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Journal (Anaïs Nin) tome 1 sur 7

Gunther Stuhlmann (Éditeur scientifique)Marie-Claire van der Elst (Traducteur)
EAN : 9782253042013
509 pages
Le Livre de Poche (01/06/1987)
3.8/5   109 notes
Résumé :
« Le journal est mon kif, mon haschisch, ma pipe d'opium. Ma drogue et mon vice. Au lieu d'écrire un roman je m'allonge avec un stylo et ce cahier, et je rêve, je me laisse aller aux reflets brisés, je quitte la réalité pour les images et les rêves qu'elle projette...
Ma drogue. Elle recouvre tout d'un voile de fumée, elle transforme tout à la manière de la nuit. Il faut que tout ce qui est matériel soit ainsi fondu dans le creuset de mon vice car, sinon, la... >Voir plus
Que lire après Journal, tome 1 : 1931-1934Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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La première partie du journal relate ses relations avec l'auteur Henry Miller et June, la femme de ce dernier, tandis que la suite fait entrer d'autres personnes dont les psychanalystes Allendy et Rank, Antonin Artaud et le père d'Anaïs.
Avec June et Henry, deux rapports très différents se mettent en place. D'un côté, Henry, les discussions sur l'écriture, sur la vérité, sur June évidemment, ainsi que des sorties dans Paris. Une admiration réciproque qui naît aussi bien de leurs points communs que de leurs différences. de l'autre, June, troublante June. Leur amitié se fonde sur la fascination, toutes deux trouvant en l'autre un modèle. Les mensonges de June, sa vie flamboyante, sa passion, transportent Anaïs.
Et au bout de plusieurs dizaines pages, quand l'enthousiasme s'évapore, la lecture m'est devenue plus pénible. Impossible, entre ces trois-là, de cerner une vérité. June et Henry s'entre-déchirent tandis qu'Anaïs prend parti tantôt pour l'un, tantôt pour l'autre, sans parler du fait qu'on subodore qu'elle aussi nous raconte son lot de mensonges (« Embellir est chez moi un vice », nous dit-elle). Leurs disputes et leurs petits problèmes me sont apparus comme particulièrement vains et puérils. Tous et toutes inventent leurs réalités qui se contredisent, s'affrontent, s'accusent mutuellement de mensonges.
Sans parler qu'il est difficile de se prendre d'affection pour ces personnalités qui semblent en permanence dans la mise en scène. Au mieux June inspire-t-elle parfois la compassion mais le fait qu'elle surjoue en permanence finit par fatiguer malgré tout, et entre les jalousies mesquines et les vols d'idées littéraires d'Henry, les incessantes déclarations prétentieuses d'Anaïs, l'éthique discutable de son psychanalyste Allendy dans sa relation docteur-patiente…, tous sont globalement exaspérants. J'ai ainsi fini par me détacher de toute la clique et ai parfois eu du mal à rester concentrée sur ma lecture.

Une lecture qui a interrogé l'image qu'Anaïs Nin souhaitait donner d'elle-même au travers de ses journaux qu'elle faisait lire à des proches, qu'elle a retravaillés et publiés de son vivant. La démarche n'étant pas purement intime, on se questionne sur sa sincérité. Comment se raconte-t-elle ? Exagère-t-elle volontairement cette image de femme compatissante, douce et généreuse ? Qui des perpétuelles félicitations et témoignages d'admirations qu'elle reçoit tant pour son caractère que ses fameux journaux ? Au fil des pages, elle semble créer divers personnages réservés à telle ou telle fréquentation : pour June, pour Henry, pour Allendy, pour Otto Rank
Les autres éléments qui contribuent à la particularité de cette lecture, c'est qu'Anaïs alimentait tellement ses journaux – rédigés pratiquement en même temps qu'elle vivait les événements, comme elle le dit à plusieurs reprises – que des coupes sévères ont dû être pratiquées, ce qui donne parfois un sentiment étrange de « cheveu sur la soupe » (je pense notamment à ce bébé dont je reparlerai qui apparaît et disparaît tout aussi brusquement). En outre, certaines personnes ont refusé d'y apparaître. Ainsi, Anaïs était mariée ces années-là, mais il n'y a absolument aucune allusion à son mari !

