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ISBN : 225179963X
Éditeur : Les Belles Lettres (15/10/2002)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Ajax, ou comment la scène tragique transforme 'un des grands de l'Iliade en un personnage égaré, souffrant, voué à une mort sans gloire au nom des valeurs mêmes qui firent sa gloire.

Sophocle scrute les silences et les ambiguïtés du texte homérique pour construire le portrait d'un homme victime des dieux, mais aussi de lui-même et d’un monde où il n’a plus sa place, celui de la cité classique: dans sa rage d’avoir été frustré des armes d’Achille au bé... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
25 octobre 2012
C'est peu dire qu'Ajax, comme bon nombre de tragédies grecques, est une pièce qui nécessite quelques explications préalables pour être pleinement comprise car, faisant revivre les personnages de l'Iliade, il peut être de bon ton de l'avoir lu au préalable.
En effet, Sophocle écrit non pas pour être lu mais être joué. Joué où ? En plein air. Joué à quelle occasion ? Une dizaine de jours par an, grand maximum, lors des dionysiales (en milieu ou fin d'hiver). Joué pour qui ? Un public d'hommes essentiellement, qui connaissent tous les légendes d'Homère. Les personnages des pièces de Sophocle sont donc bien connus du public auquel elles sont destinées.
De nos jours, Ajax évoque pour beaucoup un produit d'entretien, voire un club de football prestigieux, mais guère plus. Pour les spectateurs de Sophocle, c'est l'un des fiers guerriers grecs allant venger l'affront du rap d'Hélène, femme du roi Ménélas, par le troyen Pâris. Bref, un brave parmi les braves.
Mais c'est aussi un fameux goujat, qui n'hésite pas à aller poursuivre de ses avances la troyenne Cassandre jusque dans le temple d'Athéna, chose absolument défendue (pour les Grecs anciens, il aurait pu la violer n'importe où, mais pas dans un temple consacré à la déesse Athéna !).
Si bien que notre Athéna se trouve vexée d'une telle liberté et complote un mauvais coup pour les Grecs victorieux des Troyens lors de leur retour en Argos.
Quel est le thème principal de cette pièce ? Je n'en sais rien. Car le poids du religieux et du mystique est si présent dans la pensée grecque d'alors et dans cette tragédie qu'il est fort probable que je passe à côté de l'idée essentielle et de la morale véritablement poursuivies par l'auteur.
Selon moi, et ce que j'en retire au XXIème siècle, mais sans aucune garantie que ce soit le thème principal, c'est un questionnement sur l'orgueil et plus particulièrement sur l'orgueil mal placé.
De fait, Ajax, furieux de ne pas avoir été désigné comme le guerrier le plus valeureux, le plus digne de recevoir la distinction des armes forgées par Héphaïstos, face à Ulysse, décide d'aller jouer du sabre pour venger ce qu'il considère être un affront. Il souhaite donc trucider Ulysse et toute sa bande.
Mais c'est sans compter sur le concours d'Athéna, déesse de la sagesse, fort courroucée de l'impétuosité d'Ajax qui prétend n'avoir besoin que de son courage pour vaincre les Troyens et pas de l'appui des dieux.
Ainsi donc, Athéna trouble les sens d'Ajax, qui croyant étriper les compagnons d'Ulysse, joue en fait de l'estoc et de la taille dans le bétail accompagnant les guerriers du roi Ithaque. Détrompé de ses visions, Ajax mesure l'affront, plus grand encore, d'avoir été ainsi joué par les dieux. Je vous laisse découvrir la suite si vous ne la connaissez déjà.
Pour moi, l'idée forte de Sophocle est donc de mettre en relief tout ce qu'il peut y avoir de vain et de destructeur, même pour un être de grande valeur comme Ajax, à se nourrir d'orgueil, à laisser parler son ego plus que tout le reste, plus que l'intérêt général, plus que le patriotisme ou la déférence aux autorités (divines ou royales).
Je lis aussi, de manière plus diffuse et en filigrane, une considération de l'auteur sur la valeur des individus qui n'a rien à voir avec leur milieu d'extraction (c'est le cas du demi-frère d'Ajax, Teucros, fils d'une esclave, au coeur plus brave et plus noble que certains dignitaires).
Cependant, quelqu'un d'autre que moi pourrait vous démontrer que Sophocle recherche tout autre chose au travers de cette pièce, notamment l'allégeance aux Dieux. Ce n'est pas un terrain que je suis capable ni n'ai envie d'argumenter mais qui paraît défendable et/ou légitime.
Ainsi donc, vingt-cinq siècles après qu'elles aient été écrites, ces lignes continuent de nous questionner, dans nos échelles de valeur, dans nos rapports aux autres ou à nous-même, preuve s'il en était besoin de leur caractère universel, donc indispensable, mais ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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Relax67
08 février 2015
Dernière année de la guerre de Troie. Ajax et Ulysse se disputent les armes du défunt Achille. Agamemnon et Ménélas tranchent en faveur du second. La pièce commence quand Ajax, fou de rage, sort la nuit étriper ceux qui l'ont floué. Mais la déesse Athéna veille sur ses poulains. Sous son influence Ajax égorge les troupeaux de l'armée Achéenne en croyant satisfaire sa haine, outrage que l'armée ne pardonnera pas. Lorsqu'il prend conscience de son forfait, il n'a plus qu'à laver son honneur dans son propre sang.
Tout au long de cette pièce, j'ai eu du mal à décider si Ajax était responsable et maître de son destin funeste ou s'il n'était qu'un pion de plus entre les mains des dieux. C'est son orgueil infini qui le pousse à réclamer les armes du seul homme qu'il estime au-dessus de lui, qui provoque cette colère inextinguible envers ceux qui l'en prive, qui finalement l'amènera à se suicider. L'origine de sa chute vient de lui. Cependant Athéna le manipule, lui fait prendre au sens propre des vessies pour des lanternes, joue avec cet orgueil qui jadis amena le héros à refuser son aide lors de la bataille pour provoquer sa chute.
Finalement il n'y a pas à choisir ; les deux explications représentent deux facettes de la même réalité. Je crois que les dieux ont donné jusque ce qu'il faut de libre arbitre aux humains pour pouvoir s'amuser à les juger et à les punir pour tromper l'ennui de leur éternité. Mais le héros humain ne se laisse pas si facilement prendre au jeu ; il reste droit dans ses sandales en digne fils de Prométhée et subit sans geindre le sort que lui imposent les êtres invincibles.
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colimasson
30 avril 2013
Pour apprécier Ajax, il est certainement nécessaire d'avoir une bonne connaissance du monde de l'Antiquité grecque. Il faut aussi accepter de se projeter deux millénaires et quelques siècles en arrière pour saluer la maturité précoce d'un théâtre qui n'a rien à envier à la plupart des pièces d'aujourd'hui et pour reconnaître l'importance des valeurs et des croyances de cette société. Pour ma part, je me suis aventurée à la rencontre de cet Ajax comme je l'aurais fait pour n'importe quel autre livre : sans chercher particulièrement à me glisser dans la peau d'un contemporain de l'oeuvre pour en apprécier plus de subtilités que je n'aurais naturellement pu en dénombrer.

