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Georges Sédir (Traducteur)
EAN : 9782070364008
220 pages
Éditeur : Gallimard (20/06/1973)
3.8/5   136 notes
Résumé :
Perdu, couvert de sueur, je sentais à mes pieds la terre noire et nue. Là, entre les branches, il y avait quelque chose qui dépassait, quelque chose d'autre, d'étrange, d'imprécis. Et mon compagnon aussi regardait cela. - Un moineau. - Ouais. C'était un moineau. Un moineau à l'extrémité d'un fil de fer. Pendu. Avec sa petite tête inclinée et son petit bec ouvert. Il pendait à un mince fil de fer accroché à une branche. Bizarre.
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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sur 136 notes
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angery
  17 février 2016
Andrej Zulawski venait d'adapter Cosmos au cinéma.
Certains écrivains ouvrent des brèches dans le simulacre social. Leurs oeuvres sont alors des charges explosives pouvant sauver, au milieu des ruines, ce qui peut encore l'être en chacun de nous. Peut-être un semblant de lucidité, par exemple. Witold Gombrowicz est un écrivain polonais ludique et pessimiste, provocateur et pervers. Je vous parlerai plus particulièrement de Cosmos, roman métaphysique qui joue avec l'absurde jusqu'à former un univers complet et cohérent, paradoxe ultime ! Il serait inutile de vouloir en raconter l'histoire tant l'intérêt ne réside pas en elle. le narrateur Witold et son ami Fuchs séjournent dans une pension de famille. On pourrait dire de Cosmos que c'est l'enquête pathologique de personnages dérangés à propos d'un oiseau mort et de deux bouches. La découverte par les protagonistes d'une suite de signes (un moineau pendu, une flèche sur un plafond, un bout de bois pendu à un fil, un poulet pendu lui aussi) sont interprétés comme autant d'indices menant le questionnement pseudo-policier. Une série d'hypothèses farfelues et grotesques parsème le récit, le plombant vers un naufrage morbide et drolatique à la fois. Cosmos est une sorte d'imposture visant à révéler l'immaturité et la facticité du lecteur et du monde tout court.
Le roman commence ainsi : « Je plongeai le regard dans ce fouillis de feuilles, de rameaux, de taches lumineuses, d'épaississements, d'entrebâillements, de déviations, de poussées, d'enroulements, d'écartements, de je ne sais quoi, dans cet espace tacheté qui avançait et se dérobait, s'apaisait, pressait, que sais-je ? Bousculait, entrouvrait... Perdu, couvert de sueur, je sentais à mes pieds la terre noire et nue. Là entre les branches, il y avait quelque chose qui dépassait, quelque chose d'autre, d'étrange, d'imprécis. Et mon compagnon aussi regardait cela. Un moineau. Ouais. C'était un moineau. Un moineau à l'extrémité d'un fil de fer. Pendu. Avec sa petite tête inclinée et son petit bec ouvert. Il pendait à un mince fil de fer accroché à une branche. Bizarre. Un oiseau pendu. Un moineau pendu. Cette excentricité hurlante indiquait qu'une main humaine s'était glissée dans ce taillis. Mais qui ? Qui avait pendu cet oiseau, pourquoi, quel pouvait être le motif ? »
Roman du rien, du creux qui se pare de toutes les pseudo-significations ; c'est là tout le talent de l'auteur. Certaines situations de ce roman sont très proches de l'univers de Buñuel et de L'Âge d'or (sensualité embarrassée, absurdité malsaine des rapports humains). le narrateur est obsédé par la rencontre possible de la bouche de Léna et de celle de Catherette, attirance et répulsion formant un climat oppressant tout au long du récit. Lynch pourrait se délecter des phobies qui émaillent les perceptions des sujets : « Cette bouche était comme trop fendue d'un côté, et allongée ainsi imperceptiblement, d'un millimètre, sa lèvre supérieure débordait, fuyant en avant ou glissant presque à la façon d'un reptile, et ce glissement latéral, fugitif, avait une froideur repoussante de serpent, de batracien, mais pourtant il m'échauffa, il m'enflamma sur-le-champ, car il était comme une obscure transition menant à son lit, à un péché glissant et humide. » Gombrowicz, ou comment la réalité la plus banale peut devenir (ou plus exactement est) loufoque, délirante, inquiétante, obsédante, si l'on ose soulever le voile pudique du réalisme classique. Supporter la prose de Gombrowicz n'est possible que si l'on admet l'idée de la mesquinerie et de l'idiotie humaine. Pourtant, son propos n'est en rien accusateur, en rien moralisateur, au contraire, il se réjouit de l'immaturité généralisée, proche d'une forme d'innocence pervertie. La partialité, la petitesse, l'insignifiance de l'histoire romancée est à transposer sur l'idée que se fait l'auteur de la « grande histoire ». Non-événement d'un monde insignifiant qui ne prend « sens » que sous le joug de la subjectivité humaine, cruelle et arbitraire.
