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René de Ceccatty (Traducteur)Ryôji Nakamura (Traducteur)
EAN : 9782070414772
464 pages
Gallimard (25/10/2000)
3.82/5   48 notes
Résumé :
C'est le cahier du retour au pays natal de deux frères qui entreprennent un pèlerinage dans l'île de Shikoku au sud-ouest du Japon. Taka est rentré spécialement des États-Unis pour ce voyage qui doit lui permettre d'élucider une vieille énigme familiale datant de l'époque des révoltes paysannes du XIXe siècle et Mitsu se laisse convaincre de l'accompagner pour tenter de retrouver l'élan d'une vie nouvelle dans la forêt originelle. Il a enterré son meilleur ami qui s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Curieuse intrigue que celle de ce roman lu il y a bien longtemps. le livre s'ouvre sur un suicide plutôt sordide d'un ami de Mitsu, l'un des 2 protagonistes. Son épouse est alcoolique et leur enfant est attardé mental. Ils vont décider de partir avec Taka, le frère de Mitsu, à la recherche d'un Japon où ils espèrent retrouver leurs origines familiales, dans un village du sud, lié à des révoltes paysannes. On retrouve donc, comme dans beaucoup de romans japonais, une quête des origines, un voyage initiatique, une fuite de la réalité. L'écriture de Oé n'est pas toujours facile d'accès. Son intrigue, assez improbable, non plus. C'est encore une fois, la difficulté de vivre dans ce pays qui est le sujet principal. En tout cas, je le vois comme ça.
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Le roman se présente sous la forme d'un récit fait par Mitsu. Il est dans un moment très difficile de sa vie : son meilleur ami vient de se suicider dans des conditions particulièrement choquantes, pendu dans une mise en scène effroyable, et le fils qui vient de lui naître est handicapé mental. Sa femme Natsuko et lui viennent d'ailleurs de le placer dans une institution spécialisée, et Natsuko sombre dans l'alcoolisme. C'est ce moment que choisi son jeune frère, Taka, pour revenir des USA. Une sorte d'antagonisme permanent paraît exister entre les deux frères, Mitsu remet en permanence en cause tous les propos, et la personnalité même de son frère. Mais dans un état d'abattement et d'impuissance, il se laisse manipuler, et amener avec sa femme et deux jeunes amis de Taka dans le village dont leur famille est originaire, sous le prétexte de la vente d'un pavillon qui appartient à la famille. Nous apprenons par bribes des éléments lourds du passé de la famille : la mort par lynchage d'un frère aîné, une révolte paysanne au XIX siècle pendant laquelle deux frères appartenant à la famille se sont opposés, les difficultés relationnelles entres les parents, la mort par suicide de leur soeur. Taka semble avoir eu des projets très précis en revenant dans le village, il s'identifie au frère de leur arrière-grand père, leader du mouvement paysan d'antan. Mitsu assiste aux événements en prenant le rôle de spectateur qui se refuse à toute action, quelles que soit la gravité de ce qui se passe, tout en critiquant et en prenant le contre-pied de son frère. La situation devient plus que tendue, car le village est dans une situation difficile et la violence ne demande qu'à se faire jour parmi les habitants.

Cela donne une image très sombre du Japon. Les personnages semblent avoir beaucoup de mal à se trouver, écrasés par un passé très lourd et omniprésent. La violence couve et ne cherche que l'occasion pour s'exprimer, permettant d'extérioriser toutes les frustrations. le groupe est écrasant, ne pas y appartenir est terrifiant parce qu'on peut à tout moment être victime, y appartenir mène au conformisme et à l'absence de toute possibilité de se réaliser. La conscience collective est minée par toute une série de hontes non surmontées dont il ne faut surtout pas parler, les massacres successifs, les massacres et horreurs perpétrés par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi le fait d'avoir perdu la guerre. Les choses difficiles et douloureuses que vivent les personnages semblent moins importantes que la honte qu'ils éprouvent devant le regard des autres. le village est un lieu complètement étouffant et terrifiant, comme un cauchemar de l'enfance.

