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Ryôji Nakamura (Traducteur)René de Ceccatty (Traducteur)
EAN : 9782070733200
233 pages
Gallimard (24/09/1996)
4/5   145 notes
Résumé :
Pendant la seconde guerre mondiale, des enfants d'une maison de correction cheminent dans la campagne japonaise, accompagné de leur éducateur, en direction d’un village de montagne, censé leur offrir un refuge contre les bombardements. Arrivés à destination, ils réalisent rapidement que le "refuge" sera en fait leur prison : le village est isolé dans la montagne, cerné par les falaises et les ravins. Transis de froid, épuisés par la longue marche et les privations, ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
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A priori, les listes genre « Les 1001 livres à lire avant de mourir » m'indiffèrent et même me font ricaner -Le côté emphatique, ben oui à lire avant de mourir c'est mieux, parce qu'ensuite on n'est sûr de rien et aussi le côté littérature à thèse, 1984 en tête de gondole, Dieu sait que je n'ai rien contre 1984 mais enfin ce n'est pas le Livre le plus exceptionnel de tous les temps. Mais, soyons juste, un tel recensement a l'immense avantage de ne pas être euro-centré, et encore moins franco-centré; me voilà donc à piocher de la littérature japonaise -ce qui s'apparente chez moi à une vaste terra incognita- et à ouvrir ce court roman au titre énigmatique.

Eh ben c'est la claque. Comme si son auteur avait décidé d'accumuler tous les trucs les plus difficiles à accomplir en fiction -et à chaque fois c'est une réussite totale. Narration à la première personne, sans être un roman de formation. Personnages frustres, ô combien, décrits sans le moindre écart stylistique, ni condescendance, à hauteur d'auteur. Tragédie absolue, sans pathos, âpre et radicale.

C'est un adolescent qui parle, aucun doute, un ado roublard et brutal, naïf et pitoyable et le grand écrivain qui lui prête sa voix parvient à le rendre intensément réel sans jamais s'effacer et jamais l'ado ne dégrade le romancier ni le romancier ne phagocyte le jeune homme.

Bref c'est un chef d'oeuvre

Et je m'en vais ravaler mes blagues à 2 balles pour explorer consciencieusement les 1000 titres qui m'attendent encore.

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En lisant Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants, on sait dès le titre qu'on n'entre pas dans cet univers contemplatif si caractéristique d'un pan de la littérature japonaise. Ôè Kenzaburo démontre ici qu'ils sont très forts dans le domaine du réalisme le plus cru.

Pendant la seconde guerre mondiale, les jeunes garçons d'une maison de correction sont conduits jusqu'à un village perdu dans la montagne afin d'échapper aux bombardements aériens. Mal nourris, harassés, ils doivent en outre subir injures et humiliations dans chaque village traversé. Une fois parvenus à leur refuge, les villageois leur font très explicitement comprendre qu'ils sont des "bouches inutiles et indésirées". Alors que les animaux meurent en nombre d'une mystérieuse maladie ainsi que quelques humains, tout le village s'enfuit, bloquant le seul passage possible. Les enfants se retrouvent abandonnés et prisonniers.

Difficile de ne pas se sentir ébranlé et bouleversé par cette terrible histoire. L'auteur la place dans la bouche du narrateur, adolescent accompagné de son petit frère. Celui-ci, envoyé à la maison de correction par son père afin d'être évacué avec son aîné, est le personnage le plus pur du roman. Son innocence représente le pivot qui maintient le fragile équilibre du groupe abandonné

Ôè Kenzaburo imprègne son récit d'une force incroyable. Les émotions s'exacerbent et s'entremêlent dans cette situation si particulière. Je quitte son ouvrage éreintée, coeur et gorge serrées. Voilà un livre que j'ai envie de faire découvrir à mon entourage, malgré la noirceur dramatique. Pour partager la puissance narrative et l'engagement intellectuel si palpable de l'écrivain.

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Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants. le ton est donné dés le titre. Ici pas de place pour une évocation sensible du monde, ni pour la noblesse des sentiments. On est au coeur de la haine et la violence dans un Japon en pleine bourrasque, l'auteur ayant choisi pour cadre le Japon de la seconde guerre mondiale.

A quelques mois de la capitulation, sous le feu des bombardements ennemis, la population des villes se réfugie dans les campagnes. Parmi elle, des enfants d'une maison de correction dont le narrateur et son petit frère. Echoués dans cette institution parfois pour des faits étrangers à la délinquance, ils prennent la route d'un village isolé, perdu au milieu d'une forêt dense sur le flanc de la montagne, accessible uniquement par un wagonnet "sur des rails qui enjambaient la vallée", escortés de leur éducateur et des regards méprisants des paysans croisés sur leur chemin. Ils sont sales, ont des manières assez primaires et peu d'instruction. On se dit que la rencontre entre ces jeunes criminels de la ville et les villageois chargés de les accueillir que l'on imagine paisibles s'annonce rude.

