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EAN : 9782841720330
187 pages
L’Atalante (31/05/1996)
4.22/5   39 notes
Résumé :
« J'ai démarré au kilomètre 85
dans une descente
Je fonce.
À partir de maintenant, faut tenir. »

Dans la dix-septième étape du Tour de France, Lilian Fauger, un jeune coureur dunkerquois, s'échappe contre toute attente du gros de la troupe avec une telle hargne qu'il va faire le trou.
Alors Lilian gamberge : si c'était son jour, son étape ?
Et quand derrière, la chasse est lancée, il n'est plus qu'un fuyard, un évadé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Quoi, vous voulez ma photo ? Ah non, un autographe ?
Après l'effort alors, je finis d'abord de bouffer du pignon
et d'avaler les kilomètres.
Car, remplie d'une sensation de vide
après Et j'ai quelques fois comme une grande idée,
je manquais de toutes ces voix dans ma tête,
ces coeurs qui palpitaient, battaient fort dans ma poitrine.
Pas envie de roman ordinaire, envie d'un défi et de repos en même temps,
d'un petit tour ailleurs pour laisser reposer, infuser.
Alors j'errais dans mon salon quand, une idée fusant,
je me dis que pour faire un petit tour il n'y a qu'un pas à faire vers ma bibli
- ou qu'un tour de roue… Et si je m'offrais un petit Tour de France dans la tête d'un cycliste moi ?
J'en enfile un, et file sur mon vélo de salon en ouvrant ce livre.
Ca roule ! Tout de suite, j'aime le rythme du texte :
des phrasés liés au souffle du coureur
qui épousent ses coups de pédales, de rein, et ses respirations.
Je m'échauffe dans sa roue, l'esprit libre, en roue libre, sans forcer.
Que se passe-t-il dans la tête d'un coureur qui doit s'occuper l'esprit
pour oublier la souffrance,
la monotonie d'un trajet seul
en échappée
solitaire
dans les montées
la souffrance
quand le peloton
est resté
derrière ?
Je m'essouffle
avec lui
trouve un rythme
pour m'aider
trouve un rythme
pour le suivre
dans ses
échappées
en pensées
pour oublier
cette douleur
dans ses mollets
mes mollets
qui commencent
aussi
à piquer
Alors je m'imagine
à sa place
« la course à la mort
comme si on était tout à coup
dans une arène »
Puis mon programme redevient plat
je déroule mes pensées sur le bitume imaginaire
chasse l'araignée qui grimpe et court sur ma jambe
je dérouille mes muscles endoloris
jusqu'au prochain faux-plat.
« Et pour oublier cette putain de douleur
à chacun sa technique
et la même pour tous.
Le coq-à-l'âne :
laisser la tête courir
pour oublier les jambes,
passer d'un sujet à l'autre,
en trouver un terrible, stressant,
qui occupe le bulbe
pendant trois ou quatre kilomètres.
C'est toujours ça de gagné sur la douleur ».
Alors tout y passe :
de la couleur du maillot au public
aussi nécessaire que critiquable
des paysages qui défilent aux souvenirs d'enfances
en passant par la famille, la fierté, le découragement
mais aussi les sponsors et les tactiques pour l'argent
plus que pour la valeur du coureur
la fierté, le dégoût
du spectacle télévisuel
qui nous permet d'être là
à vivre d'une passion
tout en la réduisant au star-système
au sensationnel
oubliant parfois l'humain sur la machine
l'homme sur la bête - ou la bête sur l'homme :
purée d'araignée qui revient me chatouiller
l'homme qui n'est pas bête
juste parce que son métier est physique
