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EAN : 9782874951398
286 pages
André Versaille éditeur (20/04/2011)
3.92/5   12 notes
Résumé :
Cet ouvrage retrace les phases essentielles de l'affaire Eichmann, depuis la capture du criminel de guerre en Argentine jusqu'à son exécution en Israël, en 1962. Annette Wieviorka, historienne et auteure de nombreux essais consacrés à la mémoire de la déportation, analyse les conséquences retentissantes de ce procès sans précédent. Le 11 avril 1961, à Jérusalem, s'ouvre le procès d'un ancien dignitaire nazi : Adolf Eichmann, responsable logistique de la " Solution f... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Je remercie Babelio et les éditions Archidoc pour cette lecture.

L'un des procès les plus retentissants ayant trait à la Shoah est retracé de manière très documentée depuis la traque d'Adolf Eichmann en Argentine, jusqu'à son exécution.
S'appuyant sur des témoignages, des biographies, des comptes rendus et des déclarations sous serment, ce procès exceptionnel, enregistré et retransmis en vidéo est motivé par 6 millions de victimes de l'Holocauste.

C'est la première fois que les vainqueurs jugent les vaincus !

Durant les 107 audiences et des mois de procès marqués par une ambiance solennelle et effrayante, Eichmann, l'allure martiale, reste froid et impassible à la lecture des chefs d'accusation.

On revient sur le rôle qui a joué cet assassin bureaucrate, qui tuait par des signatures et coups de téléphone.
Placé sous les ordres des 3H, Hitler, Himmler, Heydrich, Adolf Eichmann était devenu spécialiste des questions juives et s'est appliqué avec acharnement à débusquer les juifs protégés et à mettre en oeuvre la Solution finale.

Il se dit un tout petit rouage de la machine infernale obéissant aux ordres.
Pour plaider sa non-responsabilité dans la prise des décisions du commando de la mort, il remet en cause le fait que tout acte d'indiscipline chez les SS était passible de la peine de mort.
Le serment de loyauté qu'il a voué à Hitler ne pouvait ainsi être brisé.

Peut-il y avoir de la culpabilité s'il n'y a pas eu de responsabilité ?
Le bourreau qui n'a pas de sang sur les mains peut se sentir innocent ?

Ce procès inédit marque l'introduction de la force du témoignage personnel.
Des histoires racontées en détails qui remplissent d'effroi et qui font froid dans le dos.

On finira par pendre Eichmann mais on condamne également le silence du monde.
C'est le procès de l'antisémitisme. « C'est un grand acte d'engagement à travers la mémoire et le renouvellement du deuil »

La déshumanisation du nazisme a fait deux victimes : le peuple juif et le peuple allemand, qui est devenu une nation d'assassins et qui portera pendant des décennies le poids de la responsabilité

Pour ne jamais oublier !


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"Comme je l'ai déjà dit, la classe dirigeante, à laquelle je n'appartenais pas, donnait des ordres. Je pense qu'elle mérite d'être punie pour les horreurs commises sur ses ordres.
Mais les subordonnés sont maintenant des victimes. Je suis l'une de ces victimes. On ne peut pas ne pas en tenir compte."

Voici en substance la ligne de défense de Eichmann réunie dans cette citation. Il n'a fait que répondre docilement aux ordres et il n'est en rien responsable ou coupable de les avoir appliqués. Il est donc une victime du procès qu'on lui fait d'avoir organisé la solution finale, à savoir la mort de 6 millions de Juifs.

