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EAN : 9782354887858
320 pages
Éditeur : Gulf Stream Editeur (16/04/2020)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 63 notes)
Résumé :
Accroché au versant du mont Gris et cerné par Bois Sombre se trouve Malombre, hameau battu par les vents et la complainte des loups. C'est là que survit Rouge, rejetée à cause d'une particularité physique. Rares sont ceux qui, comme le père François, éprouvent de la compassion à son égard. Car on raconte qu'il ne faut en aucun cas toucher la jeune fille sous peine de finir comme elle : marqué par le Mal. Lorsque survient son premier sang, les villageois sont soulagé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
DreamBookeuse
  27 mai 2020
Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais mais certainement pas à cela. Et j'en suis ravie ! Ravie et toujours en train de cogiter sur ce que j'ai lu la veille au soir. Sachez que ce roman, à l'instar des dernières publications de Gulf Stream (Moitiés d'âme, Blé Noir, Ce qui coule dans nos veines) est plutôt sombre mais reflète avec brio des préoccupations contemporaines en versant un peu dans l'horreur et beaucoup dans le conte merveilleux. Âmes sensibles s'abstenir donc, tout comme les personnes particulièrement sensibles aux scènes de viol. En dehors de cela, Rouge est une pépite de l'imaginaire et je compte bien vous en convaincre.
Rouge est une jeune fille dont l'enfance a été bercée de mauvais traitements, de moqueries, de rejets, jusqu'à son nom qui fut « vomis » et qui l'affublera toute sa vie durant de sa différence. Une marque cramoisie, du Diable dirons certains, de « pas de chance » diront d'autres, qui défigurent son visage et une partie de son corps. On l'a dit marquée depuis que sa mère, devenue folle pour avoir pactisé avec le Démon, l'a mise au monde. Elle est laide, et elle rappelle constamment à Gauvain, son père, qu'il a été cocufié par le mal. Rien dans son univers n'est joyeux en dehors de la compagnie de Liénor, un jeune homme particulièrement beau qui, au détriment de la vie de sa mère, s'acoquine avec la Cramoisie. Seule condition : pas le droit de toucher l'autre.
Dès le départ l'héroïne est donc martyrisée par la vie dans un village qui ne l'est pas moins, maudit par une sorcière, subsistant difficilement, et devant le tribut de jeunes femmes dès leur premier sang. L'ambiance est lourde, le mont Gris bordé d'une forêt inquiétante où se cache la Grand Mère accompagnée de ses loups. Vous l'avez la référence au Petit Chaperon Rouge ? Ce conte est l'un de ceux qui est le plus réécrit, il y en a eu des dizaines de films, des dizaines d'albums et romans et pourtant c'est celui-ci précisément qui pour moi est l'interprétation la plus juste et la plus sombre du conte de Perrault.
Lorsque Rouge a ses premiers sangs et doit partir tout le monde fête son départ dans une liesse qui lui donne mal au coeur et qui m'a particulièrement dégoûtée. J'étais mal pour elle, pour cette jeune fille qui n'a rien fait à personne et qui se retrouve accusée de tous les maux. « Ne t'avise pas de faire demi-tour » lui lancera son propre père au visage. Et Liénor ? Liénor ne la regardera même pas partir, le visage baissé. Honteux ? Coupable ? Ou juste lâche ? La suite de l'aventure n'est pas plus rose que les premières pages, je dirais même que cela devient beaucoup plus sombre. On rencontre Chasseur, la Grand-Mère, un miroir magique et une histoire de beauté à conserver. On retrouve des créatures qui pourraient être monstrueuses si les humains ne l'étaient pas davantage. En bref on suit Rouge sur son long chemin de croix bordé d'épines, on la suit dans sa vengeance, dans sa douleur, dans sa honte, mais toujours dans son coeur de battante, celui qui veut connaître la vérité pour enfin crier à la face du monde le nom du véritable coupable.