L'observation d'un moineau pendu constitue le coeur du récit, son trou noir, sa matière noire qui constitue la trame originelle de tout l'univers se déployant autour : « « Partons ». Mais il restait là, il regardait, le moineau pendait, je restais là aussi, je regardais aussi. « Partons ». « Partons ». Nous ne bougions pas, cependant, peut-être parce que nous étions restés trop longtemps déjà et que le moment convenable pour le départ était passé... et maintenant cela devenait plus dur, plus incommode, nous deux avec ce moineau pendu dans les buissons... et j'eus l'intuition d'une sorte de disproportion, de faute de goût ou d'inconvenance de notre part... J'avais sommeil. »
Le regard de Gombrowicz vise la déformation pour mieux accoucher d'une perception authentiquement phénoménologique des événements et des êtres qui gravitent en leur sein. À trop s'y attarder, c'est la santé mentale du lecteur et de l'auteur qui sont mises à mal. le besoin d'ignorance s'avère le pilier de la « norme ». L'insolite ouvre sur le monstre qui réside en chacun, le grotesque fait écho à l'infini au statut humain : « Tout à coup surgit une vache. Je m'arrêtai et nous nous regardâmes dans le blanc des yeux. Sa vachéité surprit à ce point mon humanité que je me sentis confus en tant qu'homme, en tant que membre de l'espèce humaine [...] Comment se comporter face à une vache ?... Comment se comporter face à la nature ? » La cohérence du « réel » est cruellement mise à terre. Gombrowicz était doué pour observer des heures durant des crochets sur les murs et imaginer le passé éventuel de la demeure supportant ces fameux crochets. Un jour qu'il se promenait à la plage, il sauva un scarabée qui s'était retrouvé sur le dos et gigotait. Il le remit sur ses pattes puis en vit un deuxième dans la même fâcheuse position : il le sauva aussi, se croyant sauvé par la même occasion via ce labeur étrange, mais une quantité astronomique d'autres bestioles, dans le même triste état, se révéla à sa vue, quelques mètres plus loin. Accablé devant une mission devenue grotesque, il partit en panique.
Gombrowicz est aussi l'auteur de pièces de théâtre (Yvonne princesse de Bourgogne). Son oeuvre la plus connue demeure Ferdydurke qui a été misse à l'écran par Jerzy Skolimowski. Transatlantique est un roman autobiographique sur l'exil de Gombrowicz en Argentine en 1939 lié à l'invasion de la Pologne par Hitler. Exil qui durera 23 ans. Puis Gombrowicz dérivera vers Paris, Berlin, Vence. La Pornographie traite notamment du rapport entre la forme et la maturité de l'adulte d'une part, et de l'adolescence malléable d'autre part, rapport de force symbolique entre celui qui veut imprimer sa forme et celui qui aspire à être formé, attraction flirtant avec le vice et la vertu tour à tour. Ambivalence où tous se perdent, l'adulte dans sa fascination de l'informe, l'adolescent quant à lui piégé par la forme que tente de lui imprimer l'adulte. L'attirance qui en découle est basée sur la perte des qualités à l'origine de la relation. L'immaturité informe semble consacrée par la modernité qui ne propose plus aucun cadre structurant, qu'il soit d'ordre politique, social ou religieux.
Toute l'oeuvre de Gombrowicz charrie un refus fondamental du sérieux, en quête d'une sorte d'innocence impossible, à rebours de la souffrance et de la gravité adulte. Mais guette l'infantilisme tout aussi destructeur et vide. Une impression de simulacre et de fausseté imbibe tous ses récits. L'artificialité des rapports humains saute aux yeux des protagonistes. Ses mémoires sont à découvrir pour mieux percer le mystère Gombrowicz. Son Cours de philosophie en six heures un quart est un monument d'humour intelligent. En ces temps de simulacre politicien liberticide, la lecture de cet aristocrate déchu est salvatrice.
