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EAN : 9782815943345
240 pages
Éditions de l’Aube (28/10/2021)
4.07/5   7 notes
Résumé :
Safi, petite ville côtière du Maroc.
N’ayant pas trouvé d’éditeur dans son pays ni ailleurs, un jeune écrivain décide de déclamer sa poésie à travers les hauts-parleurs d’un minaret.
Il appelle ses concitoyens à s’extirper de leur sommeil séculaire et à s’affranchir du joug de l’ignorance religieuse – un acte téméraire, inimaginable en terre d’islam.
Par son acte hasardeux, le jeune poète s’attire les foudres à la fois de la police et des isl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Très bonne surprise que ce roman centré sur le Maroc, sur Safi plus exactement, qui est une ville donnant sur l'océan Atlantique, capitale de la province du même nom. Vestige de son occupation par l'empire portugais, la forteresse construite par ces derniers pour protéger la ville clôt ce roman d'actualité où rien n'est possible pour une jeunesse en mal d'émancipation, en recherche d'accomplissement. L'ancienne activité liée à ce port de pêche, les sardineries, ne suffisent plus à occuper une population désoeuvrée. C'est sur ce terreau propice, fait de misère économique, sociale et intellectuelle que prospèrent les fanatiques de tous genres, islamistes en tête, superbement bien croqués par l'auteur qui semble bien connaître le terrain.
C'est bien écrit, vif, amer mais pas désespéré (pas loin quand même), et brosse le portrait d'un jeune qui voit dans l'émigration lointaine le seul salut possible pour son âme de poète.
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A Safi, la jeunesse masculine se divise principalement en deux. Les Homo Islamicus d'un côté, et les Égarés de l'autre. Ce qui change est le rapport plus ou moins assidu à la religion.
Se trouver entre ses deux bandes n'a rien de facile. Utiliser le minaret pour déclamer des poèmes n'a rien d'une bonne idée. Ça coûte un cassage de gueule en règle à ce pauvre poète de Moncef.

On rembobine pour retracer la brève vie de Moncef, lui « Le poète de Safi », racontée avec drôlerie par Mohamed Nedali. Sa description de la société marocaine est pleine de coups de griffes.
On voit surtout Moncef et ses deux amis se cogner contre les murs d'une réalité sociale qui ne propose rien à sa jeunesse, et ne veut pas d'eux. D'autant plus s'ils sont poètes, ou même simplement différents. C'est un portrait parfois drôle, voire moqueur, et surtout sombre que dessine M. Nedali. A Safi comme ailleurs rêver est à peu près tout ce qui reste aux gens ordinaires qui ont envie de s'échapper de leur univers, du chemin tracé à l'avance par un déterminisme aussi tenace que buté.

« Peuple borné, peuple ignare,
Réveille-toi !
Sors de ta léthargie !
Reviens à la vie !
Renais au monde ! »

On retrouve ensuite Moncef au commissariat, en garde à vue, lui le blessé, le tabassé. La suite du portrait vire carrément au noir. Corruption, radicalisation, enfermement commencent à résonner autour de ce pauvre poète. Et surtout, le discours des policiers fait penser aux dystopies comme « 1984 » ou « Fahrenheit 451 ». L'état et surtout la religion répondent à l'ensemble des problèmes quotidiens, s'élever contre est à la fois une hérésie et un non-sens.
le huis-clos de la déposition, quand Moncef est interrogé par deux policiers, surnommés Hercule et Raffarin par l'auteur, est un beau mélange d'humour, de politique, de poésie, de bêtise, et d'éloge de la libre pensée. On se demande quand même comment cela va se terminer.

le roman n'a de cesse de balancer entre l'humour, l'ironie, et la noirceur sociale. Les amateurs d'enquête peuvent passer leur chemin. Il y a bien un crime mais pas de victime, hormis Moncef. Très vite se pose la question de son devenir immédiat, Mohamed Nedali maintient un certain suspense jusqu'aux toutes dernières pages, tout en décochant des flèches bien acérées n'épargnant personne.
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15 heures, ce n'est pas l'heure de l'appel à la Prière, et un curieux discours sort des haut-parleurs du minaret. Tandis que sur la place trainent deux bandes de jeunes "Les Egarés" et "Les Homo islamicus". 

Moncef, le poète, a déclamé son poème et les homo islamicus commencent à le lyncher. Il doit sa vie aux policiers qui l'embarquent et le mènent à l'hôpital.

Le roman raconte comment le fils d'un marin pêcheur, mis au chômage par la raréfaction des sardines a quand même réussi sa licence en Lettres arabes, chômeur diplômé, tente de publier ses poèmes et de faire connaître ses oeuvres.

