AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782070393534
420 pages
Éditeur : Gallimard (31/12/1995)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Amoureuse abandonnée, comédienne presque débutante, Alexandra accepte un des principaux rôles de l'injouable Penthésilée de Kleist, sauvage tragédie de l'amour impossible qu'un metteur en scène génial et caractériel, Jean Lucerne, veut présenter au festival d'Avignon.
Comme une lèpre invisible, la pervésité des rôles et des situations de la pièce contamine les personnes de chair, l'étrange matière humaine que façonne Lucerne dans une sorte de délire destruct... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  11 décembre 2015
ISBN : 9782070393534
Si je devais conseiller un livre de notre époque, et de surcroît un livre écrit comme il se doit, sans ponctuations bizarres, sans répétitions inutiles et sans désir fou de faire à tout prix de l'art contemporain (ou de l'art auquel on ne comprend rien ), et un livre qui se veut un hymne authentique au théâtre, c'est incontestablement "Canines" d'Anne Wiazemsky que je désignerais. Sous ses airs timides et réservés, il s'agit là d'un hommage plus ou moins réussi mais, j'insiste, absolument sincère, à l'art protégé par Thalie et Melpomène.
Un metteur en scène à la réputation tout à la fois indéniable et détestable de génie et d'excentrique, Jean Lucerne; décide de monter, pour le Festival d'Avignon, la "Penthésilée" de Kleist, elle-même adaptée par Gracq. Si Gracq a coupé pas mal, Lucerne et son dramaturge font de même mais, par sa puissance et son sujet, par sa cruauté aussi - Penthésilée, reine des Amazones, tombe amoureuse d'Achille, mais, refusant sa faiblesse, elle le tue en le lacérant et en lâchant sur lui ses chiens - la pièce telle quelle, et même en notre époque qui prétend avoir tout vu et ne s'étonner de rien, reste difficile à jouer. Déjà, quand Kleist l'avait présentée, les spectateurs avaient protesté en raison de la cruauté de la mort d'Achille (lequel héros grec n'est d'ailleurs pas mort de cette façon) que l'on voyait sur scène, la "Penthésilée" originale appartenant à une série de pièces antiques où ce genre de morts était couramment détaillée - cela cessera avec le poète latin Horace qui établira les règles de ce que l'on peut montrer et de ce que l'on ne peut pas étaler devant le public..
La pièce a pour personnages principaux Penthésilée, Achille et Prothoé, la meilleure amie de la Reine des Amazones. Deux rôles féminins magnifiques qui exigent des comédiennes à la hauteur. Pour Prothoé, Lucerne, qui est toujours amoureux d'elle bien qu'elle ait décidé d'elle-même de mettre fin à leurs relations, choisit Alexandra Balsan, un actrice plus jeune que celle incarnant Penthésilée, qui se "retient" encore, n'a pas encore suffisamment confiance en elle et connaît une vie sentimentale assez décevante - après son aventure fulgurante avec Lucerne, qui l'a marquée au fer rouge, elle s'est mise en ménage avec Adrien qui est marié et dont la femme et la fille vivent au Japon. Pendant six mois de l'année, elle ne le voit pas mais, indéniablement, tous deux s'aiment.
Penthésilée, ou plutôt la comédienne qui s'est vu attribuer le rôle, est Alma, une bonne trentaine, un solide tempérament, une beauté aussi exceptionnelle. Elle est la maîtresse actuelle de Lucerne. Est-ce par amour ? Est-ce par opportunisme ? Ce n'est jamais très net. Ajoutons en tous cas qu'Alma est bisexuelle.
Pour le rôle d'Achille, Lucerne a obtenu le concours d'un danseur anglais, David, à la beauté de dieu - ou de demi-dieu - grec et qui, lui, est homosexuel - et fidèle à son compagnon, lequel se meurt doucement.
Autour de ce noyau, gravitent diverses personnalités, le petit monde du théâtre, machinistes, habilleuses, doublures, éclairagistes, sans oublier tous ceux que le théâtre et notamment cette "Penthésilée" si décriée attire, tout cela allant et s'agitant dans la poussière des planches - car, à Avignon, c'est une vieille salle, le "Regina" - qu'on a proposée à Lucerne pour monter son oeuvre.
Inutile de spécifier, je pense, que, malgré tous les efforts de Lucerne qui, pour chacune de ses créations et alors que la première est proche, s'entend comme personne pour provoquer scandales et scènes épouvantables destinés à mettre à bas la merveille qu'il vient d'édifier, malgré les bouteilles de whisky et les verres, vides ou pleins, qu'il jettent à la volée dans toutes les directions, malgré ses invectives, ses méchancetés, sa muflerie ... "Penthésilée" est une réussite, l'"Evénement de l'Année" pour Avignon.
Tout ce côté-là est fascinant. Il n'y a pas d'autre mot.
En revanche, on a une certaine difficulté à apprécier la manière dont, de néophyte certes douée mais si peu sûre d'elle-même qu'elle ressemble parfois à une souris d'église, Alexandra devient, au long de cet apprentissage rude et aussi sanglant, ou presque, que le texte originel, une véritable comédienne, grande et flamboyante. Car c'est cela aussi qui intéresse l'auteur et c'est malheureusement la partie qu'elle a - à notre sens - plutôt mal ficelée. de plus, si l'on excepte les comédiens principaux et l'intéressant et intriguant personnage de Jérémy, homosexuel lui aussi mais très ami avec Alexandra, le reste de la troupe ne parvient ni à séduire ni à convaincre le lecteur. le revers des sentiments de Marie-Lou envers Alexandra par exemple semble peu crédible et très maladroitement expliqué. Autre personnage, creux certes mais que son vide même rendait susceptible de bien plus qu'il ne donne dans le roman, celui de Linou, une petit garce qui couche avec tout le monde, femmes et hommes et qui pourrait, de son côté, célébrer l'Opportunisme.
