer après et retrouver les personnages au moment où on les avait quittés. La signification du titre, l'agate rouge-sang, amène un brin de nostalgie supplémentaire qui ne peut que toucher.
Ce roman est une véritable belle découverte, c'est bien écrit, l'histoire est touchante et belle, le vocabulaire est bien employé, l'orthographe est très bonne, je n'ai vraiment rien à dire de négatif dessus. Je découvre aussi son auteur, Frédérick Maurès, et je suis très satisfaite, j'ai vu dans sa bibliographie qu'il avait écrit d'autres romans, je ne manquerai pas de le lire à nouveau. Et en tout cas, je vais suivre ses prochaines parutions.
Je ne peux que vous encourager de lire cette belle histoire, vous verrez qu'on en sort tout chamboulé. Il me conforte en tout cas dans l'idée qu'il y a de belles pépites chez les auto-édités et petits éditeurs et que ce serait dommage de passer à côté.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   28 mars 2020
Aujourd’hui, le jardin est triste et lugubre malgré la promesse d’une belle journée ensoleillée qui s’extirpe des entrailles de la nuit.
Le temps est poisseux, sale.
Madame Marie-Louise est morte.

Elle a choisi cette belle nuit du 13 mai pour tirer sa révérence. Sans prévenir.

Le facteur avait un colis pour elle. Il s’est étonné que la sonnette résonne dans le vide. Pas dans les habitudes de la vieille dame cloîtrée.

Je reste planté là, les membres paralysés, le regard figé.

Il est beau ce jardin.

Je m’imprègne des perspectives et figures de style que je me suis efforcé de sculpter au fil des saisons. Avec application, méthode et passion. Ce jardin est aussi un peu le mien. Une sorte de résidence secondaire ouverte sur l’infini. Lorsque je constatais le bonheur que mes travaux procuraient à Madame Marie-Louise, lorsque son œil vif de nonagénaire sémillante pétillait de plaisir, alors j’étais le plus heureux des hommes. Quelque part à mi-chemin entre la satisfaction de l’écolier fier de ramener chez lui un billet d’honneur inespéré et la jouissance de l’artiste dont la nouvelle création reçoit un accueil enthousiaste.

Madame Marie-Louise est morte.

J’écoute mon esprit ressasser cette phrase en boucle. Comme pour m’en convaincre, tant pareille issue avait fini par relever du domaine de l’improbable, de l’incongru. Quand on atteint allègrement et sans avoir l’air de rien, l’âge plus que canonique de quatre-vingt-dix-sept ans, on ne saurait imaginer que le souffle de la vie puisse s’échapper un jour. En tout cas pas avant d’être centenaire. Trop bête d’avoir fait tout ce chemin pour abandonner juste au moment de gravir les dernières marches… Je m’étais persuadé que Madame Marie-Louise nous enterrerait tous. Et je n’étais pas le seul. Tant la vie qui n’en finit pas de s’accrocher nous semble ne jamais devoir disparaître. Innocence de ceux qui refusent de voir la réalité des choses, la fragilité de nos mécaniques usées d’avoir trop donné ou trop souffert.

Saloperie de mécanique ! Au final, elles prennent le dessus sur nos âmes…
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HarioutzHarioutz   29 mars 2020
- Vous étiez très proche de la défunte, n’est-ce pas ?

Je ne sais si je dois répondre à cette question que je trouve inquisitrice. Le ton soupçonneux utilisé par Bénichou est plutôt déplacé, inconvenant. Je ne sais pas pourquoi je finis par lui répondre.

- C’était une voisine que j’aimais beaucoup. Je la connaissais depuis ma plus tendre enfance. Elle a toujours été présente à toutes les étapes de ma vie : quand j’étais étudiant, quand je me suis marié, quand mon fils est né … c’est un peu comme si je l’avais toujours connue. Il m’arrivait régulièrement d’aller entretenir son jardin…

Je ne veux pas en dire plus. Cette évocation factuelle est loin de traduire la nature profonde de mes sentiments pour Marie-Louise, mais pour un étranger elle me semble amplement suffisante.

- Certainement, Monsieur Lambert, certainement. Cela corrobore quelque peu les échos que j’ai pu avoir de mon frère. Vous devez vous sentir orphelin aujourd’hui, même si, comme l’on dit trivialement, la défunte avait fait son temps, une vie longue et bien remplie de bonnes actions…

Cette dernière phrase me met intérieurement hors de moi. Quel imbécile ! En quoi le fait qu’il ait atteint un âge avancé pouvait-il apaiser la tristesse et le chagrin liés à la perte d’un proche ? Je demeure silencieux. Bénichou toussote, un peu gêné.