Pourtant, comme le souligne Annette Wieviorka, la mémoire collective ne retiendra de Eichmann que l'essai de Hannah Arendt sur la Banalité du mal. Voyant en Eichmann un petit fonctionnaire s'appliquant à donner des ordres bureaucratiques...
Elle qui a pourtant très peu assisté au procès échafaude cette théorie qui sera maintes fois reprises, mais aussi de nature à créer la polémique.
Qui plus est dans son ouvrage ne souligne-t-elle pas la collaboration de certains Juifs avec l'appareil nazi, sous-entendant par là une participation active au génocide sans laquelle l'ampleur du massacre n'aurait pu atteindre de telles proportions... C'est rendre le peuple victime, bourreau de son propre génocide ce qui est parfaitement inaudible pour certains (ce que je partage) et surtout atténue la responsabilité des bourreaux nazis eux-mêmes.
Pour en revenir à la personnalité de Eichmann, il n'a jamais eu à se "salir" les mains du sang de ses victimes, ce qui facilite cette mise à distance de ses crimes comme étant un simple rouage obéissant... Mais ne nous leurrons pas, il s'agit d'une ligne de défense bien étudiée destinée à manipuler l'opinion et non d'une vérité. Il savait parfaitement à quoi menaient ces ordres : des meurtres de masse et prétendait en être affecté mais tout à fait dans l'impossibilité de s'y soustraire. Ce qui encore une fois est totalement faux, tant pour ses prétendus affects que pour l'obligation d'obéir.
Si le physique de l'homme est banal, inoffensif, le Mal ici n'a vraiment rien de banal.

Ce document historique, comme l'évoque le titre, nous parle également tout d'abord de la traque de Eichmann, son enlèvement par le Mossad, puis de son procès, ainsi qu'ensuite les divers retentissements que celui-ci a eu.
L'enjeu du procès de Eichmann sur la terre d'Israël est avant tout de collecter les témoignages, de recenser les preuves incontestables du génocide et d'ériger la Mémoire de la Shoah.
Eichmann, s'il était bien coupable (et il fut reconnu comme tel et condamné à la peine de mort) ne peut être considéré comme étant LE coupable. En ce sens, il est plutôt à considérer comme un symbole et cette symbolique permettra que le génocide juif donne lieu à d'autres procès et que la mémoire de l'Holocauste s'étende de par le monde, y compris en Allemagne.

Je remercie sincèrement Babelio pour cet ouvrage transmis dans le cadre d'une opération Masse critique, ainsi que les éditions Archidoc.
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Le jugement d'Adolf Eichmann est, sûrement, celui le plus emblématique depuis le jugement de Nuremberg et ceux qui ont suivi peu après.

D'une part parce qu'il a été jugé par les victimes et pas par les vainqueurs, comme ça a été le cas à Nuremberg. Et d'autre part par son rôle dans la "Solution finale de la question juive". Malgré son poste pas très élevé (lieutenant colonel) il a été le responsable de la logistique de transport et même la distribution de la quantité de "matière première" (les victimes) pouvant être acheminée vers les industries d'extermination. Donc, un personnage symbolique et très important puisqu'il était en contact presque direct avec Himmler.

Plus d'une décennie après la fin de la guerre, la traque et le jugement de ces criminels n'était plus une priorité ni pour l'Allemagne ni pour les alliés. Il fallait que quelqu'un le fasse et, donc, les Israéliens l'ont fait.

Ceci n'apparaît pas dans le livre, mais la capture de Adolf Eichmann doit beaucoup au procureur allemand Fritz Bauer. Ce procureur a beaucoup oeuvré pour traîner en justice les anciens criminels. Ayant pu être informé de la localisation de Eichmann en Argentine et, n'ayant pas confiance à la justice de son propre pays où travaillaient encore des anciens nazis, il transmit les informations directement aux autorités israéliennes, qui ont donné suite (voir page Wikipédia de Fritz Bauer).

Ce jugement, pour Israël, avait une importance capital pour la mémoire en plus du jugement d'un nazi directement impliqué dans la Shoah. Donc, beaucoup de faits rappelés lors des séances n'avaient pas de rapport direct avec Eichmann, mais avaient pour but de rappeler ce que c'était la "Solution finale".

Après un chapitre racontant le parcours de Eichmann après la guerre, vient le récit commenté du jugement, c'est-à-dire les moments les plus importants. La préparation du jugement a mis un an et le jugement lui-même a duré 9 mois.

La ligne de défense de Eichmann a été de dire qu'il n'était qu'un employé de bureau qui obéissait des ordres et qu'il ne faisait que les exécuter, et que, en tant que militaire, il ne pouvait pas faire autrement. Il a été condamné à mort et après appel et demande de grâce il a été exécuté par pendaison.

