AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 233002262X
Éditeur : Actes Sud (21/08/2013)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 70 notes)
Résumé :
Alors qu’il semble enfin devoir connaître le succès, Pedro, jeune comédien haïtien en tournée à l’étranger, se jette du douzième étage d’un immeuble.
Dans son pays natal, deux amis tentent alors de comprendre les raisons qui ont conduit au suicide un homme que le terrifiant mélange du social et de l’intime a transformé en plaie ouverte. Au point de le contraindre, pour être lui-même, à devenir tous les autres, sur la scène comme dans la vie.
Et à sign... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
Bibalice
  10 septembre 2013
Le plus beau livre de la rentrée littéraire 2013, le plus déchirant aussi, est signé Lyonel Trouillot. Un livre oublié de toutes les sélections de prix et qui ne semble pas taillé pour le succès commercial. La faute à cette foutue époque et un sujet trop éloigné des préoccupations littéraires des français. Et pourtant.... j'ai réécrit dix fois ce livre en notant ici et là des passages. J'aurai pu tout noter tant tout est sublime, de la langue de Trouillot jusqu'à cette réflexion sur le sens de la poésie dans le monde moderne et surtout, surtout, de l'amitié.
L'histoire, il faut commencer par cela, est celle d'un couple d'amis qui découvre, en regardant les journaux télévisés, la mort de Pedro, un des leurs. Pedro, un artiste de tout et de rien, récitant un jour de la poésie à qui veut bien l'entendre, distribuant des pages de recueils déchirés, saoul la plupart du temps et à terre toujours, avait quitté Haiti pour partir en tournée en Europe. Et c'est à Paris que Pedro se tue en sautant d'un immeuble. Accident ? Non, ses deux survivants d'amis savent bien que ses blessures à lui étaient tellement énormes qu'elles prendraient un jour le dessus. Mais pourquoi, Pedro, pourquoi être parti si loin ? "Ici, nous t'aurions rattrapé avant que ton corps touche le sol. Ici, on a appris à amortir les chutes. Et puis, où t'aurais trouvé un immeuble de douze étages! Même les banques et ces saletés de compagnies qui détiennent des monopoles n'en construisent pas de si hauts. Ici, on est déjà par terre et personne ne tombe dans le vide. Nous t'aurions rattrapé. Et puis, toi qui parlais tout le temps, tu aurais pu nous dire. Nous t'aurions suivi. Nous aurions monté la garde autour de toi. Comme ce soir où tu es parti en titubant. Nous savions que ce soir-là nous ne devions pas te laisser seul. Ton père t'avait encore traité de honte de la famille. Mais ce n'est pas la honte que tu portais en toi quand tu courais dans les rues en criant : "Le désespoir est une forme supérieure de la critique." Tout le roman est construit sous la forme d'une lettre à ce suicidé et, amis lecteurs, n'essayez donc pas de retenir vos larmes. Elles couleront comme elles ont coulé le long des joues du narrateur. Oh, pourtant, cet ami là, ce Pedro, n'était pas exemplaire. Malheureux pour un rien et le verbe haut, jamais il n'a, lui, prêté ses oreilles aux malheurs -d'autant plus douloureux que silencieux- de ses amis : "Le deuxième soir, nous t'avons écouté déblatérer sur les agents de commerce. L'Estropié n'a pas dit que son père à lui, ses enfants l'appelaient Méchant. Qu'il y avait des douleurs plus grandes que les tiennes. Ces choses là ne se disent pas. En tout cas, pas le premier soir. Ni le deuxième." Mais, je vous ai dit, il s'agit d'un roman, d'un roman immense sur l'amitié. "Tu y allais trop vite. Mais c'était ça, Pedro. Tu allais vers les autres plus vite que les autres. Et quand on choisit un ami, on choisit aussi ses faiblesses. L'Estropié et moi nous sommes adaptés à ton rythme. "Homme libre, toujours