Ce roman est un véritable plaidoyer pour une morale qui n'a jamais été aussi juste : ne vous fiez pas aux apparences. Les gentils ne sont pas toujours les bons, les mauvais ne sont pas toujours exceptionnellement méchants. L'intrigue est menée d'une main de maître – maîtresse devrais-je dire – de bout en bout et je me suis laissée surprendre plus d'une fois, en bien ou en mal. Je ne vous dirais pas que je n'ai pas éprouvé de dégoût. Dégoût pour ce « merci » craché au visage d'une femme après l'avoir violée. Dégoût pour la cruauté sans nom dont font preuve les gens envers ceux qui ne leur ressemblent pas. Et puis il y avait de la rage aussi, beaucoup. Je ne dirais pas non plus que j'ai passé un « bon » moment de lecture, que c'est un roman à mettre entre toutes les mains. Mais ce qui est sûr c'est que Rouge est un roman qui secoue avec une héroïne qui nous ressemble beaucoup.
Certains passages m'ont semblé un peu plus long que d'autre notamment celui de la Grand Mère qui joue à la fois la figure de la « méchante », et la figure du guide lui donnant réponse et questions. Mais le tout est tellement bien écrit. Ce langage soutenu m'aurait presque fait pleurer de joie tellement ça faisait longtemps que je ne l'avais pas lu. Et ça collait tellement bien à l'ambiance que Pascaline Nolot a donné au roman, à mi chemin entre le conte cruel et l'horrifique. A mi chemin entre la morale et son absence. Je tire mon chapeau à tous les synonymes de Rouge : la Cramoisie, la Rougeaude, la rougeoyante, la vermeille, la… A chaque nouveau mot je souriais bêtement.
Enfin, les dernières pages sont à l'image de l'ensemble : surprenantes, défiant la « différence », rappelant de voir au delà des « apparences ». Cela aurait presque mérité qu'on s'y attarde davantage, quoique cela fait aussi le charme de ce personnage que l'on a mécompris…par les mêmes raisons que Rouge fut mécomprise. Alors, s'il y a bien des leçons que donnent ce roman je n'en retiendrai que quelques unes : soyez ouverts. Ouvert aux changements, ouverts aux autres, ouverts à vous-mêmes. Et surtout ne vous détournez pas. Ne vous détournez pas des larmes, des appels au secours, ne vous détournez pas de vous, ne vous détournez pas de ce qui fait de nous des êtres humains quand bien même les animaux le sont souvent plus que nous.
En résumé
Rouge est un coup de coeur magistral à la frontière du conte du Petit Chaperon Rouge magnifiquement et librement adapté, et de préoccupations toutes contemporaines : le consentement, la différence, la féminité, l'apparence… Ce roman est une véritable claque, sombre, cruelle, qui plonge héroïne et lecteur au coeur même du mal pour mieux lui faire apprécier la lumière et les aubes « rouge espérance ».
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Saiwhisper
  24 octobre 2020
Rouge comme l'amour, car j'ai apprécié cet ouvrage revisitant le conte du Petit Chaperon Rouge. J'avais entendu du bien de ce livre et, curieuse, j'ai souhaité découvrir cette adaptation sombre, engagée et insolite. Pascaline Nolot fait de nombreux clins d'oeil à l'oeuvre originelle, reprenant par exemple l'idée de manteau écarlate, mais recouvrant ici la peau de la petite fille, la forêt dangereuse, le loup, le panier de victuailles à ramener, la Grand-Mère et le Chasseur. On notera également d'autres éléments, comme un miroir magique, qui rappellent d'autres contes classiques. Cette réécriture libre n'a cependant rien de beau : ce qu'il arrive à la demoiselle est éprouvant, tandis que les personnages sont généralement laids à l'intérieur, individualistes, violents, haineux et vils. Certes, certains d'entre eux ont un doux visage toutefois, cette histoire prouve bien qu'il ne faut jamais se fier aux apparences…
Rouge de colère. Tel a été mon sentiment face au comportement des habitants de Malombre. Ces derniers vont faire vivre un enfer à Rouge, l'héroïne. Car, dans cette bourgade, les superstitions sont légion : cette tache vermeil qui défigure la jeune fille fait peur. Elle incarne le Malin ! Quiconque la touchera recevra le châtiment divin ! Cette tache de vin va rendre la vie dure à Rouge qui, en plus de vivre à l'écart ou d'être rejetée, va alors se voir subir toute sorte de sévices aussi bien physiques que psychologiques. Pourtant, malgré les humiliations ainsi que les violences quotidiennes, l'adolescente va tout de même se montrer courageuse. Elle reste dotée d'un caractère fort et ose parfois se rebeller, en particulier aux côtés de Liénor, son seul ami (mais qui n'ose pas la toucher non plus). Rouge vit tout de même un véritable vide affectif, d'autant plus que son père la repousse et que sa mère, accusée d'être folle et d'avoir forniqué avec le diable, est morte. C'est dur… On ressent de l'empathie pour elle… Cela n'arrêtera pas l'héroïne qui, après le premier tiers du livre, va devoir quitter son village pour aller dans les bois. Elle en profitera alors pour enquêter sur ses origines, en particulier sur sa génitrice. J'avoue que la demoiselle m'a impressionnée ! Malgré son côté parfois ingénu, elle est très débrouillarde, réfléchie, brave et entière. Les sévices ne l'ont rendue que plus forte.