"Canines" - le litre vient de l'habitude qu'avait Kleist de définir sa pièce comme une pièce "canine" - n'est donc, et on peut le regretter bien qu'il ait reçu le Prix Goncourt des Lycéens 1993, qu'une semi-réussite qui banquillonne fort. Hommage remarquable au théâtre à et à la fièvre de jouer, de devenir l'"Autre" puis de redevenir "Soi", tout se concentre sur la scène et sur Penthésilée et sa tragédie. A tel point que cette "irréalité" finit par devenir pour le lecteur la seule réalité. Certes, on sait bien que, les feux de la rampe éteints, nous ne pouvons tous manquer d'éprouver un sentiment certain de nostalgie, voire de déception mais là, malgré la sincérité de l'auteur (qui fut actrice et joua notamment pour Godard ("La Chinoise") et Pasolini ("Théorème" et "Porcherie"), quelque chose fait défaut : c'est comme un écho décalé qui se fait entendre dans le lointain dont on perçoit les tous derniers appels tout au fond, dans la coulisse.
Mais l'écho de quoi ? de qui ?
Tout le problème est là.
A lire néanmoins : ne pas le faire serait non seulement passer à côté d'un livre-passion, d'un livre-qui-se-veut-quelque-chose-d'autre-même-s'il-n'a-pas-réussi mais également refuser d'admettre qu'il y a parfois de la beauté dans le semi-échec. ;o)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
PiertyM
  29 mars 2019
Un magnifique roman qui nous fait vivre le monde tumultueux de ceux qui nous font rêver sur les planches de théâtre. Leur souci, leurs angoisses, leur jalousie, leur bataille de rôles, leurs amitiés, leurs amours, un monde où la réalité est affectée par des personnages qu'ils incarnent, on dirait qu'ils apprennent tellement à s'oublier qu'ils semblent prêts à tout affronter dans la vie...Et aussi, quelque part, ils portent la sensibilité de leurs personnages, qui les envoutent assurément. Canines c'est le stress, la panique, la rage, la hargne qu'on éprouve pendant les douleurs de l'enfantement, ici c'est une œuvre artistique qui est sur le point de naître: une pièce de théâtre pour le plus grand festival de théâtre du monde (Le festival d'Avignon). La pièce traite d'une histoire de la tragédie grecque, un texte de von Kleist, l'auteure nous fait vivre la création de cette œuvre depuis le travail de table, jusqu'à sa représentation dans une ambiance bien que crispée mais agréable. Si tragédie grecque y est et qu'elle influence quelque peu certains aspect du roman mais l'écriture, quant à elle, est simple, accessible, dénouée de tout artifice. Un roman bien construit pour découvrir les réalités du monde des comédiens!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
evh138
  02 novembre 2017
Si vous avez envie de vous immerger dans le quotidien d'une troupe de théâtre, de ressentir les tensions, les jeux de domination, les joies et les souffrances qui s'y logent, alors lisez le formidable roman « Canines » de la comédienne et écrivaine Anne Wiazemsky.
Le roman emmène le lecteur dans la préparation d'un spectacle pour le Festival d'Avignon, pour suivre les artistes de la première lecture sur une table de bistrot à la première représentation en public. La pièce est montée par un metteur en scène borné, méprisant et détestable (bref : de génie), qui veut revisiter le texte de von Kleist « Penthésilée » : une sulfureuse tragédie grecque sur l'amour impossible des Amazones qui se finit en bain de sang insoutenable et nauséeux.
J'ai adoré ce livre pour plusieurs raisons : pour la profonde tension qui émane du texte, pour la simplicité de l'écriture, pour l'immersion dans un monde fascinant, pour la diversité des personnages, pour l'écho dynamique entre le texte de la pièce et la réalité des comédiens, et pour la réflexion qu'il porte sur l'art et la création. Tout est très bien ficelé. J'ai ressenti les émotions de la troupe, de l'angoisse à la libération : ce qui est très agréable pour un lecteur. Je vous le conseille !
Le livre a reçu le Goncourt des lycéens.
Lien : Https://evanhirtum.wordpress..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
ValerieLacaille
  24 mai 2016
Lu lorsque j'étais lycéenne. Si je ne me rappelle plus de l'histoire, je me souviens avoir été marquée par cette lecture...
Commenter  J’apprécie          100
crapette
  13 juillet 2012
Un roman d'initiation au théâtre, à la vie amoureuse et aux relations féroces entre comédiens. La troupe que nous suivons depuis la première lecture du Penthésilée de Kleist jusqu'à sa représentations au festival d'Avignon est dirigée par Lucerne, metteur en scène aussi inspiré que déséquilibré par l'alcool, il ne cesse de harceler Alexandra, une des comédiennes.
Les incessantes manipulations subies par les acteurs, leurs antagonismes professionnels et sentimentaux, la vie de bohême dans Paris et Avignon, mais surtout la description précise de leur travail m'ont intéressée malgré le côté "bobo" de ce roman.
Commenter  J’apprécie          50

