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ISBN : 2864248611
Éditeur : Métailié (05/04/2012)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Cuba, 1993. C'est la crise, on ne trouve plus grand-chose à manger, et faute de carburant tout le monde roule à vélo. Julia, la narratrice, est une jeune prof de maths, qui enseigne dans un lycée technologique. Elle navigue entre trois hommes, trois histoires, toutes différentes, et qui vont se retrouver curieusement mêlées. Euclides, son ancien prof de faculté, ex-amant, est brisé par l'exil de ses enfants. Angel est un bel amoureux qui en outre dispose d'un appart... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
NicSirkis
  13 décembre 2012
Avec La Havane année zéro, Karla Suãrez, nous offre un roman en forme d'équation mathématique à 3 inconnues, un polar qu'elle situe en 1993 – année especiale, comme disent les cubains – 4 ans après la chute de mur de Berlin. « Polar », même si, entendons-nous bien : il n'y a pas de victime, si ce n'est le « brevet » d'une découverte usurpée, celle du… téléphone !
Dans ce roman « fractal », Karla S. s'adresse directement au lecteur qu'elle tutoie dès le troisième chapitre en le faisant participer à son enquête le long du Malecón. Elle fait de nous son complice et nous embarque comme témoin pour résoudre l'énigme du livre. On partage son tâtonnement expérimental sous la tutelle de Poincaré qu'elle cite à de nombreuses reprises (« Il y a des questions que l'on pose et d'autres qui se posent toutes seules ») et d'Einstein ( « Si tu cherches des résultats, ne fais pas toujours la même chose ! ») Karla Suarez semble s'amuser en attribuant à son lecteur le rôle de juré qui sera chargé de trancher face à la question : Qui détient le document ? … Car le prétexte à cette « course au trésor » à travers la capitale cubaine – d'Alamar au Vedado, en passant par Cienfuegos – est de retrouver les notes originales d'Antonio Meucci, prouvant qu'il est l'inventeur du téléphone, titre que lui a raflé Graham Bell.
Karla S. nous étourdit dans une valse à trois temps dans laquelle elle nous fait tourbillonner à un rythme de plus en plus enlevé entre ses trois partenaires ! Dans ce ballet tropical, on rencontre Euclides – son ex-prof universitaire –, Angel –son amoureux si séducteur –, et Léo –son pittoresque ami écrivain – qui tour à tour posent un deal avec la jeune femme, une stratégie pour localiser le précieux docu et identifier son détenteur.
La Havane année zéro est alors une toile d'araignée qui nous embrouille dans sa spirale, pour notre plus grand bonheur (« Parfois penser est une façon de continuer à s'énerver » nous confie l'auteure !) Elle joue avec nos nerfs dans la jonglerie de ses démonstrations où les alliances se nouent et se dénouent dans une surenchère de tromperies entre les amants. La question récurrente qui laboure les 21 chapitres du livre est : Qui ment ?
Les protagonistes de K.S. se manipulent mutuellement dans un concours de dissimulations, de non-dits, d'approximations, de chausse-trapes… comme l'auteure- qui fait dire à Julia, son héroïne « Je me sentais comme une marionnette qui avait rêvé d'être marionnettiste », - manipule les réflexions de son lecteur !
Dans ce roman mathématique, véritable enquête « démystificatrice », Suarez alterne le noir et blanc et la couleur.
Le noir & blanc dénonce, au cours de cet enchaînement de journées à multiplier par zéro, la pénurie où se débattent dans cette île des Caraïbes ces végétariens de deuxième génération : « La vache mange de l'herbe et moi je mange de la vache, mais à cette époque on ne trouvait des vaches que là où étaient les dinosaures : dans les livres ». On doit allumer la radio, en ces années 90, pour couvrir les voix et parler en toute sécurité, comme le faisaient les personnages du film La vie des autres en RDA dans les années 80.