tu chériras la mer..." le deux-pièces, c'était notre bateau. Tu es monté dans le bateau et, le troisième soir, avant de vider la bouteille nous tanguions déjà tous les trois." Car il s'agit de cela, des liens étranges qui attachent les êtres et les destins. Ce qui relie ces trois êtres là, le narrateur ne pourra jamais mettre la main dessus, c'est quelque chose qui le dépasse et qui nous dépasse tous. Ni le narrateur ni l'Estropié, le troisième comparse, n'ont réussi à sauver Pedro. La poésie, elle non plus, n'a pas sauvé Pedro. Que reste-t-il au narrateur et à l'Estropié ? Rien. Une parabole dont il ne parviennent à déchiffrer le sens et le véritable destinataire. Un portrait sublime sur un artiste "autre" et un questionnement permanent sur l'amitié et le sens de la vie. Pas sûr que tant d'autres livres de la rentrée littéraire puissent vous faire tanguer autant que celui-ci.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          5612
Ellane92
  25 janvier 2016
Un rédacteur de la rubrique nécrologique doit écrire un article sur son ami Pedro, Jacque Pedro Lavelanette, qui s'est suicidé en sautant du douzième étage de son hôtel alors qu'il était parti en tournée. En reconstituant les temps forts de sa vie avec cet ami et l'Estropié, avec lequel ils partageaient un petit appartement, c'est toute la vie du quartier Saint-Antoine, en haut de la colline, qui nous est décrite.
Dans Parabole du failli, Lyonel trouillot nous livre une oeuvre poétique et colorée qui laisse la part belle à l'humanité de cet homme suicidé tout en contradiction, le seul qui savait faire sourire Islande, si généreux en étant si égoïste, si aimant et mal aimé, qui portait la poésie à fleur de peau, comme une malédiction, et pour cela peut-être, en distribuait les plus belles pages aux passantes vieilles et jeunes, belles ou moins belles. J'ai particulièrement apprécié l'évocation de ces choses très justes sur ce que nous inspirent les morts, les plus classiques, comme la douleur, l'amour, la tristesse, et celles dont on parle moins, comme la déception ou la colère, car la mort peut être aussi une trahison. J'ai beaucoup aimé également le portrait de cet homme, issu d'une famille de nantis et venu s'immerger dans les quartiers populaires, sans doute pour tenter de s'y trouver. Fantasque et original, tour à tour cireur de chaussures et faux riche qui distribue le peu qu'il a en même temps que de la littérature aux gamins sans avenir du quartier, aimé de celle qui n'aime rien ni personne, toujours à la recherche de l'amour, celui avec un grand A, c'est un homme que l'on (ou moi, en tout cas) aimerait croiser. Parabole du failli ne manque pas non plus d'humour, avec une certaine critique acide de ces étrangers venus en Haïti porter les aides humanitaires en même temps que la bonne parole. C'est aussi, et surtout, une ode à cette île, à ses habitants, à ses couleurs et à l'exubérance de la vitalité de ses populations. Enfin, ce texte peu aéré, presque sans paragraphe, et que l'on a envie de lire d'une traite, tant il nous immerge dans le quotidien de Saint-Antoine, porte aussi un certain espoir, celui que des gamins des rues puissent déclamer du Baudelaire, Pessoa, Rimbaud, Llorca, Villon et bien d'autres... Un espoir aussi fragile qu'une larme prenant naissance dans les yeux d'une grosse femme qui ne sort plus de son appartement.
Un très beau livre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          410
fanfanouche24
  09 novembre 2013
Après les excellentes critiques déjà rédigées...je ne me sens pas capable de rendre le choc ressenti à ce livre extraordinaire. un long moment que je souhaitais découvrir l'écriture de Lyonel trouillot, et j'ai débuté par "La Parabole du failli'....
