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Georges Sédir (Traducteur)
EAN : 9782070364008
220 pages
Éditeur : Gallimard (20/06/1973)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 127 notes)
Résumé :
Perdu, couvert de sueur, je sentais à mes pieds la terre noire et nue. Là, entre les branches, il y avait quelque chose qui dépassait, quelque chose d'autre, d'étrange, d'imprécis. Et mon compagnon aussi regardait cela. - Un moineau. - Ouais. C'était un moineau. Un moineau à l'extrémité d'un fil de fer. Pendu. Avec sa petite tête inclinée et son petit bec ouvert. Il pendait à un mince fil de fer accroché à une branche. Bizarre.
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
angery
  17 février 2016
Andrej Zulawski venait d'adapter Cosmos au cinéma.
Certains écrivains ouvrent des brèches dans le simulacre social. Leurs oeuvres sont alors des charges explosives pouvant sauver, au milieu des ruines, ce qui peut encore l'être en chacun de nous. Peut-être un semblant de lucidité, par exemple. Witold Gombrowicz est un écrivain polonais ludique et pessimiste, provocateur et pervers. Je vous parlerai plus particulièrement de Cosmos, roman métaphysique qui joue avec l'absurde jusqu'à former un univers complet et cohérent, paradoxe ultime ! Il serait inutile de vouloir en raconter l'histoire tant l'intérêt ne réside pas en elle. le narrateur Witold et son ami Fuchs séjournent dans une pension de famille. On pourrait dire de Cosmos que c'est l'enquête pathologique de personnages dérangés à propos d'un oiseau mort et de deux bouches. La découverte par les protagonistes d'une suite de signes (un moineau pendu, une flèche sur un plafond, un bout de bois pendu à un fil, un poulet pendu lui aussi) sont interprétés comme autant d'indices menant le questionnement pseudo-policier. Une série d'hypothèses farfelues et grotesques parsème le récit, le plombant vers un naufrage morbide et drolatique à la fois. Cosmos est une sorte d'imposture visant à révéler l'immaturité et la facticité du lecteur et du monde tout court.
Le roman commence ainsi : « Je plongeai le regard dans ce fouillis de feuilles, de rameaux, de taches lumineuses, d'épaississements, d'entrebâillements, de déviations, de poussées, d'enroulements, d'écartements, de je ne sais quoi, dans cet espace tacheté qui avançait et se dérobait, s'apaisait, pressait, que sais-je ? Bousculait, entrouvrait... Perdu, couvert de sueur, je sentais à mes pieds la terre noire et nue. Là entre les branches, il y avait quelque chose qui dépassait, quelque chose d'autre, d'étrange, d'imprécis. Et mon compagnon aussi regardait cela. Un moineau. Ouais. C'était un moineau. Un moineau à l'extrémité d'un fil de fer. Pendu. Avec sa petite tête inclinée et son petit bec ouvert. Il pendait à un mince fil de fer accroché à une branche. Bizarre. Un oiseau pendu. Un moineau pendu. Cette excentricité hurlante indiquait qu'une main humaine s'était glissée dans ce taillis. Mais qui ? Qui avait pendu cet oiseau, pourquoi, quel pouvait être le motif ? »
Roman du rien, du creux qui se pare de toutes les pseudo-significations ; c'est là tout le talent de l'auteur. Certaines situations de ce roman sont très proches de l'univers de Buñuel et de L'Âge d'or (sensualité embarrassée, absurdité malsaine des rapports humains). le narrateur est obsédé par la rencontre possible de la bouche de Léna et de celle de Catherette, attirance et répulsion formant un climat oppressant tout au long du récit. Lynch pourrait se délecter des phobies qui émaillent les perceptions des sujets : « Cette bouche était comme trop fendue d'un côté, et allongée ainsi imperceptiblement, d'un millimètre, sa lèvre supérieure débordait, fuyant en avant ou glissant presque à la façon d'un reptile, et ce glissement latéral, fugitif, avait une froideur repoussante de serpent, de batracien, mais pourtant il m'échauffa, il m'enflamma sur-le-champ, car il était comme une obscure transition menant à son lit, à un péché glissant et humide. » Gombrowicz, ou comment la réalité la plus banale peut devenir (ou plus exactement est) loufoque, délirante, inquiétante, obsédante, si l'on ose soulever le voile pudique du réalisme classique. Supporter la prose de Gombrowicz n'est possible que si l'on admet l'idée de la mesquinerie et de l'idiotie humaine. Pourtant, son propos n'est en rien accusateur, en rien moralisateur, au contraire, il se réjouit de l'immaturité généralisée, proche d'une forme d'innocence pervertie. La partialité, la petitesse, l'insignifiance de l'histoire romancée est à transposer sur l'idée que se fait l'auteur de la « grande histoire ». Non-événement d'un monde insignifiant qui ne prend « sens » que sous le joug de la subjectivité humaine, cruelle et arbitraire.