Mais la couleur pétille aussi grâce à l'humour auto-dérisoire de l'auteure dont le bouquin est caressé par une très chaude ambiance de … »cucuterie » ! On fait beaucoup l'amour dans ces pages car… faire l'amour est une respiration pour ouvrir une ceinture trop serrée. La sexualité est la soupape de survie dans cette société pressée comme un citron et Julia en vient à classer les hommes, ses amants, en nombres : « Je m'amusais même à les classifier, à les ordonner comme des nombres, par exemple : naturels, entiers, rationnels, complexes ou réels ». Leur dénominateur commun étant d'être tous nus sous leurs vêtements. Elle compare même Angel au Cuirassé Potemkine !
Dans le livre de cette écrivain dotée d'une formation scientifique, tout s'articule autour du nombre où elle revient de manière récurrente au long des chapitres. Son roman est construit comme un puzzle sur lequel elle pose les pièces selon son bon vouloir, se jouant de nous : « Elémentaire, mon cher Watson ! » se moque-t-elle…
Au cours de » cette nuit de comploteurs », on « raisonne comme une romancière ou… comme un mathématicien… deux faces d'une même pièce » car « au commencement de l'histoire humaine, art et science faisait un tout qui s'est progressivement ramifié en différentes spécialités (…) Je me servais des nombres comme lui des mots (…) La seule différence tenait à l'usage de langages et de symboles. » Telle le joueur de flûte d'Hamelin, Karla S. nous emmaillote dans la bobine de son énorme imbroglio : « Avec l'amour dans les yeux, sans signes ni témoins, nos corps se sont aimés jusqu'au matin où nous avons compris l'erreur »… Au coeur de la chaleur humaine des nuits torrides tropicales, où les infusions de citronnelle le disputent au rhum ou son ersatz tord-boyaux coulant à flot, Julia cherche à rendre cohérence au désarroi et au chaos… Dans une sorte de jeu de chaises musicales avec Angel, Barbara, Euclides, Léonardo et Margarita, elle tourne au gré des chapitres dans un parfait cercle fermé en se demandant… pourquoi l'amour est-il aussi irrationnel ?
D'étape intermédiaire en objectif principal, Karla-Julia, nous balade avec bonheur en nous entraînant dans la moiteur caraïbe. Elle démontre que si c'est l'ignorance et non le hasard qui rend certaines situations inexplicables comme le prétendent les déterministes… toutefois d'après la théorie du chaos, l'univers est régi par un mélange d'ordre et de désordre, c'est-à-dire qu'il ne suit pas un modèle prévisible et déterminé (…) le désordre existe et se manifeste quand on s'y attend le moins.
C'est par cet effet-papillon –battement d'ailes dans un endroit pouvant provoquer quelques temps après un ouragan dans un autre que les héros de cette histoire ont été embarqués dans cette aventure insulaire, méli-mélo de hasards et de préméditations, face au chaos où se mêlent sentiments et projets.
Dans ce roman/jeu de piste singulier et déroutant, tout est question de perspective (Quand tu es sur le rivage, le bateau se déplace, mais quand tu es sur le bateau, c'est le rivage qui change … Nouvelle société, nouvelles valeurs.) et il s'agit comme les membres de l'Oulipo d'être des rats qui doivent construire eux-mêmes le labyrinthe d'où ils ont l'intention de sortir.
Si Julia/Karla se compare au coeur de ce roman à un cheval aux échecs qui s'imagine trotter librement dans les champs sans se rendre compte que quelqu'un le déplace, elle conclut son récit dans un éclat de rire, nous clouant « pat » sur l'échi quier face au pion-roi Meucci, entre la tour du Tacón et la diagonale du fou !

Lien : http://chevre-feuille.fr
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Caro29
  11 février 2013
Bizarre ces livres dans lesquels on a du mal à plonger, mais que l'on persiste à lire. C'est ce qui m'est arrivé avec « La Havane année zéro ». Dès le début, je savais que la lecture de ce roman me plairait, mais j'ai eu un mal fou à accrocher au début. C'est venu petit à petit et en tournant la dernière page de ce roman, j'ai compris que j'ai bien fait de persister.
