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EAN : 9782070394517
256 pages
Éditeur : Gallimard (03/01/1996)
4.19/5   8 notes
Résumé :
L'herbe nous ressemble : elle pousse partout. Entre les pavés des capitales aussi bien que le long des talus.

Et notre mémoire aussi est comme une grande prairie, où l'herbe se relève sur nos sentiers.

Ainsi l'herbe nous ressemble parce qu'elle se renouvelle, tout en restant l'herbe de toujours. Elle a l'opiniâtreté de l'espérance et la profondeur de l'oubli. Le vent l'aime, il la fait courir, comme courent les mots dans nos têtes pui... >Voir plus
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
DunadanDunadan   02 février 2020
Je ne suis quand même pas fâché de replonger dans le silence nocturne de Cosne, cette capitale intérimaire de n'importe où. A l'angle que prend ce boulevard devant une pharmacie, à la façon dont les arbres y sont taillés, je devine la direction de la gare et, avec son large porche roman hollywoodien, le cinéma Eden n'est pas moins archétype que toutes ces arrière-cours et toits cagneux, ces trottoirs soudain rétrécis le long des persiennes que je frôle, et qui ferment mal, révélant le couple humain figé dans la clarté de son lustre, près de son buffet où traîne un cadre qui les représente en habits de noces, bouffis par le fameux bonheur, et tels qu'ils apparaissent par paires interchangeables dans les vitrines des photographes. Alors qu'ordinairement je retombe dans ce cas sous le charme de l'habitude, tout se déclare à présent avec une entière étrangeté. je ne suis pas dans un n'importe où de moyenne de sociologue, mais là où n'importe où se fait si activement singulier, qu'il me faudrait des mots ayant subi la même usure, et laissant enfin se découvrir leur pâle et dur noyau, pour désigner vraiment ces toits, ces trottoirs, ces gens, ces persiennes. Je les sens inaccessibles ans un paroxysme d'évidence, de banalité, de je ne sais quoi de fictif dont mon souffle participe, et ma démarche, et maintenant le poids de mon corps étendu sur ce lit. Au loin une seule petite motocyclette gravit et redescend en sirène l'échelle des sons. C'est le seul fil onduleux qui me retient encore puis qui se casse : je dors ; j'ai dormi. Un autre fil, lumineux, se tend au plafond de la chambre, et à travers les premiers bruits du jour qui semblent tous ensemble chaussés de pantoufles, j'entends s'ébrouer sous la rosée l'herbe des talus.
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DunadanDunadan   01 février 2020
Alors j'ai cru comprendre que le temps est une route, et l'éternité le pays. Non le pays vers lequel la route se dirige, mais celui qu'elle traverse et qui la rend concevable. Et en dépit de tout ce qui se liguait pour que ce séjour me devînt odieux - une discipline de moines, l'inquisition morale, ma mollesse et ma vanité - j'ai su que je franchissais un des rares passages de ma vie où, de façon un peu durable, le temps qui passe et l'éternité se confondraient.
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DunadanDunadan   01 février 2020
[...] Un cloître alors me fait songer à une sorte de piscine, où l'on se délasse dans un bain de temps dormant mais qui frémit, comme si la source intarissable en était toute proche, amicale, et filtrait à travers le silence des siècles disjoints comme un air de pipeau.
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DunadanDunadan   01 février 2020
[...]
L'esprit qui de la neige et des eaux lustrales émane
Vibrant impalpable dans l'air comme le Paraclet,
L'âme étroite s'arrondissait en arcade romane
Pour la lumière où plus aucune ombre ne renâclait.
[...]
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Videos de Jacques Réda (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Réda
Jacques Réda Quel avenir pour la cavalerie ?
Rencontre animée par Alexandre Prieux
La poésie serait-elle une guerre ? le vers, le corps d'élite de la langue ? En retraçant l'histoire de notre prosodie, Jacques Réda dévoile les processus de transformation du français, aussi inéluctables que ceux de la physique. Où les poètes sont les exécutants plus ou moins conscients d'un mouvement naturel. du Roman d'Alexandre à Armen Lubin, en passant par Delille, Hugo, Rimbaud, Claudel, Apollinaire, Cendrars et Dadelsen, Jacques Réda promène son oeil expert sur des oeuvres emblématiques, et parfois méconnues, de notre littérature. Inspirée et alerte, sa plume sait malaxer comme nulle autre la glaise des poèmes pour y dénicher les filons les plus précieux. À la fois leçon de lecture et d'écriture, et essai aux résonances métaphysiques, Quel avenir pour la cavalerie ? constitue la « Lettre à un jeune poète » de Jacques Réda, et le sommet de sa réflexion poétique.

À lire – Jacques Réda, Quel avenir pour la cavalerie ? – Une histoire naturelle du vers français, Buchet/Chastel, 2019.
Le jeudi 28 novembre 2019 à 19h
+ Lire la suite
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