Alerte Rouge ! Les aventures de cette jeune paria sont immersives. La plume fluide, travaillée et poétique de l'auteure est très agréable. En dépit du quotidien révoltant de Rouge, on se sent bien dans ce conte. On a envie d'en savoir plus, en particulier sur la face cachée des citoyens. Car, en plus de se ranger aux côtés de la bannie, la narration va parfois faire des flash-back en se plaçant du côté des personnages secondaires comme le Père François, le géniteur Gauvain, Liénor, la mère de celui-ci, la Grand-Mère, etc. On se rend alors compte que, le véritable monstre n'est pas cette fille démoniaque, mais plutôt son entourage aux multiples secrets… Les Hommes sont généralement des êtres ignobles, superficiels, égoïstes, dangereux et retors : ils suivent leur plaisir, ignorant la souffrance engendrée, notamment des Femmes qui sont souvent abusées… Certains individus m'ont plus marqué que d'autres, en particulier le prêtre ou la sorcière. Cette dernière est, certes, cruelle comme les autres toutefois, elle demeure une personne lucide, franche et intéressante ! J'ai adoré son rôle dans l'intrigue.
Rouge de honte, car je n'ai pas vu venir toutes les révélations ! Si j'ai saisi les cachoteries de la plupart des habitants, je ne pensais pas que l'épilogue m'offrirait une telle claque ! Quelle chouette surprise ! Pascaline Nolot m'a bien eue. « Rouge » fait partie du PLIB et je compte bien l'ajouter à mes 25 titres sélectionnés ! Cette oeuvre a tout a fait sa place car, en plus de proposer un univers fantastique sombre et original, elle aborde une pluie de thématiques actuelles… N'hésitez pas à découvrir les péripéties de cette rougeaude au coeur sincère et vaillant !
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FungiLumini
  16 janvier 2020
J'ai eu la très belle surprise de découvrir ce roman en avant-première (il sort officiellement mi-avril) dans ma boite aux lettres en ce début d'année, merci Pascaline ! Je connaissais l'autrice pour ces livresjeunesse, ainsi que pour son roman contemporain Sur l'écorchure de tes mots. Elle propose ici une histoire fantastique bien plus sombre, conte cruel qui nous mène aux coeur d'obscurs superstitions et de tragiques événements.
Rouge est née avec une tache cramoisie qui lui couvre la moitié du visage, ainsi qu'une boursouflure près de la paupière. Sa mère, morte en couches, était folle. Catégorisée comme fille de Satan par les villageois de Malombre, Rouge est maudite, rejetée de tous, et quiconque voudrait la toucher prendrait le risque de se voir transmettre sa malédiction, voire sa pigmentation de peau… Repoussée par son père également, elle dort dans les écuries et subit chaque jour humiliations et violences de la part des villageois.
C'est un personnage très touchant, car elle parvient à continuer à se battre pour vivre, jour après jour, malgré les blessures physiques, mais surtout les coups moraux, qu'elle reçoit. Naïve et innocente, c'est très souvent avec l'énergie du désespoir qu'elle doit combattre les épreuves qu'elle traverse. Sa vie n'est que douleur et elle est condamnée à ne jamais connaitre de marques d'affection. Elle n'a qu'un seul allié : Liénor, un jeune garçon qui n'ose pas la toucher, mais qui apprécie sa compagnie.