Ce qui est le plus étrange, est que sous le choc incroyable provoqué par cette lecture sombre et flamboyante...je ne parviens toujours pas, au bout de plusieurs semaines depuis que j'ai fermé l'ouvrage...à rendre compte de ma lecture. C'est TROP d'émotions, de poésie, de questions essentielles bouleversantes...Comme l'écrit si bien Bibalice: , c'est le livre le plus beau et le plus déchirant de cette rentrée littéraire.... je suis totalement d'accord avec lui.
La répercussion immédiate, à défaut de prendre la plume pour partager mon enthousiasme, avec les babéliens... a été de me précipiter à ma médiathèque et d'emprunter "La belle amour humaine"... dans lequel je me suis aussitôt plongée. Cette "Belle amour humaine" qui submerge aussi "La parabole du failli", en dépit du sujet, cerné par des questions de désespoir , et de révolte. Il est aussi question de Vie, d'amour, et de fraternité entre les êtres....
L'autre prolongation de mon enthousiasme a été de lire avec beaucoup d'attention l'excellente revue littéraire, "Le Matricule des Anges" n° 46 /septembre 2013), qui consacrait son numéro de la rentrée, à Lyonel Trouillot.
Je me permettrais de citer un des propos de Thierry Guichard, ayant rédigé l' interview de l'écrivain, largement axé sur ses romans , sa terre haïtienne, et la "La Parabole du failli"
"Un homme meurt à Paris, loin de chez lui, après une chute de douze étages. En Haïti, d'où il était originaire, deux de ses amis, apprennent la nouvelle du suicide. L'un d'eux, alors déroule une longue lettre pour un court adieu. Parlant du défunt, il déploie une langue de douleur et de colère, dresse une galerie de portraits pris au vif du vivant et retrace le chemin de croix du disparu. (...) Mais sa chute, transformée ici en une parabole qui accueille aussi bien les grands poètes (dont les citations irriguent le roman)que les plus humbles....., rassemble par la grâce d'une langue aussi belle que cruelle toute une humanité tenue à l'écart..."
L'écrivain insiste sur le fait que la poésie est partie intégrante du quotidien de son pays : "En Haïti, la poésie est présente dans les rues, dans le parler quotidien, dans la construction de son rapport aux autres et à soi-même. (...) un rappel à l'ordre de l'humain : -Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles. (Eluard)-
Un roman rare...que je relirai prochainement ... après avoir lu d'autres écrits de cet écrivain... pressentant aisément que ce texte, si dense, si foisonnant en humanité, ... je n'ai fait fait que l'effleurer, avec cette première lecture...
P.S: http://www.lmda.net/som/som146.html
[lien avec le "Matricule des Anges" ]
Lien : http://www.lmda.net/som/som1..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          313
isabelleisapure
  25 juillet 2014
Comment parler d'un ami disparu ? Par-delà le chagrin, le narrateur doit faire face à l'incompréhension et à l'inconnu lorsqu'il apprend le décès de Pedro, défenestré à Paris. Pourquoi aller mourir si loin, presque sur une autre planète ? Ils étaient pourtant heureux ici à Port au Prince. Ils étaient trois amis qui vivaient ensemble, petitement mais chaleureusement, dans un appartement des plus modestes : le narrateur, journaliste responsable de la rubrique nécrologique dans le journal local, l'Estropié, professeur handicapé et Pedro, le comédien défénestré. Pedro venait d'un milieu aisé contrairement à ses deux amis, Très vite, il renonce à l'existence confortable qui lui était promise. Ecorché vif, il endosse toute la misère du monde et n'hésite pas à faire le baisemain à la mendiante des rues, isolée dans sa folie, que tout le monde ignore. Il essaie d'apporter un peu de bonheur à tous ceux qui souffrent et ce fou de poésie va même jusqu'à effeuiller un recueil d'Eluard pour distribuer les poèmes à des passants le soir de Noël.
