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EAN : 9782021441048
384 pages
Seuil (19/09/2019)
4.16/5   312 notes
Résumé :
En 2013, un jeune homme de 29 ans surprend le monde entier en quittant la communauté du renseignement et en révélant que le gouvernement des États-Unis poursuit le projet secret de collecter toutes nos conversations téléphoniques, nos textos et nos emails. Ils veulent établir un système de surveillance de masse sans précédent, capable de s'infiltrer dans la vie privée de chaque personne sur la planète.

Il révèle pour la première fois dans ce livre son... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
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Depuis une dizaine d'années je suis membre de "Transparancy International", une organisation non-gouvernementale internationale, fondée en 1993 en Allemagne, qui a comme but de lutter contre les différentes formes de corruption émanant des autorités étatiques partout dans le monde. T.I. publie régulièrement un bulletin avec les dernières magouilles et scandales financiers et autres. La valeur d'une telle ONGI dépend totalement de la rigueur avec laquelle elle collecte et répand ses informations et je peux vous assurer qu'il s'agit du travail bigrement solide.

J'y ai adhéré après 2 visites en Ukraine, qui a la triste réputation d'être le pays de loin le plus corrompu d'Europe. Chaque année, T.I. publie un classement mondial et si l'on regarde le tableau 2019, Ukraine vient en 126e position sur 180 États. À titre de comparaison, la France occupe le 23e rang, la Belgique le 17e et la Suisse le 4e rang. Ce sont le Danemark, la Nouvelle-Zélande et la Finlande qui viennent en tête. Les 3 derniers sont la Syrie, le Soudan du Sud et la Somalie.
Transparancy International France a son bureau au 14 Passage Dubail à 75010 Paris.

Ce qui m'a écoeuré et indigné en Ukraine c'est l'ampleur de la corruption qui est pratiqué comme un sport national et le parlement ukrainien (rada) a plus l'allure d'un endroit de réunion de mafiosi que de serviteurs publics. Je plains le pauvre Président Volodymyr Zelensky qui est supposé y mettre un minimum d'ordre, car virtuellement rien n'y fonctionne "normalement ". En tant qu'étranger on a, dans les restos, cafés, magasins.... constamment l'impression d'être "roulé", ce qui est scandaleusement souvent le cas, mais les pires victimes sont naturellement les Ukrainiens.
Et dire que l'Ukraine à été pendant longtemps le grenier d'Europe.

Pour venir à bout d'une corruption aussi massive il faudra bien sûr plusieurs générations et beaucoup d'hommes courageux comme Edward Snowden, Julian Assange, Daniel Ellsberg des Pentagon Papers, Frank Serpico de la police new-yorkaise, Sherron Watkins de l'Enron fraude, Chelsea Manning des agissements américains en Irak, etc.
Ce qu'on appelle des "whistleblowers" ou lanceurs d'alertes. Et pour cela il est impératif que ces gens puissent bénéficier d'une protection juridique adéquate.

Pour Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, c'est exactement le contraire qui s'est passé : le 24 juin dernier, le ministère de la justice des États-Unis a alourdi les charges contre lui en ajoutant des accusations supplémentaires.
Je souscris au voeu de mon amie Pascale le Rudulier (talou61 sur Babelio), qui, le 24 février dernier, a lancé un appel à la France pour lui accorder l'asile politique. Quoique mon pays, la Belgique, puisse aussi faire ce geste, bien que j'en doute considéré l'influence politique actuelle de la droite flamande !

Les chances d'un asile politique en France sont toutefois minimes. Depuis 2013, Edward Snowden l'a demandé et 6 ans plus tard, le 19 septembre 2019, au moment même de la sortie de ses "Mémoires vives", sa demande a été formellement rejetée.
Quelle délicate attention !

Edward Snowden, né en Caroline du Nord en 1983, a eu le colossal mérite de rendre public que la CIA et la NSA ("National Security Agency") contrôlaient, par le biais de différents programmes hautement sophistiqués, les conversations téléphoniques et échanges d'emails privés.

Cette révélation de 2013 lui a valu maints prix, tel le Prix Carl von Ossietzky par la Ligue internationale des droits de l'homme en 2014, mais aussi un exil à Hong Kong et en Russie.

