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André Prudhommeaux (Traducteur)
EAN : 9782070324958
320 pages
Gallimard (03/11/1988)
4.57/5   14 notes
Résumé :


Cet ouvrage analyse l'état d'esprit des intellectuels dans les démocraties populaires. L'auteur poursuit un dialogue intérieur qui l'empêche d'admettre une fois pour toutes certaines valeurs comme absolument garanties.

Il est partagé entre le désir de comprendre ce qu'on nomme "les nécessités historiques", la tentation de se soumettre à elles, et la volonté de définir le malaise que la soumission fait naître.

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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Cet ouvrage du Prix Nobel 1980, Czeslaw Milosz (1911-2004), se situe au même niveau d'importance que "Les origines du totalitarisme" d'Hannah Arendt (1906-1975). Pas étonnant que le grand philosophe allemand-suisse Karl Jaspers (1883-1969) en a assuré la préface. C'est d'ailleurs sous la direction de Jaspers qu'Hannah Arendt a présenté sa thèse à l'université prestigieuse d'Heidelberg en 1928.

L'ouvrage analyse l'asservissement de l'esprit dans les États totalitaires de l'Europe centrale et de l'est après la Deuxième Guerre mondiale, que Milosz, comme citoyen polonais, a bien pu observer. Loin d'une diatribe violente de converti cependant, l'auteur a essayé d'en saisir la vraie réalité. Comme Karl Jaspers note : "sans que l'auteur y insiste jamais, une souffrance infinie reste ici perceptible, dans la clarté et l'art d'un exposé tout objectif".

L'auteur lui-même ajoute, néanmoins, dans une introduction que "comprendre... ne signifie pas tout pardonner. Mes paroles sont aussi une protestation. Je conteste à la doctrine (marxiste-léniniste) le droit de justifier les crimes commis en son nom".

Ce livre a été écrit encore du vivant de Staline, en 1952-1953, à Paris où Milosz s'était réfugié après sa rupture avec le régime communiste de son pays en 1951 et où il a vécu une dizaine d'années avant d'émigrer aux États-Unis, en 1961. L'auteur y a été professeur de langues et littérature slaves à l'université de Berkeley en Californie. À partir de 1995 il a réalisé de fréquentes visites à la Pologne, où il s'est installé à Cracovie et où il est décédé en 2004, à l'âge de 93 ans.

Milosz est né en Lituanie, qui appartenait en 1911 à l'Empire russe, mais de parents polonais. Et bien que sa mère fit partie de la noblesse fortunée, il avait des sympathies pour les idées progressistes et socialistes lors de son adolescence et études de droit et de philosophie à l'université de Wilno (aujourd'hui Vilnius).
C'est à cette époque qu'il a commencé à écrire de la poésie et a créé le mouvement littéraire "Żagary", tout en présentant un programme littéraire à la radio.

Lorsque l'URSS a annexé la Lituanie, en 1939, Czeslaw Milosz s'est rendu en Pologne occupée où il a rejoint la résistance polonaise. Pour son aide aux Juifs, Yad Vashem, le mémorial de l'holocauste à Jérusalem, l'a honoré du titre "Juste parmi les nations".
De 1945 à 1951 il a travaillé pour le service diplomatique de la république populaire polonaise, plus particulièrement comme attaché culturel à New York City, Washington et Paris.

Malgré ses idées de gauche, Milosz a eu relativement tôt, comme chroniqueur et écrivain, des problèmes avec "l'imprimatur" des autorités, c'est-à-dire la garantie qu'un écrit soit conforme à la doctrine officielle et unique.

"La pensée captive" peut être considéré comme un jalon ou une étape importante sur la voie de la liberté de parole et d'expression. Les idées que developpe Czeslaw Milosz dans cet ouvrage d'un peu plus de 300 pages ne sont peut-être pas toujours simples et demandent de la part de la lectrice et du lecteur une certaine dose de concentration, mais l'effort est grandement récompensé par le résultat.

À un moment donné dans son ouvrage l'auteur compare, en parlant de ce système de pensée unique, l'homo sovieticus à Charlie Chaplin dans sa cabane de "La ruée vers l'or", lorsqu'il vague à ses occupations domestiques sans remarquer que sa demeure oscille et glisse déjà dans le précipice !
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Sans réduire cet essai à ce seul élément, le chapitre consacré au Ketman (ketmân) m'est apparu particulièrement intéressant. Les techniques de dissimulation du « moi réel » lorsque confronté au totalitarisme était un quelque chose que j'avais remarqué dans l'oeuvre d'écrivains d'Europe centrale (notamment Miracle en Bohême du tchèque Josef Škvorecký). Voir cette observation conceptualisée, selon plusieurs types de Ketman (le « Ketman professionnel » ou bien le « Ketman métaphysique »), m'a procuré le sentiment d'avoir enfin mis le doigt sur ce que je recherchais.