« La Havane année zéro », c'est une histoire un peu tirée par les cheveux, qui use et abuse de mathématiques, de logique et qui est construite un peu comme une intrigue policière. Si ce n'était que ça, je n'aurais absolument pas aimé ce roman où la narratrice tente de démêler le vrai du faux des histoires des trois hommes avec qui elle a (eu) une liaison. Ce qui m'a plu, c'est le Cuba des années 1990 décrit par Karla Suarez, avec un point d'orgue : l'année 1993, où se situe l'histoire, cette fameuse « année zéro » à Cuba. La « période spéciale » a suivi la chute du mur de Berlin et la dissolution de l'URSS et a mis la faim au ventre du peuple cubain qui, très rapidement, s'est vu notamment privé de viande (qu'il ne voyait plus que dans les livres d'histoire, dixit l'auteur). du riz, des pois cassés et du soja au menu, voilà ce à quoi les Cubains étaient réduits au cours de cette période décidément très spéciale où les bicyclettes ont remplacé les voitures et où la renommé des commerçants qui possédaient des dollars (illégaux) a supplanté celle des ingénieurs. Voilà donc notre narratrice, Julia, bien avancée elle qui, mathématicienne, se dit « foutue ». Mais voilà donc aussi que l'histoire d'un certain Meucci, un grand inventeur italien qui aurait inventé le téléphone à Cuba plusieurs années avant l'Américain Graham Bell, sort dans le journal « Granma ». Et c'est là que commence notre histoire : les cinq personnages principaux de « La Havane année zéro » se disputent le manuscrit du scientifique où figure le croquis de ce qui allait devenir le téléphone, chacun dans un but différent, souvent pour gagner l'argent qui contribuerait à rendre leur quotidien un peu moins miséreux. Tout un programme ! Et le suspense est au rendez-vous jusqu'à la fin de l'ouvrage !

Pour ce dernier roman, Karla Suarez a reçu le prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde en 2012, le jury ayant décidé d'honorer cette année un ouvrage qui « se situe dans la lignée de ces créations tendues vers un désir puissant : celui de redonner une juste place à des pays que l'on oublie souvent dans le concert disharmonieux du monde ». Un prix parfaitement mérité par l'écrivaine cubaine qui vit exilée au Portugal !
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littleone
  13 juin 2012
"C'était en 1993, année zéro à Cuba. L'année des coupures d'électricité interminables, quand La Havane s'est remplie de vélos et que les garde-mangers étaient vides. Pas de transport. Pas de viande. Pas d'espoir. J'avais trente ans et des problèmes à la pelle, c'est pour ça que je me suis laissé embringuer dans cette histoire". Ainsi parle Julia, professeur de mathématiques, qui n'aime pas son métier et s'ennuie face à ses élèves. Elle qui avait rêvé d'être une grande scientifique invitée à des congrès internationaux... Lorsqu'elle demande à Euclydes, son ex prof de faculté, ex amant de surcroît, s'il a déjà entendu parler d'un certain Meucci, celui-ci fait l'étonné. Mais il finit par lui expliquer qu' Antonio Meucci, Italien du 19ème siècle est venu à La Havane en 1835 comme responsable du grand Théâtre de Cuba. Il a mis au point un "télégraphe parlant", puis est parti à New York et c'est Graham Bell qui est passé pour le grand inventeur. Euclides est même en possession d'un dossier où figure un article "Le téléphone a été inventé à Cuba", mais il lui manque un élément essentiel : une preuve écrite de la main même de Meucci, disparue on ne sait trop comment. Ironie du sort, c'est dans ce pays où il ne fonctionne presque jamais que le téléphone aurait été inventé ?
Julia va tout tenter pour retrouver cet écrit, il a son importance car tout est monnayable dans "un pays déchiré entre dollar et monnaie nationnale" !
Elle manipule ses amis, se conduit comme une marionnettiste au centre d'un petit monde dont elle tire les ficelles. Tous ne semblent pas se connaître, mais tous sont plus ou moins liés.