C'est avec beaucoup d'admiration et d'affection que le narrateur égrène ces souvenirs et, désigné par son rédacteur en chef, il tente d'écrire un éloge funèbre sur les trois colonnes de la rubrique nécrologique, il va raconter l'ami, celui qui a choisi d'aller mourir dans cette ville que l'on dit être la plus belle du monde.
J'ai trouvé ce livre magnifique, j'ai été envoutée comme à chacune de mes lectures de Lyonel Trouillot par son talent de conteur. Avoir un ami est une chance, le perdre est un déchirement, trouver les mots pour en parler et continuer à le faire vivre demande beaucoup de sensibilité et d'amour. L'auteur y réussi parfaitement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          282
sandrine57
  19 février 2014
Ils sont seuls désormais. Dans leur deux-pièces, leur "bateau ivre", leur refuge, le narrateur et l'Estropié sont seuls depuis que Pedro a choisi de faire le grand saut depuis le douzième étage d'un immeuble, loin là-bas, dans un pays "couleur de richesses et de modernité. du jeune homme bouillonnant de vitalité ne restent plus que le lit en fer dans un coin de la pièce et le chagrin mêlé de rage de ses deux compagnons de vie, restés à Haïti. Alors le narrateur, journaliste abonné à la rubrique nécrologique, entreprend d'écrire les trois colonnes que son rédacteur en chef lui a accordées et qui seront le dernier hommage à l'artiste disparu. Mais la vie, la fièvre, la peine, la générosité, la passion, la folie peuvent-elles être réduites à trois petites colonnes ? le "sale petit-bourgeois pleurnichard" qui avait choisi le quartier pauvre de la ville pour y construire sa vie, y oublier ses déchirures, déclamait des poèmes dans les ruelles, distribuait des pages de livres aux passantes, s'amourachait de femmes qui n'étaient pas pour lui, redonnait le sourire aux plus tristes sires, faisait l'acteur dans une troupe de théâtre, enchantait la vie de ceux qui l'entouraient. Parfois ses blessures les plus profondes prenaient le dessus sur la joie de vivre, il plongeait alors dans une mélancolie insondable, n'offrant que son silence à ses compagnons. Ceux-là même qui regrettent de n'avoir pas été à ses côtés pour empêcher son dernier plongeon. le raconter, se raconter, et raconter l'Estropié, c'est ce qu'accomplit le narrateur dans cette longue lettre qu'il jette à la face de ce monde qui n'a pas su retenir Pedro.

Alors oui, c'est un joli texte, très poétique, un cri du coeur, écrit d'un jet, avec les tripes. Bien sûr, c'est une évocation très riche de la vie dans les quartiers pauvres de Port-au-Prince. Oui bien sûr, les personnages sont touchants, du narrateur privé de ses parents par un stupide accident, à l'Estropié et sa terrible enfance auprès de Méchant, un père cruel et violent, en passant par Madame Armand, usurière obèse, qui croyait si fort aux contes de fée avant que la vie ne se charge de les lui faire oublier, sans oublier Pedro, l'écorché-vif, le clown triste, dont le suicide laisse ses amis sur le carreau.
Mais quelle purge, quel ennui ! Un récit looooong, sans respiration, truffé de citations poétiques et surtout répétitif. Toujours la même rengaine sur la radio étrangère qui annonce le suicide de Pedro depuis le poste de la voisine jalouse et de son mari routier, sur les brimades de Méchant, sur la colline si difficile à gravir, etc. C'est un style bien sûr, une manière d'imprégner le lecteur de toute la tristesse ressassée par le narrateur mais quand on y reste hermétique, on n'entre pas dans le récit, on ne s'attache pas à Pedro, l'égoïste qui n'a jamais pris le temps d'interroger ses amis sur leurs blessures, leurs chagrins, auto-centré sur ses "problèmes de riche".