L'observation d'un moineau pendu constitue le coeur du récit, son trou noir, sa matière noire qui constitue la trame originelle de tout l'univers se déployant autour : « « Partons ». Mais il restait là, il regardait, le moineau pendait, je restais là aussi, je regardais aussi. « Partons ». « Partons ». Nous ne bougions pas, cependant, peut-être parce que nous étions restés trop longtemps déjà et que le moment convenable pour le départ était passé... et maintenant cela devenait plus dur, plus incommode, nous deux avec ce moineau pendu dans les buissons... et j'eus l'intuition d'une sorte de disproportion, de faute de goût ou d'inconvenance de notre part... J'avais sommeil. »
Le regard de Gombrowicz vise la déformation pour mieux accoucher d'une perception authentiquement phénoménologique des événements et des êtres qui gravitent en leur sein. À trop s'y attarder, c'est la santé mentale du lecteur et de l'auteur qui sont mises à mal. le besoin d'ignorance s'avère le pilier de la « norme ». L'insolite ouvre sur le monstre qui réside en chacun, le grotesque fait écho à l'infini au statut humain : « Tout à coup surgit une vache. Je m'arrêtai et nous nous regardâmes dans le blanc des yeux. Sa vachéité surprit à ce point mon humanité que je me sentis confus en tant qu'homme, en tant que membre de l'espèce humaine [...] Comment se comporter face à une vache ?... Comment se comporter face à la nature ? » La cohérence du « réel » est cruellement mise à terre. Gombrowicz était doué pour observer des heures durant des crochets sur les murs et imaginer le passé éventuel de la demeure supportant ces fameux crochets. Un jour qu'il se promenait à la plage, il sauva un scarabée qui s'était retrouvé sur le dos et gigotait. Il le remit sur ses pattes puis en vit un deuxième dans la même fâcheuse position : il le sauva aussi, se croyant sauvé par la même occasion via ce labeur étrange, mais une quantité astronomique d'autres bestioles, dans le même triste état, se révéla à sa vue, quelques mètres plus loin. Accablé devant une mission devenue grotesque, il partit en panique.
Gombrowicz est aussi l'auteur de pièces de théâtre (Yvonne princesse de Bourgogne). Son oeuvre la plus connue demeure Ferdydurke qui a été misse à l'écran par Jerzy Skolimowski. Transatlantique est un roman autobiographique sur l'exil de Gombrowicz en Argentine en 1939 lié à l'invasion de la Pologne par Hitler. Exil qui durera 23 ans. Puis Gombrowicz dérivera vers Paris, Berlin, Vence. La Pornographie traite notamment du rapport entre la forme et la maturité de l'adulte d'une part, et de l'adolescence malléable d'autre part, rapport de force symbolique entre celui qui veut imprimer sa forme et celui qui aspire à être formé, attraction flirtant avec le vice et la vertu tour à tour. Ambivalence où tous se perdent, l'adulte dans sa fascination de l'informe, l'adolescent quant à lui piégé par la forme que tente de lui imprimer l'adulte. L'attirance qui en découle est basée sur la perte des qualités à l'origine de la relation. L'immaturité informe semble consacrée par la modernité qui ne propose plus aucun cadre structurant, qu'il soit d'ordre politique, social ou religieux.
Toute l'oeuvre de Gombrowicz charrie un refus fondamental du sérieux, en quête d'une sorte d'innocence impossible, à rebours de la souffrance et de la gravité adulte. Mais guette l'infantilisme tout aussi destructeur et vide. Une impression de simulacre et de fausseté imbibe tous ses récits. L'artificialité des rapports humains saute aux yeux des protagonistes. Ses mémoires sont à découvrir pour mieux percer le mystère Gombrowicz. Son Cours de philosophie en six heures un quart est un monument d'humour intelligent. En ces temps de simulacre politicien liberticide, la lecture de cet aristocrate déchu est salvatrice.
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MarianneL
  09 octobre 2013
Le narrateur, Witold, un jeune homme rejeté par ses parents, et son camarade Fuchs, haï de son patron qu'il côtoie toute la journée, tous les deux sans doute immatures et fragiles, se retrouvent à la campagne ; ils cherchent un logement. Avant d'arriver dans une pension de famille modeste, ils tombent, chose étrange, sur un moineau pendu.
Dans son introduction, Witold Gombrowicz donne, avec quelques extraits de son journal, les principes directeurs de ce roman de 1964 : Cosmos est «une sorte de récit policier», car c'est «un essai d'organiser le chaos». Un essai est le mot juste, car Cosmos est une oeuvre qui plonge dans un abîme.
Au départ, le narrateur se trouve confronté à deux anomalies incompréhensibles, le moineau pendu, découvert dans un fourré, et le lien étroit qu'il conçoit entre les bouches de deux femmes, celle de Léna, fraîche et virginale, et celle de Catherette, déviante, impure, dans cette pension de famille.
«Ce que j'avais remarqué chez cette personne était un étrange défaut sur sa bouche d'honnête femme de ménage aux petits yeux clairs : cette bouche était comme trop fendue d'un côté, et allongée imperceptiblement, d'un millimètre, sa lèvre supérieure débordait, fuyant en avant ou glissant presque à la façon d'un reptile, et ce glissement latéral, fugitif, avait une froideur repoussante de serpent, de batracien, mais pourtant il m'échauffa, il m'enflamma sur le champ, car il était comme une obscure transition menant à son lit, à un péché humide et glissant…»
Tandis que l'intrigue avance, dans la chaleur écrasante de l'été et la tension du huis clos de la pension, Witold, personnage obsessionnel, désoeuvré, épuisé par ses propres efforts, s'efforce de donner un sens au chaos : comprendre ses désirs, et une réalité qui lui apparaît sous forme fragmentée : cheminée, corniche, arbrisseau, dessin au plafond qui forme comme une flèche, attitudes des corps, doigts jouant avec les couverts ou formant des boules de mie de pain sur la table, rapprochement entrevu de deux bouches, tout pourrait être signe. Cette réalité obscure, multitude d'événements et d'objets, peut-elle être reliée en une constellation, un cosmos ?
Plongée fantastique dans les pensées d'un héros en totale confusion, Cosmos est un roman qui rend fou, sans cesse au bord du gouffre, entre réalité et folie. Associations étranges, désirs empreints de perversion, compréhension fugace, et qui s'évanouit, toute croyance en une vision objective du monde est ici anéantie.