Tout au long il y a eu de nombreuses controverses entre États et à l'intérieur de plusieurs États sur le statut d'Edward Snowden et l'ancien fonctionnaire de la CIA a suscité des manifestations populaires en sa faveur un peu partout (Varsovie, Berlin, Washington, etc.).

Je trouve que l'ex-ministre des affaires étrangères du Grand-Duché de Luxembourg, Jean Asselborn, a parfaitement bien résumé le fond de l'histoire en disant à l'ambassadeur yankee : "Les États-Unis feraient manifestement mieux de surveiller leurs services de renseignements plutôt que leurs alliés".

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Edward Snowden. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant, il a été à l'origine de la dénonciation d'un des plus grands scandales de notre époque.
La surveillance de masse d'un Etat sur ses citoyens. Attention, on ne parle pas du terroriste, du criminel, du pédophile, du vendeur d'esclave,... Non, on parle de monsieur tout le monde. Vous et moi. Et d'ailleurs, qu'est-ce que c'est la surveillance de masse ? Et bien, par le biais, entre autres, de nos téléphones, Iphone, Ipad, ordinateur, messagerie électronique, internet, bref, tout ce dont on utilise quotidiennement sans y prêter attention, les services de renseignements des Etats-Unis ont mis au point des logiciels capable de tout enregistrer, tout sauvegarder. Dans quel but ? Je devrais dire dans quels buts ? Des millions de dollars investis dans ces programmes, dans la construction de bâtiments isolés contenant des serveurs haut comme un étage. Applications à télécharger, géolocalisation, sont des termes usuels...

Remettons les choses dans leur chronologie. Attentats du 11 septembre 2001. le Président Bush déclare la guerre aux terroristes. Edward Snowden entre en scène, jeune homme au Q.I. de 140, patriote, ne désire qu'une chose : servir son pays. Il s'engage dans l'armée de terre. Devenu inapte en raison d'un accident qui pouvait le faire boiter à vie, il revient à la vie civile et fort de son indéniable talent en informatique, il entre à la NSA, deuxième plus grand service secret des Etats-Unis avec la CIA. Hyperdoué, il grimpe vite les échelons, voyage sous le couvert diplomatique à Genève, au Japon. Il élabore et améliore sans cesse les logiciels du service de renseignements, qu'ils soient souterrains (fibre optique dans les tunnels traversant les océans d'un continent à l'autre) ou aériens (satellites, cloud).

Il aurait pu continuer ainsi, Edward Snowden, comme les milliers d'autres employés de la NSA. Il avait tout : l'amour de sa femme Lindsay, une superbe villa, les voyages, le compte en banque si rempli qu'il ne savait qu'en faire. Pourtant, lorsqu'il s'est rendu compte, petit à petit, des conséquences de son travail, des nouvelles lois imposées par le président Bush sous le couvert d'une lutte anti-terroriste, du danger réel de la déviance d'un pays qu'il croyait encore libre, il ne pouvait plus se regarder dans le miroir. Et il a pris la décision la plus importante de sa vie, sachant qu'il allait tout perdre, sa vie, sa famille, son pays qu'il voulait servir.

En exil à Moscou, il a retrouvé et sa femme Lindsay qui l'a toujours soutenu et l'estime de soi. Il a gagné de nouveaux amis, amis qui ont pris énormément de risques pour l'aider à trouver un pays qui le recueillerait, pour diffuser et rendre public les milliers d'informations confidentielles qu'il a fournies.
D'ailleurs, les Editions du Seuil ont eu le courage de publier cette édition en France, un des nombreux pays ayant refusé d'accorder l'asile politique à Edward Snowden.

Dans Mémoires vives, Edward Snowden nous raconte son histoire.
Lisez-la.
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Au début, comme Tom Sawyer, Edward n'aime pas l'école. Il préfère se passionner pour le nouvel outil de son père, un ordinateur. À six ans, pour ne pas aller se coucher, il dérègle toutes les horloges de la maison. Après le divorce de ses parents lui vient une certaine autonomie. À seize ans, il travaille un an à créer des sites internet auprès d'une entrepreneure dynamique – et en profite pour se former au monde des affaires et aux technologies informatiques. Ensuite, conscient des réalités, il prend un crédit pour se payer un certificat de compétence très cher estampillé Microsoft et John Hopkins University. C'est alors que s'effondrent les tours à New-York.

