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Paul Veyne (Éditeur scientifique)
ISBN : 2221071271
Éditeur : Robert Laffont (26/03/1993)

Note moyenne : 4.47/5 (sur 17 notes)
Résumé :
Ces lettres sont comme le journal intime et philosophique de Sénèque.

Il y évoque ses doutes et ses drames de conscience, affronte les grands problèmes philosophiques et moraux que chacun se pose, en son temps, comme aujourd'hui, et leur apporte des réponses empreintes d'une sagesse prudente et mesurée.

Ainsi, ce texte est aussi bien le roman d'une âme exceptionnelle qu'une brillante initiation à l'un des courants majeurs de la philos... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Bouteyalamer
  16 juin 2019
Ce livre vaut par la présentation qu'en fait Paul Veyne autant que par le texte antique.
La préface de 165 pages est une oeuvre en soi. Elle porte sur la vie de Sénèque, sur le stoïcisme, et sur la tyrannie de Néron dont Sénèque fut le précepteur, l'ami puis la victime. Comme dans son « Empire gréco-romain » de 2005, Veyne nous fait comprendre l'histoire intellectuelle de l'antiquité : pourquoi le polythéisme des élites, la soumission à l'Empereur, la tolérance à l'esclavage, aux gladiateurs et aux supplices. Veyne est aussi un philosophe du présent qui sème des coups de dents quand il compare Néron à Staline (p XV) et dans ses allusions à ses collègues contemporains ou au pape. « Malgré sa clarté, Sénèque doit être pris philosophiquement au sérieux » (p V). « Malgré sa clarté » est savoureux. « Quant à l'héroïsme inutile, au témoignage, fût-il impuissant, à la protestation de la conscience humaine, c'était une attitude qu'on attendait d'un philosophe (comme ceux qui prennent encore l'église au sérieux l'auraient attendue d'un souverain pontife), mais qui était inusitée chez les sénateurs » (p XXXIII) : ici, c'est le « souverain pontife » qui nous régale.
Les Lettres sont rédigées dans un style oratoire chargé de citations et de métaphores militaires. Elles dissertent plutôt sur la supériorité morale du philosophe et les sacrifices qu'il s'impose pour la mériter que sur un système philosophique. Elles font du stoïcisme une discipline personnelle, un art de vivre élitiste, présentés souvent sur un ton complaisant. Sénèque, philosophe officiel et l'un des hommes les plus riches de son temps, déclare tout de go à Lucilius : « Le philosophe est vénérable et saint » ; « Il s'accorde un traitement un peu rude » ; « la Nature exige bien peu, et le sage s'accommode à la Nature » ; « Il y a du mérite à ne pas se gâter dans la promiscuité des richesses ; celui-là est grand, qui, au sein des richesses, demeure pauvre » ; « Vraiment, il s'est mis au-dessus des nécessités, il a fini de servir, il est libre, celui-là qui vit, sa vie achevée » ; « L'homme de bien naît peut-être, comme le phénix, une fois tous les 500 ans » (Lettres 8, 14, 18, 20, 32, 42). Sénèque promet la gloire à son ami Lucilius, opulent gouverneur de la Sicile, s'il suit ses conseils : « J'aurai crédit chez la postérité ; j'ai de quoi faire durer les noms que j'emmène avec moi » (Lettre 21). Paternaliste, voire envahissant, il lui sert des maximes qu'il traite ensuite de « colifichets tapageurs » (Lettre 33).