"vue de la mer, Safi est une ville magnifique, avec ses remparts en moellons et ses donjons dominant le plateau de la ville ancienne, ses chemins de ronde, Bab Agrour, Dar Soltane avec, au beau milieu, son arbre amazonien, plusieurs fois centenaire, la colline des Potiers, ses fours en terre cuite et ses chapelles
sépulcrales, le Palais de la mer, ou plutôt ce qu'il en reste, les silos cylindriques du port, la falaise Amouni
érodée par les vagues, le quartier Sidi Bouzid surplombant la ville comme une forteresse inexpugnable"

C'est aussi une ode à sa ville, Safi, que nous avions inclue dans notre circuit. Circuit trop ambitieux que nous avons dû raccourcir, les distances sont longues au Maroc et il faut scrupuleusement respecter les limites de vitesse. Ce livre m'a fait regretter!

Ode aussi à la sardine, 

"la sardine est à Safi ce que l'eau est aux plantes : un aliment vital, indispensable à son existence."

Un roman très plaisant que je vous recommande!
Lien : https://netsdevoyages.car.bl..
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
Le bagou nourrit son homme ! Il le nourrit même très bien ! Regarde un peu tous ces filous qui nous gouvernent ! De quoi vivent-ils, si ce n’est de leur bagou ? Ils ne travaillent ni dans les usines, ni dans les champs, ni dans les chantiers. Ils ne produisent rien d’autre que du baratin à longueur de journée. Et pourtant ce sont eux qui nagent dans l’opulence et pètent dans la soie.
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« Cest lui l'auteur du faux appel ! tonne le muezzin, écumant de rage. C'est lui le profanateur de la maison d'Allah ! »
À ces mots, un solide luron d'une trentaine d'années, la barbe teinte au henné, charge Moncef par derrière et lui assène un violent coup de pied au bas du dos, accompagné d'un « Allahou akbar ! », détonant comme une bombe. Les autres lui emboîtent le pas : les coups de poing et de pied pleuvent de partout avec une bestialité effrayante, suivis d'imprécations, insultes et crachats ; c'est comme si on ouvrait la boîte de Pandore. Face à des scènes pareilles, assez fréquentes dans les rues populeuses, on prend soudain conscience que la plupart de nos concitoyens, quoique souvent d'une apparence moderne et émancipée, tiennent moins de l'homme civilisé que du troglodyte mal dégrossi.
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Les écoles et universités fabriquent chaque année des légions d’incultes et d’obscurantistes, plus capables de barbarie que d’actes civilisés ; le Livre fait la chasse aux livres, les écrivains végètent dans la gêne et l’indifférence, l’intelligence s’éteint, le beau décline, l’esprit critique se meurt, la bêtise bat son plein. Il est écrit quelque part dans la fameuse Mouqaddima d’Ibn Khaldoun, encore lui, que lorsqu’une nation opte pour la débilisation massive de ses citoyens, sa fin devient imminente.
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« Le roman est une revanche sur le Destin », « La poésie est le seul beau souvenir que l’homme ait gardé de son séjour au paradis », « De toutes les sciences, seule la littérature veille à sauvegarder l’humain en nous », « Écrire, c’est concevoir autrement la vie », « Narrer, c’est faire diversion », « Penser, c’est contester la marche du monde », « L’écriture est un piètre ersatz de la vie », « La poésie est l’intelligence du cœur, le roman, le miracle de la conscience », « Je ne conçois pas la vie sans les Belles-Lettres », « Au commencement, il y avait le récit », « Le monde est un conte merveilleux », « La nouvelle est un roman avorté », « La poésie est la négation du réel », « Qui maîtrise la narration maîtrise le monde », « La grammaire est l’expression de l’ordre établi », « La littérature sauvera l’humanité d’elle-même », « Le style fait l’auteur »… Voilà quelques exemples de citations inventées de toutes pièces, dont j’agrémentais mes dissertations et commentaires composés, les imputant, sans états d’âme, à des penseurs européens ou américains. Il est certain que si je disais la vérité sur l’origine de ces formules, non seulement mes professeurs ne me croiraient pas une seconde mais, en plus, ils trouveraient le moyen d’en contester la teneur, voire la désavouer complètement.
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Rien ni personne ne peut ébranler leur foi, pas même l’indifférence, ce pire ennemi du talent. Certains ont un emploi de petit fonctionnaire qui les protège de la faim ; d’autres, au chômage, vivotent au jour le jour. Quand leur ouvrage est fini, ils font des pieds et des mains pour l’autoéditer, souvent avec de l’argent emprunté à des amis ou à des membres de leurs familles, certains qu’ils auront toutes les peines du monde à les rembourser. Leur seul espoir : être lus par une minorité de leurs concitoyens ; la majorité, inculte ou analphabète, ou les deux à la fois, n’ayant pour tout plaisir que celui de gueuletonner et de copuler.
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