J'ai également été stupéfiée par la dévalorisation des femmes présentes dans son journal. Elle qui se présente comme une artiste, une femme indépendante, a parfois des propos misogynes en complet désaccord. J'ai eu beaucoup de peine pour elle dans ces moments où l'intériorisation du sexisme ordinaire ressort. Elle écrit par exemple : « Quels efforts je fais pour comprendre. Lorsque Henry parle j'ai des moments de vraie fatigue, je sens que je suis une femme qui essaie d'atteindre un savoir au-delà de ses capacités. Je tire sur mon esprit afin de suivre la trajectoire d'un esprit d'homme. »
On se demande alors dans quelle proportion son rôle de femme protectrice des hommes, cette mère pour grands enfants, cette amie indispensable pourvoyeuse de conseils, d'argent et de machines à écrire, cette posture maternelle souvent mise en scène, est joué, même si elle y trouvait de toute évidence une grande satisfaction. Elle qui, adolescente, a assisté sa mère célibataire dans l'éducation de ses frères ; elle qui, naturellement, voit les femmes à la périphérie des hommes.
De même, la manière dont chaque homme de sa vie tente de la manipuler – et généralement de l'éloigner d'Henry Miller – et d'avoir l'ascendant sur elle est ahurissante. Son père retrouvé la veut aristocrate, jolie fille à exhiber, loin de l'influence d'Henry ; Allendy, la voyant comme quelqu'un de sincère et simple, souhaite l'éloigner d'Henry qui ne mériterait pas son amitié ; Artaud réclame sa présence et son approbation (dans un jeu de « je t'aime moi non plus » assommant). Ainsi, elle est déchirée entre la discipline de soi prônée par son paternel, par le chaos d'Henry, par l'attrait des drogues consommées par Artaud, par la psychanalyse, et finit par mentir sur le fait qu'elle reste toujours très proche d'Henry pour donner aux uns ou autres ce qu'ils veulent entendre, ne se laissant pas influencer dans le choix de ses fréquentations.

Quelques pages ont toutefois éclairé cette lecture. Des moments de franchise, de sincérité, où Anaïs apparaît plus « humaine », dans ses doutes et ses peurs. Il y a les passages avec son père, ces retrouvailles dans lesquelles elle place l'espoir d'une relation de confiance, cette désillusion progressive tandis que son regard sur son père, perdant le voile de l'espérance, devient plus objectif. Et ce presque final racontant sa grossesse d'un enfant qu'elle incite à ne pas naître, discours déchirant d'une femme qui apparaît pleine de doute envers elle-même et envers les géniteurs, ainsi que cet accouchement d'une violence incroyable, témoignage de violences obstétricales de la part d'un médecin qui ignore totalement sa peur et sa souffrance.
Si seulement le reste de journal avait eu cette même tonalité, je ne ressortirais pas de ce livre avec un si grand sentiment de vide.