Rouge n'est cependant pas la seule malédiction qui plane sur Malombre : depuis la mort de la mère de Rouge, la Grand-Mère, sorcière qui habite le Bois-Sombre, demande un tribut au village. Chaque fille qui saignera pour la première fois devra lui être livrée dans les jours qui suivent. Pourquoi ? Que deviennent ensuite les « bannies » ? Personne ne le sait. le grand jour arrive pour Rouge, et les villageois la donnent sans remords (voire avec grandes effusions de joie…) aux loups de la magicienne, en espérant que la malédiction qui a commencé avec la mère finisse avec la fille.
Pascaline utilise des éléments qui nous rappellent le Petit Chaperon Rouge : la couleur rouge, le chaperon, le loup, le panier de victuailles, la mère-grand dans une maison au fond des bois… Ces clins d'oeil au conte originel sont détournés par l'autrice et cachent des côtés bien sombres. Chaque être rencontré, aussi gentil et serviable qu'il puisse paraitre, cache de bien inquiétants travers. La plus grande leçon de cette histoire est « Ne vous fiez pas aux apparences, elles sont toujours trompeuses » ! On ne peut avoir confiance en personne.
Au travers de flashbacks, souvenirs ou visions, on observe les secrets les mieux gardés des villageois qui ont joué un rôle dans la vie de Rouge. On se rend compte que les personnes qui la traitent de monstre sont celles auxquelles le qualificatif irait le mieux. Les superstitions ont la vie dure à la campagne. Rouge va devoir apprendre qu'on ne peut pas sauver tout le monde, et qu'il faut parfois laisser derrière soi les gens qui s'obstinent dans leurs croyances absurdes.
Les thèmes traités par Pascaline dans ce récit sont essentiels, et tristement d'actualité : le harcèlement moral et physique, la notion de consentement, le viol, la satisfaction de plaisirs égoïstes qui passent par la souffrance des autres… J'y ai trouvé la plume de Pascaline très forte et très juste. Je pense que certaines scènes du livre pourraient choquer ou mettre mal à l'aise les âmes sensibles. Des réflexions sont mises en avant, mais surtout un véritable plaidoyer contre la culture de la culpabilisation des victimes est développé : victimes, vous avez le droit de vous sentir victimes et vous n'êtes pas coupables/responsables des actes odieux commis à votre encontre.
Vengeance, frustration, colère, tristesse, impuissance, dégoût… Un maelstrom d'émotions par lequel Rouge passe et duquel elle devra tenter de sortir pour avancer. Y parviendra-t-elle seulement ou s'y noiera-t-elle ? Nous lecteurs devons également traverser ce bouillonnement de sensations, qui va nous secouer et nous bouleverser tout autant que Rouge. Qu'aurions-nous fait à sa place ?
Ici se pose aussi la question du savoir : est-ce que toute vérité est bonne à entendre ? Rouge veut savoir qui est son père et aura à un moment le choix de savoir ou non ce qui est arrivé à sa mère. Ce choix va changer sa vie, mais aussi risquer de la détruire.
Je dois dire que j'ai beaucoup aimé découvrir le récit de vie de la Grand-Mère sorcière, un personnage honnête bien que cruel, qui met la beauté au-dessus de tout. J'ai aussi été très agréablement surprise par l'épilogue, qui propose un dernier retournement de situation auquel je ne m'attendais pas du tout !
Mon premier coup de coeur de 2020 : une héroïne victime des superstitions qui va se battre pour connaitre la vérité sur son passé et pour survivre, des clins d'oeil tout en noirceur au conte du Petit Chaperon Rouge, des thèmes et réflexions importants chargés d'émotions fortes, portés par la plume très juste de Pascaline. Un récit qui secoue sa protagoniste, mais aussi le lecteur. Je recommande grandement !
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Aelinel
  20 juillet 2020
Vous commencez à connaître mes goûts maintenant et vous savez probablement que je ne suis pas très fan du genre Young Adult. Pourtant, trois autrices font exception dans mes lectures : Nadia Coste (Le Premier), Cindy van Wilder (Les Outrepasseurs ou Memorex) et Pascaline Nolot. C'est la raison pour laquelle j'ai sélectionné Rouge dans la Masse critique Jeunesse et Young Adult de Babélio que je remercie au passage ainsi que les éditions Gulf stream pour l'envoi de ce Service Presse. de Pascaline Nolot, j'avais lu et beaucoup aimé ses deux parutions Jeunesse, aux éditions du Chat noir : Les larmes de l'araignée et Les orphelins du Sommeil. Rouge destiné aux plus de 15 ans est plus sombre mais m'a également beaucoup plu.
