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EAN : 9782020631198
208 pages
Seuil (07/05/2004)
  Existe en édition audio
3.79/5   159 notes
Résumé :
Voici une longue nouvelle comme aurait pu en rêver Hemingway, où les circonstances comptent moins que le désarroi moral, les tâtonnements, les dialogues de ces quatre soldats en perdition issus de l'Armée Rouge, qui sortent d'une forêt où ils viennent de passer un hiver terrible. Il y a la beauté des scènes muettes : razzias dans les villages, baignades dans un étang, bataille. Il y a ce gamin, enrôlé volontaire, dont la présence irradie les quatre hommes car il est... >Voir plus
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Acquis en 2004 - Relecture avril 2024

Petite Pépite que j'avais depuis longtemps dans ma bibliothèque....Vrai trésor d'émotions d'autant plus fort que l'auteur dans sa narration, reste d'une sobriété absolue...

Quatre soldats en perdition issus de l'Armée Rouge, qui sortent d'une forêt où ils viennent de passer un hiver terrible. Il y a la beauté des scènes muettes : razzias dans les villages, baignades dans un étang, bataille...

Parmi ce groupe, Pavel, le plus déterminé, à l'autorité naturelle, Kyabine, gros ours au coeur tendre, le Monsieur Muscle du groupe toujours serviable..Sifra, compagnon très habile de ses mains mais le " taiseux" de notre fine équipe, et le dernier larron, le narrateur, ayant perdu ses deux parents, s'était décidé à s'engager dans l'armée rouge afin de combattre sur le front roumain....

Texte poignant, bouleversant...qui met au centre la fraternité, l'entraide, la franche camaraderie dans ce monde belliqueux et fou !

Il y a ce gamin,Evdokim, enrôlé volontaire, dont la présence devient très précieuse aux quatre hommes car il écrit quotidiennement dans un petit carnet, il est donc le seul à savoir écrire. Chacun de ses nouveaux compagnons va le solliciter pour écrire et conserver des moments importants qu'ils ont partagés ensemble, gais, émouvants ou simplement amusants....

On constate chaque jour les épreuves invraisemblables qu' ils doivent traverser, dans une déroute et absurdité absolue...Ils tiennent le coup car ils sont ensemble et trouvent des astuces pour se rassurer les uns et les autres..

Des rituels se créent entre eux pour garder courage et espérance, comme celui du prêt à tour de rôle, chaque soir, d'une montre ancienne cassée, mais qui contient une photographie de femme, leur redonnant comme la perspective du retour à une " vie normale", où chacun retrouverait fiancée ou famille aimante...

Tout est bon pour garder l'espoir, coûte
que coûte !

Un très court texte, avec des mots simples, une narration loin de toute sophistication, qui, toutefois, expiment à merveille l'absurdité de toute guerre...tout conflit massacrant des pauvres gens, leur avenir et les complications, lorsqu'ils ont la chance de survivre, de se réadapter à la vie civile...

Cette fiction n'est pas sans me rappeler le texte de Buzzati, " le Désert des tartares"...par certains côtés !
Découverte toute première de cet écrivain avec ce récit singulier et vibrant, ramenant à l'universelle humanité !...

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Dans cette année de commémoration de la Grande Guerre, j'ai exhumé des oubliettes de ma PAL, ce petit livre de Hubert Mingarelli (Prix Medicis 2003) qui prend pour cadre le conflit soviéto-polonais de 1919/1921, concernant les nouvelles frontières définies par le Traité de Versailles.

Avec une précision d'horloger, doublée d'une grande économie de mots et de faits, l'auteur nous offre un véritable carnet de soldat, le journal de bord d'une bande de trouffions dépenaillés, entre corvées de réquisition alimentaire, combat contre le froid, contre la crasse, contre le manque de cigarettes et de thé et la hantise des opérations militaires.

Des hommes simples de l'Armée Rouge, aux phrases laconiques, qui se chahutent, se bousculent, s'entraident, jouent aux dés, profitent de la tranquillité d'un lac dans les périodes de repos, bizutent un jeune bleu qui les fascine par son savoir.

