AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070394514
Éditeur : Gallimard (03/01/1996)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 8 notes)
Résumé :
L'herbe nous ressemble : elle pousse partout. Entre les pavés des capitales aussi bien que le long des talus.

Et notre mémoire aussi est comme une grande prairie, où l'herbe se relève sur nos sentiers.

Ainsi l'herbe nous ressemble parce qu'elle se renouvelle, tout en restant l'herbe de toujours. Elle a l'opiniâtreté de l'espérance et la profondeur de l'oubli. Le vent l'aime, il la fait courir, comme courent les mots dans nos têtes pui... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
DunadanDunadan   02 février 2020
Je ne suis quand même pas fâché de replonger dans le silence nocturne de Cosne, cette capitale intérimaire de n'importe où. A l'angle que prend ce boulevard devant une pharmacie, à la façon dont les arbres y sont taillés, je devine la direction de la gare et, avec son large porche roman hollywoodien, le cinéma Eden n'est pas moins archétype que toutes ces arrière-cours et toits cagneux, ces trottoirs soudain rétrécis le long des persiennes que je frôle, et qui ferment mal, révélant le couple humain figé dans la clarté de son lustre, près de son buffet où traîne un cadre qui les représente en habits de noces, bouffis par le fameux bonheur, et tels qu'ils apparaissent par paires interchangeables dans les vitrines des photographes. Alors qu'ordinairement je retombe dans ce cas sous le charme de l'habitude, tout se déclare à présent avec une entière étrangeté. je ne suis pas dans un n'importe où de moyenne de sociologue, mais là où n'importe où se fait si activement singulier, qu'il me faudrait des mots ayant subi la même usure, et laissant enfin se découvrir leur pâle et dur noyau, pour désigner vraiment ces toits, ces trottoirs, ces gens, ces persiennes. Je les sens inaccessibles ans un paroxysme d'évidence, de banalité, de je ne sais quoi de fictif dont mon souffle participe, et ma démarche, et maintenant le poids de mon corps étendu sur ce lit. Au loin une seule petite motocyclette gravit et redescend en sirène l'échelle des sons. C'est le seul fil onduleux qui me retient encore puis qui se casse : je dors ; j'ai dormi. Un autre fil, lumineux, se tend au plafond de la chambre, et à travers les premiers bruits du jour qui semblent tous ensemble chaussés de pantoufles, j'entends s'ébrouer sous la rosée l'herbe des talus.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
ParataxeParataxe   26 octobre 2019
"Je me demande parfois si les Parques n’étaient pas quatre ; si conformément à la tâche accessoire qu’elle accomplirait, on n’a pas oublié la plus jeune — plus jeune encore que celle de Valéry : demeurée à l’état d’enfance et, vouée à l’imitation de ses sœurs, mêlant à leur implacable et sinistre activité une touche d’espièglerie et de désordre : elle embrouille les fils de Clotho et chipe les ciseaux d’Atropos, à moins que — pour avoir la paix — on ne lui en ait offert une paire à bouts ronds, miniature, avec laquelle, dans l’espoir de grandir, elle s’entraîne sur une part de notre vie que ses aînées lui abandonnent. Dans le fil de la mémoire qui nous paraît d’un seul tenant, c’est elle, comme au hasard et de façon maladroite, qui coupe ces petits morceaux dont la disparition nous irrite, nous inquiète : un nom, un mot, un vers, le titre d’un livre ou l’adresse exacte d’un ami. Pourtant on se résigne, sachant que, presque toujours, deux ou trois brins ont échappé aux lames de l’apprentie, et que la trame finira par se reconstituer autour d’eux. Mais quelques lacunes subsistent : des moments où l’on pourrait avoir aussi bien disparu ; qui nous laissent l’étrange sentiment d’une syncope dans notre existence ou d’un dérapage sur un circuit encore plus qu’obscur. Et quand nous rejoignons inconsciemment notre trajectoire consciente, peut-être avons-nous progressé nous aussi, grâce à la Parque joueuse (au fond la moins méchante des quatre), dans l’apprentissage de notre vraie fin. Sous un point de vue mythologique, voilà comment je m’explique l’évanouissement du trajet que j’ai suivi après Tassin-la-Demi-Lune, et de nouveau maintenant entre Charbonnières et le seuil du Beaujolais."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
DunadanDunadan   01 février 2020
Alors j'ai cru comprendre que le temps est une route, et l'éternité le pays. Non le pays vers lequel la route se dirige, mais celui qu'elle traverse et qui la rend concevable. Et en dépit de tout ce qui se liguait pour que ce séjour me devînt odieux - une discipline de moines, l'inquisition morale, ma mollesse et ma vanité - j'ai su que je franchissais un des rares passages de ma vie où, de façon un peu durable, le temps qui passe et l'éternité se confondraient.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
ParataxeParataxe   26 octobre 2019
Situation de l’âme

La chair, oui, mais l’âme n’a pas désir d’éternité,
Elle qui rétrécit comme un rond de buée
A la vitre et n’est que syncope
Dans la longue phrase du souffle expiré par les dieux.
Elle se sait mortelle et presque imaginaire
Et s’en réjouit en secret du cœur qui la tourmente.
Ainsi l’enfant que l’on empêche de jouer
Se dérobe les yeux baissés contre sa transparence.
Mais les dieux, où sont-ils, les pauvres ? – A la cave ;
Et n’en remontent que la nuit, chercher dans la poubelle
De quoi manger un peu. Les dieux
Ont tourné au coin de la rue. Les dieux
Commandent humblement un grog à la buvette de la gare
Et vomissent au petit jour contre un arbre. Les dieux
Voudraient mourir. ( Mais l’âme seule peut,
A distance des dieux et du corps anxieux
Dans son éternité d’azote et d’hydrogène,
A distance danser la mort légère.)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
DunadanDunadan   01 février 2020
[...] Un cloître alors me fait songer à une sorte de piscine, où l'on se délasse dans un bain de temps dormant mais qui frémit, comme si la source intarissable en était toute proche, amicale, et filtrait à travers le silence des siècles disjoints comme un air de pipeau.
Commenter  J’apprécie          00
Videos de Jacques Réda (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Réda
Jacques Réda Quel avenir pour la cavalerie ?
Rencontre animée par Alexandre Prieux
La poésie serait-elle une guerre ? le vers, le corps d'élite de la langue ? En retraçant l'histoire de notre prosodie, Jacques Réda dévoile les processus de transformation du français, aussi inéluctables que ceux de la physique. Où les poètes sont les exécutants plus ou moins conscients d'un mouvement naturel. du Roman d'Alexandre à Armen Lubin, en passant par Delille, Hugo, Rimbaud, Claudel, Apollinaire, Cendrars et Dadelsen, Jacques Réda promène son oeil expert sur des oeuvres emblématiques, et parfois méconnues, de notre littérature. Inspirée et alerte, sa plume sait malaxer comme nulle autre la glaise des poèmes pour y dénicher les filons les plus précieux. À la fois leçon de lecture et d'écriture, et essai aux résonances métaphysiques, Quel avenir pour la cavalerie ? constitue la « Lettre à un jeune poète » de Jacques Réda, et le sommet de sa réflexion poétique.

À lire – Jacques Réda, Quel avenir pour la cavalerie ? – Une histoire naturelle du vers français, Buchet/Chastel, 2019.
Le jeudi 28 novembre 2019 à 19h
+ Lire la suite
autres livres classés : déambulationsVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
795 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre