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EAN : 9782812602481
158 pages
Editions du Rouergue (01/08/2011)
3.98/5   247 notes
Résumé :
A Guernica, en avril 1937, le jeune Basilio passe son temps dans les marais à peindre des hérons cendrés, alors que la population fuit dans la crainte de l’arrivée des Nationalistes. Le jour même du bombardement, le 26 avril, il cherche à rendre le frémissement invisible de la vie, dans les plumes d’un oiseau. Mais une fois la ville en feu, il ne peut se retenir d’aller voir, de ses propres yeux le massacre. Comment rendre compte de la réalité, que ce soit celle d’u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (77) Voir plus Ajouter une critique
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berni_29
  12 février 2022
Hier, je me promenais dans le fond de la rade de Brest, dans un coin solitaire que j'aime beaucoup et où des oiseaux aiment à se retrouver. À marée basse, on les voit mieux, puisque le paysage maritime est à découvert, ici c'est un paysage de marais et de vase, idéal pour observer les aigrettes et les hérons qui viennent s'y poser et se nourrir. Les hérons sont plutôt rares, j'en ai cependant vu un hier. Un héron cendré. J'adore cet oiseau. Un de mes voisins, beaucoup moins. Il avait eu l'étrange idée d'installer dans son jardin un petit bassin avec des poissons et un jour un héron y est venu pour en faire son goûter... Moi, j'ai ri de cette histoire... Depuis, il a remis de nouveaux poissons dans son bassin et a installé un grillage au-dessus, il est vraiment bizarre mon voisin. Un jour, si j'ai la patience, je l'emmènerai visiter la nature, mais je crois que je n'aurai pas la patience... Je n'aurai pas l'infinie patience des oiseaux...
Voir un héron avancer dans un paysage de cailloux et de vase, s'envoler brusquement dans un vol majestueux empli de grâce, c'est pour moi une vision de toute beauté. Dans cette légèreté, je me suis senti brusquement protégé de tous les malheurs du monde...
Cela m'a donné envie de relire le héron de Guernica, d'Antoine Choplin.
À Guernica, il y avait aussi des marais et des hérons cendrés. Je ne sais pas vraiment à quoi ressemblent les paysages de là-bas. Sont-ils différents d'ici ? C'était en avril 1937.
Le jeune Basilio passe son temps dans les marais à observer et peindre des hérons cendrés, un en particulier au bord d'un pont, alors que la population fuit dans la crainte de l'arrivée des Nationalistes. La guerre est là, une guerre civile entre Républicains et Nationalistes, elle est imminente, pourtant ce sont des jours de bonheur, des jours ensoleillés qui nous accueillent ici, nous découvrons le bonheur de vivre que partagent Basilio et sa compagne Celestina. La guerre est là sans être là, comme une menace à laquelle on ne croit pas...
La guerre vient brusquement sur Guernica un certain 26 avril 1937, elle vient déverser ses bombes sur la ville, un jour de marché où il y avait la vie, des femmes, des hommes, des enfants, qui ne faisaient pas la guerre.
C'est une ville en feu, Basilio voit cela avec des yeux plutôt habitués à regarder jusqu'alors des oiseaux. Basilio voit ce massacre.
Il y avait ce héron là toujours près du pont... A-t-il survécu au massacre, aux bombes qui tombaient comme des pluies... ?
Basilio, peintre des hérons, peintre des hérons à Guernica. Basilio était là sous les bombes ce jour-là...
Un autre peintre n'était pas là ce jour-là et pourtant deviendra célèbre, Pablo Picasso, il l'était déjà, immortalisera l'événement dans un tableau sublime où il n'y a pas de hérons...
Basilio était là ce jour-là mais ne recherche pas la célébrité. Les deux hommes ont cependant un point commun, dire l'horreur avec l'art de peindre...
Basilio veut dire ce qui s'est passé... Veut rencontrer Pablo Picasso dont il a entendu parler... La suite continue d'être un texte sublime...
Hier, en observant les oiseaux tranquilles, je me disais que cette douceur, cette beauté fragile, immuable, était comme un de nos derniers remparts pour nous protéger des barbaries humaines, des haines quotidiennes, des guerres à venir parfois toutes proches...