Angel, beau, blond, bronzé, qui donne l'impression de marcher sur des oeufs, l'ange sauveur au don de charmeur de serpent, dont Julia va peu à peu tomber amoureuse, il semble connaître pas mal de choses et il a un bel appartement dans un quartier intéressant ... Léonardo, qui arrive sans prévenir chez Angel, s'excuse et se précipite sur le rhum. Julia comprend qu'il est écrivain, qu'il a déjà publié et qu'il a beaucoup de projets. Il voudrait parler avec Léonardo mais celui-ci remet l'affaire à plus tard. Que cachent-ils ? Barbara une journaliste italienne, recherche elle aussi la preuve concernant l'invention de son compatriote. Chacun raconte l'histoire à sa façon, ils se mentent, utilisent des stratagèmes, intellectuels, mathématiciens, se réunissent pour parler, lire leurs écrits que personne ne publie, faute de moyens, de papier ; il n'y a pas grand chose à faire en ces temps de pénurie, ils cherchent quelque chose à quoi s'accrocher. C'est toute la vie de Cuba, ses odeurs "authentiques", sa chaleur humaine, la capacité à survivre de ses habitants, leur faculté d'adaptation, leur imagination.
Ce roman est difficle, je l'ai cependant aimé, non pour son énigme qualifiée de "mathématique, mais j'ai apppris quelque chose, je ne connaissais pas l'existence d'Antonio Meucci. J'ai vérifié, tout est vrai. Mais il n'est pas simple de démêler cette histoire, il ne faut pas perdre le fil. L'auteur a du talent. Elle nous mène là où elle veut. Son écriture est évocatrice, ses réflexions pertinentes sur les différences existant entre nos sociétés (ce qui leur manque c'est ce que nous avons en trop, ou, ce qui chez nous est un luxe diététique, le soja par ex., est chez eux le minimum vital). Un roman qui apporte quelque chose, et nous rend le peuple cubain un peu plus proche. Je le conseillerais volontiers, les lecteurs de Léonardo Padura pourront sans doute l'apprécier.
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traversay
  27 août 2012
Sourire, faire l'amour, rêver, ... Se bercer d'illusions et courir après des chimères, c'est un peu un sport national à Cuba, d'autant plus dans les moments de crise les plus aigus, comme en 1993, après la dislocation de l'URSS et les graves difficultés économiques qui s'ensuivirent sur l'île caribéenne. La Havane année zéro, tel est le titre français du roman de Karla Suarez, soit une traduction notoirement différente de son intitulé en espagnol, qui ressemblerait à quelque chose comme : Ils mentent tous ! Ce sont les deux facettes de ce livre jubilatoire, dans lequel la romancière s'amuse à tutoyer son lecteur. Primo, il s'agit bien du portrait d'une ville en pleine déliquescence, où l'on se déplace d'un quartier à l'autre à vélo ou en stop, où l'électricité ne fonctionne que par intermittence, où faire plus d'un repas par jour est un luxe. Secundo, le livre raconte une course poursuite effrénée à la recherche d'un document qui prouverait que l'italien Antonio Meucci aurait inventé le principe du téléphone bien avant Graham Bell (véridique !) et en aurait posé les bases lors d'un séjour à La Havane. Reste à savoir qui est en possession du précieux document et c'est la quête de trois personnages, un ancien et deux nouveaux amants de Julia, la narratrice, qui se trouve au centre de ce drôle de triangle. Julia, manipulée, dépassée par les révélations successives des uns et des autres, qui fait aveuglément confiance avant de s'apercevoir qu'elle a été trompée. Car ils mentent tous, de façon éhontée ! Alors elle, la prof de mathématiques, n'a d'autre solution que de s'en remettre aux conseils de ses maîtres : Einstein, Poincaré et Aristote. Ce roman est juteux comme un fruit tropical, swinguant comme une rumba, euphorisant comme un rhum de 20 ans d'âge. Son rythme est échevelé, son style direct et trivial. La mélancolie est là mais elle ne fait pas le poids devant une aventure folle qui égaie le quotidien d'une jeune femme qui en oublie les efforts immenses qu'elle doit faire, comme tous ses compatriotes, pour simplement survivre en cette atroce année 1993. Ce roman cavaleur, sans une seule chute de tension, rappelle juste que, quelles que soient les circonstances, l'important est de sourire, faire l'amour et rêver.
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Anjali84
  14 avril 2012
En 1993, Cuba subit de plein fouet la chute du grand frère soviétique et la crise économique qui s'est ensuivie. le pays est au plus fort de la "période spéciale", notamment à la Havane. Ses habitants manquent de tout, les projets personnels ne peuvent plus exister, les transports ne fonctionnent plus qu'au ralenti et les coupures d'électricité sont quotidiennes.