La préface – en corrélation avec le peu d'informations que j'avais glanées auparavant – m'avait motivée et passionnée en abordant les sujets de l'image de soi, de la persona, du masque montré au monde (bref, des sujets qui me parlent), mais le texte en lui-même a eu du mal à me convaincre. Seuls les passages concernant sa vie très personnelle – son père et cette grossesse – ont résonné comme authentiques et ainsi intéressants.
En outre, tous ses lecteurs – les personnes à qui elle fait lire son journal – semblent trouver son écriture percutante et unique, mais je n'ai pas été marquée par sa prose. Ça se lit facilement, mais ce n'est pas renversant pour un sou. Ainsi, tous les compliments qu'elle rapporte dans son journal m'a ont laissée quelque peu perplexe et dubitative.
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La lecture des mémoires de Simone de Beauvoir m'avait tellement plu que je recherchais activement un autre auteur, de préférence une femme, qui ait lui aussi écrit ses mémoires, au cours d'une période contemporaine qui m'intéresse, soit le début de notre siècle (l'ancien en fait, pas le nouveau !).
Rien que le nom d'Anais Nin m'a plu, cela fait très exotique, lointain, mais aussi féminin et délicat. de plus, son amitié avec Henri Miller avait retenu mon attention, moi qui avait été assez déroutée avec sa "Crucifixion en rose", racontant sa période américaine avant son départ pour Paris. Et c'est là que je l'ai retrouvé d'ailleurs, avec toujours sa folie furieuse d'écrire, sa femme à moitié hystérique (June), et aussi cette vie de galères et de sangsue, à vivre aux crochets des autres!
J'ai également découvert l'univers raffiné de l'auteure, d'un temps qui ne sera plus, où la vie avait une toute autre tournure que maintenant. Une vieille édition du livre entre les mains, j'ai aussi regardé avec avidité les photographies des personnages sur lesquels je pouvais enfin mettre un visage: très étrange lorsque la réalité rencontre l'imagination...
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J'ai tellement peu aimé cet ouvrage que je n'en ai lu qu'un tiers... impossible d'aller plus loin! Anaïs Nin y raconte sa vie et les rapports particuliers qu'elle entretient avec Henry Miller et sa femme June, et son ami Fred. C'est une écriture très peu factuelle, et donc qui m'a très vite ennuyé. Anaïs Nin s'épanche sur ses états d'âme et tente de s'autopsychanalyser... Elle y raconte aussi sa psychanalyse avec le Dr Allendy, ses rapports personnels et professionnel avec Henry Miller et sa relation ambigue avec June, la femme de celui-ci.

Mais ce qui m'a dérangé dans ce récit, c'est qu'il n'est pas accessible au lecteur. Il s'agit bien en effet d'un journal, c'est-à-dire que le lecteur n'est pas pris en compte, cet écrit ne s'adresse à personne. Ainsi tout ce qui y est raconté m'a semblé très hermétique; je n'ai pas réussi à m'y intéresser. J'ai trouvé cela d'un ennui mortel!

Les analyses des comportements de chacun constitue la principale partie du Journal, mais aucun événement, aucune trame de narration n'a pu accrocher mon attention.

De plus, Anaïs Nin expliquant ici également ses rapports à la littérature et ses rapports professionnels avec différents auteurs, cela n'est pas accessible au lecteur lambda: cela m'a fait l'impression désagréable que ces auteurs se complaisent dans un monde d'intellectuels et d'analyse de leurs créations littéraires. On a l'impression d'assister à un salon littéraire, réunion à laquelle on ne serait pas invité.


J'ai tellement peu aimé cet ouvrage que je n'en ai lu qu'un tiers... impossible d'aller plus loin! Anaïs Nin y raconte sa vie et les rapports particuliers qu'elle entretient avec Henry Miller et sa femme June, et son ami Fred. C'est une écriture très peu factuelle, et donc qui m'a très vite ennuyé. Anaïs Nin s'épanche sur ses états d'âme et tente de s'autopsychanalyser... Elle y raconte aussi sa psychanalyse avec le Dr Allendy, ses rapports personnels et professionnel avec Henry Miller et sa relation ambigue avec June, la femme de celui-ci.

Mais ce qui m'a dérangé dans ce récit, c'est qu'il n'est pas accessible au lecteur. Il s'agit bien en effet d'un journal, c'est-à-dire que le lecteur n'est pas pris en compte, cet écrit ne s'adresse à personne. Ainsi tout ce qui y est raconté m'a semblé très hermétique; je n'ai pas réussi à m'y intéresser. J'ai trouvé cela d'un ennui mortel!

Les analyses des comportements de chacun constitue la principale partie du Journal, mais aucun événement, aucune trame de narration n'a pu accrocher mon attention.

De plus, Anaïs Nin expliquant ici également ses rapports à la littérature et ses rapports professionnels avec différents auteurs, cela n'est pas accessible au lecteur lambda: cela m'a fait l'impression désagréable que ces auteurs se complaisent dans un monde d'intellectuels et d'analyse de leurs créations littéraires. On a l'impression d'assister à un salon littéraire, réunion à laquelle on ne serait pas invité.