J'aurais voulu avoir le talent de Picasso, ou de Basilio, peindre, inlassablement, ces vols d'oiseaux qui n'empêchent pas les guerres, mais tentent de nous les faire oublier...
Les regarder simplement, c'est peut-être déjà appartenir à une citadelle imprenable. Dire non aux guerres à venir, parfois imminentes.
J'ai adoré ce livre qui m'a fait entrer de plein pied dans l'univers atypique, empreint de pudeur d'Antoine Choplin.
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HundredDreams
  20 avril 2021
Je ne connaissais pas Antoine Choplin. C'est en lisant une critique d'un de ses romans par Hordeducontrevent que m'est venue l'idée de découvrir cet auteur.
Mon choix s'est porté tout simplement sur « le héron de Guernica » parce que j'aime les oiseaux et l'Art.
*
Ce qui frappe le lecteur est cette ambiance de calme avant la tempête.
Nous sommes le 26 avril 1937 à Guernica.
Le jour se lève. La place du marché se remplit de monde.
Avant de s'y rendre, Basilio part dans les marées alentours peindre le héron. Il a promis à Célestina de lui offrir une de ses peintures.
« Les eaux lisses et peu profondes ont perdu leur robe de mercure des premières clartés et s'allument maintenant de mille scintillements. »

Basilio est un contemplatif, un doux rêveur.
Le héron est là, toujours près du pont.
« Comme chaque fois, il s'émerveille de la dignité de sa posture… C'est d'abord ça qu'il voudrait rendre par la peinture. Cette sorte de dignité, qui tient aussi du vulnérable, du frêle, de la possibilité du chancelant. »

Et puis, dans tout ce silence résonne les vrombissements des avions.
"Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple"
C'était jour de marché, beaucoup de femmes et d'enfants.
"Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs"
*
La lecture de ce roman m'a rappelé le magnifique roman « L'infinie patience des oiseaux » de David Malouf qui offre également un contraste saisissant entre la beauté des paysages, la sérénité de la nature, le chant des oiseaux et l'horreur de la guerre et des massacres, la souffrance, la barbarie.
Le récit de Basilio fait alors corps avec l'oeuvre « Guernica » de Pablo Picasso. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture.
Le récit, très visuel, marque les esprits.
"La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile"
Les cinquante dernières pages sont magnifiques.
Magnifiques de cruauté.
Magnifiques de pudeur.
Magnifiques de poésie.
Magnifiques de résilience.
L'oeuvre de Basilio rejoint alors celle de Picasso, l'une anonyme, l'autre célèbre, connue dans le monde entier, symbole de la dénonciation des violences franquistes. L'art, témoin de la réalité de notre monde.
"Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison."
La victoire de Guernica, Paul Eluard
*
J'ai été séduite pas l'écriture d'Antoine Choplin, sombre, profonde et vibrante d'émotions, son style assez original où les dialogues dénudés de ponctuation se mélangent au récit.
Ce que je retiens également, ce sont les personnages, leur sensibilité et leur compassion.
*
Ce court récit, de 150 pages environ, est une très belle découverte sur le drame de Guernica qui offre une belle réflexion sur l'art et le devoir de mémoire.
« La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements, c'est un instrument de guerre offensif et défensif contre l'ennemi. »
Pablo Picasso
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caro64
  27 mars 2012
Basilio n'est encore qu'un très jeune homme en avril 1937. Un peu à l'écart de la ville, il aime passer du temps à observer et peindre les hérons dans les marais. Avec ce don des peintres de la nature, il sait attraper les couleurs comme personne. Mais lorsque les bombes allemandes tombent sur la ville de Guernica, ce 26 avril, il veut mettre son art au service de la représentation de la guerre dont il est, comme tant d'autres, le témoin, mais avec ce regard unique. Quelques semaines à peine après cette journée tragique, débute l'Exposition Internationale de Paris. Dans le pavillon espagnol, le monde s'apprête à découvrir Guernica, le chef-d'oeuvre de Picasso. Peindre l'horreur de la guerre, représenter avec autant de force cette bataille sans l'avoir vue de ses propres yeux, c'est ce qui interpelle Basilio au moment même où il vient à la rencontre du maître pour lui montrer ses propres peintures.