plusieurs d'entre eux ont fait des études,
parlent plusieurs langues.
Ainsi l'auteur justifie discrétos
le fait que son coureur fasse de bons jeux de mots
dignes de cet adepte de l'Oulipo !
Des transitions au poil d'une idée à l'autre
tiens d'ailleurs, il ne parle pas de poils,
alors que les cyclistes que je connais
se rasent ou s'épilent
en cas de blessure je crois ?
Ca me rappelle la fois
où j'ai essayé d'épiler Chou pour rire
et lui montrer ce que ça faisait
lui qui disait se demander !
Nous avons tous deux découvert alors
qu'il n'était pas cycliste dans l'âme ;-)
Je parle
je parle,
mais ça
remonte
à nouveau
« je relance
en danseuse
Georges vient
me dire
que j'mollis
que ça traîne
que je rêvasse
que les autres
les deux autres
reviennent
un peu.
Ils sont
à quatre minutes
en gros.
Je relance
j'ai mal
sacrément mal
pa-pa
ma-man
j'ai mal aux reins
trop
trop mal
je me rassois
la selle fait presque du bien ».
Il pense au massage
du soir - espoir
que ce soit son tour
son Tour aussi
en tous cas son Etape
car il veut la prime
et oui
ne nous mentons pas
c'est un métier
et pour gagner
le tour
ou le Tour
ou l'Etape
ou la prime
certains sont prêts
à tout…
Cette foutue dope,
on en parle ?
Ouf c'est la fin, mon programme ralentit
Oui on en parle, car Jean-Bernard Pouy parle de tout
Il parvient excellemment à nous mettre dans la tête du coureur
dont les pensées se poursuivent et s'entrainent
dans un effet boule-de-neige - contrôlé ou pas,
à nous mettre dans son souffle, dans ses jambes.
Sa mise en page suit brillamment le texte
et l'on s'essouffle quand il s'essouffle,
on respire lorsqu'il respire
c'est beau,
c'est à la fois épuisant et reposant.
C'est intéressant, aussi, de découvrir ce milieu
non-pas du haut de la télé mais au ras de la route,
là où ça file, où le public parfois se déchaîne
où ça déraille
où les maladresses des bipèdes créent des accidents parfois mortels.
Le rythme change tout au long du relief et du livre,
le rendant extrêmement vivant.
Et en plus de tout cela, Monsieur POUY n'en oublie pas le scénario.
Excusez, je lève mon livre et le jette sur cette araignée
qui revenait me hanter. Elle s'échappe et je recommence. Compris là ? Non mais !
Un bon moment de lecture car original et intéressant de par l'adéquation entre la forme, le point de vu, et le propos : j'ai bien aimé vivre le Tour de France vu des coulisses.
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Vous vous demandez ce qui passe par la tête d'un cycliste quand il roule pendant des heures ?
Pouy l'a imaginé pour vous !
Le jeune Lilian Fauger fait une échappée pendant le Tour de France, quelques secondes, puis une minute, jusqu'à 5 mn, et cela pendant 4 heures...
Nous suivons son flot de pensées pendant cet exercice solitaire, un flot exprimé par des phrases courtes, hachées, comme corrélées à son souffle qui se fait plus court ou plus long selon la difficulté de la route.
Le rythme lancinant du pédalage aide l'esprit à s'évader, à revenir sur des souvenirs, des moments difficiles, d'autres plus drôles...
Rappelons-nous Sami Frey pédalant sur scène en disant « Je me souviens » de Pérec, c'est, je pense, à ce spectacle que Pouy rend hommage avec ce livre singulier qu'on ne lâche pas une fois commencé.

