AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782266215282
480 pages
Pocket (01/06/2011)
4.16/5   68 notes
Résumé :

Le 17 novembre 1777, à dix-huit ans, Jean-Baptiste Clertant, frais émoulu de l'Ecole d'hydrographie du Havre, embarque en qualité de second lieutenant sur le navire marchand l'Orion à destination de La Guadeloupe. Peu avant l'appareillage, le puissant armateur Dumoulin -- propriétaire du navire l'avertit que l'Orion effectuera un détour par l'Afrique pour se charger de bois d'ébène -. Jean- Baptiste Clertant ignore ... >Voir plus
Que lire après Noir négoceVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
4,16

sur 68 notes
5
8 avis
4
5 avis
3
0 avis
2
0 avis
1
0 avis
D'un sujet pas facile, Olivier Merle a su faire un récit particulièrement prenant et instructif.
On se place dans la peau d'un jeune homme qui sort tout juste de l'école d'hydrographie (marine). Un peu naïf, il ne réalise pas vraiment sur quel genre de bateau il aura sa première expérience d'officier de marine. Avec lui, on découvre pour quelle sorte de "marchandise" ce bateau est conçu, ses horribles détails dans son organisation et on s'écoeure de tant d'inhumanité.
L'esclavagisme commençait ici et nous y avons bel et bien pris part, il n'est pas inutile de le rappeler.

Très bien documenté sur la traite négrière, mais aussi sur la vie en mer, ce livre est aussi une aventure maritime. J'ai aimé appréhender ce coté technique d'une traversée sur un bâtiment presque entièrement en bois, les divers corps de métier requis pour parer à toutes avaries, les façons de s'orienter, les quantités de réserve nécessaire, la difficile vie des marins à bord... leur sort n'était pas plus enviable que celui de ce "bois d'ébène" entassé dans l'entrepont, la mortalité se révélant même souvent plus importante parmi eux... il n'y avait guère que les officiers pour ne pas vivre l'enfer total.

Je le dis encore, ce n'est pas du tout rébarbatif, tout ceci devient très passionnant sous la plume d'Olivier Merle. J'admire cet exploit de me faire dire "j'ai beaucoup aimé" alors que le thème est si détestable.
Commenter  J’apprécie          445
Livre lu dans le cadre de mon défi personnel de lectures 2024, item : "Un livre dont le titre contient une couleur". Et première découverte pour moi de l'auteur Olivier MERLE (qui est le fils de Robert MERLE que pour ma part je connaissais bien pour avoir lu bon nombre de ses romans historiques).

Noir négoce est le second roman de l'auteur (publié en 2010). Il s'agit d'un roman initiatique où un jeune personnage masculin Jean-Baptiste Clertant, fils d'une famille bourgeoise du Havre, découvre - dans le cadre de son engagement comme second lieutenant sur un navire marchand - la réalité du commerce maritime triangulaire entre la France, l'Afrique et la Guadeloupe mené par son employeur. Les faits se déroulent au XVIIIe siècle.
Un voyage initiatique qui le fera devenir un homme tant au niveau de ses connaissances maritimes qu'au niveau de sa prise de conscience d'une réalité qu'il méconnaissait totalement : celle de la traite d'esclaves à des fins commerciales, domestiques et industrielles menée par la France avec la bénédiction de son roi (Louis XVI), mais aussi par les plus grandes puissances occidentales (Angleterre, Portugal, Belgique, Pays-Bas, etc.). Et ce, bien souvent, avec la complicité de seigneurs locaux africains ou arabes bien heureux de soumettre des peuples qui les gênent et de s'enrichir outrageusement à leur dépens. Pour ma part, j'ai été édifiée par l'existence et le contenu de ce fameux Code Noir édicté dès 1685 régissant les modalités d'organisation des cultures dans les colonies françaises (notamment via le recours aux esclaves).

Il sera amené à découvrir et à expérimenter les rapports de domination existant entre hommes blancs tout puissants et racistes et hommes noirs (considérés comme des biens meubles) totalement méprisés et soumis, et traités encore moins bien que des animaux. Mais également, les rapports ambigus que, localement, certains "officiels" représentant la France (ou d'autres pays) entretenaient avec des pourvoyeurs d'esclaves et autres rois et seigneurs locaux.

