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ISBN : 2848053038
Éditeur : Sabine Wespieser (30/08/2018)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 116 notes)
Résumé :
ROISSY. Sans cesse en mouvement, tirant derrière elle sa valise, la narratrice de ce roman va d'un terminal à l'autre, engage des conversations, s'invente des vies, éternelle voyageuse qui pourtant ne montera jamais dans un de ces avions dont le spectacle l'apaise.
Arrivée à Roissy sans mémoire ni passé, elle y est devenue une "indécelable" - une sans domicile fixe déguisée en passagère -, qui a trouvé refuge dans ce non lieu les englobant tous.
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
Sociolitte
  27 octobre 2018
C'est ici que le voyage commence
Roissy-Charles de Gaulle. Terminal 2. Dans les couloirs d'un des plus grands aéroports du monde, une femme seule déambule, tirant une valise à roulette, l'air assuré, elle semble se diriger vers la porte d'embarquement d'une destination inconnue.
Les aéroports n'existent pas. Ce sont des lieux de passage, dans lesquels on ne reste pas. Pourtant, peu le savent, des personnes y vivent des mois, parfois des années. Cette idée pourrait presque paraître inimaginable pour beaucoup, tant ces lieux de départ sont impersonnels. Invisibles presque, tant on ne les regarde pas. Antichambres de destinations exotiques et exaltantes, ils en deviennent transparents dans nos yeux de personnes qui n'ont pas à se soucier de savoir quoi manger ni où dormir.

Dans l'immensité du monde
Rio, Édimbourg, Santiago du Chili, Marrakech, Zurich, Cincinnati, Malaga, Vienne, Venise, Marseille, Lyon, Milan, Shanghai. Montréal.
L'aéroport est une porte ouverte sur le monde. Ses grandes façades translucides laissent passer une lumière qui nous éblouit, celle des espoirs avant les départs. Si on ne prête guère d'attention à ces longs corridors froids et artificiels, c'est parce que l'on pense déjà à notre arrivée dans la destination vers laquelle on se dirige.
Transparente, c'est ce que doit être la narratrice. Une « indécelable ». Se fondre dans la masse des voyageurs, faire comme si elle était entre deux vols, comme si elle savait où elle allait.
Surtout ne pas se faire remarquer des vigiles, du personnel navigant ou au sol, ni même des personnes qui attendent et qui pourraient la dénoncer.
Jouer à être une passagère. Simuler : une valise à la main, une assurance affirmée dans chaque pas, et marcher, marcher sans cesse, presque sans s'arrêter. Rester assise trop longtemps au même endroit la trahirait dans les yeux des caméras de surveillance omniprésentes.
« Jouer à celle qui habite quelque part ». Jusqu'à quand ?

Renaître au monde et à soi-même
Poétique, l'écriture de Tiffany Tavernier l'est assurément. Engagé dans le réel également. Sa manière de nous embarquer dans cette histoire insolite est captivante, car la narratrice n'est pas seulement une SDF qui doit tout faire pour se cacher, elle est aussi une femme à la recherche de son passé. Amnésique, elle ne sait plus qui elle est. Elle va ainsi instituer des sortes de rituels pour tenter de la ramener dans la réalité.
Se rendre chaque jour à l'arrivée du vol Rio-Paris, en mémoire du vol AF447 perdu en mer en 2009, et dont plus de la moitié des corps ne sera pas retrouvée. C'est là qu'elle rencontrera un homme qui attend lui aussi, mais pas pour les mêmes raisons qu'elle.
Car dans ce monde insoupçonné de la précarité et des laissés-pour-compte, des relations se font et se défont, des histoires d'amour et de passion.
« Comme si la proximité des avions élargissait les coeurs ». L'observation des décollages et des atterrissages est propice aux rêveries et à la contemplation. C'est ce à quoi nous invite l'auteur dans son très beau roman : une invitation au voyage, pour une femme qui a déjà pas mal couru le monde. À 18 ans, elle part pour l'Inde et s'y établira plusieurs mois entre splendeur et misère, qui lui inspireront son premier roman Dans la nuit aussi le ciel. Puis ce sera l'Arctique, et une nouvelle publication : L'homme blanc.
Roissy est son huitième roman, assurément une belle surprise de cette rentrée littéraire.
Étourdissant et fascinant, préparez-vous au décollage !
Lu en septembre 2018.