Lien : http://les-petitescapucines...
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Il est intéressant d'effectuer une lecture comparée de ce premier tome avec les Cahiers secrets - Henry et June de la même période. D'une façon générale, il faudrait comparer l'ensemble des tomes des années 1932-1939 avec le journal non expurgé de la même période.
Pour être publiés et ne choquer aucun des protagonistes ou témoins de la vie (sensuelle et amoureuse) d'Anaïs Nin, les écrits ont fait l'objet de réécriture.
Laure Adler et Stéphane Bollmann se sont autorisés un jugement de valeur que je n'approuve pas : "La duplicité d'Anaïs Nin prive de toute substance la prétention de son JOURNAL à une quelconque authenticité" (Les femmes qui écrivent vivent dangereusement - Flammarion, p. 125).

Qu'est-ce qu'un journal authentique ? N'est-ce pas le témoin (on parle de miroir souvent...) non seulement de vos actions, mais de vos états d'âmes, de vos fantasmes, de vos "mensonges héroïques" comme l'admettait Anaïs elle-même ? N'est-ce pas aussi, la faculté, voire la liberté de réinterpréter, des années plus tard, des situations instantanément notées dans le journal ? le travail de réécriture n'enlève rien au caractère authentique du Journal, pas davantage la dimension "amorale" de sa vie qui lui a permis de subvenir matériellement aux besoins de ses amants, grâce à son banquier de mari. Situation qu'elle ne cache précisément pas dans Le Journal et qu'il ne nous appartient pas de juger...

Nous avons, avec ce journal, qui conserve encore beaucoup de mystères, une grande oeuvre littéraire qui mélange vie personnelle et création artistique. La vie de l'auteure est dans ce Journal incomplètement publié, et Le Journal est en même temps une création littéraire autonome, fictionnelle, qui ne recouvre pas exactement la réalité vécue par Anaïs Nin.

Mais je crois qu'on le sait depuis toujours...

Pat




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Comme le nom du livre l'indique, les journaux d'Anaïs Nin sont ses journaux intimes tout simplement. Débutés lors de sa traversée de l'Atlantique, alors que le bateau sur lequel elle se trouve l'emmène sur le continent américain - loin d'un père qui à l'évidence n'en avait rien à faire d'elle - la petite Anaïs se décide à y noter les évènements qui jalonnent sa vie. Elle consigne alors ses pensées et ses journées dans un journal dans l'espoir, un jour, que son père rattrape les années qu'il n'aura pas passées en sa compagnie.

Le Journal que nous avons lu nous narre, lui, les années 1931 - 1934 alors qu'Anaïs Nin a entre 28 et 31 ans. Ce qui surprend tout d'abord, c'est la forme que prend son journal. Loin des mises en pages conventionnelles, suivant le quotidien de celui qui l'écrit au jour près, celui-ci est une longue suite d'évènements organisés par mois plus que par jours. Ce découpage donne parfois lieu à des changements de sujets étonnant d'un paragraphe à un autre sans que l'on sache vraiment le temps qui sépare l'écriture de l'un de l'écriture de l'autre. (On espère que c'est clair, en tout cas, dans notre esprit ça l'est).

Si Anaïs Nin y note ses réflexions sur l'art, sur ce que c'est que d'être artiste et y retranscrit ses conversations avec ses amis écrivains (attention, y a du beau monde dans ce livre là), elle semble aussi y instaurer peu à peu des éléments qui s'éloignent du réel. À plusieurs reprise, l'autrice sous-entend de fait que ses propos ne sont pas exemptes de mensonges. À l'instar de June, épouse de Henry Miller qui la bouleversera tout autant que l'auteur, Anaïs semble vouloir renvoyer au monde une image d'elle construite de toute pièce. Ses journaux racontent sa vie, « ornée, pimentée, dramatisée comme il faut », en somme c'est elle-même qui nous l'avoue au détour de la page 159. Les exemples pullulent dans ce sens et ce n'est un mystère pour personne, c'est même ce qui fait la spécificités de ses journaux : on ne peut jamais en démêler le vrai du faux, on ne peut en aucun cas se fier à l'autrice qui, mentant aux autres, se ment à elle-même entre les pages de son journal et par ricochet à nous aussi.