Citations et extraits (3) Ajouter une citation
WolandWoland   14 décembre 2015
- Maintenant je descends en mon coeur comme dans le fond d'une mine et j'en retire - aussi froide que le métal - la pensée qui va m'anéantir. Ce métal, je le purifie au feu de la détresse - j'en fais un dur acier - je le trempe de part en part dans le venin du remords ...

Comme un écho grotesque aux déchirantes paroles de Penthésilée, des grognements s'échappaient de la coulisse, côté jardin. Des grognements qu'on tentait de retenir mais qui fusaient tout de même et qu'on entendait du plateau.

Toujours encadré par quatre machinistes et surveillé par le pompier, Lucerne maintenant pleurait les morts d'Achille et de Penthésilée. De gros sanglots spasmodiques, sonores et qu'il cherchait à étouffer en s'enfonçant un pan de sa chemise dans la bouche. Un bâillon de fortune sans grande efficacité et qui révélait un ventre blanc et mou.

Sur scène, Penthésilée achevait de mourir du seul fait de sa volonté. Le ciel entier s'enflammait, une aurore glorieuse commençait qui niait la mort et le destin tragique des deux amants. C'était comme la fin d'un cauchemar. Enfin, le noir se fit.

Aussitôt, dans la salle, éclatèrent les premiers applaudissements. Enthousiastes, frénétiques, d'autant plus nourris que des hurlements de mécontentement y faisaient écho. Tout de suite, on s'insulta avec une rage inouïe. Les acteurs saluaient, éberlués par cet accueil, épuisés physiquement et nerveusement, presque en état de choc. Leur retour sur scène attisait toutes les passions. Les hurlements et les applaudissements redoublaient. La salle entière était maintenant debout, tournée vers le plateau, criant qui son bonheur, qui sa détestation. Des bravos à n'en plus finir, mais aussi des insultes ordurières. Les deux camps s'affrontaient au balcon, à l'orchestre, dans le hall, partout. Et toujours Jo, de la cabine technique, envoyait les noir-lumières. ... [...]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
WolandWoland   14 décembre 2015
[...] ... - "Cette première scène entre les Amazones est capitale," dit-il. "Tu dois vraiment contrer la mauvaise foi de Penthésilée. Tu as la certitude de ceux qui ont la Loi pour eux. Aucune sentimentalité, aucune psychologie. Tu comprends ?"