Découvrez mon article sur Fnac.com/Le conseil des libraires :
Lien : https://www.fnac.com/Roissy-..
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Ladybird123
  30 novembre 2018
Où aller...partir...fuir ?
Dans les zones d'ombre,
Dans la mémoire distillée,
Dans la foule en émulation,
Dans les couloirs aux mille destinations,
Dans quel avion embarquer
Si le vide et l'inconnu conjurent le même rendez vous.
Anna ou la femme sans nom ne sait plus. Qui elle est et ce qu'elle fait là. En transit nuit et jour dans l'aéroport de Roissy Charles de Gaules. Elle attend. Elle observe. Ces voyageurs qui partent rejoindre leur destinée ou reviennent des souvenirs pleins les poches. C'est que elle, rien ni personne ne l'attend. Sa mémoire s'est diluée lorsqu'elle s'est réveillée transparente dans l'aéroport.
Si d'autres savent ce qu'ils cherchent et où se cache le soleil, elle, elle guette les images de sa vie qui lui reviennent au détour d'un mauvais rêve, d'un panneau d'embarcation, des rencontres fortuites.
Si les avions planent dans le ciel, elle, la mystérieuse femme de Roissy, elle plane dans le vide.
Si les avions s'écrasent sur le sol dans un bruit étourdissant, elle, elle s'écrase dans la poussière de sa mémoire.
Autant de vols pour autant de destinations, paradisiaques, exotiques, d'affaires, de convenance et autant de routes à choix multiples pour se retrouver.
Huit mois à errer dans l'aéroport parisien, à fouiller les poubelles, se savonner dans les WC, dormir au hasard d'un banc ou au sous-sol. C'est son quotidien. Comment faire autrement lorsque tout l'abandonne.
L'identité est quelque part le bien le plus précieux qui sans elle, nous emmène en zones de turbulences.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, attachez vos ceintures, le vol au départ de Roissy Charles de Gaules est imminent.
Tiffany Tavernier aux commandes, elle vous embarque pour 2h30 avec à la clé, émotions, quête d'identité, douleurs et amour.
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berni_29
  25 janvier 2019
Ce sont les pas d'une jeune femme qui déambule dans le terminal d'un aéroport, celui de Roissy. Ce sont ces mots à elle. Elle arpente dans tous les sens ce lieu immense et nous fait découvrir à travers ses yeux, à travers son cœur l'envers du décor.
Aux premières pages du récit, nous faisons sa connaissance dans le Terminal 2. Son pas est alerte, elle est déterminée. Elle s'apprête sans doute à prendre un vol et nous la suivons comme si c'était un film, comme s'il y avait une caméra qui la suivait en travelling. Elle tire une valise à roulettes. Elle regarde, scrute l'écran qui indique les départs. Puis elle continue d'avancer dans les couloirs, se dirige vers une des portes, là à cet endroit précis où elle va attendre peut-être un prochain vol en partance.
Peut-être l'avons-nous déjà côtoyée si nous fréquentons souvent le Terminal 2 de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Elle s'appelle Anne, elle confie sa voix ses gestes fragiles à ce récit en huis clos, elle nous entraîne dans ce voyage immobile et invisible, elle nous prend par la main, elle nous dit qu'elle s'appelle Anne, mais, au fond, qu'en savons-nous ? Qu'en sait-t-elle d'ailleurs, elle-même ? Quelques pages plus tard, nous savons qu'elle ne partira jamais.
L'envers du décor, c'est cette vie souterraine, qu'elle partage avec d'autres ombres fugitives comme elle, des existences en transit, peut-être en sursis, comme figées au-dessus du vide, entre terre et ciel, là où le soleil vient à peine, par intermittence, fait cligner des yeux, éblouit, lorsque par hasard les pas de ces ombres invisibles les entraînent au dehors.
Elle rencontre d'autres personnages aux vies bousculées, décalées, meurtries.
