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EAN : 9782070325054
112 pages
Éditeur : Gallimard (04/01/1989)
3.95/5   44 notes
Résumé :
« Il serait bien extraordinaire que des milliers d'événements qui surviennent chaque année résultât une harmonie parfaite. Il y en a toujours qui ne passent pas, et qu'on garde en soi, blessants.
Une des choses à faire : l'exorcisme.
Toute situation est dépendance et centaines de dépendances. Il serait inouï qu'il en résultât une satisfaction sans ombre ou qu'un homme pût, si actif fût-il, les combattre toutes efficacement, dans la réalité.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  16 février 2016
Le recueil de poèmes d'Henri Michaux correspondant aux années de guerre est nécessairement affecté par ces années, mais on ne doit pas s'attendre à reconnaître chez ce poète le moindre engagement du côté de "l'honneur" ou du "déshonneur des poètes". Michaux ne se soucie pas d'enthousiasmer son lecteur dans un sens ou dans l'autre, et au contraire, l'ascèse (dont l'humour et le tragique sont des visages) à laquelle il se soumet et nous soumet caractérisent sa poésie : exorciser la magie et l'enthousiasme, laisser le poète et son lecteur nus dans l'épreuve d'un chemin à frayer soi-même dans le malheur collectif. Entrer dans Michaux, c'est aussi faire un pas dans un palais de miroirs où les significations figées et les slogans se réfractent en millions de mots et de facettes, et où plus rien n'est sûr.
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   24 novembre 2014
ECCE HOMO
A Madame Mayrisch Saint-Hubert.

Il [l'homme] avait plus de cernes que d'yeux, plus de barbe que de peau, plus de boue que de capote, mais son casque était toujours dur.
Sa guerre était grande, avait des avants et des arrières, avait des avants et des après. Vite partait l'homme, vite partait l'obus. L'obus n'a pas de chez soi, il est pressé quand même.
Je n'ai pas vu paisible, l'homme au fabuleux trésor de chaque soir, pouvoir s'endormir dans le sein de sa fatigue amie.
Je l'ai vu agité et sourcilleux. Sa façade de rires et de nerfs était grande, mais elle mentait. Son ornière était tortueuse. Ses soucis étaient ses vrais enfants.
Depuis longtemps, le soleil ne tournait plus autour de la terre. Tout le contraire.
Puis il lui avait encore fallu descendre du singe.
Il continuait à s'agiter comme fait une flamme brûlante, mais le torse du froid, il était là, sous sa peau.
Je n'ai pas vu l'homme comptant pour homme, j'ai vu, « ici l'on brise les hommes ». Ici, on les brise, là on les coiffe et toujours il sert. Piétiné comme une route, il sert.
Je n'ai pas vu l'homme, recueilli, méditant sur son être admirable. Mais j'ai vu l'homme recueilli comme un crocodile qui, de ses yeux de glace, regarde venir sa proie et, en effet, il l'attendait, bien protégé au bout d'un fusil long. Cependant, les obus qui tombaient autour de lui étaient encore beaucoup mieux protégés. Ils avaient une coiffe à leur bout, qui avait été spécialement étudiée pour sa dureté, pour sa dureté implacable.
Je n'ai pas vu l'homme répandant autour de lui l'heureuse conscience de la vie. Mais j'ai vu l'homme comme un bon bimoteur de combat, répandant la terreur et les maux atroces.
Il avait, quand je le connus, à peu près cent mille ans et faisait facilement le tour de la Terre. Il n'avait pas encore appris à être bon voisin.
Il courait parmi eux des vérités locales, des vérités nationales. Mais l'homme vrai, je ne l'ai pas rencontré.
Toutefois excellent en réflexes, et en somme presque innocent: l'un allume une cigarette; l'autre un pétrolier.
...
p.45-46
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coco4649coco4649   16 mai 2014
J'AI VU