Donc, qu'est-ce que le Ketman ? Emprunté de la terminologie du chiisme, le ketmân consistait en la dissimulation de croyances contraires à la pensée dominante par la profession d'une foi irréprochable à l'aide de diverses techniques. Graduellement, le ketmân permettait à son utilisateur d'avoir la pleine confiance du mollah quant à son orthodoxie et d'y glisser incognito des opinions ou croyances divergentes. Transposé dans l'univers du stalinisme et des « démocraties populaires », le Ketman permettait cette fois-ci à des intellectuels de préserver des croyances, des valeurs ou des attitudes personnelles sans contredire les dictats du régime. Par exemple, le « Ketman éthique » : en contexte du totalitarisme, il fallait (il faut ?) être prêt à effectuer certaines bassesses nuisant à autrui pour ne pas être soi-même la victime d'une bassesse équivalente (le plus notoire étant la dénonciation). Afin d'éviter un état de dissonance cognitive insoutenable, le Ketman éthique compensait ses bassesses de nécessité avec des actions hautement altruistes (faire sa BA quotidienne).

Cet essai fascinant pourrait être complété avec ces écrivains d'Europe centrale (pays « dont on sait très peu de choses » dixit Kundera) ou l'oeuvre de Hannah Arendt.
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Czeslaw Milosz

Ces quinze derniers jour j'ai demandé beaucoup à mon pauvre cerveau, qui m'a offert une grande intimité avec Ceslaw Milosz; depuis longtemps je connaissais un Milosz, c'était Oscar Venceslas de Lubisz et j'aimais - j'aime toujours l' Amoureuse Initiation, les poèmes des décadences et un Miguel Manara que j'avais vu d'autant plus beau que Laurent Terzieff était sur scène; quelques années plus tard j'ai connu le petit cousin, Czeslaw.
Je dis avoir demandé beaucoup , non pas que Ceslaw Milosz soit hermétique; mais parce que je le lis en anglais - une raison à cela, je ne lis pas le polonais et il a revu l'édition complète de ses poèmes en anglais.
Il a écrit le Ghetto de Varsovie, il a écrit l'amour, il a écrit la poésie, il a écrit juste, lui le Tzaddic.
Toujours de l'humour, Certains de ses poèmes ont des titres plus longs qu'un chapitre entier de Tristram Shandy:
- Arguments les plus élevés en faveur de la discipline extraits du discours devant le conseil de l' état universel en 2068
- Une description honnête de moi-même avec un verre de whiskey dans un aéroport, disons à Minneapolis
Il m'a amené là où il n'y a plus ni moi ni non-moi .
Perdu avec la nurse et le cosmopolite de deux ans, je me suis retrouvé dans le transsibérien pour un autre voyage après celui que j'avais fait avec Blaise Cendrars, et malgré notre passage dans des pays, où les hommes parlaient des langues différentes, nous n'avons
trouvé dans aucune langue
Les mot pour humanité .
Comme Ceslaw, qui nous donne à partager les mots, l'intelligence, l'humanité, la, beauté, nous avons hérité tous les désirs de poésie, d'amour, mais nous restons les Déshérités de prophéties
nous nous sommes résignés et avons accepté
Car la condition nécessaire du bonheur est la pauvreté.

Nous boirons de la Vodka aux herbes en écoutant Mozart dont la musique était prête avant que lui-même ne soit né à Salzbourg au Café Grecco à Rome sous le jugement dernier de Hyeronimus Bosch

Les vers sont tirés de Rien que Cela, Campo dei Fiori, Sur la Route, En créant le Monde, A Treaty of Poetry
J'ai traduit les extraits de l' édition anglaise revue par Ceslaw Milosz en 2001.

Pendant cette Miloszisation j' ai lu un roman qui m'a apporté beaucoup - révolte, enthousiasme, bonheur de lecture, souvenirs - écrit par un homme, capable comme Milosz de tout cela à plus de 80 ans - de John Bergerde A à X

©Mermed

Lien : http://holophernes.over-blog..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
" Est-il vrai que les Américains sont tellement bêtes ? " m'a-t-on demandé souvent à Varsovie.... Cette question montre assez clairement l'attitude qui règne dans les démocraties populaires en ce qui concerne l'Occident : elle se caractérise par une grande somme de déceptions et un reste d'espoir.

(page 49).
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Mais parfois, il est hanté par cette pensée que le diable à qui l'on vend son âme tire sa force des hommes eux-mêmes, et que le déterminisme de l'histoire est une création des cerveaux humains.
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Vidéo de Czeslaw Milosz
Extrait du film documentaire L'âge de Czeslaw Milosz tourné à l'occasion du centenaire de la naissance de l'auteur.
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