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marlene50
  31 août 2021
Suis arrivée , péniblement , à la 71 ème page.
Dès le début ai trouvé cela un peu "spécial" et m'interrogeais sur ce qui allait suivre.
J'ai eu l'impression de plonger dans un abîme de réflexions confuses, incohérentes et cela m'a complètement déroutée.
Absurde à souhait, en ce qui me concerne.
Ai eu l'impression d'être trimballée, comme :
" la poussière qui tourbillonne dans un rai de lumière .... "
Trop confus pour moi, écriture exaspérante et biscornue.
J'abandonne !
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croquignol
  18 mai 2021
Oh mes aïeux quelle aventure ! Quelle épopée !
Je viens de tournebouler dans l'esprit tortueux et obsessionnel de Witold (Gombrowicz ?), façon lessiveuse épileptique.
L'écrivain s'est échiné à faire table rase de toutes les conventions, d'écrire à fleur d'âme comme jamais lu auparavant, et de retourner mon esprit comme une peau de chat tout juste écorché. le chat. le moineau. Mon Dieu, je suis lui ! Il est moi !
Un texte (je ne peux pas parler de roman) hypnotique, drôle, sans concessions sur l'individu et ses rapports avec les autres. Plus long, j'aurai baillé (ça commençait à venir, d'ailleurs, mais l'énergumène a le don de relancer la machine).
Sapristi, c'est absurde, et ça ne l'est pas du tout, du coup.
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batlamb
  28 octobre 2020
« Comment ne pas raconter après coup ? Ainsi il faudrait penser que rien ne sera jamais exprimé pour de bon, restitué dans son devenir anonyme, que personne ne pourra jamais rendre le bredouillement de l'instant qui naît ; on se demande pourquoi, sortis du chaos, nous ne pourrons jamais être en contact avec lui : à peine avons-nous regardé que l'ordre naît sous notre regard… et la forme. »
Tel est le penchant de l'esprit humain : classifier et relier entre elles les sensations confuses, les données incomplètes du réel. A la manière des étoiles qui forment pour nous des constellations.
Afin d'étudier ce phénomène astral, Gombrowicz utilise non pas un télescope mais un microscope appliqué sur les étranges replis du cerveau. Il nous fait directement entrer dans la tête d'un narrateur qui suspend le réel au fil de ses obsessions, et établit ainsi des rapports abstraits qui remplacent les rapports charnels inassouvis.
Les choses deviennent des signes, des indices porteurs de sens. Elles en viennent parfois à acquérir un caractère sacré, et, telles une parodie de cathédrale, pointent leurs flèches vers des chambres et des lèvres féminines. Autant d'interdits à transgresser par des crimes plus ou moins subjectifs (Gombrowicz indique dans sa préface qu'il fait de ce récit un « roman policier » à sa façon très personnelle).
On pourrait aussi y voir un roman initiatique, qui ne raconterait pas seulement la maturation du héros, mais celle de la conscience humaine. « La conscience est la dernière et la plus tardive évolution de l'organique et par conséquent aussi ce qu'il y a en lui de plus inachevé et de moins solide. », disait Nietzsche.
Tout reste encore à bâtir pour notre héros livré à lui-même, un personnage dont le lecteur ne sait pas grand-chose, hormis la vague notion d'un pêché originel impliquant une fuite loin de sa famille. Son identité s'écrit dans une lutte permanente avec le réel et les phénomènes dont ce dernier le bombarde, et qu'il doit en permanence faire rentrer dans sa logique biscornue, comme un jeu de Tetris. C'est aussi épuisant pour lui que pour le lecteur, qui doit donc toujours en repasser par les mêmes motifs, tournés et retournés dans tous les sens, et finalement plaqués sur une réalité disloquée inéluctablement par sa rencontre avec une psyché en quête (enquête ?) de forme. Aussi exaspérant qu'enrichissant.