- Marie-Louise Thibodo vous lègue en nue propriété un trois pièces de soixante-cinq mètres carrés situé dans le sixième arrondissement de Paris, rue Saint-Sulpice…

Devant mon air hébété, il s’empresse d’ajouter :

- Pas très loin du jardin du Luxembourg… une très belle adresse, à dire vrai !

Je suis doublement stupéfait. Non seulement j’ignorais tout de l’existence de cet appartement, mais la logique aurait voulu que Marie-Louise léguât l’ensemble de ses biens à ses deux neveux et trois nièces. Je m’attendais davantage à hériter d’un objet symbolique, d’une haute valeur affective, un objet du quotidien indissociable de notre histoire commune, un objet partagé, qu’elle aurait ainsi à jamais gravé dans ma mémoire. J’avais imaginé des choses simples, empreintes de cette humilité qui lui ressemblait, mais si riches en charge émotionnelle. Peut-être cette broche opaline en forme de scarabée qu’elle arborait sur sa poitrine, quel que soit le vêtement porté… Ou cette vieille encyclopédie du début du vingtième siècle, ouvrage rare relié plein cuir qui présentait la somme des connaissances de l’époque et que je me plaisais à feuilleter de temps à autre avant l’ère de l’Internet…

- Monsieur Lambert ? Monsieur Lambert ?

Ce notaire m’insupporte. Son ton obséquieux, sa façon de présenter les choses en les enveloppant de faux mystères ou de feintes confidentialités, cet air supérieur qu’il s’attribue pour se donner une importance factice… Il me tarde de prendre congé.

J’accélère l’accomplissement des formalités administratives avant que Bénichou n’ajoute, toujours mielleux et se sentant investi d’une mission divine, presque en chuchotant :

- Madame Thibodo m’avait confié il y a plus de trente ans l’unique trousseau de clés de son appartement. Je vous le remets donc comme elle me l’avait demandé et conformément aux stipulations de son testament. Faites-en bon usage…
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HarioutzHarioutz   29 mars 2020
Désormais, il ne quitte plus son esprit. Elle le revoit, planté devant elle ce vendredi soir de début septembre, en train de déployer son argumentation délétère, vantant les mérites du nouveau régime, magnifiant la pureté des idées matraquées à longueur de meetings politiques et de propagandes radiophoniques, exacerbant la quête de revanche et la suprématie innée de la race. De sa race. Ses yeux injectés de sang sortent de leurs orbites, sa voix, qu’elle avait trouvée subitement changée, métallique et impersonnelle, martèle chaque mot comme pour tenter de mieux faire pénétrer l’endoctrinement dans son crâne.
Ses phrases sans appel sont autant d’injonctions à rejoindre le mouvement, à le suivre aveuglément, à renoncer à tout au profit de l’essentiel.
Elle ne le reconnaît pas. Elle ne reconnaît pas celui qu’elle aime, l’étudiant spirituel et enthousiaste dont elle est tombée amoureuse il y a un peu plus de trois ans.
Comme si au cours de l’été, il avait subi un lavage de cerveau, une reprogrammation de ses capacités de raisonnement, une altération radicale de son entendement.

Du coup, elle se tait. Stupéfaite par la métamorphose, incapable d’articuler un son, elle sent son sang se vider dans les jambes, la pâleur l’envahir, la désillusion l’accabler.
Avec ce terrible pressentiment que rien ni personne, et encore moins la raison ne pourront venir à bout de la mutation définitive subie par celui qu’elle avait un temps érigé au rang d’homme de sa vie.
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fmauresfmaures   18 décembre 2019
Je demeure en arrêt au pied de l’immeuble. Ce n’est pas parce que l’appartement de Marie-Louise en fait partie, mais je trouve cet immeuble haussmannien très beau. La pierre de taille gris clair récemment ravalée l’embellit tout en conservant le caractère historique unique de ce style. J’hésite à entrer, tiraillé entre le désir de découvrir ce lieu secret qui appartenait à celle qui comptait tant pour moi et la crainte de déranger un ordonnancement dans lequel je me sens malgré moi un peu étranger.

Mon atermoiement a dû paraître suspect : le gardien s’avance vers moi et ouvre la grande porte de fer forgé qui protège l’accès.

— Je peux vous aider, Monsieur ?

Le gardien est un petit bonhomme chauve au regard noir mêlé de bienveillance et de méfiance. On le sent en permanence sur ses gardes. Il me conduit au troisième étage par un étroit escalier en colimaçon, tout en bois brut. L’immeuble est bien entretenu, les murs sont propres, le sol impeccablement lessivé du jour.

