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Brice Matthieussent (Traducteur)
ISBN : 9782246759515
Éditeur : Grasset (01/01/2011)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 102 notes)
Résumé :
Histoire d’Early Taggart, qui doit son surnom à son visage défiguré à la naissance par sa mère qui tenta de le noyer. Destin peu commun, si tant est que tous les épisodes soient avérés, de cet homme devenu une légende vivante, tour à tour monstre de foire, prédicateur, pourfendeur du droit des ouvriers miniers, hors-la-loi, bluesman, journaliste auréolé du prix Pulitzer.
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  07 décembre 2018
Certains livres ont des exigences particulières envers leurs lecteurs, attendant d'eux qu'ils se mouillent et passent un pacte avec eux pour se laisser pénétrer.
C'est le cas de celui-ci, qui s'ouvre sur une scène terrible en forme de rite initiatique dans lequel le lecteur est invité à investir son personnage : dès lors que le lecteur plonge avec Early Taggart, nourrisson jeté à l'eau dans la nuit par sa mère folle, il accepte ce baptême purificateur et dans le même temps la pourriture du monde contaminant irrémédiablement la bouche de l'enfant au cours de cette noyade.
Il peut alors accéder à l'âme de Taggart dit Gueule-Tranchée ou encore A.C. et saisir le lien entre ses multiples parcelles de vies décousues : charmeur de serpents, défenseur de mineurs de fonds, homme des bois, bluesman, chroniqueur de faits divers. Il peut vivre l'intimité de tout un siècle, de la naissance de Gueule Tranchée en 1903 à sa mort à 108 ans, au coeur d'une Virginie Occidentale déshéritée et encore profondément empreinte de racisme. Il s'enivre du parfum animal de ce personnage hors du commun, respire sa pureté qui se révèle au contact de la nature et des âmes belles, ressent dans ses propres mâchoires la souffrance de la confrontation de Taggart à la violence des hommes, et brille sous sa lumière sombre de pestiféré mystique.
Pardon pour cet épitaphe hagiographique un peu lourdingue, mais c'est le seul moyen qui me vienne pour témoigner de la délicieuse violence qu'au été pour moi la rencontre avec ce personnage complètement improbable mais parfaitement incarné, ainsi qu'avec ce roman qui, tout baigné d'onirisme étrange qu'il est, recèle quelques pages de toute beauté.
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Zora-la-Rousse
  23 février 2012
Une couverture qui m'attire l'oeil, une quatrième de couverture dithyrambique (l'auteur est tout de même présenté comme héritier de Twain, Faulkner et Mc Cullers…), mazette, voilà qui en est presque trop. ..Mais j'ai finalement cédé à l'attrait de cette balade « picaresque » comme ils disent, surtout pour ce surnom : Gueule-Tranchée.
Et je ne l'ai pas regretté.
Au travers de la rencontre d'un homme multiple sur un siècle d'existence, tour à tour charmeur de serpent, tireur d'élite, ermite, harmoniciste ou journaliste, Glenn Taylor nous dresse surtout le portrait d'une certaine Amérique : racisme, ruralité, alcool, religion, bref…mais c'est aussi et surtout la beauté d'une région sauvage, forestière,montagneuse, riche de ressources naturelles : la Virginie occidentale.
Les passages les plus réussis tiennent sans nul doute pour moi à la suggestion de la bataille de Matewan (ou l'un des faits marquants de l'histoire syndicale américaine), aux descriptions de l'exploitation charbonnière, à l'évocation de la vie des mineurs [entre nous soit dit, leurs conditions de vie n'ont pas véritablement évoluées depuis et restent germinalesques…mais je m'éloigne du sujet]. La fin du livre évoque aussi la mise en place de nouvelles techniques d'exploitation comme le « mountain top removal » ou comment décapiter les montagnes pour accéder plus vite au charbon… Bon, je ne vais pas me lancer dans une diatribe économico-écologique mais me contenter de cette extrait d'un site consacré au sujet : « La foi dit-on, déplace les montagnes. La cupidité est capable, elle, de les araser ». A méditer…
Pour un premier roman, c'est une belle réussite. J'attends la confirmation avec impatience.
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encoredunoir
  14 août 2015
En 1903, sa mère l'a balancé dans une rivière glacée après avoir voulu le baptiser et qu'il lui aurait annoncé le règne du diable sur Terre. Dans cette région minière de Virginie Occidentale, l'eau pollué de la Tug River lui a valu d'écoper d'une terrible infection des gencives, mais au moins il a réchappé à la noyade après avoir dérivé et été récupéré par une veuve spécialisée dans la fabrication d'alcool clandestin. Ainsi est venu au monde Early Taggart plus connu sous le nom de Gueule-Tranchée.