Dans un premier temps, tout soucieux de plaire à sa hiérarchie et conscient d'être un novice en matière de navigation, Jean-Baptiste subira ce qu'il lui sera donné de voir et/ou d'entendre. Mais il est vrai qu'à ce moment le bateau n'est chargé que de vraies marchandises destinées aux futures négociations (système de troc).

Dans un second temps, il cherchera à comprendre le pourquoi du comment aux côtés d'un ami blanc qu'il se fera à bord et qui l'éveillera sur la réalité des faits qui se passent-là, mais aussi grâce aux liens ténus qu'il mettra en place avec un ancien esclave noir affranchi, homme à tout faire du navire.

Dans un troisième temps (ce type de voyage durait plusieurs mois), il sera amené à choisir son camp. Une décision inattendue mais néanmoins conforme à ses valeurs personnelles qui fera de lui un adulte et qui changera à tout jamais sa vie.

J'ai vraiment aimé ce roman :
1/ parce qu'il s'agit d'un roman à dimension historique, particulièrement bien documenté, qui donne à voir une réalité politique, économique et sociale qui a été celle de la France durant plusieurs siècles et qui n'a été abolie - faut-il le préciser ? - qu'en 1869 !
On comprend mieux comment les villes du Havre, de la Rochelle, de Bordeaux et De Nantes sont devenues des villes riches et imposantes sur le dos d'esclaves déportés sans aucun état d'âme et comment des armateurs sont devenus, de fait, des édiles puissants présidant à leurs destinées. Honte à ces familles !
C'est un réquisitoire en bonne et due forme et merci à l'auteur de donner ainsi l'occasion à des lecteurs non avertis de ces faits historiques d'y avoir accès, certes sous une forme romancée mais néanmoins particulièrement réaliste et clairvoyante.

2/ parce qu'il invite au dépaysement : on ressent le vent dans les voiles, on admire les étoiles et les levers/couchers de soleil, on respire les embruns, on ressent le temps passé, on découvre les mers traversées et leurs dangers, les rivages africains ou guadeloupéens et leurs modes de vie. Par les yeux de Jean-Baptiste, on découvre à la fois des beautés (des fleuves, des paysages) et des horreurs (dès lors que ça touche aux "marchandises" humaines).

3/ parce que le style littéraire est absolument remarquable (j'adore quand c'est écrit en bon français et qu'on ressent une musicalité dans les termes, les métaphores utilisés). J'ai particulièrement apprécié la construction du récit dont la narration est sous l'égide d'un "je" (c'est bien Jean-Baptiste qui parle), le registre de langue soutenu et conforme à l'époque, l'emploi d'un vocabulaire riche (termes liés à la navigation, explications techniques sur l'utilisation de tel ou tel instrument de bord, mots africains, description des traditions et autres pratiques culinaires, musicales...), le détail dans les descriptions du mode de vie des marins et de ses aléas, des paysages ou des lieux traversés, et cette façon si particulière de faire entrer le lecteur dans les pensées et le coeur de Jean-Baptiste lors de ses phases d'interrogation et d'introspection.

Sans compter l'aspect romanesque, puisque c'est une femme qui sera - bien malgré elle - à l'origine de ce revirement sensible. Mais, il convient de ne point trop en dire.

Sans compter aussi, cette idée très originale de la fin de l'ouvrage qui donne la parole à l'un des héritiers de Jean-Baptiste (son fils Charles) qui, soixante ans après l'écriture du récit par son père, éclaire le lecteur de ce qu'il est advenu de son histoire personnelle (familiale et professionnelle), du devenir dudit ouvrage, mais aussi des avancées politiques et humanistes tendant à abolir l'esclavage. Cela donne, encore plus, le sentiment d'avoir lu des mémoires authentiques et est de nature à saluer la prouesse littéraire de l'auteur. J'ai d'ailleurs cherché à savoir si le personnage de Jean-Baptiste Clertant existait vraiment. Je n'ai rien trouvé, mais sans doute a-t-il été inspiré par une personne pu plusieurs personnes ayant réellement existé et ayant laissé traces de leur vécu à la postérité.