Pour défendre son pays, Ed s'engage dans l'armée mais se casse les jambes. Il revient à la vie civile. Il met ensuite à sa disposition ses compétences en informatiques et demande une habilitation « sécurité ». La CIA et la NSA, gros demandeurs, n'embauchent pas directement. Il se fait recruter par un sous-traitant en second, COMSO, sous-traitant de BAE Systems, prestataire de la CIA – et travaille dans ses locaux. Il devient ingénieur réseau : chargé de corriger les pannes logicielles et matérielles qui se présentent. En conséquence, il a accès aux sites d'informations de la CIA et s'émerveille de l'envergure du lieu d'action de l'institution : le monde entier. Il apprend aussi ce que sont les notes secrètes, les dossiers confidentiels.

Après neuf mois, il demande à travailler à l'étranger. On le lui accorde, mais moyennant une formation. Il y apprend les techniques du parfait espion de terrain mais fait trop de politique : sa remise en cause de la hiérarchie déplaît et, au lieu de partir pour l'Irak ou l'Afghanistan comme il le souhaitait, part, en compagnie de Lindsay, sa petite amie, pour une destination bien plus sauvage : Genève. À Genève, l'atmosphère de Frankenstein, depuis que le roman y a pris vie, est partout. Il y passe deux ans, met en place au service SIGINT (Signals Intelligence) des connexions réseaux ad hoc et découvre être dans l'une des plateformes informatiques stratégiques de la NSA, à côtoyer de surcroît des espions, des vrais, du service HUMINT (Human Intelligence), tout en essayant de les imiter, mais sans grand succès. Il découvre aussi que les États-Unis, en 2001, étaient parfaitement au courant que son grand allié l'Arabie Saoudite était en contact étroit avec al Qaïda.

Il est ensuite muté dans un endroit plus stratégique encore, Tokyo, où il se rend avec Lindsay. Il y travaille toujours officieusement pour et dans les locaux de la NSA, mais officiellement pour son prestataire, Dell. Là, il s'interroge sur la vitesse à laquelle ses supérieurs et homologues identifient les points de surveillance à effectuer en Chine : « il était tout bonnement impossible pour les Américains d'en savoir autant sur les agissements des Chinois sans en avoir faits eux-mêmes l'expérience ». le doute qui s'est installé se change en certitude après la consultation d'un document si secret, STELLARWIND, que même sa version secrète est modifiée. Ed l'a consulté et en déduit que la surveillance opérée par la Chine en Chine, les États-Unis la réalisent… dans le monde. Entre les systèmes de sous-traitances frauduleuse de la NSA, les liens suspects avec les organisations terroristes et maintenant la surveillance généralisée, Ed ne travaille plus avec le même enthousiasme.

En 2011, Ed et Linsday sont revenus aux États-Unis. Ed a retrouvé sa vieille agence de la NSA et reprend ses activités de mécanicien contractuel informatique. Son esprit change et ce qu'il sait lui fait voir différemment les réfrigérateurs connectés. L'internet de son enfance n'est plus ce qu'il était. Lindsay ne comprend pas sa bad mood. Ed s'isole. Comble du spécialiste réseau, son secret l'empêche de se connecter aux autres. Sa santé se détériore. Alors que l'on fête la mort de Ben Laden aux États-Unis et que le monde arabe fait sa révolution, Ed, lui, est en déphasage. En 2011, il fait des crises d'épilepsie.

Début 2012, il est affecté dans le coeur du système : Pearl Harbor, où l'on a installé en sous-sol un centre de de gestion informatique crucial. Lindsay est avec lui à Hawaï, mais ils ne se comprennent plus. Tous les jours, il s'enfonce dans son « tunnel », où les téléphones portables sont interdits, d'où l'on ne peut rien ressortir, et travaille à sécuriser et accroître les accès aux informations de la NSA à ses utilisateurs. Pour se changer les idées, il se met à faire des conférences, des formations. Mais il a aussi un autre projet : comprendre, maintenant qu'il a quelques années d'expérience, comment fonctionne le système de collecte d'information de la NSA. Ed se met à surveiller le système de surveillance.