Et sans lui laisser le temps de répondre :

- "Je suis sûr que tu comprends."

Il lui souriait.

- "Il faut que tu te fasses davantage confiance, Sandra. Que tu me fasses davantage confiance, à moi ...

- Je te fais confiance."

Elle murmurait, intimidée par le ton affectueux et intime qu'avait maintenant Lucerne et qu'il semblait n'utiliser qu'avec elle. Elle croyait sentir posés sur elle les regards curieux des autres. De peur de croiser celui de Marie-Lou, elle fixait obstinément le plancher.

Alma avait repris ses cercles autour du plateau. Pour elle seule, elle scandait le début de son texte : Dix mille soleils fondus en un globe de feu ne brilleraient pas pour moi autant qu'une victoire, une seule. Une victoire de moi sur Achille.

La porte d'entrée une dernière fois se referma.

- "Allons-y !" dit Lucerne. "Alma, tu rentres à gauche, côté jardin. Marie-France et Christine, vous l'accueillez : Salut à toi, Victorieuse ! Salut, Triomphante ! Reine de la Fête des Roses ! Alma, tu es blessée mais ton énergie est décuplée. Tu leur coupes immédiatement la parole : Non, pas de triomphe pour moi ! Non, pas de Fête des Roses ! Le combat à nouveau m'appelle sur le terrain. Le jeune dieu de la guerre, je le dompterai de ma main ..., etc. Alexandra, tu te reposes auprès de ce qui sera un feu de camp. La gravité de la situation, tu ne la saisis pas d'emblée. Mais quand tu la saisis, c'est avec la rapidité d'une flèche. On y va !"

Une certaine maladresse freinait les mouvements de Marie-France, Christine et Alexandra. Une raideur normale au début des répétitions et qui n'inquiétait pas encore Lucerne. Son regard attentif enregistrait les rapides et réguliers progrès d'Alma. Quelque chose chez elle se précisait : une façon d'avancer ses épaules en avant, d'avancer par à-coups. Une façon primitive de se mouvoir, à la fois juste et belle, qui rendait illusoires les tâtonnements des trois autres. ... [...]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
crapettecrapette   13 juillet 2012
Dans le clair obscur du théâtre les comédiens ressemblaient à des naufragés, à des compagnons du hasard unis pour le meilleur et pour le pire et qui tenteraient en commun de survivre. (p.241)
Commenter  J’apprécie          30

Videos de Anne Wiazemsky (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anne Wiazemsky
Retrouvez votre livre dans notre librairie en ligne ! :
rroû de Maurice Genevoix et Anne Wiazemsky aux éditions de la Table Ronde https://www.lagriffenoire.com/40590-divers-litterature-rrou.html
La Dernière harde de Maurice Genevoix aux éditions Flammarion https://www.lagriffenoire.com/132485-poche-la-derniere-harde.html
La culture décontractée !!!!! ABONNEZ-VOUS A NOTRE CHAINE YOUTUBE ! http://www.youtube.com/user/griffenoiretv/featured (merci) La boutique officielle : http://www.lagriffenoire.com
Facebook ? http://www.facebook.com/lagriffenoire Twitter ? http://twitter.com/lesdeblogueurs?lang=fr
Retrouvez l'ensemble des coups de coeur de Gérard Collard et de vos libraires préférés ici : https://www.lagriffenoire.com/11-coups-de-coeur-gerard-coll? https://www.lagriffenoire.com/
#soutenezpartagezcommentezlgn
Merci pour votre soutien et votre fidélité qui nous sont inestimables. @Gérard Collard? @Jean-Edgar Casel?
+ Lire la suite
autres livres classés : festival d'avignonVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Anne Wiazemsky

"Fille de", non, mais petite-fille de :

André Malraux
André Maurois
François Mauriac
Georges Duhamel

10 questions
65 lecteurs ont répondu
Thème : Anne WiazemskyCréer un quiz sur ce livre