Ajax est un personnage furieux. En proie à la colère après que son ami défunt, Achille, a confié ses armes à Ulysse alors qu'il pensait pouvoir les recevoir de bon droit, il décide de massacrer Ulysse et ses compagnons. Berné par la déesse Athéna, il s'illusionne et massacre en réalité des troupeaux de bêtes. Lorsqu'il prend conscience de son erreur, la honte l'accable. Pour épargner à sa famille et à sa lignée l'humiliation due à ses actes, il décide de se suicider. Cris, pleurs et tragédie de sa compagne Tecmesse qui tente de l'en dissuader. Rien n'y fait. Ajax s'échappe en douce et se retire au loin pour se donner la mort. Cette mort sera d'autant plus inutile que Teucros, le frère d'Ajax, accoure bientôt pour lui faire part que les dieux se sont exprimés à travers l'oracle et lui auraient pardonné aisément sa fureur s'il était resté cloîtré chez lui le temps de la pénitence. Mais trop tard, le mal est fait… Teucros veut honorer son frère dignement et lui accorder une sépulture, ce que le roi Agamemnon refuse. Surgit à ce moment-là Ulysse –le grand, le fort, le majestueux ! Eliminant d'un revers de main toutes les querelles qui nous ont rasées jusqu'alors, il ordonne qu'on donne une sépulture au vilain petit Ajax. Et tout le monde de rester béat d'admiration devant ce personnage sans rancune, que la colère d'Ajax aurait pourtant dû tuer.

