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EAN : 9782253181521
224 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (26/08/2020)
3.82/5   48 notes
Résumé :
Au centre, il y a Philippe. Philippe qui vit dans une cité et passe ses journées à traîner, fumer et piquer des bières au centre commercial. Philippe, entouré d'une mère qui le déteste ouvertement, d’un père effacé qui a renoncé depuis longtemps et d’un frère aussi beau que bête.À côté, il y a Bruno, son pote baroudeur et destroy. Bruno qui raconte qu'il a fait le tour du monde, a connu les plus belles femmes, qu'il n'est là que de passage, avant son prochain voyage... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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La_Bibliotheque_de_Juju
  06 décembre 2019
La fumée.
Celle qui embrume le regard. Celle qui bouche des horizons. Celle qui voile tout.
Elle est partout dans ce roman.
Elle empêche de voir, de se voir. Elle salit tout autour d'elle. Elle embrume les cerveaux. Elle brûle dans les yeux de cette femme à genou …
A peine si on distingue Philippe, anti-héros malgré lui d'une fable cruelle et moderne. Perdu entre les tours de cette ville tentaculaire, de ces quartiers oubliés.
Philippe a dix-huit ans et à l'âge de tous les possibles, tout lui semble bouché. Il traîne en bas des tours, une certaine forme de désespoir mais une envie d'accomplir quelque chose. Même s'il ne sait pas exactement quoi.
Il traîne. Au fil des pages. Au milieu d'une galerie de personnages étranges et pourtant si quotidiens. le lecteur s'arrête et regarde enfin vers ces endroits où il a plutôt l'habitude de détourner les yeux.
C'est dur. Lorsque personne ne semble tendre la main. Lorsque la famille tourne le dos. Que la société vous ignore. le béton à en perdre la vue …
C'est un roman sur l'absurde ironie d'exister. Sur les détresses invisibles.
J'ai aimé ma lecture. Elle pique un peu. Elle étonne et détonne dans le paysage littéraire. Ni tout à fait roman noir, ni tout à fait critique sociale. Doux amer. Un roman désenchanté qui laisse un goût amer. Celui de l'échec d'une certaine humanité.
Nathalie Sauvagnac laisse entendre une voix originale, singulière et percutante, pleine de vérité. Un regard sur ceux qu'on ne voit pas, perdus dans les volutes de ces quartiers oubliés.

Lien : https://labibliothequedejuju..
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Julitlesmots
  16 novembre 2019
Un roman bien sombre que voilà ! L'auteure ne ménage pas son personnage, dont la vie ordinaire et sordide, ne lui laisse aucune porte de sortie. Ce n'est pas faute de vouloir s'en sortir, mais il a beau avoir une famille, personne ne fait attention à lui, ses amis n'en sont pas vraiment, avec lesquels il ne partage que les beuveries… Il est seul, sans travail, sans avenir, sans aucune lumière à l'horizon…
Philippe, va perdre pied… Il ne maîtrise plus rien. Alors que l'auteur maîtrise son intrigue, avec une symbiose déconcertante entre elle et son personnage qu'elle incarne à travers une violence, doublée d'une grande sensibilité. le tragique côtoie la souffrance. Un roman sombre, qui perd de sa vigueur vers la fin, sans pouvoir mettre en valeur le final inattendu.
Un roman, qui porte un regard sombre sur les cités, sur ces jeunes qui tentent de trouver leur place sans parfois pouvoir atteindre leur rêves. Les bars d'immeuble, le béton servent de décor pour sublimer ce bouquin atypique.
Une première version de ce livre est parue en autoédition chez Librinova le 21/09/2018.
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Marilynzillah
  29 janvier 2021
Livre acheté après la lecture d'une très belle critique sur Babelio; lu dans la foulée et d'une traite : un vrai coup de coeur! Noir, puissant et percutant.
Les personnages sont authentiques, l' histoire de Philippe, très réaliste, nous prend aux tripes du début à la fin.