On trouve un tournant vers plus de sincérité après la lettre 48, dans laquelle il reproche à Lucilius de mal traiter ses esclaves. Il devient ironique quand il parle de ses crises d'asthme, de la peur qui l'a fait se jeter en mer par gros temps (Lettre 50), de la fragilité de sa concentration (Lettre 55) : « N'oublie pas le chercheur de querelles, le filou pris sur le fait, l'homme qui trouve que dans le bain il a une jolie voix. N'oublie pas la piscine et l'énorme bruit d'eau remuée à chaque plongeon. Outre ces gens qui, à défaut d'autres choses, ont des intonations naturelles, figure-toi l'épilateur qui reprend sans cesse un glapissement en fausset, afin de signaler sa présence, et ne se taisant que pour écorcher les aisselles et faire crier un autre à sa place » (Lettre 56). À l'opposé de Rousseau, Sénèque professe que les hommes sont naturellement mauvais et que peu d'entre eux méritent la joie par l'effort : « Voici, mon cher Lucilius, une pensée qui ne doit pas t'empêcher de bien espérer de nous : le mal nous tient ; depuis longtemps il est en possession de nous. La sagesse n'est jamais venue à personne avant la déraison. Nous avons tous ce handicap. Apprendre la vertu, c'est désapprendre les vices » (Lettre 50). Il devient grave quand il affirme que la force du sage est la liberté de choisir sa mort dans le suicide : « La liberté, voilà l'enjeu, le prix qui doit payer nos peines. Qu'est-ce qu'être libre ? Tu le demandes ? C'est n'être esclave d'aucun objet, d'aucune nécessité, d'aucun accident concevable ; c'est réduire la Fortune à lutter de pair avec moi. le jour où j'aurai compris que je puis plus qu'elle, la Fortune ne pourra rien. Subirai-je ses volontés, quand j'ai la mort à mon service ? » (Lettre 51). Il faut croire à la détermination de Sénèque puisqu'il se suicide sur ordre de Néron. Cette « mort libératrice », racontée par Tacite, sera aussi digne que dans le Couronnement de Poppée, mais bien plus douloureuse et difficile (voir la fin de la préface). La plus belle Lettre est la 102, qui présente la mort comme une nouvelle naissance. Elle trop dense et trop parfaite pour que j'ose en extraire une citation.
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Klasina
  10 juin 2019
Deux mille ans plus tard, Sénèque nous parle toujours. Bien que sa parole ait résonné dans la lointaine Rome ; elle n'a jamais été aussi proche que dans ces écrits précieux. le temps, miraculeusement a presque tout conservé, fait rare dans l'Antiquité.
Plus qu'un philosophe qui s'est approprié le stoicisme, c'est un esprit universel que l'on rencontrera  ; traitant des maux de l'homme, ses défauts ou ses maladies, ses obstacles au bonheur, la Fortune toute puissante, la perte d'êtres chers, la mort, mais aussi tout ce qui constitue son excellence, la Nature, la raison, la vertu, le souverain bien, l'âme droite et saine qui tend continuellement à son perfectionnement.
La pensée de Sénèque a été avant tout éthique. Elle nous de ce qui nous concerne encore et toujours, vaste question que la condition humaine ; énigme indéchiffrable, perpétuel questionnement , éternel secret pour l'homme. Sénèque avait avant tout le soucis de s'améliorer et d'améliorer l'humanité.
Si la philosophie stoicienne de Sénèque embrasse des lignes directrices communément admises de la secte, comme vivre selon la vertu, en conformité avec notre nature, ce qui constitue son excellence, à savoir la raison ; que tout le cosmos est organisé par un Logos divin, un souffle du monde, qui répand en nous des parcelles divines ; que l'homme est un Dieu sur la terre ferme, Sénèque s'en distingue aussi personnelllement.
Car les Lettres à Lucilius sont plus qu'un exposé de la philosophie stoicienne antique. Elles sont comme autant d'expérimentations sur le front de la vie. C'est une parure de l'âme qu'elles veulent forger; comme le forgeron, l'armurier qui prépare le soldat à s'y rendre. La philosophie est bien ce travail de joaillerie, un art raffiné, difficile, et combien magnifique ; elle nous offre le plus précieux des biens, impérissable, le souverain bien, la sagesse.
En effet, Sénèque n'écrit-il pas, dès la lettre 13 à Lucilius " reçois de moi certains moyens d'assistance dont tu puisses te faire une armure." ? Et Pourquoi nous faut-il donc cette armure ? C'est que le monde extérieur est plein d'incertitude, de dangers. La Fortune lance à tout moment ses archers, qui tirent sur ce que l'on aime, ce que l'on désire, ou encore, sur nous-mêmes. Les choses extérieurs ne sont pas notre vrai bien, périssables, atteintes par la Fortune ou la nécessité, ne comptons pas sur ces insécurités. De là, construisons une forteresse et rentrons-y. le bien véritable est celui d'une âme droite, sereine, qui ne craint plus rien de cette guerre en dehors d'elle.