Un livre est une rencontre, parfois elle n'a pas lieu. On se sent un peu minable de rester froid quand tant d'autres crient au génie et ont été touchés aux larmes mais c'est ainsi...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          211

critiques presse (6)
Telerama   11 décembre 2013
Lyonel Trouillot ose nommer le liant qui soude tous ces inconnus : la poésie. Moderne et endurant, son livre est plein d'extraits de poèmes, qui apaisent les faims comme des casse-croûte de fortune, et permettent de continuer à marcher.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation   24 septembre 2013
Pour son onzième roman (le neuvième édité en France), Lyonel Trouillot peaufine le sillon qu’il creuse depuis vingt ans. Celui d’une littérature puisée à même le réel, pendant les promenades effectuées chaque matin par l’écrivain dans les quartiers populaires de Port-au-Prince.[...] Sa force est de les rassembler dans un style spiralique et baroque, où s’entremêlent roman, poésie et théâtre.
Lire la critique sur le site : Liberation
Lhumanite   16 septembre 2013
Le roman de Lyonel Trouillot est une adresse, une parole jetée à celui qui n’a su que faire de la sienne, que faire de cette littérature qui le traversait, de celle qu’il inventait. Inspiré de la vie du comédien haïtien Karl Marcel Casséus, c’est le portrait d’un homme et d’une génération, une plongée dans le monde de Peau-Noire, sa misère et ses éclats de solidarité, d’espoir et d’amour.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Lhumanite   02 septembre 2013
Un portrait en forme de chant d’amour et d’humanité, à la mémoire d’un échec dont une leçon de vie, habitée par les mots du théâtre et de la poésie, peut naître.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Culturebox   19 août 2013
Haïti, que nous ne connaissons pas, prend corps, visage et voix à travers les personnages du démiurge Trouillot. Il prend vie grâce à une langue éblouissante, galvanisée par une cinquantaine de citations de poètes. Les consensuels - Hugo, Musset, Racine, Apollinaire...
Lire la critique sur le site : Culturebox
LePoint   26 juillet 2013
Une nouvelle fois, Lyonel Trouillot explore les failles de l'âme humaine. Et les vertus du seul antidote au désespoir qui vaille : la poésie.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   28 décembre 2013
La malfaisance ne s'est jamais mieux portée. Tu te souviens, le soir, dans notre bateau, nus jouions à répertorier les mauvaises actions dont nous avions été témoin au cours de la journée. Il y en avait tellement. Je ne sais comment l'Estropié parvenait à les classer en catégories précises. Les crimes de sang : un homme qui soupçonnait sa femme d'adultère l'avait battue à mort et avait déposé le cadavre dans le hall d'entrée de la télévision nationale ; un automobiliste, auxiliaire de la police, avait abattu d'un coup de révolver un chauffeur de tap-tap dont le véhicule avait heurté la voiture neuve qu'il conduisait, sous les yeux de sa maîtresse et des passagers du tap-tap ; un massacre à la machette ordonné par les grands propriétaires avait été perpétré contre des villageois syndiqués, réclamant une réforme agraire. Les arnaques de la haute finance et des grandes institutions : un programme de stérilisation des femmes dans les quartiers populaires caché dans des kits d'aide alimentaire d'urgence ; le transfert des fonds de pension des employés de la fonction publique sur le compte du ministère de la Défense. toutes les injustices quotidiennes, auxquelles on se fait, qu'on subit en ayant honte de les subir. Ce serait bien qu'elle existe, ta porteuse de lumière. Pour prolonger ton rêve, j'écrirai peut-être dans ta notice biographique que tu l'as rencontrée. Mais alors comment expliquer ta chute de douze étages, les cadavres et les réfugiés que cache la station des nouvelles étrangères, les blessures muettes et les morts lentes qui font les nuits de Saint-Antoine ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
BibaliceBibalice   31 juillet 2013
