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Marie-Claude Peugeot (Traducteur)
EAN : 9782264029508
321 pages
10-18 (20/12/1999)
4.18/5   667 notes
Résumé :
« Ce roman parle de New York, d'amour, de mariages mixtes, de terrassiers qui creusent des tunnels, de bâtisseurs de gratte-ciel qui dansent sur des poutrelles à des centaines de mètres au-dessus de la ville. C'est peut-être le premier vrai roman consacré aux sans-abri, à ceux qui vivent au-dessous et à l'écart de la cité prospère. On sent que Colum McCann a fréquenté ces lieux-là : dans une langue qui procure un plaisir presque physique, il évoque avec une rare pui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (91) Voir plus Ajouter une critique
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De 1916 à 1991, la même misère crasse règne sur l'envers du décor new-yorkais. Au début du siècle, le terrassier Nathan Walker est embauché au creusement des tunnels ferroviaires sous la ville. Il y risque sa vie dans des conditions innommables, gagnant juste de quoi subsister avec sa famille dans un taudis du Lower East Side. Soixante-quinze ans plus tard, le sans-abri Treefrog vit comme un rat dans un recoin de ces mêmes tunnels, sous Riverside Park, en plein Manhattan. Il est l'un de ces exclus formant à New York une cour des miracles confinée à l'abri des regards, sous la surface indifférente de la ville.


Des milliers de kilomètres de galeries forment les entrailles de New York : tunnels de métro, circuits d'adduction d'eau et canalisations d'égout, réseau de vapeur sous pression chauffant la ville, caves et salles autrefois aménagées en habitations pour les ouvriers qui creusaient ce dédale déployé sur dix-huit niveaux. S'y est progressivement réfugié tout un peuple-taupe, communauté invisible de déclassés clochardisés dont certains n'ont pas vu le jour depuis des années, monde inversé dont la ville en surface n'a bien souvent même pas conscience et où règnent obscurité, froid, peur et désespoir...


L'auteur, qui, à vingt-et-un ans, quittait son Irlande natale pour sillonner les Etats-Unis à bicyclette, exerçant mille petits boulots et croisant nombre de marginaux et de laissés-pour-compte, nourrit sa narration d'une expérience humaine qui lui confère authenticité et épaisseur. Transparents héros du quotidien, à réaliser silencieusement des tâches ingrates, souvent physiques, parfois dangereuses, qui, en échange de leur usure, les empêchent tout juste de ne pas sombrer dans une totale précarité ; misérables tombés pour de bon dans le bac à ordures de la société, relégués en des marges dont on détourne le regard : c'est une galerie de personnages méprisés et maltraités que l'écrivain met en lumière dans ce roman, leur redonnant humanité et dignité dans une évocation très largement impressionnante.


Nombreuses sont les scènes choc, à commencer par le spectaculaire accident venu ponctuer, en 1916, l'épique et mortel creusement du tunnel ferroviaire sous l'East River, mais aussi les vertigineuses et insensées acrobaties de ces « hommes-araignées » employés à la construction des gratte-ciel, et enfin, bien sûr, ce dantesque labyrinthe souterrain où, depuis les années soixante-dix, vient se terrer une population croissante de déshérités, réduits à partager l'existence des taupes et des rats. S'y mêlent blancs et noirs ; hommes, femmes, et même des enfants : tous avalés par la bête monstrueuse que paraît la ville de New York, coincés dans ses viscères enchevêtrés et obscurs pour une existence de pur cauchemar.


Jamais l'on ne s'ennuie dans cette vaste fresque couvrant plusieurs générations d'une même famille pour revenir inlassablement buter, en incessants allers-retours temporels, sur le destin souterrain d'un sans-abri à l'identité mystérieuse. Un livre magistral, reflet d'une réalité sociale qui, en ce qui concerne la frange des déshérités de l'Amérique, ne semble guère avoir progressé depuis un siècle. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Là, chef d'oeuvre. La puissance du récit impressionne. Colum McCann emmène le lecteur dans les entrailles de New York, dans l'humidité, la crasse et la peur pour y suivre un personnage étrange qui vit comme un rat et, dans une deuxième ligne narrative plus ancienne, dans la rude vie d'un noir embauché pour percer des tunnels de métro sous cette même ville.
Tout cela pourrait décourager le claustrophobe caché en moi. Mais non! Car heureusement, on construit aussi des gratte-ciels là-bas. Et en compagnie d'un des deux protagonistes à 300m, sournoisement, le vertige me prend ...

