AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2021342131
Éditeur : Seuil (02/02/2017)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Si la défaite actuelle des armées occidentales en Afghanistan renvoie aux échecs des envahisseurs précédents, elle met également en pièces le rêve eurasien d'Alexandre Le Grand. Ce rêve " si beau, perspicace, intemporel, généreux " selon Nicolas Bouvier, et qui bouleversa Malraux.

Comment le territoire du Gandhara, où prospéra l'extraordinaire et tolérante civilisation née de la rencontre entre la Grèce et l'Orient, peut-il coïncider avec celui du dji... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
dido600
  17 décembre 2018
Un grand livre, prix Joseph-Kessel 2017, de la description des confins autour de "zone tribale" et du Peshawar cosmopolite et "british" d'avant les massacres organisés par les talibans pakistanais (134 enfants en décembre 2014), à la distinction entre le djihad national afghan, le djihad transnational d'Al-Qaida au djihad mondial et global de l'Etat islamique. Au talent de l'écrivain, à la rigueur de l'historien, le journaliste scrupuleux apporte beaucoup sur cet Afghanistan où il s'est rendu bien des fois, de 1982 à nos jours. Il illustre les paramètres de la géopolitique, que ce soit l'incompétence de la CIA armant Ben Laden qui n'a jamais combattu les Soviétiques, l'ignorance crasse des réalités et traditions locales par la coalition de bric et de broc dirigée par Washington voulant imposer une démocratie clefs en main, à l'immixtion récente de la Chine sur l'échiquier afghan.
La ligne directrice de cet ouvrage concerne le fléau du XXIe siècle, l'islamisme. C'est-à-dire la violence primitive qui nie le message fraternel du Coran, le refus de penser l'Autre, si ce n'est dans un statut dégradant, tout en reléguant la femme dans un ghetto social et familial où elle n'est qu'un "bétail". Pour dénoncer la bêtise du "djihad contre le passé" illustré par la destruction des Bouddhas de Bamiyan et des riches collections du Musée de Kaboul, sur ordre de mollahs ignares imbus du salafisme favorisé par les financements de Saoudiens chantres du wahhabisme, Jean-Marie Perrin offre un saisissant parallèle entre l'obscurantisme des talibans, qu'il a fréquentés, et la lumière d'Alexandre et du royaume de Bactriane qui lui survécut durant neuf générations à Bactres (Balkh).
Alexandre est bien le seul conquérant de l'Afghanistan. Ce fut sa plus rude campagne illustrée par le coûteux exploit, en mars 329, de la remontée de la vallée du Panshir et du passage du col de Khawak (où l'auteur a vécu une tempête de neige en octobre 2007) à 3 848 m. Ce qui lui permit de fondre par surprise sur son dernier ennemi, Bessos, l'assassin de Darius III. A l'inverse des armées d'autres envahisseurs, sauf les Mongols, les hommes d'Alexandre, légèrement équipés, étaient aussi rapides que les montagnards de ce toit du monde. Mais c'est moins par les armes que les Afghans furent conquis que par la séduction. L'histoire a retenu le mariage avec Roxane en oubliant l'essentiel : le vainqueur sut mêler l'Occident et l'Orient, au nom de l'hubris ou volonté philanthropique d'égaler les dieux. A souligner les parallèles entre la cruauté de la mort du traître régicide Bessos et le supplice du Dr Nadjibullah et de son frère par les talibans, le 25 septembre 1996, pourtant réfugiés dans l'enceinte de l'ONU à Kaboul. Pour les Américains qui le tuèrent dans son repaire pakistanais, de même Ben Laden put apparaître comme une sorte de Bessos.
Ce livre rappelle qu'il ne peut y avoir de bon reportage sans connaissance intime du passé. Ce pays a d'abord été détruit par une "bombe atomique culturelle" : Gengis Khan et ses hordes : Balkh, la ville de Bamiyan, mais aussi Samarkand, Boukhara, puis la Perse orientale avant Bagdad en 1258 par les successeurs du conquérant illettré. En résulte une fermeture du pays sur lui-même, le rejet de toute modernité et une méfiance envers l'étranger hors les règles sacrées de l'hospitalité. Citant le chef-d'oeuvre de Peter Hopkirk sur le Grand Jeu, tout en choisissant la version russe du "Combat des ombres", l'auteur donne les clefs de la plus importante défaite et humiliation de l'Empire britannique en janvier 1842, avant Singapour un siècle plus tard. Ayant été témoin au milieu des années 1980 aux côtés de moudjahidine de l'attaque de la base aérienne de Ghazni, Jean-Marie Perrin souligne que le plus puissant des matériels ne peut rien contre des combattants rustiques parfaitement adaptés au terrain et se fondant dans la population (sur le modèle de l'ALN, entre autres). Même échec des Américains que l'auteur accompagne au sein de leurs convois Mad Max, fonçant par sécurité sur les routes au mépris d'Afghans qui les méprisent.
A retenir aussi l'analyse sereine du commandant Massoud, dont l'auteur était un proche. Lecteur du Che et de Giap, cultivé, francophile, généreux, fin tacticien de la guérilla et un des grands vainqueurs des Soviétiques, il s'entoura que de Tadjiks sans concevoir un destin national. D'où ses crimes de guerre pour répondre à ceux du "bourreau de Kaboul", Gulbuddin Hekmatyar, lors de la lutte fratricide pour le pouvoir en 1992 qui détruisit une partie de la capitale. S'il était favorable à l'éducation des filles, "le lion des montagnes" ne sut s'affranchir des mollahs salafistes. Il en fut finalement victime, deux jours avant le 11 septembre 2001, par la main de deux agents du chef wahhabite et agent saoudien, Abdoul Rassoud Sayyaf (lui-même commandité par Ben Laden), dont les partisans coupaient les seins des femmes chiites entre 1992 et 1996.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
michelekahn
  23 juin 2017
Le Djihad contre le rêve d'Alexandre a obtenu le Prix Joseph Kessel 2017, décerné par la Scam au Festival des Etonnants voyageurs à Saint-Malo. Ce n'est pas un mince label !
Commenter  J’apprécie          00