Pour ce faire, il réutilise le système TOR pour brouiller les pistes, et se familiarise avec PRISM, qui collecte des données auprès des GAFAM en toute liberté, TURMOIL, qui analyse toutes les métadonnées (IP, heure, date, adresse mail, etc.), ou TURBINE qui décide, si un message lui est envoyé par TURMOIL, d'installer un système de surveillance de votre terminal mobile : vous voilà sous surveillance maintenant étroite, de manière tout à fait automatique, et sans décision de justice. Si nécessaire, Ed, dans les locaux de la NSA, se met devant votre PC, active votre caméra et votre micro à distance : on voit votre écran, les touches que vous enfoncez, on vous entend, on voit même votre visage… bonjour, c'est moi ! Ed est dégoûté.

Il s'étonne que personne n'ait pris au sérieux l'autre, Gus Hunt, directeur de la technologie de la CIA qui avait publiquement déclaré que son organisme voulait sauvegarder le web – et que personne n'ait fait le lien avec ce centre informatique de quatre hectares de serveurs qu'a fait construire la CIA dans le désert de l'Utah – destiné en effet à sauvegarder la totalité du web pour… l'éternité. Ce centre existe ; il se nomme Mission Data Repository, soit MDR. Non, Ed n'est pas mort de rire.

Cette fois, c'est décidé, Ed ne peut plus garder pour lui tout cela. Il fera passer l'intérêt général avant le sien et forme le projet de tout dévoiler. Mais s'il se fait prendre avant… il se sera condamné sans avoir prévenu personne. Sa sécurité doit donc au moins être garantie jusqu'à la divulgation – et si possible après aussi.

Pour collecter un maximum d'informations, puisqu'il est au coeur du système et voit tout passer (mais en trop grand nombre, il faut trier), il monte un système de collecte automatisé des données qu'il fait passer pour un outil big data d'actualisation d'une newsletter au service de tous. Ça passe comme sur du papier à musique. Pour sortir les informations de son sous-sol ultrasécurisé, il charge les données sur des PC hors-ligne qu'il n'a pas besoin de faire entrer sur le site : des ordinateurs au rebut. On le surprend, on lui demande ce qu'il compte en faire. Il répond franchement : « voler des secrets ! ». On en rit. Il continue.

Depuis ses vieilles machines, il crypte les données sur les cartes micro-SD avec une clé de chiffrage qui demanderait quelques milliards de milliards d'années à qui voudrait les lire sans la posséder. Il colle les micro-SD dans ses rubik's cubes – et sort enfin en quelques semaines les données de la base, ni vu ni connu – sans doute un peu humide sous les aisselles tout de même.

Entre temps, il a pris l'habitude de converser avec deux des journalistes les plus transgressifs des États-Unis en messages cryptés depuis les réseaux wifi mal protégés du pays et un ordinateur qui se fait passer pour un autre : les messages sont illisibles, on ne sait pas qui les envoie, on ne peut savoir où ils vont : l'anonymat est garanti.

Puis, le stratagème étant prêt, il donne rendez-vous à ses deux acolytes pour leur expliquer ce qu'ils ont reçu et leur en donner davantage hors du pays. Il solde ses comptes (tiens, on comprend ici que la NSA n'avait donc pas prévu de surveiller les mouvements bancaires de ses employés ?...), ne dit au revoir à personne pour éviter les fuites, et, incognito (façon de parler), prend un billet pour Tokyo et, de là, pour Hong-Kong.

Un peu inquiet de n'être ni attendu, ni rejoint dans son hôtel, il ronge son frein : et si personne ne venait ? En attendant, il s'enfile toute la carte du room service. Finalement les journalistes arrivent et les infos circulent. Scandale, mandat d'arrêt, mandat d'extradition. Hong-Kong n'était pas un si bon choix : les autorités lui font savoir qu'elles vont coopérer avec l'oncle Sam. Elles lui laissent quand même la possibilité de partir « de son plein gré ».