Rude, glaciale, hostile, elle le fut, mais pour les enfants, qui seront enfermés dans un hangar lorsqu'ils ne seront pas chargés d'accomplir des tâches ingrates à la place des paysans. Une maladie mortelle s'insinue au sein du village, l'hostilité se transforme en haine fiévreuse… et le village en un piège qui se referme douloureusement sur les réfugiés.

Du monde extérieur, ces jeunes n'en découvrent que sa face la plus abjecte. Cynisme, barbarie, humiliation, ils sont les témoins de ce que l'auteur appelle sans cesse une "époque de folie" car " tel un interminable déluge, la guerre inondait les plis des sentiments humains, les moindres recoins des corps". Abandonnant toute humanité pour exorciser leurs peurs et les menaces, les paysans se montrent in fine bien plus rustres et féroces que les jeunes délinquants traités pas mieux que des bêtes. Pour le jeune narrateur, "il aurait mieux valu qu'ils soient des êtres sans volonté ni regard, comme une pierre, une fleur, un arbre, des êtres simplement regardés".

Un roman donc sombre, hanté par la mort, mais Kenzaburo Ôé maîtrise l'art de transformer cette réalité impitoyable et écoeurante en un roman magnifique, une véritable quête, formatrice, à laquelle les jeunes accèdent en faisant la paix avec leurs démons d'enfants. Car derrière leurs mauvaises manières et leur frustration contenue, il y a en embuscade de la solidarité, du courage profond, du désir de sincérité. Surtout chez le narrateur, personnage lumineux de ce roman prêt à se lever contre l'injustice. Et derrière l'écrivain il y a en embuscade l'homme d'empathie capable de mettre de la beauté là où il n'y en a pas. Une plume élégante, un rythme infiniment précis, une violence contenue font de cet auteur un magicien des émotions.

Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants fait partie de ces romans qui interpellent le lecteur par l'émotion vive qu'ils suscitent.

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Un roman asiatique pas du tout zen! Il ne s'agit pas d'humour, on y tire vraiment sur les enfants!

Ce texte aurait pu être publié dans une collection de romans noirs : on trouve y des enfants sales et affamés dont le destin est de se faire cracher dessus, d'être battus et humiliés, des cadavres pourrissant à enterrer, des excréments et des maladies mortelles, c'est horrible, fétide, abject…

Des enfants d'une maison de correction doivent être déplacés pour éviter les bombardements. C'est probablement la Deuxième Guerre mondiale, mais la guerre n'est qu'un contexte global. L'histoire pourrait aussi bien se dérouler un siècle plus tôt tant la misère semble grande dans le village rural isolé où sont conduits les enfants, un environnement aux gens hostiles et cruels, un lieu oublié de la civilisation.

Ce climat de survie génère des sentiments humains contradictoires : camaraderie et trahison, honte et fière rébellion, peur et bravoure. Au milieu du désespoir et la résignation, on trouve aussi un amour fraternel et un peu d'amour et d'amitié…

Un texte fluide et d'une grande force évocatrice qui plaira aux amateurs d'horreur réaliste.

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C'est un livre à la fois magnifique et terrible que nous livre ici Kenzaburo Oé.

Nous suivons un groupe d'enfants pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ces jeunes garçons sortis d'une maison de correction pour échapper aux bombardements vont être repoussés toujours plus loin dans la campagne nippone. Les villages les rejetant les uns après les autres jusqu'à ce qu'un village de montagne accepte de les accueillir.

Serait-ce enfin la fin du calvaire?

Très vite, les enfants se rendent compte que le sort qui les attend ici ne sera pas meilleur. On les force à enterrer des animaux morts, sans doute victimes d'une épidémie. Et soudain, quand des humains sont touchés, les villageois fuient en les bloquant dans ce village.

Les enfants seront livrés à eux-mêmes, mais de fait ils sont également libres et vont pouvoir expérimenter cet état pendant quelques jours. Avant que les villageois ne reviennent...

C'est un livre dur, avec un regard noir sur l'être humain. On y voit notamment comment chaque personne avec un peu de pouvoir peut essayer de l'utiliser pour en dominer d'autres, plus faibles. Il y a à l'inverse, également la vision de ce que peut donner la solidarité et la cohésion de groupe. C'est un livre magnifique, que je rapprocherais un peu du bateau-usine de Takiji Kobayashi.

Un ouvrage trouvé dans la superbe librairie «Texture » dans le XIXe arrondissement de Paris.

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critiques presse (1)
Telerama
07 mars 2012
Un grand roman sur le courage et la quête de la liberté.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation

- C'est là-haut que des Coréens sont morts ? insistai-je.

- C'est un ghetto de Coréens, précisa le forgeron à la place de l'enfant. Mais il n'y a eu qu'un seul mort. On ne sait pas si c'est la même maladie que pour les bêtes.