Ôé parvient vraiment à rendre tous ces personnages d'une façon très tangible, nous transmettre leurs angoisses et leurs peurs, leurs difficulté à donner du sens à ce qui leur arrive, tout englués qu'ils sont dans leurs honte, dans les souvenirs du passé qui les écrase et leur sentiment d'impuissance à changer quoi que ce soit dans leur vie. Il nous distille petit à petit les éléments concernant le passé, sans jamais être non plus complètement exhaustif dans les informations ; nous pouvons ainsi, tout comme les personnages du roman, nous construire notre propre interprétation, et explication. Et la fin reste ouverte. C'est une lecture sombre et troublante, une oeuvre forte, qui laisse une trace durable.
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Mitsu est le narrateur, il a vingt-sept ans il est le père d'un enfant anormal comme sa soeur qui s'est suicidé avant de rentrer dans l'âge adulte. Mitsu ne se remet pas du suicide de son meilleur ami. "À la fin de cet été, mon ami s'est pendu, la tête et le visage peints en rouge, tout nu, un concombre dans l'anus." C'est une image récurrente que l'on retrouve à plusieurs reprise tout au long du roman. Taka est de retour des États-Unis, c'est le frère cadet de Mitsu. " Même d'un point de vue physique, mon ami me ressemblait plus que Takashi. Mon frère et moi n'avons aucun point commun." Taka conseil à son frère de commencer une vie nouvelle et retourner à Shikoku le village dont leur famille est originaire, au sud-ouest du Japon. Taka a l'espoir de suivre le destin d'un de ses ancêtres son arrière grand-père leader d'une révolte paysanne en 1860. Leur arrière-grand père n'était pas un paysan mais un administrateur du village. Taka séduit la population du village en créant un club de football. " J'espère que Taka n'imite pas le frère de mon arrière-grand-père."Jin, une paysane, gouvernante de Taka et Mitsu, et elle devient la femme la plus grosse du Japon à l'âge de quarante-cinq ans. " Les gens ont mis en elle un immense espoir religieux : un être atteint, comme Jin, d'un mal incompréhensible et désespéré, c'est peut-être le bouc émissaire qui prend en charge tous les malheurs du village."
Dans ce roman de Kenzaburô Ôé tout les grands thèmes liés à la culture japonaise sont présent : le suicide, le rapport à la nature la forêt (avec Gii, l'ermite), la neige, le racisme avec les Coréens, l'alcoolisme, la musique (gros tambour), vouloir faire revivre le passé, la danse des morts. "-S'il est certain que Taka s'intéresse à divers faits ou secrets concernant les morts de notre famille, je doute que cet historien régional satisfasse sa soif d'héroïsme."
Un roman assez déconcertant voir ardu, le climat est dur et violent, intéressant malgré tout car il évoque le Japon son histoire et ses légendes mystérieuses, tout tourne autour de l'imaginaire cher à l'auteur. le Jeu du siècle est considéré comme étant son grand roman paru en 1970.
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On retrouve des éléments autobiographiques, comme souvent, dans ce grand roman de Ôé : naissance d'un premier enfant mentalement handicapé, suicide violent d'un proche, huis clos dans le village de l'enfance coupé du monde par les rigueurs de l'hiver. Mais son oeuvre évolue quelque peu. L'enfance du protagoniste n'est plus présente qu'à travers les souvenirs d'un jeune adulte et tout le sel du récit tient dans la fragilité de sa mémoire et son aspect trompeur. Tel Faulkner ou García Márquez, l'auteur croise différentes temporalités, jouant ainsi sur les atavismes familiaux et les associations/comparaisons entre générations. Si le jeu en miroir opposant le narrateur à son petit frère peut frôler le stéréotype, il sert le propos principal de roman (du moins c'est ainsi que je l'ai senti), à savoir la capacité d'un individu ou d'une société à faire face à un réel violent et douloureux. Comme les victimes d'Hiroshima face à la "honte" des radiations, elles répondirent soit par le retrait et l'isolement social, soit par le dévoilement et le combat pour les générations futures.