Au centre de ce livre, il y a Philippe, tout juste majeur, qui vit dans une cité, passant son temps à traîner, fumer et piquer des bières au supermarché du coin. Philippe est entouré d'une mère qui le déteste, d'un père effacé et d'un frère aussi beau qu'il est crétin.
A côté, il y a Bruno, son pote baroudeur et destroy. Bruno raconte qu'il a fait le tour du monde et connu les plus belles femmes. Autour, il y a les grues et les murs qui tiennent avec les dealers, les gamins qui crient trop fort aux pieds des barres d'immeubles, les canards du parc qui s'étouffent avec des bouts de plastique.
Les petites violences du quotidien n'atteignent pas Philippe, tant qu'il y a de la bière et les histoires de Bruno pour inventer un autre horizon que celui des tours de béton. Jusqu'à ce qu'un drame vienne pulvériser son équilibre de papier et déclenche la bombe à retardement.
Ce livre est un petit bijou de roman noir qu'on lit au travers des yeux de Philippe, le narrateur. Il nous plonge au coeur d'une cité, comme il en existe tant dans notre pays. Nathalie Sauvagnac nous fait suivre les déboires de ce personnage, aussi bien sociaux que familiaux. Bruno de dix ans son aîné, est celui qui le fait un peu sortir de la noirceur de son univers.
"Les yeux fumés" est donc une très belle découverte, un livre fort à la dimension sociale indéniable qui véhicule des émotions par l'intermédiaire d'un personnage particulièrement bien construit dans sa dimension psychologique . C'est une lecture coup de poing, un véritable uppercut qui nécessite de temps pour se relever. Philippe m'a bouleversé, je recommande ce livre avec force et conviction!
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Waterlyly
  10 septembre 2019
Philippe, jeune homme de dix-huit ans, passe son quotidien dans la cité qui l'a vu naître. Entre une mère qui le délaisse complètement au profit de son frère aîné, un père totalement effacé, et toute une panoplie d'amis particuliers, Philippe devra tout faire pour s'en sortir. Sans travail, sans but, il déambulera jusqu'au drame qui bouleversera tout.
Ce roman est tout simplement un petit bijou, livré brut et sans fioriture par l'auteure. Une véritable petite pépite de noirceur que j'ai dévorée quasiment d'une traite. Ici, c'est la psychologie qui est mise en avant et pas tant l'action. Cela ne va pas à toute vitesse mais happe plutôt le lecteur dans un univers rude, sans quartier et noir.
Nathalie Sauvagnac a réussi à m'immerger totalement dans la cité où évolue Philippe. C'est d'une grande densité psychologique et émotionnelle. Au travers des yeux de Philippe, on ressent tout son mal-être d'être tant à l'étroit, ses envies de liberté, d'évoluer. J'ai avancé dans ce roman en apnée, tant je sentait que la tension montait crescendo.
Le personnage de Philippe va longtemps me rester en tête. L'auteure a su créer un personnage qui va porter à lui tout seul l'intrigue. le choix de narration de la première personne est plus que judicieux, puisqu'il permet une immersion totale dans le microcosme proposé par Nathalie Sauvagnac.
La plume de l'auteure est d'une fluidité incroyable. Les pages ont défilé. le style est très épuré, mais riche, et surtout l'émotion transparaît au travers des mots, ce qui n'est pas chose aisée.
Un roman d'une rare densité psychologique, servi par un personnage principal fort et très bien dépeint. Ne cherchez pas l'action dans ces pages, mais plutôt l'émotion. Un roman auquel je vais beaucoup repenser. Une pépite.
Lien : https://mavoixauchapitre.hom..