Aidé de la fidèle associée d'Assange, le créateur de WikiLeaks qui tient sa posture de défense des lanceurs d'alerte, qui l'a rejointe à Hong Kong pour le conseiller, de ses avocats aussi, puis du consul de l'Équateur à Londres, un pays qui, tout le monde en convient, n'obéira pas à la colère de Washington, Ed forme le projet de rejoindre Quito. Pour éviter tout risque de détournement de l'avion, il doit éviter les espaces aériens sous influence américaine : il passera par Moscou, la Havane et Caracas.

Le décollage de Hong Kong se fait sans encombre, mais à Moscou, Ed ne redécolle plus. Les États-Unis ont profité du temps de vol pour invalider son passeport. le voilà bloqué à Chérémétiévo et son laissez-passer de l'ONU n'y fait rien. Les autorités moscovites proposent de l'en déloger moyennant sa coopération pour leurs propres services de renseignement. Ed refuse.

Quarante jours plus tard, le tohu-bohu de sa présence à l'aéroport commence à déranger. La Russie lui accorde ce qu'il a demandé partout dans le monde sans l'obtenir : un droit d'asile. Voilà, depuis 2013, dans son deux-pièces du centre de Moscou, Ed conseille les groupes du monde entier sur les technologies de cryptage, donne des conférences et passe le temps comme il peut. Il a la satisfaction d'avoir fait bouger les lois de son pays, d'avoir accru la sécurité de la vie privée, amoindri les intrusions de la NSA dans la surveillance mondiale du réseau. le RGPD européen est peut-être le résultat qui le satisfait le plus – même s'il reste de portée limitée et, surtout, puisqu'européenne seulement, locale. Pour se consoler, il peut toujours compter sur Lindsay. Après la filature que lui a collée la CIA pendant des mois, elle est venue à Moscou. Quand ils se sont vus, elle ne l'a même pas giflé. Et peu après, ils se sont mariés. Quel courage.



Si ce récit n'était pas lié à des faits réels, il ne serait pas follement passionnant : on est un peu déçu d'en apprendre finalement si peu aussi bien sur les activités de Snowden que sur le fonctionnement des institutions dans lesquelles il est passé. Tout cela reste très vaguement décrit et au travers de généralités. On est tout de même satisfait que soit confirmé tout ce qui se dit depuis des années : le net est américain et les États-Unis surveille le monde. Ce qui donne de la force au récit, c'est cela, que l'on sait qu'à tout ce qui est écrit ici correspond une réalité lourde et une action politique, la sienne, dont on sait l'influence.

On est impressionné aussi par le sang-froid de la préparation de la collecte des informations, qui ne semble pas pouvoir être extrapolé ou amplifié après coup : il a bien fallu réfléchir très posément à la stratégie à mettre en oeuvre pour réaliser la dénonciation : des preuves, la collecte de preuves, la transmission de preuves (lire, écrire, exécuter, comme il écrit en reprenant les niveaux de droits d'accès d'utilisateurs de fichiers informatiques). Snowden connaissait WikiLeaks, le sort de Chelsea Manning, la définition du lanceur d'alerte, qui se dit whistleblower en anglais, celui qui souffle dans un sifflet. Il a conscience que c'est à cette définition que son action va correspondre, qu'il jouera ce rôle, et qu'il le joue en effet. Il faut une grande conscience et une grande confiance en soi pour voir si loin et avec tant de clarté, à mon sens du moins, ce qui rend son action d'autant plus éclatante.

Plus anecdotiquement, il est amusant qu'il ne cesse de s'adresser au lecteur faisant partie de la « jeune génération », quelqu'un qui n'aurait pas connu les débuts de l'informatique (comme si beaucoup d'entre nous n'avaient connu qu'un état stabilisé de l'utilisation de l'internet), comme s'il s'adressait d'outre-tombe aux habitants du futur pour leur donner par l'état des lieux d'une situation, un testament les guidant pour l'avenir, un vieux sage prodiguant ses conseils au monde de demain… Il n'est pas certain que l'internet crypté de partout représente l'avenir d'internet et que l'action de Snowden s'inscrive à ce point dans le temps : son action a certes été très impactante à un moment donné, pour dénoncer une politique secrète et menée en violation de tous les textes et les gentlemen's agreements imaginables, mais qui peut dire avec certitude que les tensions liées aux données sur le net organiseront son fonctionnement demain, modèleront son architecture ? Son action restera-t-elle pour son impact technologique ou son impact politique ? Après tout, après qu'il avait, enfant, déréglé toutes les horloges de la maison, son père était passé derrière et avait remis les pendules à l'heure... Nous verrons bien.