Dans ce contexte, Julia, enseignante en mathématiques, navigue entre trois hommes, trois histoires sentimentales différentes : Euclidès, son ancien amant, un professeur retraité, Angél, son nouvel amour, un homme torturé par le souvenir de son ex-femme et Leonardo, un romancier passionné par sa future oeuvre mêlant fiction et réel. Autour d'eux gravite aussi Barbara, une journaliste italienne.
Tous ces personnages sont liés par une interrogation commune : et si le téléphone avait été inventé à Cuba ? Question originale dans un pays où les télécommunications sont revenues à un stade préhistorique. En effet tous recherchent le manuscrit d'un certain Meucci, inventeur italien établi dans l'île au XIXè siècle, dont l'invention aurait été spoliée par Bell. Tous sont liés d'une façon ou d'une autre à cette histoire et ont un intérêt à mettre la main sur sa preuve écrite.
Mais surtout tous mentent en permanence (le titre original est d'ailleurs Ellos mienten), pour se préserver ou pour embellir un quotidien trop terne.
Impossible d'en dire plus sous peine de dévoiler les rebondissements d'un roman construit comme une équation mathématique aux inconnues multiples. Julia elle-même, la narratrice, est tour à tour manipulatrice et manipulée, proie et prédatrice au milieu des hommes parmi lesquels elle doit lutter.
La lecture demande une attention continue car le rythme du roman est haletant et les retournements de situation continuels, ce qui offre une saisissante opposition avec la peinture d'un pays éreinté, presque à l'arrêt où le moindre contact et le moindre déplacement tiennent lieu d'exploits.
La Havane année zéro offre en outre une évocation intéressante de l'histoire et de la mentalité cubaines des années 90. Sont évoquées les difficultés et la vie quotidiennes, comme l'appartement possédé par Angél dans le quartier du Vedado (luxe) où il vit seul (luxe suprême) ou les périples de Julia entre sa banlieue d'Alamar et le centre ville, mais aussi des données sociales plus générales : la chasse au touriste, la fuite désespérée des balseros, la déqualification des emplois. Les personnages, tour à tour lâches et courageux, fiers et prêts à tout pour sortir de leurs problèmes, dressent un portrait polymorphe du peuple cubain.
Lien : http://los-demas.blogspot.fr..
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critiques presse (2)
Lhumanite   04 août 2012
Sur fond de réalisme, la Cubaine Karla Suarez évoque dans un roman la quête d’une bande de jeunes, qui, entre poésie et alcool, se passionnent pour cet épisode caché de l’histoire.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Telerama   27 juin 2012
Les personnages évoluent entre liaisons amoureuses et dissimulations, en quête d'une probable chimère qui n'est peut-être qu'un alibi pour se prouver que la vie, à La Havane, n'est pas totalement figée.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
NicSirkisNicSirkis   26 mars 2013
Avec La Havane année zéro, Karla Suãrez, nous offre un roman en forme d’équation mathématique à 3 inconnues, un polar qu’elle situe en 1993 – année especiale, comme disent les cubains – 4 ans après la chute de mur de Berlin. « Polar », même si, entendons-nous bien : il n’y a pas de victime, si ce n’est le « brevet » d’une découverte usurpée, celle du… téléphone !
Dans ce roman « fractal », Karla S. s’adresse directement au lecteur qu’elle tutoie dès le troisième chapitre en le faisant participer à son enquête le long du Malecón. Elle fait de nous son complice et nous embarque comme témoin pour résoudre l’énigme du livre. On partage son tâtonnement expérimental sous la tutelle de Poincaré qu’elle cite à de nombreuses reprises (« Il y a des questions que l’on pose et d’autres qui se posent toutes seules ») et d’Einstein ( « Si tu cherches des résultats, ne fais pas toujours la même chose ! ») Karla Suarez semble s’amuser en attribuant à son lecteur le rôle de juré qui sera chargé de trancher face à la question : Qui détient le document ? … Car le prétexte à cette « course au trésor » à travers la capitale cubaine – d’Alamar au Vedado, en passant par Cienfuegos – est de retrouver les notes originales d’Antonio Meucci, prouvant qu’il est l’inventeur du téléphone, titre que lui a raflé Graham Bell.