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Root
  19 octobre 2019
C'est un mec ordinaire, qu'on remarque à peine. Encore moins dans la cité où il vivote, où seuls les caïds en BM ont droit de… cité. Il s'appelle Philippe, mais ça n'a pas d'importance. Il stagne dans l'ombre de son frère, et ses parents sont des cons qui pourraient le laisser passer l'arme à gauche au milieu du salon sans lever les yeux sur lui – ils se contenteraient de l'enjamber comme quelque chose qui gêne. Son pote Bruno, c'est l'inverse. Bruno a tout vu, tout fait, Bruno parlerait à un tas de cailloux, toujours en quête d'un auditoire à saouler avec ses tours du monde et ses aventures exotiques. Pas qu'on le prenne au sérieux, non, c'est un divertissement, un baba-beauf pas méchant. Mais il n'est pas très malin non plus, et il va vraiment se fourrer dans de beaux draps… le cercle d'amis de chacun se limitant à l'autre, Philippe se sent obligé de lui venir en aide. Pour ça, il faudrait qu'il retrouve Bruno, qui s'est évaporé dans la nature. Qu'il le retrouve vite, parce que cette fois, c'est grave. Ce n'est ni un petit larcin ni une querelle entre gangs de pacotille dans laquelle il aurait fourré son nez. Cette fois, Bruno a balancé une grenade, et ça ne va pas tarder à péter.
Entre crasse et béton, désespoir et perdition, on s'englue dès les premiers chapitres dans la triste existence d'un héros qui n'en a pas l'étoffe. Philippe n'est pas armé pour réussir dans la vie, et les parasites qui lui gravitent autour sapent sa moindre tentative de relever la tête. J'ai éprouvé de la sympathie pour ce jeune homme paumé qui voudrait parfois mieux faire sans savoir comment. On sent d'emblée qu'on ne le tirera pas de ses galères, trop familières pour ne pas susciter un certain malaise, et l'on n'a pas d'autre choix que de le suivre, et d'accepter qu'il se recueille. La frontière entre auteur et personnage se fait de plus en plus ténue, jusqu'à ce que les deux se confondent et qu'on en oublie qui parle. Nathalie Sauvagnac m'a donné l'impression d'incarner Philippe, dans un style dépouillé, nerveux, réaliste, offrant un beau premier rôle à un anonyme né pour le rester. Un très bon point. Mais dans le dernier tiers de l'histoire, je me suis laissé gagner par son oisiveté, et je regrette que la tension n'ait pas continué de croître, que le potentiel pressenti n'ai pas été suffisamment exploité à mon sens, pour mettre en valeur le final inattendu.
Le mot de la fin : avis nuancé tendance « positif ». Un roman bien fichu tout de même, qui poisse les doigts.

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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
EthanAliEthanAli   10 octobre 2018
Elle tire un paquet froissé de sa poche, en extrait une
cigarette qu’elle allume.
— Ça fait longtemps.
— Tu dormais ?
— Tu veux du thé ?
— Si t’as que ça.
Elle traîne ses savates jusqu’au camping-gaz posé sur
une table basse, bancale envahie de paquets divers, pâtes, purée, lait, sucre, thé. Elle allume le feu sous la casserole et s’appuie contre le mur en tirant sur sa cigarette.
— Qu’est-ce que tu deviens ?
Je retire mon blouson et m’assois sur le bord du matelas
défait, je pousse du pied des vêtements féminins ; une
culotte, des collants.
— Oh, la routine ! T’as une clope ?
J’allume la cigarette qu’elle m’a envoyée. J’aime venir
chez Flora. C’est sombre et doux comme un ventre de
femme. Elle n’ouvre jamais ses volets parce qu’elle habite
au rez-de-chaussée.
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collectifpolarcollectifpolar   25 janvier 2021
— Elle avait une robe noire qui allait de son cou jusqu’à ses genoux. Pas de quoi fantasmer des masses. Mais mon pote, je peux pas te dire !
— Et après ?
— La fille, elle continuait à me sourire. Sympa et tout. P’tit Louis il était de plus en plus nerveux. Il lui disait : « Alors, tu viens ? », mais elle continuait à me regarder sans bouger.
— Mais oui !
— Je te jure ! La main sur le cœur ! Attends, là, P’tit Louis, il s’est franchement énervé et il a commencé à vouloir me casser la gueule, mais elle l’a retenu, elle lui a pris la main et ils se sont barrés. Moi, je suis resté là comme un con. Et puis, elle est revenue.
— Mais non !
— Si. Elle me prend la main et elle m’entraîne.
— Mais bien sûr !