Moralité de l'histoire ? Avant l'avènement de Jésus-Christ, Sophocle préfigure l'adage : « Si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche » -sachant que la gifle sur la joue droite a été évitée de peu, et qu'Ulysse ne risque rien à tendre sa joue gauche puisque Ajax est mort. Ceci ayant été compris, la pièce d'Ajax n'a rien de superbe. Pleine d'emphase, elle fait trembler chacun de ses personnages devant ces grandes figures éthérées que sont les Vertus. Courage, humilité, modération, amitié et amour… on retourne avec Sophocle aux temps où l'individu n'était encore qu'une partie d'un tout. C'est pourquoi la mort, même si elle reste tragique aux yeux des survivants, reste un moyen d'expression naturel parmi tant d'autres.

Pour l'immersion dans la civilisation grecque : bravo Ajax ! on sera certes dépaysé. Pour autant, difficile de dire qu'on se passionne pour ces aventures qui mêlent guerre, dieux et combats. Bien que les ressorts de cette tragédie se déroulent à un niveau symbolique qui rend possible leur transposition à de nombreux autres égards, la leçon d'humilité qui en découle –plus violente que le Sermon sur la Montagne- est si grandiloquente et finalement si contradictoire avec le fond de la morale qu'elle ruine la crédibilité des personnages. Mais peut-être est-il si difficile de comprendre toute cette agitation parce que les personnages, mus par leur envie d'égaler les dieux qui les entourent, cherchent sans cesse à contredire Athéna lorsqu'elle demandait, sur le ton de la provocation : « de quoi as-tu peur ? Il n'a jamais été qu'un homme » ? Qu'à cela ne tienne, Athéna. Les hommes jouent de leurs vertus pour se faire une place dans les cieux et dans la mémoire de leurs semblables… Difficilement compréhensible aujourd'hui, Ajax laisse dubitatif.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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DOGONColas
16 août 2017
Sophocle nous propose ici une tragédie impeccable reposant sur le personnage homérique d'Ajax qui, dupé par la colère et les dieux (la déesse Athéna), fait acte de violence, de démesure et de folie à l'égard, le croit-il, de ses compagnons d'arme.
Son acte destructeur remet en cause la décision des Atrides sur le partage des armes d'Achille, il remet en question l'ordre, la règle et donc la civilisation. Se découvrant déshonoré face à ses pairs, Ajax refuse la fuite et hanté par la réputation de son père et de sa lignée, il opte pour le suicide salvateur.
La question de son inhumation opposant son frère Teucros et les Atrides n'est pas sans rappeler l'intrigue d'Antigone : la morale doit s'imposer aux inimitiés et à la haine.
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helhiv
31 janvier 2017
Aurions-nous plaisir à voir jouer les pièces du théâtre antique grec ? J'en doute parce nous ne constituerions pas un public pour lequel il était destiné. Paradoxalement, ces textes, seulement destinés à être joués et non lus, sont souvent passionnants et riches d'enseignements comme si les Grecs anciens avaient déjà tout compris à la nature humaine.
Pendant la Guerre de Troie, après avoir décliné l'aide des dieux au combat et avoir violé Cassandre dans le temple d'Athéna, Ajax se voit doublement humilié par celle-ci, d'abord en étant privé des armes d'Achille au profit d'Ulysse, ensuite en se déshonorant à massacrer le bétail grec alors qu'il croit assassiner Ménélas, Agamemnon et Ulysse. Bien qu'Athéna semble lui pardonner s'il reste cacher tout un jour, et malgré les supplications de son épouse Tecmesse, Ajax se donne la mort en se jetant sur l'épée offerte par Hector. Il y a beaucoup de symboles dans ce suicide : c'est l'épée d'Hector qui apparaît coupable du meurtre d'Ajax ; Ajax ne se transperce pas de sa propre main pour ne pas qu'elle devienne elle-même coupable ; Ajax adresse une prière à Zeus et Hermès mais pour les autres comme si lui-même restait hors d'atteinte des dieux. Ajax meurt parce qu'il n'a pas considéré les dieux comme il le devait et en cela Sophocle réfléchit sur le rapport des hommes à la religion. La morale classique de Sophocle est que les hommes ne doivent pas mépriser les dieux et qu'ils doivent se soumettre à leurs volontés.
Dans cette pièce, Ajax ne meurt pas juste à la fin et un autre argument apparaît : Ajax sera-t-il inhumé ? Agamemnon ne veut pas ; Teucros, le frère d'Ajax, veut ; Ulysse plaide finalement la mansuétude et conforte son image de héros sage et magnanime.
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Citations & extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
DOGONColasDOGONColas12 août 2017
AGAMEMNON - Comment ? C'est toi, Ulysse, qui te déclares ici son champion contre moi ?