Parfois, cette âme, dans sa forteresse, voit des âmes folles, se rompre à un combat inépuissable, sans sens, car on sait que la Fortune sera la grande gagnante nous sommes égaux face au destin : l'esclave, la femme, le puissant, le pauvre. Par conséqeuent, Il n'y a pas d'exception dans ce monde là. Ces âmes folles, et bien, pour Sénèque, il faudrait les guérir. Elles ne trouvent ni la sécurité, ni la satisfaction, ni l'ataraxie, ni le bonheur. Elles trouvent au contraire, l'agitation des passions incontrôlables, de désirs démesurés, les honneurs, les charges, l'argent.... le philosophe doit aider l'autre à bien vivre, autrement dit à le guérir de la folie du monde. Il s'agit de conquérir sa liberté intérieure, terre fertile, neuve, sans assauts. S'approprier soi est le seul bien. Aucune ronce, aucune mauvaise herbe ne poussera sur le terrain de l'âme vertueuse, car elle ne dépend pas du monde extérieur. Sénèque dit à cet égard, qu'il faut être " pleinement rassasié de toi-même". Dès lors, suivons ce conseil : " il faut remplir son âme, non son coffre".
Contrairement à ce que l'on croit, le stoicien ne vit pas sans ressentir, ni dans une pauvreté extrême. C'est que Sénèque distingue "les préférables neutres" que sont la santé, l'argent, la nourriture, le confort. Il faut en user droitement, elles ne sont pourtant pas la condition du bonheur. le sage ne ressentira rien si ce monde neutre venait à disparaître, il n'y était pas attaché. Là encore, pour les sensations douloureuses, le concept de "préaffects" intervient. Il y a une sensation vague, mais l'aspirant à la sagesse fermera dans sa forteresse, les portes aux passions comme la colère. Il l'empêchera de rentrer. Dès lors, Sénèque conseille : " Aime la raison ; cet amour te gardera, comme une armure, des plus dures atteintes". Et quelle est la vénérée du temple qui adore la raison, si ce n'est celle " qui te garderas maternellement", chez laquelle " [tu] seras en sureté ou plus en sureté qu'ailleurs ?". On l'aura deviné, c'est la philosophie. Peu veulent s'y réfugier, mais pourtant elle ouvre ses portes à tous.
Enfin, la sagesse est acessible à tous, Sénèque reconnaît que si " cependant tout le monde est maître de bien vivre, nul de vivre longtemps". L'esclave aussi peut aspirer à une forme de sagesse. L'homme est toujours en perfectionnement, il est une matière jamais achevée, il grandit constamment. D'où ce paradoxe qu'on tend à la sagesse sans jamais l'atteindre, comme le sage le pourrait.
Pourquoi ces lettres et ces discours nous touchent-ils autant ? Sans doute, parce que c'est un homme qui s'adresse à un autre, Lucilius, et, au delà, à un régiment, au régiment de lecteurs, autrement dit à l'humanité. C'est un discours commun, pour tous, plein de courage et de grandeur, qui encourage les troupes. Il témoigne de son soucis de l'autre, de l'améliorer dans son cheminement moral. Il fait tout pour le bien de l'humanité. Sénèque est un cosmopolite, un citoyen du monde, nous sommes tous frères, unis par une même nature, et le monde aussi grand qu'il soit est une grande Cité, qui nous accueille tous. Aussi loin qu'on soit de chez nous, d'une patrie, d'un lieu quelconque, il y aura toujours notre "vertu personnelle et la nature universelle" qui nous suivra. Pourquoi, dans cette grande Cité, ne pas y vivre en paix, et y faire une agora de la démocratie, où tous discuteraient, échangeraient ses cultures, ses valeurs ; où tous partageraient ses convictions et chercheraient une solution à l'ensemble de l'humanité ?
Sénèque dirait : c'est que seul "l'homme détruit l'homme par plaisir"... leçon de pragmatisme romain ? On l'aura compris, l'homme est d'une nature ambivalante pour le stoicien.
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Rhadamante
  05 juin 2016
Un grand livre qui peut aider à mieux vivre.
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franz_andre2004
  25 février 2013
Chez Sénèque, on rencontre sans doute une pensée stoïcienne à son plus haut niveau. On ne saurait dénombrer les enseignements que Sénèque nous offre. On sent beaucoup d'amour, de douceur, de résolution dans ces "Entretiens".
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senecananda
  19 août 2018
A lire, à relire et à re-relire.