critiques presse (1)
Liberation   09 février 2017
Un tableau mélancolique au constat terrible.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   26 mars 2019
L’honneur, c’est la vertu capitale des Afghans. Ahmad Shah Abdali, le fondateur de l’Afghanistan sur lequel il régna pendant vingt-six ans (il est mort en 1773) et qui fut aussi un grand poète en pachtou et en perse, l’évoque souvent dans les quelque trois mille vers qu’il écrivit :

La mort sur le chemin de l’honneur n’est pas la mort.
La vie d’un homme sans courage est vraiment un fardeau.
Je ne dévierai jamais du chemin de l’honneur puisque la valeur de ce monde est l’honneur.

Cet honneur, il existe plusieurs termes pour le désigner. Le plus fréquent est le ghayrat ou nang. D’emblée, il fait référence à la tribu, aux valeurs féodales, à l’acabiya, l’appartenance communautaire au sens le plus fort qui donne une cohésion sociale au groupe, un concept forgé par Ibn Khaldun, les sociétés urbaines et modernes ne reposant pas sur le sens de l’honneur. Aux yeux du montagnard afghan ou pakistanais, le citadin ou l’agriculteur du Pendjab en sont dépourvus, de même que l’employé, quel que soit son rang, du gouvernement ou de l’État. La notion dépasse l’individu pour englober sa famille, proche et élargie, en particulier les femmes qui ne doivent en aucun cas faillir au ghayrat des mâles de la maison, et même du clan, parfois de la tribu. C’est au nom du ghayrat qu’on surveille de près les épouses, les sœurs et les filles, que l’on contrôle le moindre de leurs déplacements, qu’on leur proscrit l’accès à certaines professions ou même d’aller chez le médecin. Le ghayrat leur évite de glisser sur la pente, si infime soit-elle, dangereuse pour l’honneur familial ou clanique, et permet de corriger sans cesse leur attitude. On utilise le même mot dans le vocabulaire des chameliers : pour que la charge portée par un dromadaire reste équilibrée de part et d’autre de sa bosse et immobile malgré le balancement de l’animal en marche ; charge qu’il est sans cesse nécessaire de réajuster.
(...)
Mais le ghayrat implique également la défense des parents et proches, des amis, des propriétés familiales, des plus faibles, la lutte contre ce qui est inique, l’oppression, le colonisateur évidemment. Ne pas se révolter, c’est attenter à son propre honneur. Ce qui fait le prestige des moudjahidine et, aujourd’hui, des talibans, c’est qu’ils sont par excellence les hommes du ghayrat : ils s’opposent à l’envahisseur qui, lui, n’est pas forcément bi-ghayrat : il l’est s’il emploie des drones ou des bombardements aériens ; il y échappe s’il se bat loyalement, sur le terrain. Le ghayrat conduit donc naturellement à la guerre. Il est comme un toboggan au profit des pulsions de mort, subtilement libérées, projetées en avant, entraînant tout l’être vers l’anéantissement de l’autre – ou de lui-même à travers le martyre. (pp. 116-118)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
enkidu_enkidu_   26 mars 2019
A cette époque, il est bien difficile de saisir ce qui sépare les barbus de Gulbuddin Hekmatyar des poilus du mollah Mohammad Omar. Les deux chefs sont des Pachtouns, le premier du nord de l’Afghanistan, le second du sud. Tous deux ont combattu l’armée soviétique – le mollah Omar y a perdu son œil. Ils sont l’un et l’autre liés aux services secrets de l’armée pakistanaise, dont ils dépendent totalement pour leur armement et leur logistique. Ils veulent enfin faire de l’Afghanistan un État strictement islamiste fondé sur la charî’a.

Au-delà des questions de personne, c’est sur la conception de cet État qu’ils divergent. Hekmatyar veut une République islamique dirigée par un parti unique, le Hezb-e-Islami, où les commissaires politiques l’emporteront sur les religieux. A sa façon, c’est un moderniste. Plus traditionaliste, le mollah Omar, qui va bientôt se proclamer Amir Mouminin (commandeur des croyants), entend établir un émirat sans aucun parti, résurgence de celui qui était censé exister du temps de Mahomet. C’est, selon eux, une bonne raison de se faire la guerre. De plus, aux yeux du mollah Omar, Hekmatyar et ses hommes sont liés aux seigneurs de guerre et aux trafiquants dont il a promis de débarrasser l’Afghanistan. (p. 65)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Lire un extrait
Video de Jean-Pierre Perrin (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Pierre Perrin
Jean-Pierre Perrin "La mort est ma servante. Lettre à mon ami assassiné."
autres livres classés : afghanistanVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1650 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre