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Marie-Claire Bancquart (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070371396
527 pages
Éditeur : Gallimard (05/10/1979)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 72 notes)
Résumé :
Né du drame de 48, Les Maîtres Sonneurs est celui des romans champêtres qui évoque avec le plus d'ampleur les trésors des sociétés rurales, leurs croyances occultes, leurs rites d'initiation, leurs traditions secrètes. Deux pays, deux cultures : le Berry et le Bourbonnais, le chêne et l'épi, la plaine et la forêt. Ici la sagesse des paysans de la Vallée Noire, là, chez les "bûcheux" et les muletiers de Combrailles, le don de l'imaginaire et le risque du rêve. Roman ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Biblioroz
  14 janvier 2020
George Sand ressuscite la parole paysanne du vieil Étienne Depardieu qui, de part le récit de ses naïves aventures de jeunesse, meublait les veillées d'hiver à broyer le chanvre.
Il remonte au temps de sa communion, en 1770, là où les faits sont ancrés dans sa souvenance comme il dit. Il habitait non loin de sa petite cousine que l'on appelait la Brulette. Orpheline, elle vivait avec son grand-père et a été élevée par une brave femme qui louait une partie de la maison et qui avait un fils à peu près du même âge, Joseph.
Dans ce monde de paysans qui n'allaient point à l'école, les compagnons d'enfance étaient ceux rencontrés lors du catéchisme. Ces trois jeunes s'y voyaient donc jusqu'à leur communion.
Joseph était alors distrait, taciturne, frêle de constitution, sans aucune expression et toujours dans ses rêveries. Il goûtait peu l'enseignement disant que « les mots ne se mettent point en ordre dans ma souvenance ; je n'y peux rien. » La Brulette et Étienne se devaient de le protéger des railleries et bagarres des autres galopins.
Pendant ce temps, Étienne racontait à l'assemblée que sa tête partait dans des folletées d'amour pour sa belle cousine.
Tout ce petit monde grandit et arrive à l'âge des demandes en mariage et la Brulette, dansant la bourrée les dimanches, se faisait manger des yeux par beaucoup de prétendants. Mais elle se refuse, jouant un peu la coquette en enflammant les coeurs tout en attendant sagement que le sien palpite réellement pour s'engager vraiment.
Joseph, à la nuit tombée, se réfugie auprès du grand chêne de Nohant pour aller flûter des airs de musique qui le métamorphosent. Pas besoin de paroles, la musique dit tout et véhicule tout ce qu'il ne sait pas dire par des mots. Dès lors, son souhait est de devenir cornemuseux. Il décide alors de rejoindre le Bourbonnais, pays voisin de leur Berry, afin d'apprendre à sonner la musette pour rentrer dans la confrérie des maîtres sonneurs.
Se rajoutent alors à ce singulier trio, un jeune muletier et sa soeur, pour emmêler quelques fils amoureux qui viennent tisser leur toile au-dessus de ces cinq jeunes têtes.
Deux mondes si proches géographiquement et pourtant si dissemblables dans leur tempérament s'affrontent dans ce roman. le Berrichon apparaît ici comme l'homme attaché à sa terre, franc et aimant le confort de son chez-soi, alors que le Bourbonnais, homme des bois, se complait à vivre et respirer sous la feuillée des arbres, aime à vagabonder à travers les corporations nomades de muletiers et de bûcheux.
Même les sonneurs diffèrent dans leur art ; ceux de la plaine se contentent de jouer en reproduisant les anciens airs alors que ceux des forêts mettent toute leur passion dans leur musique.
Si ces veillées traînent parfois en longueur, elles sont tellement riches en expressions oubliées, en verbes inusités de nos jours, en adjectifs naïfs et délicieusement désuets qu'elles ont eu le mérite de me faire sourire tout au long de leur lecture. Qui dépeint aujourd'hui un physique avec « une clarté dans la figure » et « de la belle gaité dans le rire » ?
Le dépaysement temporel dans le XIXe siècle de George Sand est absolument permanent. Ce langage mais aussi tous les grands emportements d'honnêteté, de vertu, de complaisance, de confiance et de bon coeur semblent si loin de notre époque !
Enfin, jalousies et médisances avaient aussi leur place et il ne suffit pas d'exceller en musique pour musiquer à son aise et faire danser dans les noces des villages.
Toute l'évolution des ces jeunes, tant physique que caractérielle et amoureuse, est décrite minutieusement et celui qui semblait le plus éteint des cinq devient fougueux par l'amour de la musique.
C'est un joli roman pour garder en mémoire la musicalité des mots d'un autre temps sur fond sonore des cornemuses.
Challenge XIXe siècle 2020
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cmpf
  10 août 2017

Un roman régional de Georges Sand que j'ai lu avec plaisir.
Deux univers, celui du Berry et ses paysans et celui du Bourbonnais avec ses forestiers et ses muletiers. Deux mondes différents donc vu à travers les amours de cinq jeunes et la passion de la cornemuse que partagent deux de ces jeunes gens.
Outre l'histoire, j'ai eu plusieurs sources de satisfaction. J'ai découvert non seulement la confrérie des sonneurs mais aussi celle des muletiers.
Le style m'a également séduite. Si ses paysans ne parlent pas patois, Sand a su intégrer la dimension régionale et campagnarde. Ce français courant agrémenté de mots du cru et de tournures particulières m'a tout de suite plu : “Et cependant, j'étais toujours jaloux de lui, parce que Brulette lui marquait toujours une attention qu'elle n'avait pour personne et qu'elle m'obligeait d'avoir aussi. Elle ne le taboulait plus et marquait de vouloir accepter son humeur telle que Dieu l'avait tournée, sans se fâcher ni s'inquiéter de rien.”
Malgré une foi très présente, un peu des croyances quasi de sorcellerie habitent aussi ce roman. “Ce n'était point seulement par ma grand-mère que je m'étais laissé conter que les gens qui ont la figure blanche, l'oeil vert, l'humeur triste et la parole difficile à comprendre, sont portés à s'accointer avec les mauvais esprits, et, en tout pays, les vieux arbres sont mal famés pour la hantise des sorciers et des autres.”
De plus j'ai trouvé dans les lignes suivantes un modèle de vie qui me semble tout à fait d'actualité. “...dansant vos bourrées traînantes dans des chambres ou dans des granges où l'on étouffe, vous faites, d'un jour de liesse et de repos, une pesanteur de plus sur vos estomacs et sur vos esprits ; et la semaine entière vous en paraît plus triste, plus longue et plus dure. Oui, Tiennet, voilà la vie que vous menez. Pour trop chérir vos aises, vous vous faites trop de besoins, et pour trop bien vivre, vous ne vivez pas.”
Le même personnage, un Bourbonnais, explique un peu plus loin ce qui lui semble être une vie riche. “Toujours sur pied, mangeant sur le pouce, buvant aux fontaines que je rencontre, et
dormant sous la feuillée du premier chêne venu, quand, par hasard, je trouve bonne table et bon vin à discrétion, c'est fête pour moi, ce n'est plus nécessité. Vivant souvent seul des semaines entières, la société d'un ami m'est tout un dimanche, et dans une heure de causette, je lui en dis plus que dans une journée de cabaret. Je jouis donc de tout, plus que vous autres, parce que je ne fais abus de rien.”
Enfin à l'encontre de certains romans qui mettent en scène des paysans à l'esprit lourd, ceux de Sand réfléchissent. “Dans les plaines, le bien et le mal se voient trop pour qu'on n'apprenne pas, de bonne heure, à se soumettre aux lois et à se conduire suivant la prudence. Dans les forêts, on sent qu'on peut échapper aux regards des hommes, et on ne s'en rapporte qu'au jugement de Dieu ou du diable, selon qu'on est bien ou mal intentionné.”
Je reviendrai donc à Georges Sand mais j'ignore si j'aurai la même impression d'oeuvre aboutie.
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jcfvc
  26 octobre 2009
A mon avis, le plus achevé des romans champêtres de la dame de Nohant. Sand y réalise une synthèse parfaite de ses idées sur la manière dont il convient de "rendre" la langue paysanne. Ces théories sont expliquées dans la première des deux citations que je donne, qui est extraite de l'avant propos. Elles sont illustrées dans ma seconde citation où l'on trouve des exemples des divers procédés utilisés dans le roman pour trouver un compromis entre une langue authentiquement locale, mais comprise par tous. Dans ce livre, le recours aux particularismes est bien plus abondant et systématique que dans les autres romans champêtres. Les exemples donnés sont extraits du seul premier chapitre, ce qui suffit à démontrer en quoi, quantitativement et qualitativement, ce roman de terroir se distingue des autres textes du même genre où le recours à la langue populaire est beaucoup plus discret (La mare au diable ou François le Champi, La petite fadette ou le meunier d'Angibault.
J'éprouve également une tendresse particulière à l'égard du roman car l'action se déroule dans une région chère à mon coeur, que je connais bien pour l'avoir sillonnée dans ma jeunesse, avec une bande de copains avec lesquels nous écumions les bals de campagne. Cette région se situe à la frontière de l'Allier de du Berry. C'est là que les musiciens Berrichons rencontre les sonneurs bourbonnais qui leur apprendront à jouer de manière plus experte. J'ai d'ailleurs écrit un roman qui est une sorte d'hommage aux Maîtres sonneurs dans la mesure ou le narrateurs et les personnages s'expriment dans le sabir local, d'une manière beaucoup plus grivoise et pichrocholine que dans le texte sandien il est vrai. Si l'on veut prendre connaissance de ma version plus contemporaine du parler de ces confins déjà un peu berrichons du bourbonnais, il suffira d'aller sur mon blog dont l'adresse est donnée ci-dessous. Une fois sur le site, cliquer sur le lien "Le prince des parquets salons", situé en bas de la colonne de droite, sous le sous titre : "Un roman de jcf".
Lien : http://jcfvc.over-blog.com
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Taraxacum
  17 septembre 2018
Roman champêtre qui mérite d'être plus souvent cité au titre de classique, les Maîtres sonneurs vaut surtout pour sa langue, riche, amusante, truffée d'anciennes tournures, qui amène à se promener avec bout de naturel dans un monde à vrai dire disparu.
Triangle amoureux à cinq participants, affrontement du style de vie des habitants du Berry contre ceux du Bourbonnais, tout ici est une bouffée d'air frais, et il y a la musique, en plus, une maîtresse jalouse qui disputerait bien ses amoureux aux demoiselles.....
Étrangement pour un livre que j'ai beaucoup aimé, je ne sais pas trop quoi en dire? A part ceci: voici désormais mon roman préféré de George Sand!
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Elapse
  01 avril 2020
Lecture facile et légère, sans véritable sens au delà des écrits de Sand. L'histoire conte la vie des paysans du Bourbonnais, et la réflexion s'arrête là. Bon pour un petit moment d'évasion, entre le naturalisme de Zola et le léger de Colette.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
jcfvcjcfvc   26 octobre 2009
Extrait de l'avant propos, dans lequel Sand explique comment il convient, selon elle, d'utiliser les parlers locaux :

"Il y a déjà longtemps que le père Depardieu dort du sommeil des justes, et il était assez vieux quand il me fit le récit des naïves aventures de sa jeunesse. C’est pourquoi je le ferai parler lui-même, en imitant sa manière autant qu’il me sera possible. Tu ne me reprocheras pas d’y mettre de l’obstination, toi qui sais, par expérience de tes oreilles, que les pensées et les émotions d’un paysan ne peuvent être traduites dans notre style, sans s’y dénaturer entièrement et sans y prendre un air d’affectation choquante. Tu sais aussi, par expérience de ton esprit, que les paysans devinent ou comprennent beaucoup plus qu’on ne les en croit capables, et tu as été souvent frappé de leurs aperçus soudains qui, même dans les choses d’art, ressemblaient à des révélations. Si je fusse venue te dire, dans ma langue et dans la tienne, certaines choses que tu as entendues et comprises dans la leur, tu les aurais trouvées si invraisemblables de leur part, que tu m’aurais accusée d’y mettre du mien à mon insu, et de leur prêter des réflexions et des sentiments qu’ils ne pouvaient avoir. En effet, il suffit d’introduire, dans l’expression de leurs idées, un mot qui ne soit pas de leur vocabulaire, pour qu’on se sente porté à révoquer en doute l’idée même émise par eux ; mais, si on les écoute parler, on reconnaît que s’ils n’ont pas, comme nous, un choix de mots appropriés à toutes les nuances de la pensée, ils en ont encore assez pour formuler ce qu’ils pensent et décrire ce qui frappe leurs sens. Ce n’est donc pas, comme on me l’a reproché, pour le plaisir puéril de chercher une forme inusitée en littérature, encore moins pour ressusciter d’anciens tours de langage et des expressions vieillies que tout le monde entend et connaît de reste, que je vais m’astreindre au petit travail de conserver au récit d’Étienne Depardieu la couleur qui lui est propre. C’est parce qu’il m’est impossible de le faire parler comme nous, sans dénaturer les opérations auxquelles se livrait son esprit, en s’expliquant sur des points qui ne lui étaient pas familiers, mais où il portait évidemment un grand désir de comprendre et d’être compris.