J'ai vu l'homme à la tête diverse.
A la tête semblable au râteau, il ramasse.
A la tête semblable aux racines, il pompe. A la tête semblable à un tonneau, il est penché. J'ai vu l'homme à la grenouille chaude, cherchant assouvissement, et son admirable mécanisme déclencheur qui savait le lui obtenir lui faisant prononcer alors des mots doux, d'ailleurs beaucoup trop doux.
J'ai vu l'homme semblable à une horloge qui parlait à un homme semblable à une dague. Quelle rencontre ! Mais elle n'était pas hors de l'ordinaire.
J'ai vu l'homme à la tête semblable à une balance, l'homme fait de moignons et de réservoirs autonomes, ou comme un cintre, l'homme aux seules épaules.
J'ai vu l'homme à la tête pétillante, et voulant m'en approcher, je n'ai pas pu. La vérité : Je n'aurais pas voulu avoir à le nourrir, seulement le connaître et plutôt de profil et d'une certaine distance à ne pas laisser combler inconsidérément, comme on observe un tigre, sans l'adopter.
J'ai vu les hommes en arc, têtes et corps enflés au vent de la vie. J'ai vu l'homme pyramidal, l'homme requin, l'homme attaqué par sa propre hache, faisant un avec deux, mille avec trois... ou un jugement. J'ai vu l'homme tumultueux, mais j'ai vu sa race gravissant avec sang-froid et patience le haut plateau.
Tandis qu'elle perdait les siens, des spermatozoïdes toujours jeunets en remettaient d'autres au berceau, qui reprendraient toute chose au point voulu. Et elle les regardait et me regardait et nous regardait tous passer silencieusement.

p.40-41

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coco4649coco4649   23 novembre 2014
ECCE HOMO

A Madame Mayrisch Saint-Hubert.


Qu'as tu fait de ta vie, pitance de roi ?
J'ai vu l'homme.
Je n'ai pas vu l'homme comme la mouette, vague au ventre, qui file rapide sur la mer indéfinie.
J'ai vu l'homme à la torche faible, ployé et qui cherchait. Il avait le sérieux de la puce qui saute, mais son saut était rare et réglementé.
Sa cathédrale avait la flèche molle. Il était préoccupé.
Je n'ai pas entendu l'homme, les yeux humides de piété, dire au serpent qui le pique mortellement : « puisses-tu renaître homme et lire les Védas ! ». Mais j'ai entendu l'homme comme un char lourd sur sa lancée écrasant mourants et morts, et il ne se retournait pas.
Son nez était relevé, comme la proue des embarcations Vikings, mais il ne regardait pas le ciel, demeure des dieux, il regardait le ciel suspect d'où pouvait sortir à tout instant des machines implacables, porteuses de bombes puissantes.
...
p.44-45
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coco4649coco4649   26 mai 2014
DANS LA COMPAGNIE DES MONSTRES

Il fut bientôt évident (dès mon adolescence) que j'étais né pour vivre parmi les monstres.

Ils furent longtemps terribles, puis ils cessèrent d'être terribles et après une grande virulence, petit à petit s'atténuèrent. Enfin ils devinrent inactifs et je vivais en sérénité parmi eux.

C'était l'époque où d'autres, encore insoupçonnés, se mettaient à se former et un jour se présenteraient à moi, actifs et terribles (car s'ils devaient venir surgir pour être oisifs et tenus en laisse, qui pense qu'ils viendraient jamais?), mais après avoir noirci tout l'horizon, ils en venaient à s'atténuer et je vivais parmi eux avec égalité d'âme et c'était une belle chose, surtout ayant menacé d'être si détestable, presque mortelle.

Eux qui au premier abord étaient si démesurés, infects, répugnants, prenaient une telle finesse de contour qu'on les eût, malgré leurs formes impossibles, presque introduits dans la nature.