Karla S. nous étourdit dans une valse à trois temps dans laquelle elle nous fait tourbillonner à un rythme de plus en plus enlevé entre ses trois partenaires ! Dans ce ballet tropical, on rencontre Euclides – son ex-prof universitaire –, Angel –son amoureux si séducteur –, et Léo –son pittoresque ami écrivain – qui tour à tour posent un deal avec la jeune femme, une stratégie pour localiser le précieux docu et identifier son détenteur.
La Havane année zéro est alors une toile d’araignée qui nous embrouille dans sa spirale, pour notre plus grand bonheur (« Parfois penser est une façon de continuer à s’énerver » nous confie l’auteure !) Elle joue avec nos nerfs dans la jonglerie de ses démonstrations où les alliances se nouent et se dénouent dans une surenchère de tromperies entre les amants. La question récurrente qui laboure les 21 chapitres du livre est : Qui ment ?
Les protagonistes de K.S. se manipulent mutuellement dans un concours de dissimulations, de non-dits, d’approximations, de chausse-trapes… comme l’auteure- qui fait dire à Julia, son héroïne « Je me sentais comme une marionnette qui avait rêvé d’être marionnettiste », - manipule les réflexions de son lecteur !
Dans ce roman mathématique, véritable enquête « démystificatrice », Suarez alterne le noir et blanc et la couleur.
Le noir & blanc dénonce, au cours de cet enchaînement de journées à multiplier par zéro, la pénurie où se débattent dans cette île des Caraïbes ces végétariens de deuxième génération : « La vache mange de l’herbe et moi je mange de la vache, mais à cette époque on ne trouvait des vaches que là où étaient les dinosaures : dans les livres ». On doit allumer la radio, en ces années 90, pour couvrir les voix et parler en toute sécurité, comme le faisaient les personnages du film La vie des autres en RDA dans les années 80.
Mais la couleur pétille aussi grâce à l’humour auto-dérisoire de l’auteure dont le bouquin est caressé par une très chaude ambiance de … »cucuterie » ! On fait beaucoup l’amour dans ces pages car… faire l’amour est une respiration pour ouvrir une ceinture trop serrée. La sexualité est la soupape de survie dans cette société pressée comme un citron et Julia en vient à classer les hommes, ses amants, en nombres : « Je m’amusais même à les classifier, à les ordonner comme des nombres, par exemple : naturels, entiers, rationnels, complexes ou réels ». Leur dénominateur commun étant d’être tous nus sous leurs vêtements. Elle compare même Angel au Cuirassé Potemkine !
Dans le livre de cette écrivain dotée d’une formation scientifique, tout s’articule autour du nombre où elle revient de manière récurrente au long des chapitres. Son roman est construit comme un puzzle sur lequel elle pose les pièces selon son bon vouloir, se jouant de nous : « Elémentaire, mon cher Watson ! » se moque-t-elle…
Au cours de » cette nuit de comploteurs », on « raisonne comme une romancière ou… comme un mathématicien… deux faces d’une même pièce » car « au commencement de l’histoire humaine, art et science faisait un tout qui s’est progressivement ramifié en différentes spécialités (…) Je me servais des nombres comme lui des mots (…) La seule différence tenait à l’usage de langages et de symboles. » Telle le joueur de flûte d’Hamelin, Karla S. nous emmaillote dans la bobine de son énorme imbroglio : « Avec l’amour dans les yeux, sans signes ni témoins, nos corps se sont aimés jusqu’au matin où nous avons compris l’erreur »… Au cœur de la chaleur humaine des nuits torrides tropicales, où les infusions de citronnelle le disputent au rhum ou son ersatz tord-boyaux coulant à flot, Julia cherche à rendre cohérence au désarroi et au chaos… Dans une sorte de jeu de chaises musicales avec Angel, Barbara, Euclides, Léonardo et Margarita, elle tourne au gré des chapitres dans un parfait cercle fermé en se demandant… pourquoi l’amour est-il aussi irrationnel ?