Si, malgré l’attention et la conscience que j’y mettrai, tu trouves encore quelquefois que mon narrateur voit trop clair ou trop trouble dans les sujets qu’il aborde, ne t’en prends qu’à l’impuissance de ma traduction. Forcée de choisir dans les termes usités de chez nous ceux qui peuvent être entendus de tout le monde, je me prive volontairement des plus originaux et des plus expressifs ; mais, au moins, j’essayerai de n’en point introduire qui eussent été inconnus au paysan que je fais parler, lequel, bien supérieur à ceux d’aujourd’hui, ne se piquait pas d’employer des mots inintelligibles pour ses auditeurs et pour lui-même."
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BibliorozBiblioroz   13 janvier 2020
- Tous les pays sont beaux, disait-il, du moment qu'ils sont nôtres et il est bon que chacun fasse estime particulière de celui qui le nourrit. C'est une grâce du bon Dieu sans laquelle les endroits tristes et pauvres seraient laissés à l'abandon. J'ai ouï dire à des gens qui ont voyagé au loin, qu'il y avait des terres sous le ciel que la neige ou la glace couvraient quasiment toute l'année, et d'autres où le feu sortait des montagnes et ravageait tout. Et cependant, toujours on bâtissait de belles maisons sur ces montagnes endiablées, toujours on creusait des trous pour vivre sous ces glaces. On y aime, on s'y marie, on y danse, on y chante, on y dort, on y élève des enfants tout comme chez nous. Ne méprisons donc la famille et le logement de personne. La taupe aime sa noire caverne, comme l'oiseau aime son nid dans la feuillée, et la fourmi vous rirait au nez, si vous vouliez lui faire entendre qu'il y a des rois mieux logés qu'elle en leurs palais.
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jcfvcjcfvc   26 octobre 2009
Quelques expressions et passages illustrant la manière dont Sand s'y prend pour faire parler ses personnages ou pour donner à la langue de son narrateur une authenticité locale. Ces exemples sont extraits du seul premier chapitre, les mêmes procédés se retrouvant dans tout le roman, de manière beaucoup plus systématique que dans ses autres romans champêtre.
Afin de "rendre" ces parlers locaux, elle s'y prend, je crois, quatre manières différentes :

A) La plupart du temps, le lecteur comprend très bien ce qui est dit, l'écart lexical ou syntaxique par rapport à une norme "nationale" ou "littéraire" si l'on veut, produisant un effet de naïveté et d'exotisme tout à fait charmant à mon avis :
- "n’ayant pas grande souvenance de mes premiers ans"
- "je me sentais déjà d’aimer Brulette"
- "Voici comment le grand-père à Brulette et la mère à Joseph demeuraient sous même chaume"
- "elle s’estimait heureuse de ne pas payer gros pour sa locature"
- "et, si elle s’oubliait à gaminer au catéchisme.."
- "tous tant que nous étions de gars assez diversieux au catéchisme,"
- "mêmement"
- "à fine force d’écouter de leurs oreilles."
- "quand je venais à bout de tenir mon corps tranquille et de rasseoir mes esprits grouillants."
- "les mots ne se mettent point en ordre dans ma souvenance"
- "C’est de là que commencent les grandes amitiés de jeunesse, et quelquefois aussi des haïtions qui durent toute la vie.."