De cette rencontre fictive, Antoine Choplin fait naître une boucle qui interroge sur la représentation du réel et la part de ressenti dans l'art. Tout en sensibilité, par touches fines entre fiction et réalité historique, il parvient à élever le personnage de Basilio au rang d'artiste, le faisant s'interroger aux côtés d'un des plus grands artistes du XXe siècle sur la nécessité de voir dans l'art le moyen de dire le réel en le dépassant. C'est une jolie rencontre d'une grande richesse à laquelle nous fait assister Antoine Choplin, et elle aurait sans nul doute plu à Picasso lui-même.
Un roman porté par une écriture très poétique qui vous touche droit au coeur, tout en finesse, délicatesse, tel le pinceau de notre peintre espagnol pris dans l'horreur du massacre de Guernica. Bouleversant !
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Nastie92
  03 avril 2022
"T'as vu ça, fait Basilio, le regard toujours tendu vers la trouée par laquelle s'est envolé le héron.
Hein, t'as vu ça, il répète et cette fois, il se retourne vers Rafael et voit son air maussade.
Tu me fais marrer, grogne Rafael.
Pourquoi ?
Et tu me demandes pourquoi. Alors celle-là.
Il force un éclat de rire.
T'as l'aviation allemande qui nous passe à ras la casquette et qui balance des bombes sur nos maisons et tu voudrais qu'on s'émerveille devant un héron qui s'envole.
Basilio, bouche bée.
T'es vraiment dingue, continue Rafael.
Basilio, silencieux, le regard fixe."
Guernica : nul ne peut ignorer ce nom, synonyme de destruction, de violences et d'horreurs.
Guernica : commune martyre, victime de la haine et de la folie des hommes.
Mais quel rapport entre Guernica et un héron ?
Le rapport, le trait d'union, c'est Basilio. Un jeune peintre sans prétention mais rempli d'enthousiasme et de joie de vivre. Rempli de l'exaltation propre à la jeunesse.
Et amoureux.
Fasciné par un héron qu'il aperçoit régulièrement dans les marais, Basilio veut le peindre. Il veut réaliser le plus beau tableau possible pour l'offrir à sa bien-aimée.
Lorsque la ville est bombardée, massacrée, on pourrait penser comme Rafael que Basilio va cesser de s'intéresser à ce héron, qu'il y a bien plus urgent à faire.
Eh bien non, c'est une toute autre urgence que le jeune peintre ressent...
J'ai découvert Antoine Choplin avec La nuit tombée. J'avais beaucoup aimé ce texte dans lequel l'auteur avait su mettre un peu de poésie dans l'horreur et la tragédie.
Je retrouve cette capacité dans ce roman qui nous offre en prime une jolie réflexion sur la nécessite de l'art pour conjurer la laideur des hommes et de leurs actions.
L'art indispensable pour témoigner.
Un héron cendré contre une ville en cendres.
La vie contre la mort.
La beauté sauvage et pure contre la folie sauvage et destructrice.
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visages
  16 novembre 2020
Je ne sais pas comment trouver les mots pour qu'ils soient justes et fidèles à ce roman. le coeur du Héron de Guernica est certainement la question du témoignage possible ou non de ce qu'on ressent,de ce qui n'est pas visible mais qui envahit par sa force. Et ceci tout particulièrement face à l'horreur comme l' a été le massacre de Guernica. Antoine Choplin, en mettant côte à côte Basilio,jeune peintre amateur qui va vivre cette scène,et Pablo Picasso le jour où il dévoile au public sa fameuse toile, interroge sur la place de l'Art et sa légitimité à témoigner. Son écriture est d'une sobriété et d'une pudeur qui impose le respect et procure une émotion contenue mais intense. Comme dans un morceau de musique on écoute dans ce texte les silences tout autant que les notes et c'est alors que se manifeste toute sa beauté . Certaines scènes sont d'une puissance cinématographique,Comme cette image de bicyclette qui agonise, seule à bouger encore parmi les décombres de la place après les bombardements. Vraiment un très beau texte.