Sans compter enfin le point de vue engagé de l'auteur tel qu'il transpire dans les pensées et les mots de Jean-Baptiste, point de vue qui ne peut que toucher pour ses valeurs humanistes.

Donc, pour moi, une belle découverte qui me donne envie de m'intéresser aux autres romans de cet auteur.
Je trouve aussi que c'est un roman qui, à la fois, pourra intéresser des lecteurs passionnés par L Histoire, et plaire également à des adolescents ou jeunes adultes (hommes ou femmes) sur les aspects "aventure maritime" (qui ne rêverait pas de passer plusieurs mois en mer pour découvrir le monde ?) et "cheminement initiatique" (ou comment on passe d'un adolescent soumis et empêtré dans des dogmes édictés par l'éducation, la religion, la société à un adulte capable de contredire ses aînés, de discerner ce qui est bon pour lui, de faire ses propres choix dans sa façon d'aller vers l'Autre et de se construire une vie choisie et non plus subie.

De mon point de vue, un roman que bon nombre de professeurs de lettres (ou d'histoire) devraient proposer à la lecture à leurs collégiens ou lycéens. Et s'ils ne le faisaient pas, un livre que des parents ou grands-parents pourraient offrir à leurs enfants ou petits-enfants pour les éclairer et les faire grandir.
Commenter  J’apprécie          40
Il y a des romans qui vous marquent à vie par leur sujet, leur style et les émotions qu'ils vous procurent. Noir négoce est de ceux-là et je ressors de ma lecture totalement bouleversée.
Le sujet est dur, épineux et prête à polémique : la traite négrière.
A travers les yeux de Jean-Baptiste, Olivier Merle vous fait vivre le quotidien à bord d'un navire négrier, de son départ de France jusqu'en Afrique où il se procure sa « cargaison » puis vers la Guadeloupe, lieu de vente des esclaves contre des marchandises diverses avant le retour en France.

En embarquant à bord de l'Orion, le jeune homme ignore totalement la nature réelle du commerce auquel il va participer contre son gré mais contre lequel il va aussi se révolter. Peu à peu, le voile se lève et Jean-Baptiste prend conscience de l'infamie qui se déroule sous ses yeux. Parmi l'équipage, il trouvera des alliés mais aussi de fervents défenseurs du système esclavagiste. Olivier Merle résume dans la bouche de ses personnages les principaux arguments utilisés par les défenseurs de la traite et de l'esclavage de l'époque mais exprime aussi le point de vue de ses opposants. Cette bataille d'arguments ne peut laisser le lecteur de marbre et l'amène fortement à réfléchir sur le sujet. La solide documentation sur laquelle s'est appuyé Olivier Merle pour l'écriture de son roman le rend extrêmement riche d'enseignements. Tout est détaillé et rien n'est oublié : le contexte géopolitique de l'époque avec la concurrence à laquelle se livraient les pays européens pour le marché des esclaves, les descriptions de la présence coloniale sur place qui, en fait, ne tenait qu'à de petits forts incapables de se défendre et qui passaient de main en main, les modalités des tractations commerciales et des négociations entre le capitaine négrier et les représentants locaux, bien entendu les détails liés au transport des esclaves à bord du navire, les détails de leur vente, et enfin l'analyse de la société guadeloupéenne de l'époque, le tout appuyé des extraits des réglementations en vigueur à l'époque ( Code Noir etc…).

Ecrit à la première personne du singulier, ce roman implique son lecteur et le prend à témoin. Et non seulement l'auteur a travaillé le côté historique de son intrigue avec une grande rigueur mais il régale également son lecteur par ses talents de conteur et sa plume magistrale de laquelle sort un texte écrit dans une langue fine et posée qui représente bien l'époque sans assommer le lecteur de termes de vieux français et de tournures de phrases alambiquées.
Les personnages sont attachants, je pense principalement à Bonicart, le canonnier plein d'humanité et philosophe qui m'a beaucoup touchée, mais aussi à Mbagnik, l'esclave affranchi dont Jean-Baptiste parviendra à capter l'amitié. J'ai eu en horreur le lieutenant Criquot esclavagiste convaincu, foncièrement mauvais et cruel. Et je laisse les autres personnages à votre découverte.