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marko59
  24 juillet 2020

Quelle lecture! Je suis retourné à Gombrowicz après "Yvonne Princesse de Bourgogne" qui m'avait laissé un peu partagé. La forme du roman lui permet d'élaborer une écriture bien plus puissante qui m'a immédiatement emporté dans son flux quasi continu. Car il fait partie de ces livres qu'on dévore presque d'une traite ou qui nous laissent immédiatement sur le bord du chemin. C'est un univers qu'on pourrait situer quelque part entre le théâtre de l'absurde d'un Beckett ou d'un Ionesco (même si Gombrowicz dit ne rien à voir avec eux) et la fantasmagorie expressionniste du Woyzeck de Büchner pour sa folie ordonnée, son comique grinçant, la sombre beauté de ses espaces, intérieurs ou extérieurs, sous la figure énigmatique et un peu morbide de la lune.

"Yvonne" détournait la logique du conte pour en faire une féérie inversée jusqu'au grotesque et au dérisoire. "Cosmos" est un anti-roman policier (ou le roman policier ultime) qui pousse le principe de la recherche d'indices et de coupables jusqu'à l'absurde. le narrateur, un étudiant qui vient de fuir sa famille, se réfugie dans une pension de famille en même temps que Fuchs, un employé de bureau qui tente lui-même d'échapper à son patron qui le déteste. A partir de deux observations anodines qui se mettent à faire sens (la découverte d'un moineau pendu à une branche et l'observation de la convergence de la bouche déformée de la servante vers celle parfaite de Léna, la fille de cette famille), Witold et Fuchs sont emportés dans une quête sans fin d'un réseau d'indices et de significations qui finit par élaborer une sorte de néo-réalité qui a ses lois et son déterminisme. Un peu comme il en irait du regard d'un enfant découvrant l'étrangeté du monde ou de celui d'un psychotique qui percevrait les choses et les êtres comme des signes a décrypter. Ou même encore comme il en va de la libre association révélant l'inconscient sur le divan du psychanalyste. Chaque mot pouvant potentiellement ouvrir un nouvel espace de réalité, métaphorique ou métonymique, dans une perspective presque lacanienne.
A l'intrigue policière habituelle, se substitue avec une efficacité sidérante cette énigmatique recréation du monde qui unirait des personnages à la fois banals et effrayants à la nature environnante (une forêt, la montagne) et au cosmos. On suit une flèche dessinée par des traces sur un plafond, des mains qui s'agitent sur une table au cours d'un repas, un mot qui désigne à la fois un personnage inconnu ou le lieu de l'action: "Berg"... La réalité se métamorphose en un processus qu'on peut influencer par des actions intentionnelles (en étranglant un chat par exemple) qui alimentent à leur tour le réseau d'interprétations. Et le tout en un incroyable crescendo qui culmine dans un final en spirale qui s'apprête à nous absorber avant que la banalité quotidienne ne reprenne ses droits.
La beauté de l'écriture, l'humour de certains dialogues (la logorrhée ludique de Léon!), la cohérence et l'intensité de ce cosmos recréé, le sentiment troublant de toucher à l'absurdité de la condition humaine, le jeu sur la littérature de genre (le roman policier), le vertige qu'il génère sans jamais s'enliser... font de ce Cosmos un roman extraordinaire et inoubliable. Car ce qui risque de dérouter certains, à savoir cette accumulation de non-sens qui finit par en créer, est justement tout le propos du livre. Comme si Gombrowicz nous montrait que les fictions habituelles sont des mensonges et qu'il en dynamitait les règles et les faux-semblants.
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Perdre-son-temps
  09 mars 2011
Imaginez un monde, pas tellement différent du nôtre dans lequel chaque objet, chaque petit événement du quotidien soit porteur d'un sens qui vous est directement adressé. Un monde où tout est à déchiffrer : un oiseau mort, une lézarde au plafond… Vous pouvez toujours essayer de tuer le chat ou partir en pique-nique pour enrayer la machine. Rien à faire, c'est à en perdre le sommeil, voilà le monde de "Cosmos".