L'exercice aurait pu être lassant, il ne l'est pas grâce au style de Pouy, vivant, pétri d'humour, et grâce au suspense qui s'installe, réussira-t-il ou pas...
Et le monde du cyclisme n'est pas épargné, avec ses magouilles, ses sponsors avides, le dopage, la toute-puissance de l'argent...
Un petit bijou pour les amateurs de Pouy et de cyclisme, et pour les autres...;-)
Et merci à mon voisin babeliote qui me l'a fait découvrir et prêté !
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Il fut un temps où les éditions L'Atalante avaient davantage la possibilité de faire du polar parmi leurs collections. Les occasions sont plus rares actuellement, mais il n'empêche qu'ils ont réédité un court roman de Jean-Bernard Pouy paru chez eux en 1996 et qui attire l'oeil.

À la façon d'un thriller haletant (et pour cause, puisque le héros a le souffle court tout du long), il met en scène la grise solitude du cycliste échappé. Un cycliste anonyme réussit à prendre la poudre d'escampette et à s'extirper du peloton lors d'une étape du Tour de France ; son but est de faire vivre l'étape du jour, voire de la gagner, ce qui semble compliqué car il n'a pas le profil du baroudeur. Et pourtant, il va crapahuter en tête de l'étape pendant un bon bout de temps. Mais à quoi peut bien penser un homme seul lancé devant une meute ? Comment occuper ces moments d'intense réflexion où chaque effort serait à calculer au plus juste ?
Jean-Bernard Pouy s'est amusé à calquer son texte et son style sur les efforts produits par le protagoniste. Cette technique se voit déjà concrètement, puisque le texte a tantôt des phrases très brèves, tantôt des phrases très longues, singeant la respiration d'un athlète en plein effort. Cela est d'autant plus mis en avant que le cycliste enchaîne sur des rythmes changeants les petits vallons, les faux-plats montants ou descendants et les interminables lignes droites. Vu la relative brièveté du roman, il n'y a pas d'ennui à avoir en suivant ce petit Lilian au destin touchant.
Finalement, l'auteur essaie quand même de nous montrer que cette échappée solitaire est un peu plus qu'une simple solitude face à la masse. À la suite du titre (54x13), le récit attaque sur un grand braquet en enchaînant les références données par le cycliste et les règles tacites qui régissent normalement un peloton, notamment celui du Tour de France ; toutefois, rapidement, l'auteur narre avant tout l'histoire à la fois classique et atypique d'un prolétaire de la route : trop seul face à l'élite, en proie aux pires pressions et qui dévoile son intimité alors qu'il est en plein effort. Ainsi, l'intérêt se déplace progressivement vers les souvenirs et les états d'âme de l'échappé. Pas d'inquiétude malgré tout, sans mettre du fantastique ou du polar dans cet ouvrage, l'auteur glisse en approchant de la fin quelques aspects plus intrigants qu'une simple évocation cycliste.

Jean-Bernard Pouy fait donc du Pouy : c'est court, c'est cinglant et c'est sanguin. Si, en plus, le fait cycliste vous passionne comme moi, alors banco !

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Lilian Fauger est un jeune coureur cycliste français. Lors de la 17ème étape du tour de France, il fausse compagnie au peloton pour se retrouver seul en tête de course. Les cadors et les grandes équipes qui roulent pour eux - ce qui n'est pas le cas de Lilian, jeune pro dont l'équipe est alors réduite à trois - laissent rarement ce type d'initiative aller à son terme. Par chance pour Lilian, aujourd'hui cela ne réagit pas très vite derrière lui, sans doute parce qu'il fait partie des mal-classés, jouant parfois le rôle de porteur de bidons pour ses partenaires. Lilian qui a prémédité son échappée commence croire à la victoire d'étape. L'auteur nous emmène dans son rêve, ou plutôt dans ses rêves puisque l'esprit de Lilian bat la campagne tandis qu'il tente d'oublier ses douleurs…

Malgré les louanges de cet ouvrage faites par plusieurs lecteurs (amateurs de cyclisme), la mise en page aérée a d'abord suscité ma méfiance, moi qui fuis les écritures hachurées et la poésie.

Très vite, j'ai été happé par l'histoire. le style et la typographie illustrent la manière dont l'esprit humain fonctionne parfois, passant d'une idée à l'autre, notamment quand on fournit un effort cadencé et pour ne plus penser aux douleurs qu'il occasionne.
De nombreuses gloires du cyclisme sont conviées, des destins tragiques rappelés, le décor et son envers (le dopage) exposés. Pour finir, et sans spoiler, on peut dire que la chute est inattendue…