Bien sûr, le roman ne s'arrête pas à ce que je viens d'exposer, il y a une intrigue dont je ne dévoilerai rien si ce n'est qu'elle m'aura fait verser de chaudes larmes. Je ne dirai pas si ces larmes étaient de joie ou de tristesse. Et si je fais ma mystérieuse, ce n'est pas pour rien mais pour vous encourager à lire ce roman magnifique dont je m'étonne de ne pas trouver plus souvent la trace sur la blogosphère.
Un grand merci et toute mon admiration à Olivier Merle pour son grand talent et ce bonheur de lecture qui, à défaut du navire, aura fait chavirer mon coeur de lectrice.

Note :
A la suite de ce roman, j'ai voulu aller plus loin dans le sujet et j'ai entamé la lecture de l'ouvrage d'Olivier Pétré-Grenouilleau Les traites négrières, ouvrage qui a fait couler beaucoup d'encre par certaines de ses affirmations qui prêtent à polémique. En dehors des dites affirmations « litigieuses », je retrouve dans cet essai nombre d'informations techniques données dans le roman d'Olivier Merle qui a sans doute du l'utiliser lors de ses recherches. J'ai tenu à souligner ce fait pour montrer à quel point le roman d'Olivier Merle est d'une grande justesse historique et qu'on peut s'y plonger sans la crainte d'y trouver des contre-vérités (ce qui est ma hantise lorsque je lis un roman historique).
Il est vrai qu'Olivier Merle donne, en fin d'ouvrage, la liste des auteurs qu'il a abordés durant ses recherches. Néanmoins j'aurais apprécié qu'il précise également les titres des ouvrages qu'il a consultés, je sais que la liste est longue mais au moins les plus importants m'auraient été utiles.

Lien : http://booksandfruits.over-b..
Commenter  J’apprécie          140
1777. L'histoire nous est racontée par Jean-Baptiste Clertant né en 1759, qui, bien que fils de drapier, fut envoyé à l'École d'hydrographie du Havre afin d'entrer dans la marine marchande. Dans la naïveté de sa jeunesse il embarque sur un navire qui fait le commerce du bois d'ébène, qui n'est autre que la traite des esclaves. On lui fait croire que c'est rendre service à ces Noirs, qui sont martyrisés et même mangés par leurs semblables, que de les emmener loin de leur Afrique. Car grâce aux français, ils sont sauvés de leur condition abominable, et sont baptisés par une disposition impérative du Code noir prescrit par Louis XIV, mission voulue par Notre Sainte Mère l'église ! Eh oui !
Le cynisme à son comble.

C'est immédiatement passionnant ! On apprend beaucoup dans un premier temps sur les différentes parties d'un bateaux ainsi que sur la navigation. J'ai eu l'impression de prendre la mer sur l'Orion avec tout l'équipage, je sentais presque les embruns du large.
Jean-Baptiste Clertant, frais émoulu de son école où il a appris les toutes dernières techniques de navigation, doit user de beaucoup de diplomatie à bord pour les faire connaître et accepter par les vieux briscards de la mer, attachés à leurs vieilles méthodes, et ceci sans se faire mal voir.

Ce qu'on apprend  sur le statut des noirs au temps de l'esclavage est effarant, cruel, ignoble, indigne. Pourtant tout le début du roman est plutôt très agréable avec l'océan à perte de vue. Il y a une certaine légèreté à naviguer vers la Sénégambie et observer les rapports humains sur ce bateaux où il y a deux matelots noirs. On apprendra la raison de leur présence assez rapidement.

J'ai aussi appris beaucoup, avec consternation, sur l'histoire et la géopolitique de l'Afrique, que les Blancs ont saccagée et disloquée avec leur commerce ignoble d'êtres humains. Ils ont rompu l'équilibre qui y régnait, comme en attestent les récits de voyage de Ibn Battuta au XIVe siècle.