— Voilà, vous y êtes ! L’appartement de Madame Thibodo… Inoccupé depuis la dernière guerre ! Vous avez les clés ?

Je n’en crois pas mes oreilles. Inoccupé depuis la dernière guerre.

— Comment pouvez-vous être certain que personne ne l’a habité depuis tout ce temps ?

Le gardien fronce les sourcils, visiblement piqué que l’on puisse remettre en doute sa mémoire d’historien de l’immeuble.

— Figurez-vous, cher Monsieur, que j’ai le privilège et l’honneur de veiller sur cet immeuble et sur ses occupants depuis bientôt quarante ans. Et mes parents avant moi. Et que ni eux ni moi n’avons jamais plus revu Marie-Louise Thibodo depuis fin quarante-trois !

Je le fixe, incrédule.

— Mais, les factures, le courrier…

Au ton suave faussement didactique qu’il emploie, le gardien du temple me prend sans doute pour un débile léger.

— Mais Monsieur, une fois par quinzaine je faisais tout suivre à Saint-Grappin, il n’y a rien de plus simple… Et les charges ont toujours été honorées depuis plus de soixante-dix ans ! Et vous, quel est votre lien de parenté avec l’ancienne propriétaire ?

La question m’avait déjà décontenancé chez le notaire. Je l’esquive.

— Je vous remercie, Monsieur… Monsieur ?

— Calvert, Jacques Calvert, pour vous servir.

— Merci encore Monsieur Calvert. Je vais découvrir les lieux tout seul.

Jacques Calvert est visiblement déçu. La contrariété point à travers le rictus qu’il me sert en guise de sourire forcé. Il aurait bien aimé m’accompagner dans mon exploration : curiosité légitime inhérente au métier. Mais je me dispenserai bien volontiers de ses observations et autres commentaires. Je m’assure qu’il est bien redescendu jusqu’au rez-de-chaussée. Je tourne alors lentement la clé dans le barillet. La porte en bois verni grince sur ses gonds. Je cherche l’interrupteur à tâtons. C’est un vieil interrupteur métallique rond pourvu d’un cliquet central. Le va-et-vient demeure sans effet. Madame Marie-Louise, en bonne gestionnaire, a fait couper l’électricité. Mon téléphone portable me servira donc de torche. Le plancher craque. L’air que l’on respire est saturé de poussière. L’atmosphère est sépulcrale. Des toiles d’araignées se déchirent dans mes cheveux, sur mes joues, mes bras… Le spectacle révélé par le faisceau lumineux de mon téléphone me laisse sans voix. Ici, le temps semble s’être immobilisé. Comme si tout était resté en l’état depuis 1943.

Je me fraye un chemin à travers les meubles anciens recouverts d’une épaisse couche de poussière noire et grasse pour atteindre la fenêtre du salon et apporter une lumière naturelle à ce décor d’autrefois. Le papier peint décoré de roses en boutons sur fond vanille est passablement défraîchi et se décolle à certaines extrémités. La déco est chargée, comme un genre de rococo mais tout de même historiquement plus récent… façon Belle Époque, disons. Je découvre un bric-à-brac digne d’une salle des ventes ou de l’antre d’un antiquaire : ici, une gigantesque autruche naturalisée est éventrée, un bonheur-du-jour à psyché en acajou présente de larges traces de griffures sur le côté, un paravent peint à la main troué de toutes parts prétend dissimuler quelque personnage mystérieux ou quelque secret enfoui dans la nuit des temps ; là, des gravures éparpillées à même le sol, des bustes d’écrivains du dix-neuvième siècle, pour la plupart ébréchés à l’exception de celui de Victor Hugo, deux vases de Chine miraculeusement intacts, des liasses de Life et de Match, des rideaux à falbalas arrachés de leurs supports, des bergères Louis XVI, des fleurs séchées, des tapis d’Orient roulés, un miroir à trois faces brisé, une lampe de bureau au globe rectangulaire vert pomme éclaté en son centre… Et puis, sur une vieille table basse en chêne rose d’Amérique où des serviettes de table brodées de dentelle sont dépliées créant du désordre supplémentaire dans ce capharnaüm général, il y a ces deux verres à moitié remplis de ce qui avait dû être un grand cru bordelais hors d’âge. Dans la chambre, en haut de l’armoire à glace, deux valises vides en carton renforcé ont été oubliées. Le grand lit à baldaquins est défait, le broc pour la toilette exhale une odeur nauséabonde d’eau putride. Une robe en laine froissée d’un joli beige velouté est négligemment jetée sur l’épais édredon de soie bordeaux. La tapisserie fleurie de bouquets jaunes et bleus tombe en lambeaux qui pendouillent tristement. Dans la minuscule salle d’eau attenante, une brosse à dents quasi fossilisée repose dans un verre à eau rendu opaque par les traces incrustées de pâte dentaire. Les poils de la brosse sont plus durs que de la pierre. Le calcaire a capturé la blancheur originelle de l’émail du petit lavabo.