Enfin, on pourrait regretter la médiocrité du titre qui trahit proprement le propos de Snowden : Ed insiste « en permanence » ( :-) c'est le cas de le dire) sur le risque – ou du moins l'encadrement nécessaire – de l'enregistrement de données pour l'éternité et sur l'intention de la NSA d'y procéder (4 hectares de serveurs au milieu du désert…) et c'est donc d'évidence dans cet esprit qu'il avait intitulé son livre « Permanent Record » – ce qui pouvait aussi du coup prendre un sens individuel (« je n'oublierai jamais ce qui s'est passé »), ou collectif (« ce qui s'est passé restera dans les annales »). Avec « Mémoires vives », on a bien sûr gardé le lien vers le monde informatique, mais… à l'envers : la mémoire vive d'un ordinateur est précisément… celle... qui s'efface… On pourrait penser que les éditeurs français ont préféré souligner l'expérience personnelle (« je garde un souvenir cuisant de ce qui s'est passé ») plutôt que la grandiloquence de l'ambition (« le monde a changé pour l'éternité »). Après tout, c'est un choix… et, ici, pour ma part, je regrette que la narration très typiquement étatsunienne (description froide et distante emprunte de pudeur où les émotions n'ont pas vraiment leur place) n'apporte pas le niveau de tension qui a dû être le sien pendant ces années et, surtout, la préparation de la divulgation : il ne devait pas en dormir de la nuit… il faudra se reporter à des essais pour comprendre la portée de son action et peut-être au film pour saisir avec plus de densité ce parcours ?... On a au moins la satisfaction, avec ce livre, de l'aider à financer sa nouvelle existence. Non, vraiment, quel courage.
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Aujourd'hui, premier jour du procès de Jullian Assange, je partage ce petit compte-rendu de l'auto-biographie d'Edward Snowden, lanceurs d'alerte tous les deux.

Comment un jeune homme de 29 ans a tout risqué pour dénoncer une surveillance globale.
Qu'elle conscience politique, quel amour de l'autre, des humains...
Respect et admiration.

Mon seul voeu ? Que Assange trouve un pays d'asile... C' est le rôle de la France, pays des Droits de l'homme de l'héberger et de lui donner l'asile.
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Ce livre est tout simplement d'intérêt public, ou d'intérêt général. Il est bien difficile d'en résumer la richesse du contenu. Il faut le lire, le relire et le partager au maximum. Il témoigne de manière passionnante sur notre rapport au monde via le prisme numérique qui, aujourd'hui, participe de – contrôle ? – tous les aspects de nos activités humaines. En cela, l'auteur nous invite à réfléchir sur les données que nous manipulons, générons ou rendons publiques, parfois à notre insu, et sur leur utilisation par des entités publiques ou privées. Et lorsque ces dernières les emploient pour s'ingérer et influencer nos vies à l'aide d'algorithmes, on est naturellement en droit de considérer que ces usages sont inappropriés !

Le constat est simple : les technologies, notamment numériques, si elles sont mal employées, peuvent aujourd'hui faire craindre le basculement de notre monde occidental, créateur et défenseur de liberté, vers une société qui imposerait ses schémas, discriminerait les individus, et détruirait ces mêmes libertés, si chèrement acquises au fil de l'histoire. Pour le dire autrement, le risque est que nous devenions les cibles d'un autoritarisme structurel intransigeant annihilant toute forme de vie privée et donc de liberté. Cette puissance potentiellement écrasante rend indispensable le fait que les gouvernements rendent des comptes sur la façon dont ils emploient ces moyens techniques.