C'est une chronique monotone mais magnifique sur la solidarité et la fraternité. Un style très particulier que l'on retrouve dans Un repas en hiver paru en 2012, une plume personnelle qui dit tout avec une belle simplicité stylistique.
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1919. La vie au quotidien de quatre soldats de l'armée russe. D'ailleurs, lls pourraient appartenir à n'importe quel bataillon, l'intérêt du livre n'est pas là. Mingarelli se fait l'observateur d'hommes qui sont là par obligations, ils sont avares de paroles, de sentiments, ils passent leur temps à passer le temps. On sent la peur tapie dans un coin de leur crâne, mais que faire d'autre. Et puis, arrive un jeune soldat qui apporte un plus au groupe, le jeune Evdokim sait lire et écrit des notes dans un carnet. Il va devenir le passeur de mots de ces camarades.
Il ne se passe quasiment rien dans le roman de Mingarelli, et c'est là toute sa force aussi paradoxalement que cela puisse paraitre. Car cette immersion dans un groupe d'hommes oubliés par l'histoire est la représentation de millions de soldats que la mort fauche dans des combats absurdes et qui disparaissent à jamais comme si leur destinée était de servir de chair à canon. Mingarelli dans une grande économie de mots, montre ce quotidien ou la menace est sous-jacente prête à exploser à tout moment. L'écriture est nette, précise, épurée, les non-dits en disent aussi long que le langage rustre de ces hommes plongés dans l'absurde. L'amitié est là, Pas besoin de longs discours pour la voir, la sentir. Mingarelli réussit son roman car il ne s'écarte jamais de la ligne qu'il s'est défini. Rendre hommage aux anonymes, aux sans-grades avec ce qu'il faut de retenue et de respect. Prix Médicis mérité à mon avis ( ce qui n'est pas toujours le cas des prix).
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Que j'aime la prose des premiers livres de Hubert Mingarelli qui nous a quitté, il y a un an ! Quatre soldats, comme son titre l'indique, plus un enfant, tentent de survivre à l'ennui, à la faim et à l'isolement de soi en 1919, en Russie. Des choses insignifiantes comme un étang, des cigarettes, des dés, de l'attention et qui, dans ce contexte, sera une nécessité vitale.
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Hubert Mingarelli a décrit l'art d'être soldat :
Le soldat attend, s'il peut le mieux possible , il vaut mieux qu'il soit sociable pour pouvoir vivre en collectivité, avec des compagnons qu'il n'a pas choisi.
Le soldat ne sait pas pour quelle Grande Histoire il s'est enrôlé.
Le soldat ne connait pas la stratégie du quartier général.
Enfin le soldat passe de l'état d'attente à celle de mort.ou de nouveau d'attente...
Il n'y a pas dans le livre de haine explicite de l'armée , ni de la guerre, Hubert Mingarelli laisse le choix au lecteur ce qui permet d'ouvrir un débat.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
- Qui a la montre ?
Alors je me suis souvenu que c'était moi.Je l'ai passée à Pavel parce que c'était à son tour de dormir avec.Pas pour la montre dont le mécanisme était cassé, mais pour la photographie d'une femme qui était à l'intérieur . C'était agréable de dormir avec cette photographie.Nous nous imaginons que cela nous portait chance.Nous ne savions pas pourquoi.Je crois même que nous n'y croyions pas dans le fond, qu'elle nous portait chance.Mais nous aimions à le penser.

(Seuil, Points, 2004)
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Brusquement, Pavel s'est redressé et il a demandé :
- Qui a la montre ?
Alors je me suis souvenu que c'était moi. Je l'ai passée à Pavel parce que c'était à son tour de dormir avec. Pas pour la montre dont le mécanisme était cassé, mais pour la photographie d'une femme qui était à l'intérieur. C'était agréable de dormir avec cette photographie. Nous nous imaginions que cela nous portait chance. Nous ne savions pas pourquoi. Je crois même que nous n'y croyions pas, dans le fond, qu'elle nous portait chance. Mais nous aimions à le penser.
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Cette fois ça a été un peu plus vie, on n'a pas fait d'histoire. Tous les quatre on a été d'accord pour infuser dans peu d'eau. Ainsi il était bien fort, comme nous le préférions. Nous l'avons gardé dans la bouche jusqu'au moment où il est devenu tiède. Alors seulement nous l'avons avalé on aurait tous bien aimé revenir une minute en arrière.
A peine bu , c'était un thé plein de nostalgie.
Mais c'est quand même mieux que pas de thé du tout.
page 60
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Pavel était assis à côté de moi. Il respirait lentement. Je voyais ses épaules se soulever. Il regardait intensément devant lui.
Alors soudain je me suis mis à espérer que la compagnie de Kossarenko marcherait éternellement devant la nôtre et entendrait éternellement siffler avant nous les premières balles, éclater les épouvantables obus, et verrait avant nous tout ce que nous pressentions, et que Dieu les protège et me pardonne.
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Je tente aujourd'hui de me faire comprendre et j'ai tant de mal, alors je baisse la tête parce que je suis fatigué et qu'il n'y a nulle part ou se cacher.
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Vidéo de Hubert Mingarelli
[Rentrée littéraire 2022]
Dans une grande ville d'un pays en guerre, un spécialiste de l'interrogatoire accomplit chaque jour son implacable office. La nuit, le colonel ne dort pas. Une armée de fantômes, ses victimes, a pris possession de ses songes. Dehors, il pleut sans cesse. La Ville et les hommes se confondent dans un paysage brouillé, un peu comme un rêve – ou un cauchemar. Des ombres se tutoient, trois hommes en perdition se répondent. le colonel, tortionnaire torturé. L'ordonnance, en silence et en retrait. Et, dans un grand palais vide, un général qui devient fou.
"Le colonel ne dort pas" est un livre d'une grande force. Un roman étrange et beau sur la guerre et ce qu'elle fait aux hommes. On pense au "Désert des Tartares" de Dino Buzzati dans cette guerre qui est là mais ne vient pas, ou ne vient plus – à l'ennemi invisible et la vacuité des ordres. Mais aussi aux "Quatre soldats" de Hubert Mingarelli.
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