On trouve à la fin, un recueil des critiques faites au jugement, certaines pertinentes mais pas toutes (y compris des négationnistes). Ce livre ayant été écrit en 2011, 50 ans après le jugement, on a déjà une idée assez claire.

Plusieurs pages sont dédiées aux critiques qui ont pu être faites au livre de Hannah Arendt, "Eichmann à Jérusalem", considéré comme LA référence sur ce jugement. Parmi tout ce que l'on dit sur ce livre, Annette Wieviorka relève deux aspects comme les plus importants. Tout d'abord, une possible collaboration des juifs avec les nazis que sans cela le nombre de morts aurait été bien moins important, ce que Annette Wieviorka conteste. Il y a eu des collaborations, certes, mais elles n'ont pas été spontanées et en tout état de cause, rien ne dit que le nombre aurait été inférieur. Comme le dit l'auteur, l'histoire se fait avec des faits et pas avec des hypothèses. le deuxième point concerne l'expression "banalité du mal", qui semble maintenant faire consensus, en ce qui concerne Eichmann.

Il y a encore un troisième point, la légitimité de ce jugement en Israël. Il n'y a pas de réponse mais il me semble difficilement contestable. Il fallait juger Eichmann mais vue le contexte des années 50 en Allemagne si Israël ne l'avait pas fait, il aurait pu continuer à couler des jours en toute impunité. D'autre part, ce jugement a, d'une certaine façon, relancé d'autres jugements de nazis.

Une première édition de ce livre a été publié en 1989 sous le titre "Le Procès Eichmann". Ceci est une édition revue et augmentée.

Pour ceux qui s'intéressent à ce sujet, d'autres livres qui semblent être les plus intéressants sont :

* Hannah Arendt - Eichmann à Jérusalem
* Léon Poliakov - le procès de Jérusalem
* David Cesarini - Eichmann (biographie)

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Paru pour la première fois en 1989, "Eichmann - de la traque au procès" ressort ici dans une version augmentée, "renouvelée" selon le terme de son auteur, Annette Wievorka, spécialiste de la perception et la mémoire de la Shoah, qui a pu, depuis, approfondir ses recherches autour de nouveaux éléments et points de vue.

Car le but ultime, s'il devait n'y en avoir qu'un seul, serait de livrer une vue globale définitive sur et autour de ce procès, dont l'ampleur n'a pas été perçue immédiatement, dont l'importance n'a pas été saisie de facto, ce que Wievorka étudie également comme une preuve de la nécessité de faire acte de mémoire, de la faire vivre.

Pour donner corps à son étude, Wievorka convoque d'autres personnes ayant publié sur Eichmann, des journalistes ayant couvert le procès (Joseph Kessel), des acteurs de l'événement (Gidéon Hausner, procureur général), , des historiens (Hanna Yablonka, Léon Poliakov). Ce qui en ressort est un récit hyper-documenté qui laisse peu de place à l'interprétation, et tend à braquer les lumières partout sans laisser une seule parcelle d'ombre.

Pourtant, il subsiste encore de l'ombre autour du bourreau nazi, des questions que l'auteure semble laisser volontairement en suspens pour susciter la réflexion : un homme qui n'a pas de sang sur les mains est-il coupable ? Ce procès n'est-il pas un acte de vengeance "pour l'exemple" ? Quelle sentence sera assez juste pour de tels crimes ? Pas de réponse définitive, mais des pistes, et une polémique qui cristallise ces interrogations, autour de l'analyse que fait Hannah Arendt, politologue philosophe, du procès Eichmann. Quelle morale pour juger l'immoral ?

Parfaitement didactique, le livre suit la chronologie des événements : il s'agit bien de suivre Eichmann depuis sa traque, jusqu'au procès, et même plus, puisque celui-ci est mis en perspective ensuite des autres procès : Nuremberg, Barbie, Demjanuk (quelques documents officiels en annexes viennent renforcer la valeur documentaire). Une chronologie essentielle pour comprendre, tenter de comprendre, le glissement vers l'horreur absolue, sans pour autant devoir verser dans le sentimentalisme, le sensationnalisme. Encore une fois, il s'agit de comprendre et juger Eichmann, et rien d'autre ; le témoin, dans cette optique, revêt une importance capitale, dont la parole se doit d'être pertinente au-delà de l'émotion qu'elle provoque.