Rouge est une jeune fille de treize ans qui tire son nom d'une déformation physique. En effet, la moitié de son corps est recouverte par une tache de naissance cramoisie et elle possède une boursouflure au niveau de l'arcade sourcilière. Les habitants de son village Malombre la rejettent en raison de son apparence qu'ils jugent monstrueux et l'accusent d'être le fruit des relations adultères entre sa mère et un démon. Pire sa génitrice serait à l'origine d'un pacte qui pèse sur le village : lorsqu'une jeune fille a ses premières règles, elle doit quitter Malombre pour rejoindre la Grand Mère qui vit dans les bois. Mais nul ne sait ce qu'il advient d'elles par la suite.
Les villageois sont alors soulagés car Rouge ne devrait pas tarder à les quitter et avec elle, ils ont l'espoir que la malédiction prendra fin. Personne ne la regrettera, sauf peut-être le prêtre François qui l'a protégée pendant son enfance et son unique ami couvé par sa mère mais à la beauté solaire, Liénor.
La réécriture d'un conte...
Rouge est la réécriture du Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault et des Frères Grimm : les personnages principaux du conte sont présents comme la petite fille couverte de son chaperon rouge, la Grand-mère, le Chasseur (présent seulement dans la version des Frères Grimm) et le Loup ainsi que quelques éléments de l'intrigue comme la promenade en forêt avec le panier rempli de victuailles pour rejoindre la Grand-mère, dans sa maison isolée. Pascaline Nolot se réapproprie le conte original et en change complètement les paradigmes. Oubliez ce que vous croyez savoir et méfiez-vous des apparences : la grand-mère n'est pas aussi bienveillante que l'on pourrait croire, le chasseur n'est pas le héros que l'on connaît et le loup, pas aussi mauvais qu'il n'y paraît! Seul Rouge conserve son rôle d'héroïne puisque Pascaline Nolot renoue avec les toutes premières versions du conte (Notamment celle d'Egbert de Liège, de puella a Lupellis - La petite fille sauvée des louveteaux) dans lequel le Petit Chaperon Rouge prend son destin en main et se sauve elle-même.
... dur et violent...
Dès les premières pages du livre, le ton est donné puisqu'une femme se fait dévorer vivante par des loups! Et je peux vous dire que je ne m'y attendais pas du tout! Certains passages sont assez difficiles et violents. Cette violence est d'ailleurs symbolisée par l'omniprésence de la couleur rouge que ce soit sur la couverture (le titre, la quatrième de couverture et la gouttière sont de cette couleur) mais aussi dans le texte.
- Rouge est victime de harcèlement moral de la part des villageois et le champ lexical de cette couleur est très développé : ainsi, Rouge est surnommée de « Cramoisie », « la Rougeaude », « L'empourprée », etc... de part, sa tâche de naissance qui lui recouvre la moitié du corps, Rouge est ainsi mise à l'écart du village, insultée, on la dit porteuse d'une malédiction (si on la touche, on risque de devenir rouge comme elle), elle aurait été lynchée plusieurs fois si la jeune fille n'avait pas été sous la « protection » du prêtre François.
- le rouge est également la couleur du sang perdu lors des premières règles (Dans le cadre de la malédiction qui pèse sur le village, chaque jeune fille qui a ses premières règles doit partir et rejoindre la Grand-mère qui habite dans les bois : elles sont donc « punies » et condamnées à l'exil. Cela m'a fait penser que dans certains coins reculés du Népal, certaines femmes doivent quitter leur domicile pendant leur règle car elles sont considérées comme « impures »). Ou la couleur rouge représente aussi le sang versé lors de meurtres rituels (ceci m'a rappelée la Comtesse Elizabeth de Bathory qui au XVIème siècle, en Hongrie, a été tristement célèbre pour avoir séquestré et tué des jeunes filles. Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler une partie de l'intrigue).