- "Quand on s’arrêtait pour quelque amusette, il s’en allait seoir ou coucher à trois ou quatre pas des autres"
B) Parfois, assez rarement enf ait, une note de bas de page explique un terme qui ne serait pas compris par un lecteur étranger au terroir :
"rhabillant1 les nippes" => reprisant
" emmi1 les filles" => parmi
- "en l’appelant Joset l’ébervigé1, d’où le nom lui resta" => littéralement l’étonné, celui qui écarquille les yeux
- "Nous partions en bande, le matin, à travers les prés et les pâtureaux, par les traquettes1, par les échaliers, par les traînes2" =>
1 Petits sentiers qui longent les champs.
2 Petits chemins encaissés.

C) Le plus souvent, les particularismes locaux sont utilisés dans le cazdre d'une syntaxe soutenue. C'est ce qui fait l'originalité de ce roman par rapport aux autres romans champêtres de Sand, où les empruns au dialecte sont bien moins importants :
- "Ce n’est pas qu’il fût bien riche et que le vivre fût bien conséquent"
- "Comme cette femme aimait la propreté et se tenait toujours aussi brave1 que son moyen le lui permettait.."
- "celle-ci était si sage, si ragoûtante et si coquette dans toute son habitude, que chacun la voulait embrasser"
- "elle m’a tant enchargée de penser pour deux, que je tâche de n’y point manquer."

D) L'expression est parfois en italique, et expliquée dans le corps du texte lui-même :
"il avait l'air d’écouter ou de regarder quelque chose que les autres ne saisissaient point : c’est pourquoi il passait pour être de ceux qui voient le vent
- "j’en augurai qu’il écoutait gros, comme nous disions dans ce temps-là, pour signifier une personne dure de ses oreilles."
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ceanothusceanothus   04 juin 2016
(Un mystère entoure l'existence d'un enfant dont on ne connaît pas l'origine dans la famille de Brulette)
La demoiselle dame de Saint-Chartier, qui avait remarqué Brulette dans les danses sur la place, l'année d'auparavant, et qui était curieuse d'amener des jolies filles à ses bals de jour, la fit demander, et, par mon conseil, elle s'y rendit une fois. Je crus bien faire, car je m'imaginais qu'elle se faisait trop rabaisser, en ne voulant pas tenir tête aux méchants esprits. Elle avait toujours si bon air et un langage si à propos, qu'il ne me paraissait point possible qu'on n'en revint pas sur son compte, en la voyant si belle et si bien tenue.
Son entrée à mon bras fit d'abord chuchoter, sans qu'on osa davantage. Je la fis danser le premier, et, comme elle avait une grâce dont personne ne se pouvait défendre, d'autres vinrent l'inviter, qui peut-être furent tentés de lui dire quelque joyeuseté, mais n'osèrent point s'y risquer. Tout allait en douceur quand des bourgeois arrivèrent dans la salle où nous étions ; car les paysans avaient leur bal à part, et ne se confondaient avec les riches que sur la fin (...) Brulette fut d'abord guignée comme la plus fine pièce de l'étalage, et les bas de soie lui firent tant de fête que les bas de laine n'en pouvaient plus guère approcher ; et par esprit de contradiction, après l'avoir bien déchirée pendant six mois, redevinrent tous jaloux en une heure, c'est-à-dire plus amoureux qu'auparavant ; si bien que ce fut comme une rage à qui l'inviterait, et on se serait quasi battu pour lui donner le baiser de l'entrée en danse.
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BibliorozBiblioroz   14 janvier 2020
Mais Brulette comprit fort bien, se troubla un peu, emporta la lettre et l'examina souvent, je peux croire, d'un œil moins indifférent qu'elle ne le prétendait : car il lui poussa dans la tête l'idée de savoir lire, et bien secrètement elle s'y mit, avec l'aide d'une ancienne fille de chambre de noble, qui était retirée mercière en notre bourg, et qui venait souvent babiller en une maison si bien achalandée de monde, comme était celle de ma cousine.
Il ne fallut pas grand temps à une tête si futée pour en savoir long, et, un beau jour, je fus bien étonné de voir qu'elle écrivait des chansons et des prières qui paraissaient moulées finement. Je ne pus m'empêcher de lui demander si c'était pour correspondre avec Joseph ou avec le beau muletier qu'elle s'apprenait des malices au-dessus de son état.
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Vidéo de George Sand
Professeure émérite d'histoire contemporaine, elle avait commencé sa carrière avec une thèse sur les grèves ouvrières au XIXe siècle et s'est peu à peu orientée vers l'histoire des femmes dont elle est une des pionnières. Son dernier essai George Sand à Nohant (Seuil, 2019), au croisement de l'histoire et de la littérature, illustre à lui tout seul l'élégance d'écriture, l'érudition et la curiosité d'une magnifique historienne.
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