D’étape intermédiaire en objectif principal, Karla-Julia, nous balade avec bonheur en nous entraînant dans la moiteur caraïbe. Elle démontre que si c’est l’ignorance et non le hasard qui rend certaines situations inexplicables comme le prétendent les déterministes… toutefois d’après la théorie du chaos, l’univers est régi par un mélange d’ordre et de désordre, c'est-à-dire qu’il ne suit pas un modèle prévisible et déterminé (…) le désordre existe et se manifeste quand on s’y attend le moins.
C’est par cet effet-papillon –battement d’ailes dans un endroit pouvant provoquer quelques temps après un ouragan dans un autre que les héros de cette histoire ont été embarqués dans cette aventure insulaire, méli-mélo de hasards et de préméditations, face au chaos où se mêlent sentiments et projets.
Dans ce roman/jeu de piste singulier et déroutant, tout est question de perspective (Quand tu es sur le rivage, le bateau se déplace, mais quand tu es sur le bateau, c’est le rivage qui change … Nouvelle société, nouvelles valeurs.) et il s’agit comme les membres de l’Oulipo d’être des rats qui doivent construire eux-mêmes le labyrinthe d’où ils ont l’intention de sortir.
Si Julia/Karla se compare au cœur de ce roman à un cheval aux échecs qui s’imagine trotter librement dans les champs sans se rendre compte que quelqu’un le déplace, elle conclut son récit dans un éclat de rire, nous clouant « pat » sur l’échi quier face au pion-roi Meucci, entre la tour du Tacón et la diagonale du fou !
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Caro29Caro29   29 janvier 2013
J'ai quelque chose à vous demander. Ça vous gênerait qu'on se tutoie ? Je suis en train de vous raconter des choses très personnelles et le vouvoiement crée une certaine distance. Alors on se tutoie ? Bon, je continue.
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gromit33gromit33   16 avril 2018
L’année zéro de Karla Suarez est l’année 1993 à La Havane, année de la chute du mur de Berlin et du bloc soviétique et Cuba va se retrouver encore plus isolé.
Julia est une jeune femme, professeure de mathématique dans un lycée technique alors qu’elle aurait préféré continuer à faire de la recherche sur les mathématiques. Lors d’une visite à son ancien professeur, directeur de sa thèse, il lui parle d’un certain Antonio meucci. Cet exilé italien a vécu à Cuba quelques années et aurait été l’inventeur du téléphone, avant Graham Bell. Elle va aussi rencontré un bel cubain, une touriste italienne, fascinée par cette île.
Tous les personnages vont faire des recherches sur cet Antonio Meucci et rechercher un document qui prouverait qu’il est le véritable et premier inventeur du téléphone et de plus, à Cuba.
Karla Suarez nous décrit parfaitement la vie cubaine dans les années 90, l’espoir de la Révolution, les désillusions, les privations mais aussi l’Histoire à travers ce personnage réel, qui était Antonio Meucci. Elle nous décrit alors la vie foisonnante des exilés italiens, espagnoles à Cuba au début du 19e siécle. Vie d’exilés que l’on retrouve encore quelques traces dans le Cuba actuel.
Ce livre est aussi un questionnement d’une femme face à ses choix personnels, dans sa vie quotidienne et amoureuse.
Ecrit à la première personne, ce livre peut se lire comme un roman historique, un roman d’espionnage, un roman d’amour ou la résolution d’une équation mathématique.
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Caro29Caro29   31 janvier 2013
La crise des années 90 a servi à nous convaincre que nous ne sommes pas tous égaux et que le monde se divise entre ceux qui ont de l'argent et ceux qui n'en ont pas. Comme toujours et partout. Peu à peu nous ressemblerons aux pays normaux : celui qui a de l'argent s'en sort bien, celui qui n'en a pas est baisé. Cette foutue normalité ne surprend plus personne. Ce sont les changements qui surprennent, l'incertitude du point de bifurcation, tu ne crois pas ?
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littleonelittleone   13 juin 2012
quand la ville et tout ce qui nous entoure devient invivable, le mieux est de construire quelque chose, si petit que ce soit, mais quelque chose qui nous rende la saveur du mot avenir. Joli, non ? dit Euclides
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Karla Suarez - Le fils du héros
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