- Enfin, le roman aborde le viol (subi par la mère de Rouge) et d'une tentative de viol sur le Petit Chaperon Rouge. J'aurais l'occasion d'y revenir dans la dernière partie.
... mais qui est au coeur de débats actuels.
Enfin, Pascaline Nolot possède un parti pris très fort et son roman s'en fait l'écho. J'en ai déjà parlé dans ma première partie mais Rouge est un ouvrage féministe :
- Les femmes prennent leur destin en main : Rouge reprend le contrôle de sa vie non seulement en découvrant son passé et celui de sa mère mais aussi grâce à l'éducation par les livres qui lui donnent des connaissances sur les plantes et elle apprend à se défendre seule (par l'apprentissage du tir à l'arc ou de la magie).
- le roman dénonce aussi les violences faites aux femmes et on ne peut pas dire que les hommes aient le bon rôle (d'ailleurs, si je dois faire une seule critique sur ce roman, je regrette qu'il n'y ait pas un seul personnage masculin qui soit positif) : deux sont des violeurs (ils n'admettent d'ailleurs pas qu'ils le sont puisqu'ils rejettent la faute sur les femmes) tandis que les autres sont lâches (L'aubergiste a abandonné sa femme quand elle est tombé malade).
- Enfin, je voulais juste terminer sur une petite phrase glissée à la fin du roman qui n'a l'air de rien comme cela mais qui répond à la polémique débutée par J.K. Rowling  sur la transsexualité et sur le rapport entre sexe et genre.
« L'absence d'épanchement rubis entre ses cuisses ne lui posait point trop souci. Ce n'était pas la physiologie qui définissait une femme... » (p. 311).
En conclusion, j'ai beaucoup aimé le roman Rouge qui est une relecture du conte du Petit Chaperon Rouge. Certes, cette nouvelle version possède quelques scènes difficiles (meurtres, viol, tentative de viol, harcèlement moral, etc...) mais par ce biais, ne dénonce-t'il pas aussi les travers de notre société tout en s'inscrivant dans les débats actuels (féminisme et le mouvement #metoo, la lutte contre le patriarcat et la culture du viol, la transphobie, etc...)? Rouge est un roman fort et engagé que je ne peux que recommander.
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l-ourse-bibliophile
  16 février 2020
Nous sommes ici sur une libre réécriture du Petit Chaperon Rouge dont les différents éléments feront leur apparition au fil du récit : la forêt, la Grand-Mère, le panier et la galette que les jeunes filles doivent lui apporter, le loup, Chasseur. Et Rouge évidemment, même si ce n'est pas sa grande capuche noire mais sa peau qui est d'écarlate. Une psyché enchantée complète le décor de conte.
En revanche, ce n'est pas une réécriture particulièrement légère.
Le roman s'ouvre sur un exergue signé Charles Perrault : « Rien au monde, après l'espérance, n'est plus trompeur que l'apparence. » Voilà qui résume à merveille ce récit. Rencontre après rencontre, Rouge découvrira que l'apparence n'est pas un indice de ce qui se cache derrière. Une thématique typique des contes : une figure avenante n'est pas forcément synonyme de bien, une physionomie repoussante n'est pas forcément synonyme de mal. Rouge en est l'incarnation même, mais, en dépit de cela, elle se laissera berner à plusieurs reprises. « Ne pas se fier aux apparences » pourrait être la morale de cette histoire et le dernier chapitre – qui m'a bien eue – est là pour enfoncer le clou.
« Rouge » est le qualificatif parfait pour ce roman de meurtres, viols, traîtrise et incendie. Les personnages sont globalement laids : violents, haineux, fourbes, menteurs, superficiels, avides. Et dangereux. A commencer par les hommes qui s'érigent en juges et prennent leur plaisir comme bon leur semble, aveugles à la souffrance qu'ils causent. Les thématiques sont d'actualité : le viol et le consentement, le harcèlement, la pédophilie… La Grand-Mère évoque même la faune qui change à l'instar du climat !