Le deuxième soir, nous t'avons écouté déblatérer sur les agents de commerce. L'Estropié n'a pas dit que son père à lui, ses enfants l'appelaient Méchant. Qu'il y avait des douleurs plus grandes que les tiennes. Ces choses là ne se disent pas. En tout cas, pas le premier soir. Ni le deuxième. Tu y allais trop vite. Mais c'était ça, Pedro. Tu allais vers les autres plus vite que les autres. Et quand on choisit un ami, on choisit aussi ses faiblesses. L'Estropié et moi nous sommes adaptés à ton rythme. "Homme libre, toujours tu chériras la mer..." Le deux-pièces, c'était notre bateau. Tu es monté dans le bateau et, le troisième soir, avant de vider la bouteille nous tanguions déjà tous les trois.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
michelekastnermichelekastner   28 décembre 2013
Tu as emprunté un chapeau à un vieil homme qui t'a laissé faire comme s'il avait atteint l'âge où tout lui était devenu indifférent. Tu t'es mis debout sur la brouette, et tu as commencé à parler. "Frères humains qui après nous..." Villon, c'était bien, un prologue en forme de harangue. Puis, tu t'es tourné vers la statue, et tu as parlé en son nom. La ville ne sembkait pas avoir d'avenir. Les événements les plus marquants de sa vie quotidienne ne devaient guère être que les décès des vieux et les départs des jeunes. Pas de présent et pas d'avenir. Mais tu pouvais lui offrir un passé, une dimension épique. "J'ai besoin de légendes, pour t'aimer, mon amour..." Il n'y a pas qu'en amour. Les petites villes aussi ont besoin de légendes. Tu as redonné vie au héros de la statue : 3Au temps longtemps, c'était merveille, tambour battait la générale..." Et les gens ont commencé à se rassembler autour de toi. Le presque héros de la statue devenait au fil des mots un personnage immense, un Dessalines, un Alexandre. Et les gens ont continué à se rassembler autour de nous. Tous les bancs étaient occupés. Autour de la place, les portes des maisons s'ouvraient, les ampoules s'allumaient à l'intérieur, et des famillles entières sortaient des chaises et s'asseyaient devant leur domicile pour écouter tes mots et suivre le spectacle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
fanfanouche24fanfanouche24   12 novembre 2013
Quand on publie un texte de son vivant, je suppose que c'est comme une lettre de demande, un appel au secours. On s'imagine qu'un lecteur, une lectrice, répondra à l'appel. Mais des textes posthumes ne peuvent plus rien pour leur auteur. Ils renvoient les lecteurs à leur aveuglement, à tout ce qu'ils n'ont pas pu saisir. (p.97-98)
Commenter  J’apprécie          180
BibaliceBibalice   31 juillet 2013
Ici, nous t'aurions rattrapé avant que ton corps touche le sol. Ici, on a appris à amortir les chutes. Et puis, où t'aurais trouvé un immeuble de douze étages! Même les banques et ces saletés de compagnies qui détiennent des monopoles n'en construisent pas de si hauts. Ici, on est déjà par terre et personne ne tombe dans le vide. Nous t'aurions rattrapé. Et puis, toi qui parlais tout le temps, tu aurais pu nous dire. Nous t'aurions suivi. Nous aurions monté la garde autour de toi. Comme ce soir où tu es parti en titubant. Nous savions que ce soir-là nous ne devions pas te laisser seul. Ton père t'avait encore traité de honte de la famille. Mais ce n'est pas la honte que tu portais en toi quand tu courais dans les rues en criant : "Le désespoir est une forme supérieure de la critique."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Videos de Lyonel Trouillot (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lyonel Trouillot
Le choix des libraires vous invite à la rencontre de Césinaldo Poignand, le propriétaire de la librairie « Ouvrir l'?il » à Lyon.  Avec lui, partagez ses coups de c?ur et ses auteurs favoris comme Agota Kristof, John Updike ou encore Lionel Trouillot.
autres livres classés : littérature haïtienneVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (2 - littérature francophone )

Françoise Sagan : "Le miroir ***"

brisé
fendu
égaré
perdu

20 questions
2142 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , littérature française , littérature francophoneCréer un quiz sur ce livre