Le souvenir du parfait ordonnancement de l’intérieur de la ferme de Madame Marie-Louise à Saint-Grappin me fait douter qu’elle ait pu, à un moment de sa vie, fût-ce dans sa prime jeunesse, vivre dans cet appartement. Certes, le temps qui s’arrête, parce que nous ne l’habitons plus, continue malgré tout, sans relâche, son minutieux travail de destruction. Les couches de poussière et de terre se superposent. Le processus peut prendre des années, des décennies ou des siècles, il est inexorable et transforme nos plus belles réalisations en vestiges épars ou en débris de vie que les archéologues du futur mettront des existences entières à tenter d’extraire et de reconstituer avec plus ou moins de bonheur. Mais dans le cas de cette demeure, l’œuvre du temps n’a pas pu, à elle seule, créer pareil tsunami.

Un léger étourdissement me contraint à m’asseoir sur le rebord du lit, à la recherche d’air frais dans cet environnement qui en a manqué cruellement pendant près de trois-quarts de siècle. C’est alors que je distingue des taches rouge brun incrustées dans le tapis du salon, richement enluminé d’or et de nuances de bleus. Le même type de taches se retrouve ça et là sur la tapisserie passée. De multiples impacts, sans doute créés par des balles, poinçonnent les murs, donnant à voir des cavités plus ou moins profondes en fonction de la résistance du plâtre.

Le temps s’écoule lentement.

Mon esprit se projette à l’époque, imaginant la vie d’alors en ces lieux. Je me représente Madame Marie-Louise dans son intérieur, sous l’Occupation. Je lui construis un quotidien où elle fait face tant bien que mal aux difficultés d’approvisionnement, au défi de la survie en période de pénurie, je lui invente des actes héroïques de résistance, des amitiés choisies parmi les plus fervents défenseurs des libertés, des réunions secrètes à la lumière de la bougie, des pistes brouillées, des exils momentanés forcés. Je lui attribue un rôle d’héroïne qui force mon admiration, comme cela a toujours été le cas depuis ma plus tendre enfance.

Mes yeux se posent par hasard sur un petit coffret laqué jaune et noir fermé par un cadenas rouillé.

Je sais déjà que je vais prolonger mon séjour à Paris.
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HarioutzHarioutz   29 mars 2020
- Elle ne s’est jamais mariée. Je n’ai pas connu sa famille dont elle me parlait rarement et qui brillait par son absence. Deux neveux et trois nièces, c’est à peu près tout ce que je sais… Elle a mené une vie tranquille dans sa ferme de Saint-Grappin et, selon le concierge de l’immeuble, du jour où elle a quitté Paris, elle n’est plus jamais revenue dans son appartement…

José boit mes paroles. Ses grands yeux noirs légèrement globuleux dardent des invitations impatientes à poursuivre.

- C’était une personne remarquable… Oui, c’est bien l’adjectif qui la qualifie le mieux. Elle m’a transmis sa vision humaniste de la vie, ses valeurs de respect et de tolérance, son attachement aux choses simples, aux joies ordinaires du quotidien. Elle abhorrait le paraître et l’ostentatoire. Elle trouvait que notre société occidentale contemporaine faisait la part trop belle au factice, à l’artificiel, au dévoiement de la pensée et des sentiments.

Mon compagnon de fortune opine du chef. Sa réaction m’encourage à développer.

- Vous voyez, pour elle, croquer à pleines dents dans une reine-claude cueillie à même la branche dans son propre verger, une prune juteuse à en avoir la peau craquelée, tellement fissurée que vous la sentez prête à exploser, tellement offerte que vous en avez déjà le goût en bouche avant de l’avoir faite craquer sous la dent, eh bien pour elle ces instants étaient un pur moment de bonheur, une jouissance absolue. Tout comme malaxer longuement la mie de pain, le lait, les céréales, la semoule de blé pour faire la pâtée pour ses poules ou encore insuffler la vie en arrosant matin et soir les plantes de son jardin et les légumes de son potager… Une personne authentique, sans fard, si vous préférez… Mais pas rustre pour autant, bien au contraire. Raffinée. D’un raffinement subtil affleurant de tout son être, inhérent, correspondant à sa nature profonde.

José acquiesce.

- Je comprends encore mieux tout le bien que m’en a dit mon père. L’occupation, les atrocités nazies, tout cela devait la révolter !
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