Anne appartient à une communauté que l'on appelle les « indécelables ». Ils s'appellent Vlad, Josias, Liam... Ils habitent les sous-sols de l'aéroport. Chaque jour qui passe, Anne remonte à la lumière, s'invente une nouvelle histoire, un nouvel itinéraire, une nouvelle destination, un vol qu'elle n'empruntera jamais. Amsterdam, Moscou, Tenerife, Miami, Bamako, New-Delhi, Lisbonne, Sydney, Prague... Ici c'est l'immensité du monde qui s'ouvre comme un trou béant. Ces noms sonnent comme des promesses, des rêves, des lieux impossibles au-dessus du vide. Chaque jour est un nouveau jour qu'elle invente lorsqu'elle surgit du sous-sol pour arpenter ce monde à la fois grouillant et anonyme... Chaque jour elle est une nouvelle voyageuse, chaque jour une nouvelle destination s'allume dans son cœur, s'allume comme un phare dans une mer nocturne. Et puis le soir venu, elle nous entraîne dans les entrailles de ce monde.
Mais pourquoi ? C'est sa manière à elle d'être invisible, faire semblant, comme les autres. Car tous ici-bas, dans ces bas-fonds, veulent être invisibles, s'effacer le temps d'une vie, d'une parenthèse dans cette vie, resurgir au jour, faire comme s'ils voyageaient, se fondre dans la foule, se mélanger, ne plus exister ou exister d'une autre manière en s'inventant des voyages improbables. Tous ont une histoire douloureuse à fuir, ou enfouir dans ce dédale sombre.
C'est un magnifique portrait de femme, c'est un roman d'amour, c'est un livre où des itinéraires de voyageurs blessés, égarés sont en perdition comme des naufrages.
On se sait rien de cette femme, et visiblement elle ne sait plus rien d'elle-même, elle a tout oublié de sa vie, de son passé, de ce qui l'a amené ici, à se perdre comme cela sous nos yeux ébahis et attendris en même temps.
Et puis voilà qu'elle rencontre Luc. Il est souvent là au Terminal 2, attendant désespérément l'arrivée du vol en provenance de Rio, l'avion qui n'arriva jamais, le fameux vol Rio-Paris, l'avion qui disparut en mer et qui emporta sa femme et ses enfants, l'avion qu'on ne retrouva jamais... Il attend, il revient. C'est devenu comme un rite. C'est dans ce lieu fait de hasards et de bruits que ces deux êtres foudroyés par une sorte de malheur différent pour l'un et l'autre, vont se rencontrer. Mais ici nous ne sommes pas dans une bluette d'aéroport. Ici c'est une forme de vertige qui descend brutalement dans les couloirs, les sous-sols, les souterrains encore plus bas que la terre. Faut-il descendre encore plus bas, pour se cacher, fuir, survivre... ?
C'est le journal d'une femme qui perd pied. Elle ne sait pas pourquoi elle est là, elle perd pied au fur et à mesure qu'elle rencontre l'amour, au fur et à mesure que ce désir d'aimer fait resurgir dans sa mémoire effacée des lambeaux du passé. Il y a de la fragilité et de la sensualité dans cette trajectoire éperdue, une peur de vivre et une rage lorsqu'elle survient au détour d'une chambre d'hôtel, une rage d'aimer comme on s'accroche aux corps en perdition dans un même naufrage.
J'ai aimé ce livre émouvant et déroutant, j'ai aimé cette femme perdue et éperdue d'amour, j'ai aimé la retrouver dans cette chambre d'hôtel entre deux vols, j'ai aimé l'aimer entre les bas-fonds de cet aéroport et le ciel trop grand pour pouvoir la garder encore un seul instant un peu plus près de moi, avant que le bruit d'un avion l'emporte plus loin comme le frémissement d'un battement d'aile éphémère. J'ai aimé la retrouver dans ces pages, tendre mes bras vers sa mémoire endormie.
Ce roman est tout simplement beau.
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diablotin0
  30 octobre 2018
L'aéroport de Roissy Charles de Gaulles est pour moi synonyme de vacances, de liberté, d'évasion et donc de bien-être. Tiffany Tavernier nous montre une autre facette de l'aéroport. Si on y croise des jeunes mariés qui partent en voyage de noce, des couples, des groupes ou des personnes seules s'envolant vers des destinations plus ou moins lointaines, elle nous montre aussi ceux qui ne connaissent de l'aéroport que les sous-sols ou les différents terminaux sans jamais franchir les portes d'embarquements.
Mais il y a surtout l'histoire de cette femme, Anna, qui a perdu la mémoire et qui use de stratégies pour ne pas se faire repérer et ainsi vivre dans l'anonymat de cette foule en transit. Elle s'invente des vies, des destinations jusqu'au jour où elle rencontre Luc qui va être quelqu'un d'autre qu'un nom sur un badge pour quelques minutes.