Pour préparer ce roman, l'auteur s'est introduit auprès de SDF. Ce réalisme si bien rendu contraste avec quelques moments d'évasion et une sorte de grâce qui s'installe peu à peu.
Conquis par ce roman il y a quelques années; depuis, je n'ai pas retrouvé un édifice aussi bien construit chez cet auteur.
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Dans le premier chapitre, 2 pages, en 1991, je rencontre Treefrog au bord de l'Hudson gelé avant qu'il ne regagne son nid dans les profondeurs d'un tunnel du métro. Dans le chapitre deux, en 1916, je fais la connaissance de Walker et de ses compagnons qui tous creusent le tunnel sous l'East River qui reliera Brooklyn à Manhattan. Et les chapitres se suivent, en alternance je partage la vie de Treefrog, SDF, et celle de Walker et de sa famille. La vie des ouvriers qui creusent où, sous les tunnels, la couleur de la peau n'a pas d'importance, ils sont tous frères dans leur pénible travail mais, une fois remonté en surface, Walker doit subir les inégalités et les quolibets, Walker est noir, un nègre comme disent les blancs. Toute la vie de Walker m'est racontée : jeune ouvrier il creuse le tunnel, il se marie, a des enfants, devient grand-père, meurt. Entretemps, je suis aussi la vie de Treefrog, sa vie de SDF dans le tunnel sous le métro ... Au deux tiers du roman, je découvre pourquoi Colum McCann me raconte ces deux vies en parallèle, enfin je comprends ! Je tiens à préciser que cette ignorance n'a en rien affecté ma lecture, tout simplement je découvre qu'il n'y a pas de hasard.
Colum McCann rejoint ma liste des grands écrivains, il a écrit ce roman sur des événements historiques et s'est sacrément documenté sur les vies des ouvriers et des SDF. À lire !
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Un roman qui nous fait plonger dans les tunnels du métro New- Yorkais.
Deux histoires en parallèle, l'une plus ancienne que l'autre.
Leur lien est ce tunnel.

On suit la vie d'un ouvrier noir; Walker. Vie de labeur, où les bonheurs et les malheurs se succèdent, comme les méandres d'un tunnel. Une vie pleine d'émotions, de souvenirs, de simplicité. Un grand gaillard robuste qui aime la vie et qui chante le blues : "Seigneur, j'suis tellement au fond du trou, quand je lève les yeux, je vois que le fond."

Puis c'est l'histoire d'un personnage nommé Treefrog qui s'entrecroise avec celle de Walker. Son lieu de vie est le tunnel, les ténèbres où se rencontrent des hommes et des femmes qui vivent comme des rats parmi les déchets. le tunnel est leur abri, ils vivent en retrait, sous le monde, comme s'ils étaient déjà morts, remontant rarement à la surface.
Quand Treefrog était heureux , il chantait aussi une chanson :
" Seigneur, maintenant que j'suis en haut du ciel, quand je baisse les yeux, il me semble que j'vois que du ciel."

Deux mondes ouvriers se rencontrent , celui des terrassiers, grattant sous terre, et celui des bâtisseurs de gratte-ciel, grattant le ciel.
Un roman sombre qui nous parle de racisme, qui nous dit qu'il ne suffit pas toujours d'aimer pour être heureux, que la vie avec ses bonheurs furtifs a aussi quelques fois des rouages qui coincent, que l'on peut vite se retrouver au fond du tunnel.
L'écriture simple et réaliste nous permet de nous immerger facilement dans la vie des deux personnages et de s'y attacher.
Une note d'espoir à la fin? le bout du tunnel?
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J'avais déjà apprécié « Danseur », du même auteur. J'ai été complètement séduite par « Les saisons de la nuit ».
New York, deux histoires en parallèle.
En 1916, des terrassiers creusent un tunnel sous le fleuve, pour les chemins de fer. On suit quatre d'entre eux, et en particulier Nathan Walker, un jeune noir.
Les conditions sont très dures
En 1991, sous le même tunnel, une communauté de sans-abris vit là. En particulier Treefrog.
Les conditions sont très dures.
On retrouve Nathan Walker, tout au long de sa vie.
Les histoires parallèles, petit à petit, se mêlent dans de mêmes chapitres, puis se rejoignent.
Quelle belle écriture, quelle maîtrise, c'est magistralement construit et ces hommes sont si attachants !
C'est un véritable roman, d'un véritable conteur. de la grande et belle littérature.
Une magnifique histoire qui s'installe dans la tête et dans le coeur.
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Citations et extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
Il sait que ses compagnons et lui risquent à tout moment d'être engloutis sous une avalanche de boue et d'eau. Ils risquent de mourir noyés, avec l'East River qui leur descend dans la gorge, et des poissons étranges et toutes sortes de cailloux dans le ventre. L'eau pourrait les plaquer contre le bouclier [...]. Ou encore une fuite d'aire pourrait les aspirer contre la paroi, les précipiter à travers l'espace, leur fracasser la colonne vertébrale contre une palplanche. [...] Walter a vu des hommes s'effondrer dans le tunnel en se tenant les articulations, le corps subitement lacéré de douleur ; c'est la maladie de ceux qui travaillent sous air comprimé, on ne peut rien y faire ; on transporte les victimes dans le sas, où on leur décompresse le corps aussi progressivement que possible.
Mais rien de tout cela n'effraie Walker - il est bien vivant, et dans la pénombre jaunâtre, il met toute son ardeur à continuer de creuser sous le fleuve.
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1991