— Je te promets mon pote, elle m’a entraîné.
— Tu déconnes ? Entraîné comment ?
— Attends. Moi je l’ai suivie évidemment. On s’est arrêtés derrière le Casino, dans la cour où ils mettent les poubelles, tu sais, là où on a acheté de la beuh à La Belette la dernière fois. Tu vois ?
— Oui, je vois. Le local à poubelles du Casino.
— Alors, là, la fille m’appuie contre un mur et elle me roule un patin !
— Mais oui. Je vais te croire !
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collectifpolarcollectifpolar   25 janvier 2021
— Un jour, j’étais sur le toit d’une maison en Inde. J’étais couché sur ce toit, tout seul. J’ai regardé le ciel, il était blanc, tout blanc. Pas un nuage, pas un putain d’avion, pas de cris de mômes comme on entend ici tout le temps… rien. Ils avaient annoncé une éclipse de lune dans la soirée. Et moi, j’attendais là. Il faisait encore jour. Le ciel était blanc, comme je te disais. Pas bleu, même pas bleu clair, blanc. Il n’y avait pas un nuage… Et alors, j’ai vu du rien… Il n’y avait pas un bruit, j’étais dans du silence et dans du rien. Tu sais pas ce que c’est de ne plus rien voir, ni de plus rien entendre de la vie des autres. Eh bien, je peux te dire que c’est quelque chose. Putain, Baboo, c’était le plus beau moment de ma vie.
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Christophe_bjChristophe_bj   05 octobre 2019
Je ne dérange personne, ça on peut pas dire, mais que je sois là ou pas ça ne change rien au monde. Il y a des tas de mecs qui rêvent de faire de grandes choses, et, même si ça n’arrivera jamais, qui croient que l’avenir sera rose – pas moi. Je rêve de rien. Qu’on me foute la paix. Je ne me construis aucun souvenir, je ne serai pas différent dans vingt ans, ni même le jour où je mourrai. Rien ne changera ce jour-là, pour personne. Je n’aurai simplement terminé une vie, un corps cessera de respirer et c’est tout. Pas besoin d’en faire un roman ; je ne suis pas un héros. J’aurai pas d’enfant, pas de descendance à cette vie de chiotte, personne ne me pleurera. Je ne veux embarrasser personne le jour où je crèverai.
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collectifpolarcollectifpolar   25 janvier 2021
— Mais oui ! Arrête de te foutre de moi. Monsieur attend dans son lit que Pôle emploi l’appelle pour lui 15proposer du travail. C’est pas comme ça que ça marche ! Bouge tes fesses et va leur demander un stage, une formation, un travail, n’importe ! Dis-leur qu’il faut que tu touches les indemnités.
— J’ai jamais travaillé ! Comment ils me fileraient de la tune ?
— Le gouvernement, il arrête pas de dire qu’il va créer de nouvelles mesures pour les jeunes, va leur demander à Pôle emploi c’est quoi ces nouvelles mesures, peut-être que c’est donner de l’argent à ceux qu’ont jamais travaillé. Tu devrais toucher le pactole, si c’est le cas !
— J’y vais, si ça peut te faire taire.
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Vidéo de Nathalie Sauvagnac
Découvrez le deuxième épisode du tout nouveau podcast des éditions du Masque : Conversation dans le noir. Chaque jeudi, nous vous proposons une conversation téléphonique entre éditrice et auteure, à écouter sur l'ensemble de nos réseaux sociaux. Dans cet épisode, Nathalie Sauvagnac se livre dans une conversation très touchante autour de la norme, des marges, mais aussi de son roman Les Yeux fumés et de la littérature en temps de confinement. Nous vous souhaitons une bonne écoute !
Extrait lu : https://www.editions-jclattes.fr/sites/default/files/webmaster/lyf.pdf Oeuvres citées : Colette Philippe Djian Virginie Despentes Claire Castillon Charles Bukowski Salinger Boris Vian Kate Tempest
CRÉDITS : Conversation dans le noir est un podcast des éditions du Masque. Réalisation : Paul Sanfourche. Générique : Longing - Joachim Karud.
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