C'est l'âge qui faisait cela. Oui. Et quel était le signe certain de leur stade inoffensif ? C'est très simple. Ils n'avaient plus d'yeux. Lavés des organes de la détection, leurs visages quoique monstrueux de forme, leurs têtes, leurs corps maintenant ne gênaient pas plus que celle des cônes, des sphères, des cylindres ou des volumes que la nature offre en ses rochers, ses galets et dans bien d'autres de ses domaines.

p.90
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coco4649coco4649   28 mars 2014
Préface

Il serait bien extraordinaire que des milliers d'événements qui surviennent chaque année résultât une harmonie parfaite. Il y en a toujours qui ne passent pas, et qu'on garde en soi, blessants.
Une des choses à faire : l'exorcisme.
Toute situation est dépendance et centaines de dépendances. Il serait inouï qu'il en résultât une satisfaction sans ombre ou qu'un homme pût, si actif fût-il, les combattre efficacement dans la réalité.
Une des choses à faire : l'exorcisme.
L'exorcisme, réaction en force, en attaque de bélier, est le véritable poème du prisonnier.
Dans le lieu même de la souffrance et de l'idée fixe, on introduit une exaltation telle, une si magnifique violence, unies au martèlement des mots, que le mal progressivement dissous est remplacé par une boule aérienne et démoniaque ― état merveilleux !
Nombre de poèmes contemporains, poèmes de délivrance, ont aussi un effet de l'exorcisme, mais d'un exorcisme par ruse. Par ruse de la nature subconsciente qui se défend au moyen d'une élaboration imaginative appropriée : les rêves. Par ruse concertée ou tâtonnante, cherchant son point d'application optimus : les rêves éveillés.
Pas seulement les rêves mais une infinité de pensées sont "pour en sortir", et même des systèmes de philosophie furent surtout exorcisants qui se croyaient tout autre chose.
Effet libérateur pareil, mais nature parfaitement différente.
Rien là de cet élan en flèche, fougueux et comme supra-humain de l'exorcisme. Rien de cette sorte de tourelle de bombardements qui se forme à ces moments où l'objet à refouler, rendu comme électriquement présent, est magiquement combattu.
Cette montée verticale et explosive est un des grands moments de l'existence. On ne saurait assez en conseiller l'exercice à ceux qui vivent malgré eux en dépendance malheureuse. Mais la mise en marche du moteur est difficile, le presque-désespoir seul y arrive.
Pour qui l'a compris, les poèmes du début de ce livre ne sont point précisément faits en haine de ceci, ou de cela, mais pour se délivrer d'emprises.
La plupart des textes qui suivent sont en quelque sorte des exorcismes par ruse. Leur raison d'être : tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile.
H.M.

p.7-8-9
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Vidéo de Henri Michaux
// EN DIRECT // PERRINE LE QUERREC - FEUX Lecture par l'auteure accompagnée de Ronan Courty (contrebasse) Lecture musicale
Quel point commun y a-t-il entre la caverne ou dansent des ombres, la ville de Pompei et la bibliotheque d'Alexandrie ? Entre Jeanne d'Arc et Antonin Artaud ? Entre le Reichstag et Oradour-sur-Glane ? Entre un autodafe et une immolation ? Entre la rue de la Vieille-Lanterne a Paris et la place Jacques- Cartier de Montreal ? Entre la femme d'Henri Michaux et le printemps arabe de 2011 ? Entre la nuit polaire de Jack London et l'Australie de 2019 ? Il faudrait un repertoire pour denombrer tous les feux dont parle Perrine le Querrec dans ce livre incandescent. A la plasticite du feu repond celle de la page : que le poeme soit centre comme un brasier ou en colonnes comme des flammes, l'arc electrique des mots crepite sur le papier. Un livre qui reactive une memoire enfouie et allume des signaux. de quoi attiser la curiosite du lecteur qui brule deja d'entrer dans ces pages.
À lire – Perrine le Querrec, Feux, Bruno Doucey, 2021.
Technique : Lumière : Patrick Clitus Son : William Lopez Image : Bertille Chevallier
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