Accro à l'alcool dès le berceau puisque seul le moonshine de sa maman adoptive peu calmer les douleurs de ses gencives à vif et de ses petites dents déjà pourrissantes, énorme bébé grimpant et marchant avant tous les autres, Gueule-Tranchée n'a pas que son orifice buccal qui soit remarquable. Capable d'étendre pour le compte un sacristain dès sa prime jeunesse, expert du maniement de la fronde, puis du fusil, expert en cunnilingus, joueur légendaire d'harmonica (cela va sans doute de pair), homme des montagnes, journaliste reconnu, admirateur de JFK et admiré de lui, Gueule-Tranchée Taggart va ainsi traverser depuis le fin-fond des Appalaches un siècle d'histoire américaine. Une histoire qu'il observe à distance tout en la faisant.
Car il est là sans être là, au coeur de l'événement mais en même temps légèrement à côté. C'est certainement ça, une légende. Gueule-Tranchée, c'est à la fois Davy Crockett, Joe Hill, Jack London et Paul Bunyan, c'est un hommage à peine voilé et véritablement talentueux à Little Big Man et c'est aussi tout simplement un conte moderne qui brasse avec bonheur des thèmes universels ; la question du progrès, de l'apparence, de la vengeance que l'on décide ou pas d'exécuter, des remords et de ce que l'on laisse derrière soi.
Glenn Taylor, en définitive, avec sa Ballade de Gueule-Tranchée, n'écrit rien de foncièrement original. Mais l'envergure qu'il donne à son personnage, la puissance d'évocation de son écriture, la façon dont il use sans abuser de l'humour et de la tragédie et dont il recycle les mythes américains et universels font de son roman un livre à part. Oui, on a déjà lu ou vu ça, mais Taylor sait y ajouter ce je ne sais quoi qui rend tout cela unique.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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caro64
  19 novembre 2011
La ballade de Gueule-Tranchée, premier roman de Glenn Taylor, pourrait être une vieille chanson de blues. On imagine très bien un vieux Monsieur avec son harmonica conter l'histoire de ce personnage.
Gueule-Tranchée n'était pas destiné à vivre très longtemps. Jeté par sa mère dans une rivière gelée dans le but de le baptiser, il survivra et sera recueilli par une vieille bouilleuse de cru. de son séjour dans la rivière il gardera une infection des gencives qui lui donnera son nom. de là commence pour lui une vie de légende, de mystification durant la première moitié du XIXeme siècle. Héros, hors la loi, ermite, il finira par se coudre les lèvres pour ne plus avoir de contact avec les hommes.
Glenn Taylor nous raconte une histoire totalement invraisemblable mais avec beaucoup de talent. On y croit... La gnôle et la musique, la vengeance et les liens du sang, l'amour et la nature, le partage et l'apprentissage, autant de moments forts et importants qui rythment la vie de cet antihéros qu'on ne peut qu'aimer même s'il ne cesse de faire preuve de faiblesse. Un personnage incroyable ! C'est un vrai bonheur d'écouter ce vieil affabulateur nous raconter sa vie et les moments forts du XXème siècle américain. Un auteur à suivre !
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Josephine2
  26 octobre 2014
Gueule Tranchée est née d'une mère qui pensait qu'il était le diable et le laissa tomber dans la rivière deux mois après sa naissance. Comme Moïse, il a été recueilli par une veuve qui faisait sa lessive en amont de cette rivière et elle devint sa mère. Elle avait déjà adoptée une petite fille.
Cette femme leur apprit à lire, à vivre de ce qu'ils trouvaient dans la forêt, de la chasse. Elle gagnait sa vie en faisant de la contrebande d'alcool.
On suit les péripéties de Gueule Tranchée (nom que lui donna sa mère adoptive, car bien que bébé, il avait les gencives et les dents pourries) avec empressement. Il va se mêler aux révoltes des mineurs au sud de la Virginie Occidentale où ceux-ci sont exploités par les propriétaires des mines.
Il devra fuir sa région et restera caché durant 20 années. Il vivra au fin fond d'une montagne, terrer comme un animal, vivant comme un animal et lors d'une rencontre, reviendra vivre au sein de la civilisation, changera de nom à plusieurs reprises, deviendra alcoolique, mais aussi un talentueux musicien d'harmonica, où il rencontrera Chuck Berry, fuira de nouveau, deviendra, dans une autre vie, journaliste, où à cette occasion il rencontrera JF Kennedy.
Il retournera à ses racines et y restera jusqu'à la fin de ses jours. Jusqu'à l'âge de 108 ans.
On vit les évènements de cet état de Virginie Occidentale et des Etats-Unis à travers Gueule Tranchée de 1903 à 2010.
Pour un premier roman, Glenn Taylor a su insuffler un rythme tout au long du livre, on ne le lâche plus. Bravo !