Ce livre sur les « invisibles », « les indécelables », dans cet endroit grouillant de monde qu'est l'aéroport de Roissy est captivant , émouvant . Je comprends pourquoi, il est parmi les coups de coeur de ma librairie fétiche.
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Ziliz
  27 décembre 2018
Parmi les pubs pour les produits de luxe, les destinations de rêve et la banque H***, ces mots de bienvenue :
'Aéroport de Paris / C'est ici que le voyage commence.'
Foule bigarrée, polyglotte, bruyante, agitée, impatiente, fatiguée, endormie.
Vertige et angoisse pour qui découvre l'immensité et ne connaît pas ce langage crypté de chiffres & de lettres.
La jeune femme dont nous suivons les déambulations à Roissy est une passagère : « Une voyageuse anonyme comme les 90 millions d'autres qui, tous les ans, arrivent, transitent ici. »
Non, ce n'est pas tout à fait cela, elle est une 'ombre en transit'. A la fois passagère et résidente, en réalité, puisqu'elle est SDF dans l'aéroport, depuis huit mois, arrivée là après avoir complètement lâché prise, perdu la mémoire.
Elle regarde les avions, mais reste au sol et doit passer inaperçue, se fondre dans la masse du flux 'normal'. Cela exige une attention soutenue pour échapper aux « 1 700 policiers affectés à la sécurité » et « aux 700 caméras qui, 24h/24, filment les allées et venues de tous ».
Pour ne pas se faire repérer et arrêter, il importe d'être discrète, rester propre, changer d'apparence, être digne, aux aguets, s'asseoir mais pas longtemps, marcher, trouver la petite explication qui justifie une présence ici et rassure tout le monde - boulot, voyage d'affaires, loisirs, ou famille à visiter ailleurs...
Pour faire ainsi illusion si longtemps, il faut un sacré aplomb, et sans doute beaucoup de douceur, de grâce, d'écoute. Elle semble posséder toutes ces qualités, cette femme qui charme les gens qui la croisent et échangent quelques mots avec elle, s'attardent à lui parler, exprimant même parfois le désir de la revoir. Sa fragilité affleure, une détresse discrète et élégante suscite la sympathie et la générosité de ceux qui la côtoient.
Livre lu dans le cadre du prix inter-CE Cezam.
J'ai craint de ne pas accrocher en voyant le nom de l'auteur (je me méfie des 'fils/filles de'), et la maison d'édition (j'ai souvent du mal à lire les auteurs 'exigeants' de Sabine Wespieser).
Appréhension rapidement dissipée, je me suis attachée à cette femme et à ceux qui vivent autour d'elle : ceux qui connaissent son sort et l'aident, ceux qui l'ont deviné et entrent dans son jeu pour ne pas blesser son amour-propre, ceux qui, sans se poser de questions, la voient comme une personne déterminée et lumineuse.
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critiques presse (5)
LePoint   06 novembre 2018
L'écrivaine Tiffany Tavernier arpente l'aéroport, sa communauté, notre monde, et signe un superbe portrait de femme dans son roman « Roissy ».
Lire la critique sur le site : LePoint
LaCroix   05 octobre 2018
Une femme amnésique erre depuis des mois dans un aéroport à la recherche d’un passé et peut-être d’un avenir.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   01 octobre 2018
Pour « Roissy », sur une amnésique errant dans l’aéroport parisien, la romancière a rencontré tous ceux qu’il abrite, de la tour de contrôle aux combles.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Actualitte   21 septembre 2018
Tiffany Tavernier livre un roman déroutant et touchant qui arrive à avancer tout en tournant en rond. L’écriture simple et franche des chapitres courts est rythmée par les descriptions cinématographiques qui donnent une profondeur toute particulière au récit.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Liberation   17 septembre 2018
A ses yeux, Roissy est une bulle, un repaire, elle ne peut envisager de vivre ailleurs, l’extérieur lui fait trop peur. Cette femme est l’héroïne de Roissy, le nouveau roman de Tiffany Tavernier, qui nous embarque dans une balade ininterrompue dans les couloirs et les entrailles de l’aéroport.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
SociolitteSociolitte   25 octobre 2018
Marcher. Toujours marcher. Quarante-huit heures sur place ont suffit pour que j'intègre l'information. Marcher, oui. Sans cesse. Seul moyen de ne pas se faire repérer par l'un des mille sept cents policiers affectés à la sécurité ou par l'une des sept cents caméras qui, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, filment les allées et venues de tous. Marcher, aller d'un bout à l'autre des aérogares, revenir sur ses pas. Tourner en rond, quoi, car ici l'ensemble des modules des terminaux ABCDEF forment un immense 8. Se fondre dans la foule en tournant sans fin pour me protéger des regards, ceux des SDF dont je ne veux surtout pas faire partie, ceux des policiers, ceux des opérationnels enfin, plus de cent mille personnes ici.