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marko59
  24 juillet 2020

Quelle lecture! Je suis retourné à Gombrowicz après "Yvonne Princesse de Bourgogne" qui m'avait laissé un peu partagé. La forme du roman lui permet d'élaborer une écriture bien plus puissante qui m'a immédiatement emporté dans son flux quasi continu. Car il fait partie de ces livres qu'on dévore presque d'une traite ou qui nous laissent immédiatement sur le bord du chemin. C'est un univers qu'on pourrait situer quelque part entre le théâtre de l'absurde d'un Beckett ou d'un Ionesco (même si Gombrowicz dit ne rien à voir avec eux) et la fantasmagorie expressionniste du Woyzeck de Büchner pour sa folie ordonnée, son comique grinçant, la sombre beauté de ses espaces, intérieurs ou extérieurs, sous la figure énigmatique et un peu morbide de la lune.

"Yvonne" détournait la logique du conte pour en faire une féérie inversée jusqu'au grotesque et au dérisoire. "Cosmos" est un anti-roman policier (ou le roman policier ultime) qui pousse le principe de la recherche d'indices et de coupables jusqu'à l'absurde. le narrateur, un étudiant qui vient de fuir sa famille, se réfugie dans une pension de famille en même temps que Fuchs, un employé de bureau qui tente lui-même d'échapper à son patron qui le déteste. A partir de deux observations anodines qui se mettent à faire sens (la découverte d'un moineau pendu à une branche et l'observation de la convergence de la bouche déformée de la servante vers celle parfaite de Léna, la fille de cette famille), Witold et Fuchs sont emportés dans une quête sans fin d'un réseau d'indices et de significations qui finit par élaborer une sorte de néo-réalité qui a ses lois et son déterminisme. Un peu comme il en irait du regard d'un enfant découvrant l'étrangeté du monde ou de celui d'un psychotique qui percevrait les choses et les êtres comme des signes a décrypter. Ou même encore comme il en va de la libre association révélant l'inconscient sur le divan du psychanalyste. Chaque mot pouvant potentiellement ouvrir un nouvel espace de réalité, métaphorique ou métonymique, dans une perspective presque lacanienne.
A l'intrigue policière habituelle, se substitue avec une efficacité sidérante cette énigmatique recréation du monde qui unirait des personnages à la fois banals et effrayants à la nature environnante (une forêt, la montagne) et au cosmos. On suit une flèche dessinée par des traces sur un plafond, des mains qui s'agitent sur une table au cours d'un repas, un mot qui désigne à la fois un personnage inconnu ou le lieu de l'action: "Berg"... La réalité se métamorphose en un processus qu'on peut influencer par des actions intentionnelles (en étranglant un chat par exemple) qui alimentent à leur tour le réseau d'interprétations. Et le tout en un incroyable crescendo qui culmine dans un final en spirale qui s'apprête à nous absorber avant que la banalité quotidienne ne reprenne ses droits.
La beauté de l'écriture, l'humour de certains dialogues (la logorrhée ludique de Léon!), la cohérence et l'intensité de ce cosmos recréé, le sentiment troublant de toucher à l'absurdité de la condition humaine, le jeu sur la littérature de genre (le roman policier), le vertige qu'il génère sans jamais s'enliser... font de ce Cosmos un roman extraordinaire et inoubliable. Car ce qui risque de dérouter certains, à savoir cette accumulation de non-sens qui finit par en créer, est justement tout le propos du livre. Comme si Gombrowicz nous montrait que les fictions habituelles sont des mensonges et qu'il en dynamitait les règles et les faux-semblants.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
croquignolcroquignol   16 mai 2021
Une théière.
Je m’attendais à tout. Mais pas à une théière. La goutte d’eau qui fait déborder le vase. Quand c’est trop, c’est trop. Il existe une espèce d’excès dans la réalité, dont le grossissement devient insupportable. Après tant d’objets que je n’aurais même pas pu tous énumérer, après les clous, la grenouille, le moineau, le bout de bois, le timon, la plume, l’écorce, le carton, etc., et la cheminée, le bouchon, le trait, la gouttière, la main, les poignées, etc., etc., mottes, treillis, lit, fil de fer, cailloux, cure-dents, poulet, boutons, golfes, îles, aiguille, et cætera et cætera et cætera, à satiété, à n’en plus pouvoir, c’était maintenant cette théière, venue comme un cheveu sur la soupe, comme la cinquième roue d’une charrette, à titre spécial, gratis, richesse, luxe du chaos. Assez. Ma gorge se contractait. Je n’avalerais pas ça. J’abandonnais. Assez maintenant. Rentrer. Chez moi.