L'auteur décrit avec précision les modes opératoires de ceux qui veulent faire de ces technologies des moyens de pression ; il montre comment de nombreuses règles sont fixées par ceux-là même qui ont un bénéfice à en tirer – et dont on peut légitimement craindre qu'ils se laissent guider par leur intérêt individuel plutôt que par le bien commun – ; il souligne aussi comment, par méconnaissance, par ignorance, par incompréhension, par aveuglement, le grand public accepte ces coups de couteau dans le « pacte civil ».

Ainsi, Edward Snowden insiste sur l'idée, encore communément répandue, que « lorsque l'on n'a rien à cacher, ce n'est pas grave qu'il y ait des dérives ». Sauf que ce renoncement au droit à la vie privée valide la posture qui veut alors que personne n'a le droit de cacher quoi que ce soit. Et on voit alors que c'est d'une dictature de la transparence qu'il devient question. Personne alors n'aurait la possibilité de s'opposer à ce que l'on rende publiques ses croyances religieuses, ses choix politiques ou sa vie sexuelle aussi simplement que ses goûts en matière de cinéma, de musique ou de lecture.

Ce livre illustre enfin le courage qu'il faut à un individu pour accepter de sacrifier sa carrière, sa famille, sa nationalité et sa liberté au nom de la vérité. Ce livre rappelle ainsi l'importance et l'engagement des lanceurs d'alerte qui ne cessent de se battre pour que les états et les institutions soient au service des citoyens et non l'inverse. Finalement, la vraie et seule question à se poser à l'issue de cette lecture est : dans quelle société voulons-nous vivre ?
Lien : https://ogrimoire.com/2021/0..
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critiques presse (2)
LaViedesIdees
14 janvier 2020
L’intérêt principal du livre tient plus à ce que Snowden dit dans les 5 chapitres centraux que le récit de la préparation des vols de documents et celui de sa fuite malgré son caractère rocambolesque et romanesque.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
LeJournaldeQuebec
23 décembre 2019
Cette autobiographie se lit comme un roman d’espionnage, surtout lorsque Snowden raconte comment il a réussi à copier sur une mini carte SD des dossiers ultrasecrets concernant, entre autres, des rapports de torture, un véritable tour de force.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (201) Voir plus Ajouter une citation
Ma génération est la dernière pour qui c'est vrai, aux États-Unis et probablement dans le monde entier : nous sommes les derniers dont l'enfance n'a pas été consignée dans le cloud mais conservée dans des formats analogiques comme des journaux intimes écrits à la main, des polaroïds ou des cassettes VHS, bref des objets manufacturés tangibles et imparfaits qui se dégradent avec le temps et risquent d'être irrémédiablement perdus. J'ai fait mes devoirs sur papier, avec crayon et gomme, et non sur tablettes connectées à Internet. Ma croissance était notée par une entaille sur le cadre de la porte de la maison, pas via le smart home...
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Normalement, je n'aurais pas donné leur nom, mais puisqu'ils se sont depuis courageusement identifiés devant la presse, je le fais : Vanessa Mae Bondalian Rodel, des Philippines, et Ajith Pushpakumara, Supun Thilina Kellapatha et Nadeeka Dilrukshi Nonis, du Sri Lanka.
Ces personnes à la gentillesse et à la générosité sans failles m'ont accueilli avec beaucoup de grâce et un grand sens de l'hospitalité. La solidarité dont elles ont fait preuve n'était pas politique. Elle était tout simplement humaine, et je serai pour toujours leur débiteur. Elles ne se souciaient pas de qui j'étais ou des dangers auxquels elles s'exposaient en me venant en aide : la seule chose qui comptait, c'était que j'étais une personne qui avait besoin d'aide. Elles ne savaient que trop bien ce que cela signifiait d'être forcé à fuir comme un dératé une menace mortelle, ayant elles-mêmes connu des épreuves bien pires que celles que j'avais affrontées : la torture par les militaires, les sévices sexuels, le viol. Elles ont accueilli un étranger épuisé dans leur maison — et quand elles ont vu mon visage à la télé, elles n'ont même pas sourcillé. À la place, elles ont souri, et en ont profité pour me redire que j'étais le bienvenu.