Mes camarades se disposaient à transporter un veau très lourd, dont le ventre lacéré laissait échapper un mélange visqueux de chair, de sang et de pus. Il m'a semblé que la maladie féroce qui avait attaqué ce veau robuste pouvait aisément étrangler un être humain.

- Dans le hangar une réfugiée est en train de mourir, dit un autre enfant dont la voix laissait percer son excitation. C'est parce qu'elle a mangé des légumes pourris qu'elle avait ramassés par terre. Tout le monde dit ça.

- S'il s'agit d'une maladie contagieuse, dis-je, il faudrait la mettre en quarantaine. Si ça se propage, ça va être épouvantable. Tout le monde va mourir.

- Il n'y a nulle part où isoler les malades, répondit le forgeron excédé. Il n'y a rien de tel.

- Mais quand une épidémie se déclare dans le village, qu'est-ce que vous faites ?

- Tout le village s'enfuit en abandonnant les malades. C'est ça, la règle. Si une maladie contagieuse se déclare dans notre village, les autres villageois autour nous hébergent. Si au contraire ça se passe ailleurs, nous prenons en charge ceux qui viennent se réfugier ici. ça s'est produit il y a vingt ans, quand le choléra s'est déclaré. On a dû passer pas moins de trois mois dans le village voisin.

Il y avait vingt ans...C'était aussi simple et solennel qu'une légende et ça me faisait rêver. Il y avait vingt ans...dans les ténèbres de l'histoire, les gens du village avaient pris la fuite en abandonnant les malades qui gémissaient de douleur. Un des survivants me parlait, à moi, si près de moi que je pouvais sentir son odeur.

- Pourquoi cette fois-ci ne fuyez-vous pas ? demandai-je sans pouvoir réprimer un halètement.

- Quoi ? Cette fois-ci ? s'exclama le forgeron. Mais il n'y a aucune épidémie. Des animaux sont morts, on a eu deux personnes malades dont une est morte. C'est tout.

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Dans nos têtes lourdes de fatigue, où le sommeil cherchait à s'infiltrer,l'image des tripes sortant du ventre du déserteur s'amplifiait tranquillement. Elle nous envahissait et nous possédait comme un poison. De temps à autre, dans le silence, certains d'entre nous éclataient sporadiquement en sanglots et d'autres ne se contenaient plus, laissant couler, en restant assis, leur urine en une flaque transparente sous leurs fesses et leurs jambes. Je pensais que je devais m'arracher à la peur violente et impérieuse qui s'était emparée de mes camarades. J'aurais voulu employer toute mon énergie à trouver en moi-même ne fût-ce qu'un infime symptôme de sensation de faim, que j'aurais dû éprouver, mais qui ne se manifestait guère. Je n'avais pas plus froid que faim et rien ne me troublait, sinon une nausée qui me montait à la gorge et une soif qui desséchait ma bouche.

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J'ai tendu le bras entre les corps de mes camarades agglutinés et, en tâtonnant, j'ai trouvé la petite main molle de mon frère, que j'ai serrée. Mon frère a répondu à ma pression avec le peu de force qu'il avait : la chaleur de ses doigts et ses pulsations enfantines m'ont transmis un sentiment de vitalité aussi alerte et souple qu'un écureuil ou un lièvre. Et c'était en même temps quelque chose que ma main devait communiquer à la sienne. L'angoisse insondable qui convulsait mes lèvres, ajoutée à ma fatigue, se répandait dans tout mon corps : je craignais qu'elle ne contaminât mon frère à travers nos mains serrées, mais probablement l'éprouvait-il déjà. Entassés comme des chiens qui auraient perdu toute force de résistance, exposés à un transport dangereux, tous mes compagnons enduraient cette épreuve, les lèvres crispées d'anxiété.

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- Je ne voulais pas faire la guerre, moi, dit soudain le soldat, d'un air grave. Je ne voulais tuer personne.

Cette fois-ci il s'installa un silence encore plus long, avec un sentiment général de malaise. Nous avons dû réprimer un fin sourire insaisissable, comme si on nous avait chatouillés à la taille, aux fesses.

- Moi, je veux faire la guerre et je veux tuer, déclara Minami.

- À votre âge, on ne comprend rien à ces choses. Et soudain tout devient clair.

Nous avons gardé un silence perplexe. On ne pouvait pas dire que c'était un sujet très drôle. C'est alors que le chien qui dormait entre les genoux de mon frère se leva lentement et alla flairer les genoux minces du soldat. L'homme lui caressa avec hésitation la tête.

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N'oubliez surtout pas que vous n'êtes que des bouches inutiles. Nous avons la bonté de vous protéger et de vous nourrir. Gardez toujours bien en tête que vous n'êtes que des bouches inutiles et indésirées. Compris?

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Vidéo de Kenzaburo Oé

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Payot - Marque Page - Kenzaburô Oé - Adieu, mon livre !
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