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EAN : 9781021000644
Éditeur : Tallandier (07/02/2013)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Un homme illustre bien mieux qu'Adolf Eichmann la thèse de Hannah Arendt sur la banalité du mal : Franz Stangl, commandant du camp de Treblinka, où furent gazés près de neuf cent mille Juifs.

C'est sans grands états d'âme que ce policier autrichien à l'échine souple est devenu, au bout du compte, celui qu'Himmler appelait " notre meilleur Kommandant ". A la fin de la guerre, Stangl échappe à la justice et, grâce à la filière vaticane, trouve refuge au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
nanouche
  12 mars 2017
Un bourreau parle : Franz Stangl, commandant de Treblinka

En 1970 l'Allemagne juge Franz Stangl qui commença sa carrière de serviteur de la politique d'extermination des nazis au programme T4 (assassinat des handicapés) puis fut commandant des centres de mise à mort de Sobibor puis de Treblinka. Il est condamné à la prison à vie pour complicité dans l'assassinat de 900 000 personnes à Treblinka. Après le verdict, Gitta Sereny obtient l'autorisation de s'entretenir avec lui. Son objectif est de comprendre "comment des êtres humains apparemment normaux [ont] été amenés à perpétrer de tels crimes". Les entretiens s'étendent sur 6 semaines. Stangl est mort le lendemain du dernier. Pour réaliser ce "livre fondamental et jusqu'ici insurpassé", comme le dit Annette Wieviorka , Gitta Sereny a aussi rencontré de nombreux témoins, bourreaux ou survivants, familles, et étudié des documents d'archives.

On découvre un personnage assez pitoyable qui a intériorisé les préjugés antisémites (notamment sur la richesse des Juifs) si bien qu'il peut jurer à son interlocutrice qu'il n'est absolument pas antisémite alors même qu'il lui ressert ces stéréotypes. En ce qui concerne sa carrière, Franz Stangl se présente comme agi et non acteur : les circonstances l'ont amené là, il n'en est en rien responsable et une fois engagé il ne pouvait pas refuser sans mettre en danger sa vie et sa famille. Il s'est contenté de faire son travail consciencieusement mais c'était un travail administratif et il n'a donc pas de sang sur les mains. Gitta Sereny recoupe les informations pour déconstruire ces défenses, mettre Stangl face à ses contradictions et faire apparaître "l'homme double qu'il [est] devenu pour survivre". Il me semble que celui que Himmler surnommait "notre meilleur commandant" représente parfaitement la banalité du mal.


Sur le fonctionnement du camp, les conditions de survie des déportés sélectionnés pour faire le travail et leurs relations avec les gardiens, il y a des témoignages fort intéressants de survivants parmi lesquels je distingue celui de Richard Glazar, un homme intelligent dont je trouve les analyses très pertinentes.

Enfin, Gitta Sereny a aussi été amenée à interroger le comportement de l'Eglise catholique et du Vatican face au nazisme, à l'assassinat des handicapés et à la shoah (Stangl était Autrichien et sa femme une catholique pratiquante) : réactions tardives et peu véhémentes aux massacres et -à partir de 1945- aide apportée aux nazis qui souhaitaient quitter l'Europe. Stangl en a profité et a vécu au Brésil en famille et sans se cacher jusqu'au moment où il a été "découvert" par le chasseur de nazis Simon Wiesenthal. Là aussi l'auteure démonte les excuses qui voudraient que ces agissements n'aient été que le fait de quelques individus : "La structure, la discipline particulière et le paternalisme foncier de l'Eglise catholique empêchent pratiquement tout prêtre catholique (comme tout autre religieux) d'accomplir n'importe quelle action de poids à l'insu de son confesseur et de son supérieur hiérarchique. (...) Il est improbable (...) -sinon impossible- que des prêtres aient pu aider individuellement à Rome, à l'insu de leurs supérieurs, des criminels nazis à fuir au-delà des mers". Il me semble que tout cela n'a pas changé quand je pense aux récents scandales de pédophilie.