Même si leurs ressources étaient limitées — Supun, Nadeeka, Vanessa et deux petites filles vivaient dans un appartement exigu et en ruine plus petit que ma chambre au Mira —, ils ont partagé tout ce qu'ils possédaient avec moi, leur générosité était sans limite, et ils refusaient avec tant d'ardeur mes propositions de les rembourser que je n'ai eu d'autre choix que de planquer de l'argent dans la pièce pour les forcer à l'accepter. Ils me nourrissaient, me laissaient me laver et dormir, et me protégeaient. Je ne serais jamais capable d'expliquer ce que cela a signifié pour moi de recevoir tant de ceux qui avaient si peu, d'être accepté par eux sans le moindre jugement alors que je me juchais le plus haut possible dans les coins de la pièce pour hacker le wifi de lointains hôtels à l'aide d'une antenne spéciale que les enfants adoraient.
Leur accueil et leur amitié ont été un don du ciel, le seul fait qu'il existe des personnes comme eux est un don, et je regrette énormément que des années plus tard, les situations d'Ajith, de Supun, de Nadeeka et de sa fille ne soient pas encore régularisées. L'admiration que j'éprouve pour ces personnes n'a d'égal que la colère que m'inspirent les bureaucrates de Hong Kong, qui continuent à leur refuser la dignité fondamentale du droit d'asile. Si des individus aussi profondément honnêtes et désintéressés ne sont pas jugés dignes de la protection de l'État, c'est parce que l'État lui-même est indigne. Ce qui me donne de l'espoir, toutefois, c'est qu'au moment même où ce livre part à l'impression, Vanessa et sa fille ont obtenu le droit d'asile au Canada. J'attends avec impatience le jour où il me sera possible de rendre visite à mes vieux amis de Hong Kong dans leurs nouvelles maisons, où que ce soit, et de créer avec eux des souvenirs plus heureux, dans la liberté.
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Il n'est tout simplement pas possible de fermer les yeux sur la vie privée. Nos libertés sont solidaires et renoncer à notre vie privée, c'est renoncer à celle de tout le monde. On peut tirer un trait dessus par souci de commodité ou sous prétexte que seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher veulent la protéger leur vie privée. Mais clamer qu'on a pas besoin de vie privée car on a rien à cacher revient à dire que personne ne devrait avoir le droit de cacher quoi que ce soit...
Finalement, prétendre que vous n'accordez aucune importance au concept de vie privée parce que vous n'avez rien à cacher n'est pas très différent que d'affirmer que vous n'avez que faire de la liberté d'expression parce que vous n'avez rien à dire, ou que la liberté de culte vous indiffère puisque vous ne croyez pas en Dieu, ou encore que vous vous moquez éperdument de la liberté de réunion parce que vous êtes agoraphobe, paresseux et anti sociable. Si cette liberté ne représente peut-être pas grand-chose pour vous aujourd'hui, cela ne veut pas dire qu'elle ne représentera toujours rien demain.
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Je prends conscience aujourd'hui que pour mon gouvernement, j'étais un homme transparent. Le portable qui me permettait de m'orienter et me corrigeait quand je me trompais de direction, qui me traduisait les panneaux indicateurs et me donnait les horaires des bus et des trains, veillait également à ce que mes patrons connaissent mes moindres faits et gestes. Mon téléphone leur indiquait quand je m'étais trouvé à tel ou tel endroit sans même que j'ai eu besoin de le toucher ou de le sortir de ma poche.
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Nous vivons désormais dans un pays où il revient moins cher de remplacer une machine défectueuse que de la faire réparer, et moins cher de la faire réparer que de se procurer les pièces détachées et de se débrouiller pour les mettre en place soi-même. Voilà qui suffit à installer la tyrannie de la technologie, qui se perpétue à cause de l’ignorance de ceux qui s’en servent tous les jours sans rien y comprendre. Ne pas vouloir s’informer sur le fonctionnement et la maintenance de base d’un appareil indispensable revient à accepter passivement cette tyrannie et à se plier à ses conditions : quand votre appareil fonctionne, vous fonctionnez aussi, mais quand il tombe en panne, vous craquez. Ce que vous possédez finit par vous posséder.
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