Anaïs Nin nous gratifie parfois de passages poignants, sincères qui viennent relever une lecture qui, sinon, resterait plutôt mauvaise. D'où notre l'aspect mitigé de notre chronique, vous l'aurez compris. Ainsi les passages qui évoquent sa relation avec son père nous ont semblé plus authentiques et par conséquent bien plus intéressants. On pourrait en dire de même de toute la dernière partie de l'oeuvre. Après sa rencontre avec Otto Rank, un véritable changement s'observe dans la façon dont Nin écrit dans son journal. L'autrice nous écrit et affirme paradoxalement « ne plus écrire dans son journal », et pour cause, l'usage qu'elle en fait semble se modifier imperceptiblement. le psychanalyste l'encourage effectivement à laisser la fiction pour ses romans et à se servir de ce journal uniquement de manière classique, comme un lieu où elle parle de sa vie et non plus de celle qu'elle se rêve. Ainsi la dernière partie du Journal, s'il nous parle toujours d'Anaïs Nin (Bah oui, c'est un journal quand même) semble moins « nombriliste » si l'on puis le dire ainsi. L'autrice y semble plus sincère et on a enfin l'impression de se retrouver face à un journal qui tient plus de l'intime que de la fiction.

Par certains passages, Anaïs Nin prouve qu'elle était capable de parler d'elle avec sincérité, sans fard. Et quand elle le fait, on est totalement emportées. Dommage que ces passages authentiques, de confessions, etc. restent rares, nous laissant un goût de pas assez.
Lien : https://albertebly.wordpress..
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
L'âme est peut-être le héros de ce livre, mais c'est une odyssée qui va du monde intérieur au monde extérieur, et c'est Henry qui dissipe les brumes de la timidité, de la solitude, qui m'emmène dans la rue et me fait rester dans un café - jusqu'à l'aube.
Avant lui je croyais que l'art était le paradis, et non la vie humaine, je croyais que la douleur ne pouvait devenir abstraite que dans l'art.
C'était une manière virile de maîtriser la douleur que de mettre entre soi et la vie humaine l'art et l'espace et le temps et l'histoire et la philosophie.
L'art était le remède contre la folie, ce qui soulageait des souffrances et des terreurs de la vie.
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Le Dr Allendy et Antonin Artaud sont assis derrière un grand bureau. Allendy présenta Artaud. La salle était comble. Le tableau faisait une étrange toile de fond. La lumière était crue. Elle plogeait dans l'obscurité les yeux enfoncés d'Artaud. Cela soulignait d'autant l'intensité de ses gestes. Il paraissait tourmenté. Ses cheveux, assez longs, retombaient parfois sur son front. Il a la souplesse et la vivacité de gestes du comédien. Un visage maigre, commeravagé par la fièvre. Un regard qui ne semble pas voir le public. C'est une regard de visionnaire. Il a des mains longues aux doigts longs.
A coté le Dr Allendy a l'air prosaïque, lourd, gris. Il est assis derrièrel e bureau, massif, concentré. Artaud monte sur l'estrade et commence à parler : 'Le Théâtre et la Peste'.
Veut-il nous rappeler que ce fut durant la Peste qu'un si grand nombre de merveilleuses oeuvres d'art et de pièces de théâtre ont vu le jour, parce que l'homme fouaillé par la peur de la mort, cherche l'immortalité, l'évasion, cherche à se surpasser? Mais alors, d'une manière presque imperceptible, Artaud délaissa le fil que nous suivions et se mit à jouer quelqu'un mourant de la peste. Pour illustrer sa conférence, il représentait une agonie. "La Peste" est en français un mot autrement plus terrible que 'the plague' en anglais. Mlais il n'est pas de mots pour décrire ce que jouait Artaud sur l'estrade de la Sorbonne. Il oublia sa conférence, le théâtre, ses idées, le Dr Allendy à côté de lui, le public, les jeunes étudiants, sa femme, les professeurs et les metteurs en scène.
Il avait le visage convulsé d'angoisse, et ses cheveux étaient trempés de sueur. Ses yeux se dilataient, ses muscles se raidissaient, ses doigts luttaient pour garder leur souplesse. Il nous faisait sentir sa gorge sèche et brûlante, la souffrance, la fièvre, le feu de ses en trailles. Il était à la torture. Il hurlait. Il délirait. Il représentatit sa propre mort, sa propre crcifixion. les gens eurent en premier lieu le souffle coupé. Puis ils commencèrent à rire. Tout le monde irait et sifflait !" Puis un par un, ils commencèrent à s'en aller à grand bruit, en protestant. Ils claquaient la porte en sortant.
Les seuls à ne pas bouger sont Allendy et ses proches. Encore des protestations. Encore des huées. Mais Artaud continue, jusqu'à son dernier souffle. Et il reste là, par terre. puis quand la salle s'est vidée et qu'il ne reste qu'un petit groupe d'amis, il marche droit sur moi et me baise la main. Il me demande de l'accompagner dans un café.
Tous les autres avaient quelque chose à faire. Nous nous sommes tous séparés à la porte de la Sorbonne. Artaud et moi sommes sortis. Nous avons marché le long des rues obscures. Il était blessé, durement atteint et déconcerté par les huées. Il écumait de colère : "Ils veulent entendre une conférence objective sur 'Le Théâtre et la Peste' et moi je veux leur donner l'expérience même, la peste même, pour qu'ils soient terrifiés et qu'ils se réveillent. Je veux les réveiller. Ils ne comprennent pas qu'ils sont morts. Leur mort est totale, comme une surdité, une cécité. C'est l'agonie que j'ai montrée. la mienne oui, et celle de tous ceux qui vivent.
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Henry m'a dit : " Il faut laisser les choses s'accumuler, ne pas tout utiliser immédiatement. Laissez les choses s'accumuler, reposer, fermenter : ensuite explosez. N'épuisez pas les sujets. "
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Le journal m'a appris que c'est dans les moments de crise émotionnelle que les êtres humains se révèlent avec la plus grande vérité. J'ai appris à choisir ces points culminants parce que ce sont les instants de révélation.