C'est donc un ouvrage passionnant et instructif à plus d'un point quoique parfois un peu dur du fait de son contenu. Encore une fois je suis admirative devant le travail de qualité mené par Gitta Sereny, sa capacité à poser les questions justes, à aller au fond des choses tout en gardant un regard objectif et à susciter ainsi la confiance de ses interlocuteurs.
Lien : http://monbiblioblog.revolub..
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CATHY69
  11 mai 2016
Bof, successions de témoignages, ce livre ne va pas au fond des choses, très journalistique, de bien plus beaux textes ont été écrits sur le sujet. On apprend rien.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
CalibanCaliban   26 novembre 2016
Tous les survivants de Treblinka avec lesquels je me suis entretenue affirment---avec le détachement fataliste de ceux qui en sont venus à s'accommoder de l'inévitable faiblesse humaine tant chez eux que chez les autres--- que Blau était un informateur . Mais dans son rôle d'observateur impartial, c'est Suchomel qui a exprimé cela le plus fortement . "Oh ! Blau,a-t-il dit, il a d'abord été Kapo en chef (Oberkapo ) . Voyez-vous, il avait connu Stangl en Autriche; il me l'a dit lui-même . Non je ne pense pas qu'il ait menti . Stangl ne s'était pas caché de l'avoir connu auparavant . Il était autrichien mais d'origine polonaise, je pense, et il avait dû être envoyé de Vienne dans un ghetto polonais . Il m'a raconté son arrivée à Treblinka; apparemment, en descendant du train il a vu Stangl, là, devant lui . Il m'a dit " Je l'ai serré dans mes bras " . En Autriche, il avait été marchand de chevaux ou de bestiaux . Stangl lui aurait dit : "Ecoute, je vais te nommer Kapo chef; tu m'aides maintenant et je vais m'arranger pour que tu t'en tires . Et après la guerre, je t'aurai une ferme en Pologne " . Voilà comment Blau est devenu Oberkapo . quand il a débarqué, il avait un bon ventre --- c'était un gros homme gras ; en deux semaines, il avait fondu de moitié . Oui, on le haïssait , bien sûr, il a certainement "collaboré" ,et naturellement on le craignait et on le détestait . Il n'avait pas le fouet de tout le monde mais un très long et il était là debout, à le faire claquer en hurlant avec son accent des faubourgs de Vienne: " Allez, cochons, truies merdeuses, venez un peu vous y frotter, vous allez voir comme vous serez vite dressés" . On aurait dit qu'il voulait surpasser le pire des Ukrainiens . Je suppose qu'il le faisait pour survivre . Qui suis-je pour blâmer ou accuser ?
Il est resté Kapo jusqu'au début du printemps, je crois . Puis il a demandé à Stangl de le relever de ses fonctions pour raison de santé . Il se plaignait de palpitations ou quelque chose de ce genre et Stangl l'a mis avec sa femme aux cuisines des Juifs . la vieille Frau Blau était bonne cuisinière ; elle m'a fait souvent des petits plats . Je détestais la nourriture de notre mess, aussi très souvent elle m'a cuisiné des plats spéciaux . Après la révolte, ils ont été parmi la centaine de ceux qui sont restés et qui ont été évacués à Sobibor. J'y suis parti également .
Un jour, j'ai entendu dire qu'ils allaient fusiller ces cent-là, le lendemain . Alors j'ai été voir le vieux Blau et je l'ai prévenu . Je lui ai seulement demandé s'il avait du poison et il a compris . Lui et sa femme ont pris du poison ainsi qu'un docteur et sa femme qui faisaient partie du même groupe; ils avaient pourtant aidé à éteindre le feu dans les baraques des Ukrainiens après la révolte . Alors ils sont morts aussi ce jour-là . C'est mieux que d'être fusillé.
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Vidéo de Gitta Sereny
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