Un livre à la croisée de Kafka et de la trilogie des jumeaux d'Agora Kristof. Mais je ne dis pas ça pour vous aider, ce n'est pas mon genre…
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Bookinista
  23 février 2012
Savoureux ! Une écriture, un récit... prenant ! mais surtout par la façon de l'auteur de mettre en FORME son intrigue, les dialogues etc. :
Ce livre est une révélation littéraire (même à mon âge - je veux dire après avoir tant lu et lu ! : découvrir un auteur né en 1904..., dont je n'avais JAMAIS entendu parler...). Or, en 1967, "Cosmos" reçut le Prix International de Littérature.
Mieux vaut tard que jamais pour découvrir ce "Cosmos" de Gombrowitcz ! Un style littéraire, une accroche l'air de rien...
Il faut ouvrir le livre, tenir bon les premières pages en se demandant si cela vaut la peine, puis on est "aspiré" par les mots, les tournures, les réflexions du narrateur auxquelles on finit par adhérer (pourtant cela confine parfois à l'absurde !! mais on y adhère et on rit et on est fasciné !)
Avant de lire "Cosmos", roman de 1965, j'ai lu pour me mettre en bouche, il y a quelques jours, ses "Souvenirs de Pologne" qui m'ont donné un aperçu du personnage... Car C'EST UN PERSONNAGE, ce Witold G. ! Au demeurant, il se met personnellement en scène dans ce livre (le narrateur est "Witold") et certainement dans d'autres que je n'ai pas encore lus...
L'intrigue de Cosmos se dessine en arrière-plan de remarques banales sur les OBJETS, la façon dont les choses "sont" (un verre sur le guéridon, le bouchon d'une bouteille, une lézarde au plafond, un clou planté au bas d'un mur, des fils de laine...).
La construction littéraire, la "forme" adoptée par l'auteur, alimentent le suspense, et le lecteur suit avec passion les avancées du récit.
Sur un ton posé et "matérialiste" (les moindres détails sont enregistrés et catalogués), Gombrowicz relate ses réflexions... et plus d'une fois, le comique est au rendez-vous et l'on éclate de rire. Ainsi, à propos de ce moineau trouvé pendu (cf. la 4e de couv' du livre), WG remarque que le moineau est "toujours occupé à la même chose, faisant toujours la même chose, il pendait, il pendait, il pendait toujours." Et alors il écrit qu'il devrait "peut-être le saluer de la main ?" !!
Et "les bouches"... oui, les "bouches" ! Elle jouent un rôle particulier dans le récit, dès le début - et ces remarques sur les bouches des uns des autres nous interpellent souvent tellement elles sont insolites... mais capitales dans la trame du récit :
"Et sa bouche, après la bouche du prêtre... comme la pendaison du bout de bois donnant un sens à la pendaison du moineau... comme la pendaison du chat à celle du bout de bois... comme les objets enfoncés menant aux coups frappés... comme j'avais renforcé le berg par mon berg."
Tous ces questionnements sur des points apparemment anodins qui jalonnent le recit, font de Cosmos un livre unique. A savourer sans modération.
Lien : http://coquelicoquillages.bl..
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
marko59marko59   24 juillet 2020
Les montagnes, qui se rapprochaient depuis longtemps, dévalèrent soudain de partout, nous entrâmes dans une vallée, ici du moins régnait une ombre bienheureuse, tandis que la verdure ensoleillée refleurissait au sommet des pentes. Un calme venu d'on ne savait où, de partout, et un ruisseau de fraîcheur, quel agrément! Un tournant, sommets de murailles accumulées, c'étaient des brèches brutales, des entassements accablants, des enroulements vert calme, des cimes, ou des pics, des crêtes déchirées et des chutes à la verticale, auxquelles s'agrippaient des buissons, puis des rochers sur les hauteurs, des près qui s'abaissaient dans le silence, silence qui s'étendit, incompréhensible, immobile, universel, toujours croissant et si puissant que le fracas de notre charrette et son roulement régulier semblaient exister à part. Ce panorama se maintint un certain temps, puis apparut quelque chose de nouveau et d'insistant, c'était dénudé, ou embrouillé, ou miroitant, parfois héroïque, gouffres, noyaux, strates, motifs de pierres suspendues, après quoi, sur des rythmes ascendants et descendant des buissons, d'arbres, de blessures, de plaies, d'éboulis, affluèrent, ça et là, des idylles, tantôt douces, tantôt cristallines. Des choses diverses - toutes sortes de choses - des distances étonnantes, des virages affolants, un espace prisonnier et tendu, qui attaquait ou cédait, qui s'enroulait et se tordait, qui frappait vers le haut ou vers le bas. Un immense mouvement immobile.