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Premièrement, je dois dire que j'adore cet auteur japonais (Kenzaburo Oé), ou en tout cas tout ce que j'ai lu de lui. Ce qui ne fait pas beaucoup au finale (quatre livres). Aussi, « le jeu du siècle » est sans doute le livre de Kenzaburo Oé que j'ai le plus apprécié. Cela fait malheureusement longtemps que j'ai lu ce texte et je ne pourrais en faire une chronique très détaillée, mais il m'a semblé intéressant d'écrire quelque chose sur ce livre surtout après ma dernière critique sur Michel Houellebecq. Pourquoi cette comparaison qui n'a pas lieu d'être ? Tout simplement à cause du style puisque d'un côté nous avons une écriture remarquable et de l'autre nous avons le néant. Dans le même genre, dépressif et noir, il y a un auteur qui sait nous toucher (Kenzaburo Oé) et un autre (Michel Houellebecq) qui reste plat. Pour en revenir au livre de Kenzaburo Oé je vous invite à le découvrir si vous n'avez pas peur des écrits dépressifs, etc., car on n'en ressort forcément remué.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Quand, accroupi devant la source, je voulus boire directement de l'eau, je fus saisi d'une sensation : j'avais la certitude que tout - la petite flaque, les cailloux ronds (bleu-gris, rouges, blancs) au fond de l'eau claire qui semblait avoir cumulé la lumière de tout un jour, le frémissement de la surface - était exactement ce que j'avais vu vingt ans auparavant. L'eau, quoiqu'elle ne cessât de couler, était la même eau que celle qui coulait alors : certitude contradictoire, mais absolument convaincante pour moi. Cette sensation engendra alors directement l'idée que ce moi qui était accroupi devant la source n'était pas le même que l'enfant assis, en pantalon court, et qu'il n'y avait pas entre les deux moi de durée consistante et par conséquent que le moi accroupi maintenant était autre que le moi véritable. Le moi actuel avait perdu sa propre identité. Je n'avais aucun moyen de la récupérer ni intérieurement ni extérieurement.
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— Quand il est revenu de la maison de repos, j’aurais dû lui conseiller d’y retourner.
— Non, il ne pouvait plus rester là-bas, répondit la grand-mère de mon ami. Il avait fait une bonne œuvre, dans la maison de repos, et les autres malades mentaux le respectaient profondément. Mais il ne pouvait plus rester là-bas. N’oubliez pas cela et vous n’aurez plus rien à vous reprocher. Les choses s’étant passées ainsi, c’est vraiment clair : je suis heureuse qu’il soit sorti de là et qu’il ait vécu en liberté. S’il s’était tué là-bas, il n’aurait pas pu se pendre, la tête peinte en rouge et tout nu. Les autres malades mentaux qui le respectaient tant l’en auraient empêché.
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Vous savez que chaque cellule a une forme définie. Et quand la forme est détruite et que la cellule est amorphe, elle ne peut qu'être morte ou abîmée. Et si une telle cellule amorphe se multiplie, la feuille finira par pourrir. Il est donc dangereux pour la vie de la vallée que les éléments fondamentaux deviennent un à un amorphes, n'est-ce pas ? Mais je ne peux pas conseiller aux villageois de faire des gâteaux de riz, en imitant leurs ancêtres qui devaient suer sur le pilon, la meule et le mortier. Ils me soupçonneraient, ajouta le prêtre en riant, de ne le dire que dans l'espoir de me faire offrir des gâteaux de riz !
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"- Il se peut qu'à force de souffrir, reconnut-il, ces morts des enfers se soient accoutumés à la douleur et qu'ils ne feignent de souffrir que pour garantir l'ordre.
- C'est vrai, Mitsu : les morts sont habitués aux démons et ils n'ont plus peur !"
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Les gens ont mis en elle un immense espoir religieux : un être atteint, comme Jin, d'un mal incompréhensible et désespéré, c'est peut-être le bouc émissaire qui prend en charge tous les malheurs du village
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