Page 63, Sabine Wespieser, 2018.
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SociolitteSociolitte   24 octobre 2018
Une passagère, voilà ce que j’étais. Une voyageuse anonyme comme les quatre-vingt-dix millions d’autres qui, tous les ans, arrivent, transitent ici. Pressée, il fallait que je sois pressée face à sa détresse. N'avais-je pas un avion à prendre ? Réajuster ma queue de cheval, faire volte-face, partir. Trouver un vol, n'importe lequel. Me diriger vers la bonne porte d'embarquement. Le planter en somme. Le laisser face au miroir, comme n'importe quelle voyageuse le ferait, parce qu'il n'est plus question de « cela» quand on part. Un peu de monnaie à la rigueur, sauf que je n'ai pas un sou en poche. Vraiment rien. Alors demi-tour. Mais il me bloque le passage, moi, la femme aux yeux verts, valise à roulettes trouvée devant un taxi G7, moi, celle qui pourrait être mère de famille, businesswoman, touriste.

Pages 61-62, Sabine Wespieser, 2018.
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SociolitteSociolitte   26 octobre 2018
Ici, je suis en sécurité. Personne ne peut me trouver, pas même ce type croisé devant les portes du Rio. Qui, à la surface, pourrait imaginer que des hommes ont choisi de vivre à plus de huit mètres sous terre dans ces galeries souterraines ? Boyaux qui se déploient sur des dizaines et des dizaines de kilomètres sous l'aéroport. Vlad m'a confié un jour y avoir marché plus de sept heures sans en avoir jamais vu le bout. Lui, c'est dans les conduits de la galerie électrique qu'il a élu domicile. Juste en dessous passe la « fluide », où s'écoulent tous les liquides, mais, dans celle-là, on ne vit pas.

Page 83, Sabine Wespieser, 2018.
+ Lire la suite
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Ladybird123Ladybird123   30 novembre 2018
Il faut qu’il voie cela, qu’il entende cela, ce moment précis où les roues, dans un vacarme assourdissant, heurte de plein fouet le sol et où la terre, sous les pieds, tremble, explosion du monde, furie du monde, la terre, le corps, le chagrin de nos corps, percuté, scindé, freins, crissement des freins, gerbes de neige qui s’élèvent dans tous les sens.
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PiatkaPiatka   01 février 2019
Pourquoi ai-je si peur ? Est-ce parce que je suis réellement folle ? Ma peur est bien réelle pourtant, ma peur de ce blanc en moi qui, chaque nuit, m’avale. Y en a-t-il d’autres comme moi ? Est-ce le même vertige pour eux ? Je voudrais tant, parfois encore, rejoindre celle que je fus, mais, quand j’essaie d’imaginer cette femme, je me sens devenir de glace, comme si, là-bas, tout d’elle était impitoyable. Plutôt alors rester cette passagère de l’entre-deux-mondes, sans prénom ni âge, est-ce seulement encore possible ?
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Videos de Tiffany Tavernier (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Tiffany Tavernier
http://www.librairiedialogues.fr/ Numéro 97 de l'émission Dialogues littéraires de décembre 2018, filmée dans les galeries du Forum Roull à Brest, à l'occasion des expositions de Gaïdic Ollivier, Julien Laparade et Dominique le Roux. L'émission est produite par la librairie Dialogues et réalisée par Ronan Loup. Invités : Tiffany Tavernier pour "Roissy" (éd. Sabine Wespieser), Riad Sattouf pour ", tome 4" (éd. Allary) et la chronique de Noël de Nolwenn au rayon Jeunesse. Présentation : Delphine le Borgne. Interviews par Laurence Bellon et Nolwenn Bellec.
Retrouvez-nous aussi sur : Facebook : https://www.facebook.com/librairie.dialogues Twitter : https://twitter.com/dialogues Instagram : https://www.instagram.com/librairiedialogues
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