Rouge – la cramoisie, l'écarlate, la rougeaude, l'empourprée… – est victime de la superstition et de l'esprit étroit des paysans (mais l'histoire de la Grand-Mère nous montrera que la situation aurait été de même à la ville). On la croit fille d'un démon, capable d'actes sataniques, et, sans le pacte, voilà longtemps que son corps – à ne toucher sous aucun prétexte – aurait été brûlé ou lapidé. Mauvais coups, injures et humiliations font partie de son quotidien. Elle m'a beaucoup touchée par son courage, son désir d'obtenir coûte que coûte des réponses, son lien avec sa mère jamais connue. Elle qui a longtemps subi, elle s'est malgré tout donné les moyens de survivre en apprenant à lire et à subsister seule. Je ne peux rien en dire évidemment, mais j'ai trouvé son évolution très réussie tout comme l'évocation des sentiments qui l'agitent.
Alternant passé et présent, l'histoire se déroule en moult péripéties et révélations. Les interrogations affluent tant dans l'esprit de Rouge que dans le nôtre, attisées par les indices conférés par les flash-backs. L'on s'inquiète pour elle, ce qu'elle pourrait devenir aussi face aux épreuves qui s'enchaînent. Une seule chose m'a légèrement déçue cependant, un détail que je ne veux pas dévoiler, mais qui concerne la Grand-Mère : disons que je m'attendais à quelque chose d'un peu plus… profond, dirais-je.
L'écriture est magnifiquement soignée, évoquant un texte un peu daté. le vocabulaire est choisi, peu usuel. La sylve plutôt que la forêt, la chaumine plutôt que la chaumière, la vénusté plutôt que la beauté… Les mots sont des perles délicatement, minutieusement agencées. Je me suis surprise à relire plusieurs passages à haute voix pour en savourer la poésie, la musicalité. En effet, les phrases recèlent fréquemment un rythme et des rimes très agréables à lire et à entendre.
Un texte puissant, aux sujets cruels et actuels. Une belle héroïne. Une langue qui apporte un peu de beauté dans le maelstrom de laideur formé par les événements narrés.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
___Shenandoah______Shenandoah___   17 juillet 2020
Rouge. Les babines se teintèrent d'écarlate tandis que les crocs lacéraient la viande. Enragées par les gerbes de sang qui jaillissaient des chairs à vif, les mâchoires broyaient les os sans pitié et les panses affamées se gavaient. Des lambeaux de tissu maculés d'un vermeil poisseux gisaient dans la neige. Les pans d'étoffe arrachés dévoilaient le corps nu d'une personne encapuchonnée étendue au sol. Pieds et poings liés. Impuissante. Mais encore consciente. Mordue par le froid et les prédateurs, elle n'était plus que brûlure et douleur. Au-dessus d'elle, le ciel nocturne versait des larmes glacées.
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l-ourse-bibliophilel-ourse-bibliophile   16 février 2020
- Dès qu’ils t’ont regardée, les gens ont eu peur de ta différence. Avant cela, pour le même motif, ils avaient tremblé devant ta mère devenue aliénée. Aucune de vous deux ne correspondait aux critères de cette chose contraignante que l’on nomme normalité… Alors ils ont inventé toutes ces histoires à faire peur, ces boniments à propos d’œuvre de Satan et de contagion de couleur, afin de se donner bonne conscience et d’excuser leur haine. Mais rien de tout cela n’est vrai ! Tu as beau renâcler, je suis sûre que dans tes tripes, tu le ressens. Tu le sais ! Et si cela te semble difficile à avaler, rappelle-toi mon histoire. S’il y a bien une chose qu’elle m’a enseignée, c’est que la destinée est une garce patentée… Néanmoins, tu peux te consoler : même sans ta teinte hideuse, les villageois auraient sans doute usé d’une autre allégation pour te rejeter. « La fille de la folle », je parie que c’est un mobile de détestation dont ils se seraient contentés, toute pimpante et diaphane aurais-tu été !
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SioSio   20 mai 2020
Cependant, Rouge n'avait pas chuté dans le puits sans fonds de la haine et de la cruauté. Elle n'aspirait plus qu'au bien et excluait d'office d'apprendre les noirs maléfices.
Quitte, pour conséquence de cette résolution, à ne jamais être libérée de cette laideur. Une laideur dont elle s'accomodait de mieux en mieux, du reste. En fait, même si cela paraissait simpliste, presque bête, elle avait réalisé qu'il était bien plus aisé de s'accepter quand personne ne passait ses journées à se moquer de vous et à vous humilier. Il finissait même par vous venir des moments d'optimisme insoupçonné, à songer que peut-être vous n'étiez pas si défigurée, juste un brin tachetée, le sourcil à peine boursouflé...