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Josephine2Josephine2   26 octobre 2014
« A dire vrai, Monsieur Mitchell, je pourrais sans doute planter ma tente un moment à New-York. Histoire de tenter ma chance. Mais au bout d’un certain temps, je crois que je deviendrais cinglé à cause d’une découverte dont personne dans cette salle ne veut parler.
- Une découverte ? Que voulez-vous dire » Mitchell eut un rire nerveux.
« Et bien, je crois qu’en réfléchissant un peu vous allez me comprendre. Tous ces textes que vous et moi écrivons pour des gens et les lieux où ils vivent. Pour autant que je sache, nous essayons de les rendre aussi réels qu’on peut le faire avec de l’encre sur du papier. Vous me suivez ?
- je crois que oui. »
… « Mais tous les récits vraiment réels perdent un peu de leur vérité. Ensuite, des gens importants les trouvent formidables et leur donnent une récompense. Ils écrivent des articles sur votre article, lequel perd encore un peu plus de sa vérité initiale. Vous comprenez ?
- Oui très bien ». C’était la meilleure et la pire des conversations à laquelle Mitchell eût jamais participé lors d’une réception.
« Donc, poursuivit A.C., à un moment vous envoyez tout balader et vous mettez votre machine à écrire au clou. Je ne dis pas que j’en suis là, mais si je m’installe à New York, je suis sûr de m’approcher à toute vitesse de cette catastrophe. »
… Alors il se pencha sur Mitchell et lui murmura à l’oreille : « Toute cette agitation autour de nous n’a rien de réel. Et dans la mesure où nous essayons de trouver la réalité pour la coucher sur le papier, nous allons droit à l’échec. Il n’y a pas de réalité quand on parle d’écriture. » Il se redressa et sourit à l’autre écrivain, qui semblait plongé dans une grande confusion.
… « Pourtant, c’est vous qui y parvenez le mieux, je crois. »
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StockardStockard   28 mars 2019
Gueule-Tranchée regarda deux fois en frissonnant « La Révélation », un film qu'on projetait au cinéma de l'Hippodrome. Sur l'écran, alors que l'orchestre rugissait, le valeureux bandit Ice Harding dressait un cheval sauvage et l'appelait King. Ensemble, ils attaquaient les diligences. Enfin, le bandit quittait la ville à cheval. Pour un garçon de seize ans, il n'y avait rien de plus beau qu'un bandit s'en allant vers l'horizon, libre.
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AllantversAllantvers   06 décembre 2018
Le lendemain matin, A.C. retrouva l'équipe de campagne devant la mine numéro 3. Il prit des notes sur la manière dont le sénateur interrogeait les mineurs, leur posait de vraies questions sur leur équipement ou leurs horaires. Kennedy parla peu de lui ou de l'élection. Un mineur, un vieux type râblé avec un petit cigare du Kentucky planté entre les mâchoires, dit : "Sénateur, ce que je veux savoir c'est... Est-ce que c'est vrai que vous êtes fils de millionnaire et que vous avez jamais trimé une seule journée de votre vie?
- Eh bien, je suppose que c'est la vérité."
Le mineur asséna une grande claque dans le dos de Kennedy et sourit. "Eh bien moi ça me va, dit-il. Je vais vous confier quelque chose : vous avez rien loupé d'important!"
Tous ceux qui entendirent cette blague éclatèrent de rire. Kennedy fut celui qui rit le plus fort. Il était presque plié en deux.
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StockardStockard   26 mars 2019
Le Daily Mail annonça le nom du lauréat du prix Nobel de chimie, un Allemand qui avait inventé un gaz mortel, une saleté asphyxiante jaune-vert. Apparemment, l'éthique comptait désormais pour du beurre. Seul importait le pouvoir d'une invention. Et face à ce pouvoir, d'honnêtes ouvriers se trouvaient capables de faire appel à leurs instincts les plus bas.
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AllantversAllantvers   07 décembre 2018
Il entra dans une allée sous le panneau indiquant "balais, serpillières, liquide vaisselle, lessive, cire d'ameublement". Impossible de trouver de l'Ajax. Il y avait du Mr propre,. Du Windex pour les verres. Pine Sol. Pledge. Goo gone. C'était le langage qu'il entendait depuis dix ans à la télévision, et qu'il n'avait jamais compris. Debout dans l'allée, il découvrit soudain que tout autour de lui, ces gens qui poussaient leur chariot sans jamais échanger un seul bonjour comprenaient ce charabia. Tous parlaient le langage de la publicité (...)
Ace se rappela alors que les habitants de la Virginie-Occidentale avaient élu Kennedy président en 1960. Il se rappela que, comme il l'avait promis, Kennedy avait fait quelque chose pour changer leur vie, et du même coup, les changer. Aujourd'hui, ils étaient devenus exactement comme les autres.
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