Ne chercher pas, se sont les meilleurs traductions de Sénèque. Une préface de 180 pages de Paul Veyne pour un ensemble de plus de 1200 pages.
Une merveille.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
YzouYzou   19 janvier 2013
Il en va de la vie comme d'une pièce de théâtre : ce n'est pas la longueur qui compte, mais le mérite de l'acteur. Que tu finisses à tel ou tel endroit, la chose est indifférente. Finis où tu voudras, mais réussis ta sortie de scène.
[Lettre 77]
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KlasinaKlasina   24 février 2019
Deux biens, les plus précieux de tous, nous suivront toujours en tout lieu : la nature universelle et notre vertu personnelle. Il entre, crois-le bien, dans les vues de la puissance qui gouverne toutes choses, quelle qu'elle soit, un dieu, maître de tout, une Raison incorporelle, artisane de l'oeuvre géante, un esprit divin, répandu avec une tension égale dans tous les êtres, grands ou petits, un destin ou enchaînement immuable des causes qui ne laissent pas de vide entre elles ; il entre, dis-je, dans les vues de cette souveraine puissance de ne laisser à la merci d'autrui que les plus vils de nos biens. Ce que l'homme possède de meilleur échappe au pouvoir humain ; on ne peut ni le donner ni l'ôter. Ce firmament, qui de toutes les créations de la nature est la plus grande et la plus splendide, cette âme faite pour contempler et admirer ce firmament, dont elle est noble parcelle, sont à nous, le sont pour toujours, nous appartiendront aussi longtemps que nous existerons nous-mêmes. Aussi, pleins d'allégresse et de fierté, en quelque lieu que le sort nous envoie, marchons-y d'un pas intrépide. Parcourons la terre entière nous n'y trouverons pas un coin où l'homme ne soit chez lui. De partout son regard franchit la même distance pour s'éléver au firmament ; l'intervalle est toujours égale entre l'humanité et le dieu.

- Consolation à Helvia
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KlasinaKlasina   24 février 2019
Pourvu donc que mes yeux ne soient pas sévrés d'un spectacle dont ils sont insatiables, pourvu que je puisse regarder à ma guise le soleil et la lune, m'attacher à la contemplation des astres, observer leur lever, leur coucher, leurs distances, rechercher pour quelles causes leur course est plus prompte ou plus lente, admirer durant la nuit ces myriades d'étoiles étincelantes, dont les unes sont fixes, dont les autres se meuvent, mais sans sortir du cercle qu'elles tracent elles-mêmes dans l'espace, dont certaines jaillissent brusquement, dont d'autres éblouissent les yeux d'un jet de flamme, comme si elles tombaient, ou dessinent sur leur passage une longue traînée lumineuse, pourvu que je connaisse ces joies et je participe à la vie céléste autant qu'un homme en est capable, pourvu que mon âme, qui n'aspire qu'à la vue de sa véritable patrie, vive sans cesse dans ces régions éthérées, que m'importe quel sol je foule ?
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PhilonPhilon   14 juin 2015
Attache-toi à ceux qui te rendront meilleurs; ouvre ta porte à ceux que tu as espoir de rendre toi même meilleurs. [ Lettres à Lucilius, Livre I, 7, 8. ]
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KlasinaKlasina   28 avril 2019
Nous avons côtoyé, chez Lucilius, les rivages de la vie ; et de même qu'en mer, comme dit notre Virgile, on voit " terres et cités s'éloigner et disparaître" , de même, emportés d'un élan irrésistible au courant des années, nous avons vu disparaître à l'horizon notre enfance, puis notre jeunesse, puis la période mal définie où l'homme fait devient un vieillard, à la limite de deux saisons, puis les meilleures années de notre vieillesse ; et voici que commence à se signaler au regard le terme commun du genre humain.
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Videos de Sénèque (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Sénèque
Pièce radiophonique adaptant « Phèdre », tragédie de Sénèque, diffusée le 9 août 1991 sur France Culture, dans une adaptation de Françoise Gerbaulet réalisée par Jean-Pierre Colas. Distribution des rôles : Jacqueline Danno (Phèdre), Alain Cuny (Thésée), Christophe Alwright (Hippolyte) et Yves Gerbaulet (Le choeur).
Dans la catégorie : Divers écritsVoir plus
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