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critiques presse (1)
Lexpress   21 septembre 2011
L'auteur de Radeau, L'Impasse ou encore Cour nord prouve, avec ce septième roman, son talent. Et si Antoine Choplin affirme ici la nécessité de l'art pour dire la fureur de la guerre et pour y survivre […], on n'en retrouve pas moins la grande sobriété de son écriture
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie92   12 mai 2022
Écoute, j'étais en train de lire ça quand tu es arrivé : " Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable ! Ô de tous les mortels assemblage effroyable ! D'inutiles douleurs éternel entretien ! Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien ! » ; Accourez, contemplez ces ruines affreuses, Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses, Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés, Sous ces marbres rompus ces membres dispersés... " On dirait que c'est d'actualité, hein ?
Oui.
Eh bien, Voltaire a écrit ça au sujet du tremblement de terre de Lisbonne.
Un tremblement de terre, c'est à la fois pareil et pas pareil, dit Basilio.
T'as raison. Ici à Guernica, les hommes ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes.
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miladomilado   29 décembre 2012
Avant de lui poser dans les mains, il faudra lui répéter combien le héron peint est différent du héron que l'on voit et encore plus du héron tout court, tel qu'en lui-même.
il lui dira aussi qu'il regrette un peu cette idée de lui donner une peinture de héron . Que bien sûr il est heureux de pouvoir lui offrir quelque chose; et en même temps, que le moindre caillou ramassé par terre aurait sûrement plus de valeur.
Bien entendu, elle protestera. Mais il voudra qu'elle comprenne. Lui offrir un caillou, ce serait l'inviter à porter un regard sur un objet véritable. Sur une chose d'origine, et non pas une esquisse de représentation, forcément imparfaite.
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miladomilado   28 décembre 2012
C'est drôle quand même. Moi je parle de gars qui se font tuer pendant que toi, tu t'emmerdes à peindre le plumage d'un héron.
Je m'emmerde pas.
Un temps.
Quand même; il doit falloir une sacrée patience, dit le soldat.
Faut surtout avoir très envie de regarder, dit Basilio. De bien regarder les choses. Le héron, ce qu'on peut en voir, et ce qu'on ne peut pas. Aussi, tout ce qui l'entoure. Tout ce qu'il y a dans l'air qu'on respire, le héron, toi et moi. C'est surtout cette envie-là qu'il faut.
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croquignolcroquignol   27 janvier 2022
Non, il faut d’abord acquérir la certitude d’avoir été repéré par le héron. Lui laisser le temps d’évaluer tranquillement la menace, puis, minute après minute, de se rassurer sur elle. Là seulement, il pourra laisser tomber le bras vers le sol, attraper un crayon gras et commencer à dessiner, avec des gestes mesurés.
Doucement, Basilio a redressé le torse, puis la nuque. Comme pour emprunter au héron quelque chose de son allure, de sa droiture, de son élégance hiératique.
Comme chaque fois, il s’émerveille de la dignité de sa posture. C’est ce mot qui lui vient à Basilio. C’est d’abord ça qu’il voudrait rendre par la peinture. Cette sorte de dignité, qui tient aussi du vulnérable, du frêle, de la possibilité du chancelant.
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Nastie92Nastie92   03 avril 2022
Il se souvient pourtant que la beauté du héron, comme celle de sa représentation, n'ont que peu à voir avec les irisations et les parures. Il conviendra seulement, comme les autres fois, mieux que les autres fois, mieux qu'il ne l'a jamais fait jusqu'à présent, d'ausculter ce héron du regard, avec une application parfaite, d'en cueillir quelques traits cachés, et surtout, une petite lueur de vie. Et c'est tout.
Voilà.
Le souffle court, Basilio commence à peindre.
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Videos de Antoine Choplin (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Choplin
Antoine Choplin, Prix Louis Guilloux 2017 Rencontre avec Antoine Choplin, lauréat du Prix Louis Guilloux 2017 pour son livre "Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar" paru aux éditions La Fosse aux Ours.
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