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BookinistaBookinista   23 février 2012
Dans l'infinité des phénomènes qui se passent autour de moi, j'en isole un. J'aperçois, par exemple, un cendrier sur ma table (le reste s'efface dans l'ombre). Si cette perception se justifie (par exemple, j'ai remarqué le cendrier parce que je veux y jeter la cendre de ma cigarette), tout est parfait.
Si j'ai aperçu le cendrier par hasard et ne reviens pas là-dessus, tout va bien aussi.
Mais si, après avoir remarqué ce phénomène sans but précis, vous y revenez, malheur ! Pourquoi y-êtes-vous revenu, s'il est sans signification ? Ah ah ! ainsi il signifiait quelque chose pour vous, puisque vous y êtes revenu ? Voilà comment, par le simple fait que vous vous êtes concentré sans raison une seconde de trop sur ce phénomène, la chose commence à être un peu à part, à devenir chargée de sens...
(...) Etant donné que nous construisons nos mondes en associant des phénomènes, je ne serais pas surpris qu'au tout début des temps il y ait eu une association gratuite et répétée fixant une direction dans le chaos et instaurant un ordre.
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YantchikYantchik   27 novembre 2014
Je note des faits. Ceux-ci et non d’autres. Pourquoi ceux-ci ? Je regarde les murs. Des points, des dartres. Quelque chose se détache, une espèce de figure. Cette figure disparaît, elle a disparu, restent le chaos et une sale surabondance, que se passe-t-il avec ce prêtre, et Fuchs, le miel et Ginette, où donc est Lucien (car Lucien n’était pas là, il n’était pas venu dîner, je pensais qu’il était en train de se raser, je voulais le demander à Léna, je ne lui demandais pas) et où sont les montagnards qui nous avaient amenés ? Confusion ? Que peut-on savoir ? Soudain je me sens frappé, boum ! Là-bas, à l’extérieur, dehors, cette zone avec toutes ses variantes jusqu’aux montagnes et au-delà, la grand-route sinuant dans la nuit, douloureuse, écrasante, pourquoi avais-je étranglé le chat ? Pourquoi avais-je étranglé le chat ?
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BookinistaBookinista   25 février 2012
J'allais passer entre ceux deux pierres, mais au dernier moment je fis un petit écart pour passer entre une des pierres et le petit coin de terre retourné, c'était un écart minime, rien du tout... Et pourtant ce très léger écart était injustifié et cela, semble-t-il, me déconcerta... alors, machinalement, je m'écarte à nouveau un tout petit peu pour passer entre les deux pierres, comme j'en avais d'abord l'intention, mais j'éprouve une certaine difficulté, oh très faible, venue de ce que, après ces deux écarts successifs, mon désir de passer entre les pierres a pris désormais le caractère d'une décision, peu importante bien entendu, mais d'une décision quand même. Ce que rien ne justifie car la parfaite neutralité de ces choses dans l'herbe n'autorise pas une décision : quelle différence de passer par ici ou par là ?
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SBysSBys   21 août 2014
Elle inclina la tête en réponse à notre salut, se leva et sortit en silence. Ce silence endormit en moi l'idée qu'il y avait là de l'insolite. [...]

Il exhalait bâillement sur bâillement, ses yeux n'étaient que deux fentes et il ne se plaignait même plus, il était comme il était, indifférent, tout au plus essayait-il de me montrer sa sympathie...
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