Un livre que devraient adorer les amateurs de la grande boucle. Ceux qui, comme moi, aiment la petite reine mais détestent l'hypocrisie entourant la mise en scène de la compétition (cf. critiques de Bernard H. à l'encontre de Richard V. !) peuvent aussi l'apprécier.
Par contre, vous pourriez être déçu et vous ennuyer si vous appréciez surtout la déconne dans les romans noirs de JB Pouy, et êtes allergique au sport et au cyclisme... Canel, évite ! 😉
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54×13 est une échappée menée coeur gros et grand plateau dans la tête d'un coureur. "Le cycliste est un penseur. Et pour lui, penser c'est foncer" déroule le texte de Jean-Bernard Pouy, précis et huilé comme une mécanique parfaite au service de l'athlète. 30 secondes, 1 minute, 4 minutes : que vous souffle votre tête quand l'ardoisier vous la fait tourner ? Que vous crie votre corps quand le peloton vous donne un bon de sortie et que les ailes vous poussent comme le nez d'un arracheur de dents ? le texte ciselé nous plonge au coeur de la course, de son héros du jour et de toutes les dimensions qui gravitent autour, entre le code fameux qui s'applique aux coureurs et celui qui régit la vraie vie. Jusqu'à la ligne d'arrivée qui fait le rêve d'un côté et de l'autre la réalité. Impeccable et implacable, poétique et saisissant.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Le coureur cycliste doit être d'une grande prudence. D'une grande prudence de l'âme. Il ne sait jamais à l'avance ce que sera une course. Ce qu'il connait : la fameuse douleur dans les jambes et dans la poitrine en feu, il tentera de le surmonter. Le coureur cycliste est fluide, fluet, diaphane ou alors noueux et tendu. Il semble jeune, timide, souvent renfermé. Il se protège derrière un mutisme essoufflé. Le coureur cycliste sait qu'il reste souvent un prolétaire respectant des règles précises, faisant confiance à son entreprise et roulant pour un patron. Mais le coureur cycliste peut être un révolutionnaire. A un moment donné, imparable, il peut s'opposer à la loi et tenter de renverser les valeurs de sa petite société.
Pédale, camarade, le vieux monde est derrière toi... Car, petit à petit, il y a le réel qui te rattrape avec son cortège de souffrance, de malheur, de petites mesquineries et de vraies embrouilles...
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« Pédale, camarade, le vieux monde est derrière toi... Car, petit à petit, il y a le réel qui te rattrape avec son cortège de souffrance, de malheur, de petites mesquineries et de vraies embrouilles... »
Extrait du « code Wegmuller ».
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Je force le plus possible, j’ai mal, la gorge : du papier de verre.
Ça se stabilise. C’est pas vrai, je reviens, plus que vingt mètres, recoller recoller
recoller à tout prix, recoller. À deux, avec Fons, on se le fait, le Boche.
Quinze mètres. Ça doit crier à la baraque. J’entends pas Georges,
je sais même plus où il est. Deux mecs à lui dans les trois premiers.
Je recolle, c’est pas vrai, je recolle, la rage, je suis un tueur, c’est ça la volonté, puiser dans les dernières ressources, comme disent les types
à la radio. Ressources, Rézousse, le Colombien. Allez, pa-pa ma-man
pa-pa ma-man pa-pa ma-man, cinq mètres, c’est bon, c’est presque.
Pa-pa ma-man, j’ai recollé. Fons se retourne, sous le coude il se marre.
L’effort, la vache, j’en peux plus. La roue de Fons. J’entends les cris, j’étais
comme sourdingue, plus de son, le cœur qui bat. Fons me demande de coller à sa gauche
— mimiques. Je comprends : il veut se faire l’Allemand, il va y aller. Sourires,
œillades, chacun pour soi, on aura la prime, je lis tout dans ses yeux. T’as la prime d’échappée, plus celle d’arrivée, alors, chacun pour soi. Il veut flinguer
dans les deux derniers kilomètres.
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On a beau ouvrir des routes,
Porter ou non des casques
Et monter des machines
Avec des roues en peau de saucisson
Tellement c’est léger,
Pareil, ça sera toujours pareil,
Ça sera toujours des mecs
Qui en chieront sur une bécane
Et qui font un truc dangereux.
C’est dangereux, le vélo.
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Dix kilomètres de l’arrivée à peu près, ça y est, pleine banlieue de Bordeaux,
je lis pas les noms, j’ai jeté la feuille de route. C’est dur de ne voir que des baraques après tout ce vert. C’est normal : après la couleur le gris, la grisaille, et tout d’un coup, un putain de cauchemar :
un cycliste m’a doublé, j’y croyais pas, l’Allemand est passé, il me doublait,
son maillot rouge et blanc, comme si je faisais du sur-place, mes oreilles sonnaient, furieux, et puis Fons qui m’a jeté un coup d’œil pour me dire :
Accroche.
Ils ont pris dix mètres, et vingt mètres, tout de suite. Je pensais à mes parents devant la télé, ma mère pleure, mon père serre sa pogne. Trente mètres. Qu’est-ce que c’est con.
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