Hélas pour Jean-Baptiste, qui était un jeune homme de dix-huit ans enthousiaste et avenant, possédant une grande capacité d'émerveillement et d'empathie, la découverte de ce qu'est réellement la traite des esclaves lui laissera des failles à l'âme : "[...] il se trouve que ce sont les dernières lignes de ce journal, lequel s'interrompt ici, laissant ensuite autant de pages blanches que de jours de voyage restants. Car, par la suite, j'ai cessé d'écrire quoi que ce soit, n'en trouvant plus la force et ne sachant s'il existait des mots pour raconter ce que je voyais. Celui qui n'a jamais assisté à la manière dont s'effectue une traite négrière ne peut l'imaginer, et d'y participer, même passivement, me donna un sentiment de honte si grand que mon journal en resta muet pour toujours."

Dans ce roman on apprend comment à l'époque les marins calculaient la latitude, la longitude, la vitesse du bateau, la quantité d'eau à emporter, comment ils luttaient contre le scorbut, le rôle réel et complet du capitaine, mais aussi la façon atroce dont se faisait le commerce triangulaire ainsi que la façon dont fonctionnaient certaines sociétés africaines. C'est enrichissant et déchirant à la fois, effroyable souvent. Entre l'achat des esclaves, le "stockage" dans la cale, et la traversée, de la Sénégambie aux Caraïbes jusqu'à la vente, on touche du doigt l'abomination de ce trafic. Il y a cependant, au milieu de cette horreur, une belle histoire d'amitié, de générosité, de don de soi, un long chemin parcouru.

Cette histoire, extrêmement bien documentée, est un bout de l'histoire de l'humanité autant que le récit de quelques vies, à une époque où le monde occidental était beaucoup plus inacceptable que maintenant dans ses fondements, où certains humains, de par leur couleur de peau n'étaient pas considérés comme des humains mais comme de la marchandise. C'est cruel et totalement impitoyable et je me demande comment un pays dit civilisé et croyant à pu pratiquer cette ignominie.
Commenter  J’apprécie          20
Noir Négoce ou Candide et le commerce triangulaire !

En 1777, le jeune Jean-Baptiste Clertant embarque au Havre sur l'Orion, la tête pleine de son savoir fraîchement acquis à l'Ecole d'hydrographie.
Érudit mais béotien en matière d'esclavage, Jean-Baptiste va donc faire partager au lecteur ses découvertes successives concernant le commerce triangulaire.

La présence sur l'Orion en partance pour les côtes africaines, de deux marins noirs éveilleront chez Jean-Baptiste les premières interrogations et réflexions sur le racisme mais c'est le contact avec l'Afrique qui va lui permettre de découvrir une réalité inimaginable : les esclaves africains embarqués à bord de l'Orion sont dès lors considérés comme une marchandise quelconque par le capitaine et son équipage et traités, au mieux, comme des animaux dont il faut essayer de rapporter la majorité intacte pour en tirer le maximum.

L'arrivée aux Antilles, enfin, lui apportera un éclairage sur la réalité du commerce triangulaire et c'est nourri de tous ces enseignements que Jean-Baptiste, emporté par l'amour, bravera la morale et la loi avant de rejoindre la France.

Un roman à la fois très romanesque et très pédagogique !
Commenter  J’apprécie          160

Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
- Messieurs, leur dit-il, l'entrepont est d'ores et déjà à réorganiser pour y entreposer les nègres.
Le mot "entreposer" me frappa avec force et je fixai le capitaine, cherchant un signe, quelque chose qui révélerait qu'il avait eu conscience de l'énormité du mot, mais je ne vis rien, absolument rien, comme si le terme choisi était bien approprié à ce dont il voulait parler. ...
...
- Il nous faudra, comme la fois précédente, en charger autant que nous pouvons en transporter, soit près de quatre cents. Il faut donc, de nouveau, les entasser sur deux rangs superposés et monter un entrepont intermédiaire. ...

... j'avais du mal à concevoir comment on pouvait entassait plus de trois cents individus dans l'entrepont.
Comme je faisais part de mon incrédulité à Montgermont, il me répondit avec le sourire de celui qui connait l'astuce technique de l'affaire et qui est heureux de l'indiquer.
- On les allonge tous, en les positionnant à angle droit de la cloison du navire, la tête vers l'allée centrale, et ensuite on les serre comme des sardines jusqu'à se toucher. Eh bien, vous me croirez ou non, mais on peut alors en mettre plusieurs centaines au total.
- Comme des sardines... dis-je, les yeux vagues.
- Oui, comme des sardines ! répéta-t-il, la mine réjouie, ravi de sa comparaison. En fait, on les range plutôt comme des cuillères, allongés sur le côté. Ceux qui sont à tribord sont tournés vers l'avant, emboîtés les uns dans les autres, et ceux qui sont à bâbord sont tournés vers l'arrière, exactement dans la même position.
Tout en parlant, il me désignait l'échafaud à tribord, puis l'échafaud à bâbord.
- Pourquoi ceux à tribord tournés vers l'avant et ceux à bâbord tournés vers l'arrière ? demandai-je, mais je dois avouer qu'à ce stade je ne savais plus très bien de quoi nous causions exactement, d'hommes, de sardines ou de cuillères.
- À cause du cœur. Pour qu'il ne soit pas compressé et puisse battre librement.
Librement ! Voilà bien le dernier mot que je m'attendais à entendre en cette occasion !
Commenter  J’apprécie          222
J'étais également étonné de la très grande quantité de barriques qu'on amenait à terre, n'ayant jamais tenté de calculer combien de litres d'eau nous devions emmener à bord pour une telle équipée.
- Imagines-tu, Jean-Batiste, commença Sauvagnat répondant ainsi à mon interrogation sans que j'eusse besoin de la formuler, qu'un homme boit environ deux litres et demi d'eau par jour, que nous sommes un équipage de quarante marins, que nous devons prévoir de rester en mer pendant au moins deux mois sans relâche ? Inutile d'être grand savant comme toi pour comprendre qu'il nous faut transporter au moins six mille litres d'eau.
- C'est beaucoup...
- Mais c'est rien du tout, Jean-Baptiste ! s'écria-t-il. Ca, c'est pour l'aller, mais durant le trajet pour nous rendre aux Antilles, faut compter les nègres ! Et tu sais combien ils seront les nègres ?
- Mon Dieu... dis-je affolé.
- Tu peux le dire ! Compte plus de trois cent cinquante nègres, fais le calcul, il te faut au moins soixante mille litres !
J'en restai béant.
Commenter  J’apprécie          180
- Les Arabes également pratiquent la traite ? questionna Bonicart.
- Certes, et depuis beaucoup plus longtemps que nous-mêmes ! Des siècles et des siècles ! C'est une activité qu'ils pratiquent en Afrique depuis la mort de leur prophète Mahomet. Ce sont des précurseurs, si je puis m'exprimer ainsi ! Mais, comparées aux caravelles des Européens, les caravanes des Arabes, c'est un peu de l'artisanat. Trouve-t-on dans les pays arabes ces peuplements de Noirs que nous avons réunis aux Amériques en si peu de temps ? Songez à Saint-Domingue, la Guadeloupe, la Martinique, l'île Bourbon, Cayenne, sans compter les immenses colonies portugaises, anglaises ou espagnoles ! Au total, des millions de Noirs, déjà y sont maintenus en servitude ! Rien de comparables dans les pays arabes. S'ils nous ont ouvert le chemin dans cette triste tradition de réduire les Noirs en esclavage, les Arabes sont des gagne-petit par rapport à nous ! La caravelle a vaincu la caravane, si vous me permettez cette expression...
Commenter  J’apprécie          170
De tout temps, le jeu du vendeur a été de mettre l'apparence de son côté afin d'endormir la méfiance de l'acheteur, et même de lui donner l'illusion de la bonne affaire. Cependant, je puis assurer que de voir ce jeu s'appliquer sur des êtres humains est d'un tout autre impact sur l'esprit, possède quelque chose de répugnant que je ne peux exprimer, et que je laisse au lecteur d'imaginer s'il a l'imagination assez vive, ou assez sensible, pour le ressentir.
Commenter  J’apprécie          70
- La population ne connaît pas le Coran. Elle suit les anciennes religions, qui déterminent les Coutumes. Chacun sait, selon la Coutume, ce qu'il faut faire et ne pas faire, mais le Coran ne dit pas la même chose que la Coutume.
Commenter  J’apprécie          100

Videos de Olivier Merle (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Olivier Merle
The guts of evil, by Olivier Merle
autres livres classés : commerce triangulaireVoir plus
Les plus populaires : Littérature française Voir plus


Lecteurs (186) Voir plus



Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
3280 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre

{* *}