Introduction - extrait d'un essai On Writing paru en 1947
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Ce qui me déconcerte chez Henry, ce sont les éclairs d'imagination, les éclairs d'intuition, les éclairs de rêve. Fulgurants. Et les profondeurs. Effacez le réalisme allemand, l'homme qui se veut "le champion de la merde", comme on l'appelle, et vous obtenez un puissant imagiste. Il peut exprimer par moments les choses les plus délicates et les plus profondes. Mais cette délicatesse est trompeuse parce que lorsqu'il s'assied pour écrire, il nie cela ; il n'écrit pas avec amour mais avec colère, il écrit pour attaquer, ridiculiser, détruire. Il est toujours contre quelque chose. La colère le stimule, elle est son carburant. La colère l'empoisonne.
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Videos de Anaïs Nin (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anaïs Nin
Dans Grand seigneur, Nina Bouraoui se tourne vers l'écriture pour conjurer la douleur de la mort de son père, entré en soins palliatifs en 2022. Entremêlant les souvenirs de sa vie et le récit de ses derniers jours, elle illumine par la mémoire et l'amour un être à l'existence hautement romanesque. Le désir d'un roman sans fin rassemble quant à lui de nombreux écrits de l'autrice, portraits, nouvelles, chroniques, parus dans la presse ou publiés entre 1992 et 2022. Une oeuvre à part entière, qui pourrait se lire comme un roman racontant la vie, ses arrêts, ses errances. Ces deux parutions récentes prolongent l'oeuvre prolifique et lumineuse d'une romancière majeure de la littérature contemporaine. Elle reviendra sur son parcours d'écriture à l'occasion de ce grand entretien mené par Lauren Malka, dans le cadre de l'enregistrement du podcast Assez parlé.
Nina Bouraoui est l'autrice de nombreux romans et récits dont La Voyeuse interdite (Gallimard, prix du Livre Inter 1991), Mes mauvaises pensées (Stock, prix Renaudot 2005) ou Otages (JC Lattès, prix Anaïs Nin en 2020). Elle est commandeur des Arts et des Lettres et ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues.
Rencontre animée par Lauren Malka dans le cadre de l'enregistrement du podcast Assez parlé.
Retrouvez notre dossier "Effractions le podcast" sur notre webmagazine Balises : https://balises.bpi.fr/dossier/effractions-le-podcast/ Retrouvez toute la programmation du festival sur le site d'Effractions : https://effractions.bpi.fr/
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