Le soir qui précéda la première chute de neige, il vit un grand oiseau gelé dans les eaux de l'Hudson. Il savait bien que ce devait être une oie sauvage ou un héron, mais il décida que c'était une grue. Le cou était replié sous l'aile et la tête plongeait dans le fleuve. Il scruta la surface de l'eau, et se représenta la forme antique et décorative du bec. L'oiseau avait les pattes écartées et une aile déployée comme s'il avait essayé de prendre son vol à travers la glace.
Treefrog trouva des briques au bord du chemin qui longeait le fleuve ; il les brandit bien haut et les lança autour de l'oiseau. La première rebondit, puis glissa sur la glace, mais la deuxième en rompit la surface et la grue s'anima un instant. Les ailes tressaillirent à peine. Le cou décrivit avec raideur un arc de cercle majestueux, et la tête, grise et boursouflée, émergea de l'eau. Treefrog fit pleuvoir les briques sur la glace avec une détermination féroce jusqu'à ce que l'oiseau soit entraîné plus loin, à un endroit où le fleuve coulait.
Relevant ses lunettes de soleil sur son front, il le regarda s'éloigner au fil de l'eau. Il savait bien que l'oiseau allait sombrer dans les profondeurs de l'Hudson ou rester de nouveau bloqué dans les glaces, mais il tourna le dos et s'en fut à travers le parc désert. Il donna des coups de pied dans des détritus, toucha l'écorce glacée d’un pommier sauvage, arriva à l'entrée du tunnel et ôta ses deux pardessus. Puis il se glissa par une brèche dans la grille de fer et se faufila à l'intérieur.
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"On avait un canoë, tu sais. Et dans le marais, il y avait de grands cyprès comme t'en verras jamais à New-York. Ils bouchaient presque toute la lumière. J'allais chercher de la mousse espagnole...

Le soir, en rentrant, je traînais toute la mousse dans des sacs. Et ta grand-mère, elle la faisait sécher au soleil pendant des semaines, elle l'accrochait en haut de la véranda. Après ça, elle prenait de vieilles chemises, elle taillait des taies d'oreillers dedans et elle les bourrait avec la mousse.

La nuit, quand je dormais pas, je mettais le nez contre l'oreiller et je respirais le marais, et l'odeur me suivait dans mes rêves, Seigneur Dieu.
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En face du nid, près de la grille métallique, un gros glaçon pend, immobile, comme un rayon de glace d'une trentaine de centimètres qui cherche sa voie vers le fond du tunnel. On dirait un stalactite, mais Treefog sait bien que les stalactites sont des concrétions minérales, et non de la glace. Peu importe, c'est ainsi qu'il va l'appeler: une stalactite. Il s'interroge sur la longueur qu'elle pourrait atteindre. Trois mètres, peut-être, ou cinq, ou bien finira-t-elle par arriver jusqu'au sol? Il fait un signe de tête au morceau de glace dentelé. "Bonjour, lui dit-il. Bonjour." Le monde réserve encore parfois de ces merveilleuses petites surprises, il le sait.
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Les journées passent avec une lenteur perverse. Même le jour est long à s’éteindre. On dirait qu’un présent éternel remet sans cesse l’avenir à plus tard. Walker prend le temps en horreur. Il tourne la pendule face au mur. Le seul jour qu’il reconnaisse est le dimanche, parce que, par la fenêtre, il voit les gens qui vont à l’office. Il est agacé par leurs dents blanches, leur joie, l’assurance avec laquelle ils tiennent leur bible sous le bras. À les voir marcher ainsi sur la pointe des pieds, on croirait que les gospels les portent déjà. Ils vont à l’église pour faire monter leurs voix vers des cieux impuissants. Chanter leur aveuglement à l’unisson. Dieu n’existe que dans le bonheur, se dit Walker, ou au moins la promesse du bonheur.
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Vidéo de Colum McCann
Colum McCann vous présente son ouvrage "American mother" aux éditions Belfond. Rentrée littéraire janvier 2024.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/3015111/colum-mccann-american-mother
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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