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FungiLuminiFungiLumini   16 janvier 2020
Désolée, petite vermeille, tes espoirs naïfs demeureront inassouvis. Il n’y a rien de tout cela en toi : pas de prophétie, pas de magie. Ni noire, ni blanche. Ni même rouge. Par le Mal ou par le Bien, tu n’as pas été choisie. Tu es juste…toi. Avec tout ce que tu as dû supporter pour survivre jusque-là, je comprends que cela ne te plaise pas. Néanmoins, c’est ainsi. Il n’y a rien de particulier dans tes stigmates écarlates, hormis le fait que chacun les voit comme une abomination.
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DreamBookeuseDreamBookeuse   27 mai 2020
Puis il n’y eut plus un bruit, excepté celui des mastications voraces. Incommodé par l’odeur de la mort qui viciait l’air jusqu’au firmament, la lune pâlit dans son croissant. Spectatrice involontaire du festin sauvage, elle ne pouvait détacher son éclat d’argent du cadavre dévoré, charpie rubis sur son linceul de nacre.
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Videos de Pascaline Nolot (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pascaline Nolot
Le rendez-vous d'Angérôme de ce mois-ci vous présente les titres Gulf stream éditeur dans lesquels fleurent bon la magie de Noël et les cadeaux sous le sapin. Un lutin malin de la librairie Coiffard s'est glissé dans cette vidéo… Saurez-vous le retrouver ?
La sélection de Noël 2020 : - Pour les 3 ans et + : Suzon et le sapin de Noël d'Émilie Chazerand et Amandine Piu : https://gulfstream.fr/produit/suzon-et-le-sapin-de-noel/ Où est le renne au nez rouge ? de Sophie Adriansen et Marta Orzel : https://gulfstream.fr/produit/ou-est-le-renne-au-nez-rouge/
- Pour les 5 ans et + : Le Calendrier de l'Avent pop-up - À qui sont ces traces sur le chemin ? de Françoise de Guibert et Lucie Brunellière : https://gulfstream.fr/produit/calendrier-de-lavent-pop-up/ Le Calendrier de l'Avent pop-up - Que fabriquent les lutins dans l'atelier du Père Noël ? de Tristan Gion : https://gulfstream.fr/produit/mon-calendrier-de-lavent-que-fabriquent-les-lutins-dans-latelier-du-pere-noel-pop-up/
- Pour les 7 ans et + : L'Improbable Surprise de Noël de Julien Artigue et Loïc Méhée : https://gulfstream.fr/produit/limprobable-surprise-de-noel/ La Chaussette de Proust de Carina Rozenfeld et Marie Touly : https://gulfstream.fr/produit/la-chaussette-de-proust/ C'est Noël, c'est cadeau d'Hubert Ben Kemoun et Élisabeth Jammes : https://gulfstream.fr/produit/cest-noel-cest-cadeau/
- Pour les 9 ans et + : Monstr'Hôtel (4 tomes) de Carina Rozenfeld : https://gulfstream.fr/produit/monstrhotel-tome-1-les-chasseurs-de-tresor/ Mahaut (2 tomes) de Sophie Noël : https://gulfstream.fr/produit/mahaut-et-les-maudits-de-chene-au-loup/
- Pour les 13 ans et + : Steam Sailors, tomes 1 et 2, d'Ellie S. Green, présentés par Caroline, libraire jeunesse de la librairie Coiffard à Nantes : https://gulfstream.fr/produit/steam-sailors-1-lheliotrope/ L'Ordre du Cygne, tome 1 - Les Chevaliers de Camelote de Virginie Salobir : https://gulfstream.fr/produit/lordre-du-cygne-1-les-chevaliers-de-camelote/
- Pour les 15 ans et + : Rouge de Pascaline Nolot : https://gulfstream.fr/produit/rouge/ Chroniques des Cinq-Trônes, tome 1 - Moitiés d'âme d'Anthelme Hauchecorne : https://gulfstream.fr/produit/chroniques-des-cinq-trones-1-moities-dame/
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