ULYSSE - Oui, je le haïssais, mais lorsque mon devoir était de le haïr.

AGAMEMNON - Il est mort : c'est donc le moment de mettre ton pied sur son corps.

ULYSSE - Ne te plais pas, Atride, à des succès sans gloire.
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Relax67Relax6705 février 2015
Méditez, je vous prie, ces deux destins humains: Hector, que son baudrier, présent d'Ajax, servit à ligoter à la main courante d'un char pour le raboter et le déchiqueter sans trêve jusqu'au dernier souffle; Ajax, à qui il avait fait présent de cette épée, a succombé par elle mortellement empalé. N'est-ce pas une furie de sang qui a forgé l'une, et le féroce Ouvrier d'enfer cousu l'autre? Pour moi, je dirais que ceci, comme toute la trame des choses humaines, est ourdi par les dieux.
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Nastasia-BNastasia-B10 avril 2012
C'est une honte pour un homme que de souhaiter vivre longtemps, s'il ne sait que passer d'un malheur à un autre. En quoi un jour après un autre pourrait-il nous être un plaisir, quand ce jour ne fait qu'avancer ou bien retarder notre mort ? Je ne donnerais par cher d'un homme qui ne sait que se réchauffer à de vaines espérances. Ou vivre noblement ou noblement périr, voilà la règle pour qui est d'un bon sang. C'est tout. J'ai dit ce que j'avais à dire.
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Relax67Relax6702 février 2015
ATHÉNA (s'adressant à Ulysse): Après ce que tu vois ici, garde-toi de trancher toi-même de paroles altières envers les dieux. Ne t'enfle point de jactance si tu es mieux doté qu'un autre pour la valeur de ton bras ou l'amas de tes amples richesses: un seul jour abat et relève les destinées humaines: les dieux en vous chérissent la mesure, et tout écart coupable, ils le haïssent.
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Relax67Relax6704 février 2015
Les créatures d'excès et de déraison trébuchent sous le doigt des dieux en de lourdes calamités, expliquait le devin, lorsque, douées qu'elles sont de l'humaine nature, leur orgueil vient à quitter l'humaine mesure.
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Videos de Sophocle (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Sophocle
Le comédien Luc-Antoine Diquéro interprète le rôle de Créon dans "Antigone" .Le comédien Luc-Antoine Diquéro interprète le rôle de Créon dans "Antigone", un texte original écrit par Stéphane Michaka d'après la tragédie de Sophocle. Une fiction enregistrée au musée Calvet d'Avignon, avec les musiciens de l'Orchestre National de France, à réécouter ici : http://bit.ly/2ulrN55
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