"Eichmann" constitue une oeuvre-somme sur son sujet, que l'on pourra toujours prolonger par une bibliographie riche. Mais Annette Wievorka ne se contente pas d'un simple point de vue historique ; elle met en perspective, questionne les notions de mémoire, de devoir, de morale, à travers un procès vieux de 60 ans.
Alors que les derniers survivants de la Shoah disparaissent, ce livre rappelle qu'il faut continuer à lutter contre le plus dangereux des négationnismes : l'oubli.

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critiques presse (1)
Lexpress
30 juin 2011
La réédition et la mise à jour de l'ouvrage d'Annette Wieviorka permettent de mesurer l'impact de ce procès hors du commun.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Dans un premier temps, rares ont été les auteurs qui récusent le portrait d'Eichmann que fait Hannah Arendt. Cependant, pour le procureur Gidéon Hausner (...) Eichmann n'a rien du fonctionnaire consciencieux. "Eichmann était un fourbe, un amateur de combinaisons fatales, doté d'un caractère démoniaque, parfaitement indifférent aux souffrances qu'il infligeait, que ce soit collectivement ou personnellement, et qui se délectait dans l'exercice de son propre pouvoir."

Se fondant sur des tests soumis à un expert qui ignore l'identité du sujet qui les a exécutés, Hausner affirme que le spécialiste lui a déclaré : "Vous êtes en présence d'un homme des plus dangereux." "Tout confirmait, poursuit le procureur, que légalement sain d'esprit et responsable de ses actes, Eichmann présentait une personnalité dangereuse, perverse, avec une tendance anormale et sans contrainte à user de ses frères humains comme autant d'objets inanimés pour parvenir à ses fins."
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Le juge Landau, après qu’Eichmann eut prononcé une phrase longue de 140 mots, l’interrompt : le style dans lequel il s’exprime ne regarde que lui, mais s’il souhaite être compris, il doit s’exprimer en phrases plus courtes. « Il est vrai qu’en allemand le verbe vient toujours à la fin de la phrase, mais il faut bien dire que cela dure vraiment trop longtemps »
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Adolf Eichmann est aussi un assassin de type nouveau. Un assassin qui n'a jamais tué personne de ses propres mains. Un assassin qui ne supporte pas la vue du sang. Un chef de service ponctuel, à la fois flatté et gêné d'être auprès des puissants, mais surtout incapable de distinguer le bien du mal. Et Hannah Arendt souligne "la contradiction qui demeurait entre l indicible horreur des actes et l incontestable ridicule de l'homme qui les avait commis".
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C'est la réalité de l'oeuvre de mort que la langue bureaucratique écarte efficacement. Là où Georges Wellers, par exemple, décrit en termes simples, poignants, à la limite du supportable, le malheur des enfants internés à Drancy, bouleversant ceux qui l'entendent ou le lisent, Eichmann brandit ses circulaires rédigées en langue administrative où les mots n'ont plus la fonction d'exprimer le réel.
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Ces procès ne sont pas une vengeance. Ces procès ne peuvent trouver une solution adéquate, toute peine étant dérisoire en regard des crimes commis. Ces procès sont faits en mémoire des disparus. Ils doivent servir aux historiens futurs. Et surtout, contribuer à l'enseignement des jeunes générations qui n'ont pas connu ces événements.
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Vidéo de Annette Wieviorka
A quelques jours de la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, "La Grande Librairie" propose une réflexion sur la mémoire. Pourquoi et comment se souvenir ? Deux historiennes, deux témoins et une romancière livrent autant de récits sensibles et nécessaires. Augustin Trapenard accueille ainsi Michelle Perrot pour "S'engager en historienne", publié chez CNRS Editions, Annette Wieviorka pour "Anatomie de l'Affiche rouge", paru au Seuil, Robert Birenbaum pour "16 ans, résistant", édité chez Stock, Marie Vaislic pour "Je ne savais pas que j'étais juive", publié chez Grasset, et Claire Deya pour "Un monde à refaire", paru aux Editions de l'Observatoire.
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