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BookinistaBookinista   23 février 2012
Dans l'infinité des phénomènes qui se passent autour de moi, j'en isole un. J'aperçois, par exemple, un cendrier sur ma table (le reste s'efface dans l'ombre). Si cette perception se justifie (par exemple, j'ai remarqué le cendrier parce que je veux y jeter la cendre de ma cigarette), tout est parfait.
Si j'ai aperçu le cendrier par hasard et ne reviens pas là-dessus, tout va bien aussi.
Mais si, après avoir remarqué ce phénomène sans but précis, vous y revenez, malheur ! Pourquoi y-êtes-vous revenu, s'il est sans signification ? Ah ah ! ainsi il signifiait quelque chose pour vous, puisque vous y êtes revenu ? Voilà comment, par le simple fait que vous vous êtes concentré sans raison une seconde de trop sur ce phénomène, la chose commence à être un peu à part, à devenir chargée de sens...
(...) Etant donné que nous construisons nos mondes en associant des phénomènes, je ne serais pas surpris qu'au tout début des temps il y ait eu une association gratuite et répétée fixant une direction dans le chaos et instaurant un ordre.
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croquignolcroquignol   15 mai 2021
— Je ne peux pas discuter de cela avec vous.
— Non ? Bon ! Pourquoi ?
— Parce que vous manquez de préparation.
— Quelle préparation ?
— Scientifique…
— Scientificaillon ! dit-il avec lenteur. Confie-moi, je t’en prie, confie à mon sein virginal et immaculé comment, avec ta préparation scientifique, tu vas or-ga-ni-ser, sur quel modèle, dis-moi, comment, comment tu iras comme ça avec ça et vers quoi, dis-moi comment et avec quoi, pourquoi, à quoi et où, comment toi, dis-moi, ceci avec ceci, cela avec cela, ça avec ça, à cause de quoi, comment…
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marko59marko59   24 juillet 2020
Les montagnes, qui se rapprochaient depuis longtemps, dévalèrent soudain de partout, nous entrâmes dans une vallée, ici du moins régnait une ombre bienheureuse, tandis que la verdure ensoleillée refleurissait au sommet des pentes. Un calme venu d'on ne savait où, de partout, et un ruisseau de fraîcheur, quel agrément! Un tournant, sommets de murailles accumulées, c'étaient des brèches brutales, des entassements accablants, des enroulements vert calme, des cimes, ou des pics, des crêtes déchirées et des chutes à la verticale, auxquelles s'agrippaient des buissons, puis des rochers sur les hauteurs, des près qui s'abaissaient dans le silence, silence qui s'étendit, incompréhensible, immobile, universel, toujours croissant et si puissant que le fracas de notre charrette et son roulement régulier semblaient exister à part. Ce panorama se maintint un certain temps, puis apparut quelque chose de nouveau et d'insistant, c'était dénudé, ou embrouillé, ou miroitant, parfois héroïque, gouffres, noyaux, strates, motifs de pierres suspendues, après quoi, sur des rythmes ascendants et descendant des buissons, d'arbres, de blessures, de plaies, d'éboulis, affluèrent, ça et là, des idylles, tantôt douces, tantôt cristallines. Des choses diverses - toutes sortes de choses - des distances étonnantes, des virages affolants, un espace prisonnier et tendu, qui attaquait ou cédait, qui s'enroulait et se tordait, qui frappait vers le haut ou vers le bas. Un immense mouvement immobile.
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batlambbatlamb   28 octobre 2020
Je regardai aux alentours. Quel spectacle ! Les montagnes se jetaient, aveugles, dans l’étendue céleste où naviguaient des centaures, des cygnes, des navires, des lions aux crinières brillantes, en bas une Shéhérazade de prés et de bosquets enveloppés d’une blancheur tremblante, ah, la lune, globe mort, brillant d’un éclat emprunté — et cette lueur nocturne, secondaire affaiblie, contaminait et empoisonnait comme une maladie. Et les constellations, invraisemblables, artificielles, inventées, obsessions d’un ciel lumineux !
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